Les fusillés de La Torche

La période Avril-Juin 1944 fut terrible pour notre pays bigouden.
Des résistants furent fusillés par l’occupant allemand sur le site de La Torche, commune de Plomeur, et sur le site de Poulguen, commune de Penmarc’h.
Les uns comme les autres ont été condamnés à mort par le même Tribunal militaire.Les fusillés de La Torche

15 jeunes de Lesconil ont été abattus les 15 juin et 23 juin sur la dune de La Torche, en Plomeur.

Le 6 juin 1944, jour du débarquement anglo-américain en Normandie, les Francs-tireurs et partisans de Lesconil reçurent d’un « jeune chef », Alex ou Jean-Marie, l’ordre d’investir, dans la soirée le bourg de Plomeur, carrefour de routes venant du Guilvinec et de Penmarc’h où stationnaient de fortes garnisons allemandes, au port et au champ de tir.

Voulaient-ils obéir à l’ordre – devenu caduc – d’empêcher les renforts allemands de rejoindre la Normandie ?

Les gradés réveillèrent Mr le Maire, Louis Méhu, abasourdi et inquiet. Au cours de la nuit, les Francs-tireurs arrêtèrent une patrouille allemande de deux hommes, puis deux Caucasiens, supplétifs de l’armée allemande basés à Beuzec, qui étaient chargé d’apposer des affiches signalant le nouveau couvre-feu.

Les soldats prisonniers furent dirigés vers Plonivel, base ou « maquis » des résistants. Allait-on les fusiller ?… On leur demanda de creuser leur tombe.

Au matin, les occupants déclenchèrent la riposte. Louis Méhu, Isidore Garo, le secrétaire de mairie, et une dizaine de passants furent pris en otages. Des interrogatoires musclés eurent lieu à l’école Saint-Gabriel de Pont L’Abbé devenue siège de la feldKommandandur. Les traces de sang sur les murs et les parquets le témoignèrent. Les allemands ne tardèrent pas à savoir où étaient détenus leurs quatre soldats ; ils encerclèrent alors le village de Plonivel. Les frères Volant voulurent s’échapper en traversant le bras de mer mais furent abattus.

Avec les renforts caucasiens, les Allemands organisèrent de grandes rafles, à Lesconil et dans les ports voisins. Les quatre prisonniers libérés connurent leurs geôliers et les autres participants à l’occupation du bourg de Plomeur. Affaire douloureuse, trois marins âgés qui étaient venus raisonner les jeunes francs-tireurs pour qu’ils libèrent leurs prisonniers. Ils furent reconnus, hélas, comme des geôliers.

Les FTP furent jugés par un tribunal militaire présidé par le général Duvert, chef de la division des supplétifs caucasiens. 15 Lescolinois furent condamnés à mort et fusillés sur les dunes de La Torche en Plomeur, les 15 et 23 juin, et enterrés dans le sable. Ils sont tous morts en braves avec ce cri « Vive la France ».

Louis Méhu fut fusillé à l’école de St-Gabriel.
Isidore Garo fut déporté en Allemagne mais ne reviendra pas des camps.

Les services de renseignement nazis firent arrêter d’autres FTP, en mer le 6 juin, comme Antoine Buannic et les déportèrent vers l’Allemagne.

Ces événements eurent de graves conséquences dans les communes voisines. Au port du Guilvinec-Léchiagat le 12 juin, 2000 hommes furent raflés par représailles. Une cinquantaine de STO, jusque là peu inquiétés, furent dirigés vers les usines de Pologne.

Tous les travailleurs revinrent en France après la victoire mais 2 FTP reconnus périrent à Ellrich et Neuengamme. Un juif roumain déserteur, caché à Léchiagat depuis 1940, Ernest Mandelbaum, mourut 5 jours après son arrivée à Auschwitz.

A l’Île Tudy la rafle du 20 juin décapita le groupe FFI de Libération Nord. Treize îliens résistants périrent dans les camps de Dora ou Ellrich. Seul rescapé, Pierre Gouasdoué.

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fusillés du 15/06/44

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Fusillés du 23 juin 44fusillés17et19fusillés13et14fusillés16et18

Les 15 de Lesconil fusillés à La Torche :

Biger Yves Cadiou Jean-Marie Cariou Etienne
Daniel Pierre Divanac’h Jean Corentin Donnart Georges
Durand Lucien Faou Julien Larzul Albert
Le Bechennec Corentin Primot Armand Quéméner Pierre
Quéméner Prosper Trébern Ange Trébern Joseph

 

Le 23 juin 1944, à Pont-l’Abbé, six hommes ont été condamnés à mort pour faits de Résistance selon le jugement du tribunal militaire allemand (la Feldkommandantur 752). Voici la liste de ces derniers communiquée au Préfet du Finistère :Ils ont été exécutés sur les dunes de La Torche en Plomeur. On y trouve cette plaque commémorative.

Les 15 victimes ont ensuite été inhumés provisoirement au cimetière de Plobannalec en attendant que le carré des fusillés qui leur est consacré soit disponible au cimetière de Lesconil.

Les 15 résistants de Lesconil, fusillés à La Torche en juin 1944

Pour ne pas oublier… En 1944 les troupes allemandes d’occupation fusillèrent des hommes qui avaient osé s’opposer à la barbarie et qui voulaient libérer leur pays..

Monument des Fusillés de La Torche

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Ce monuments érigé, à l’origine, à l’endroit même où les Résistants ont été fusillés, a dû être déplacé trois fois du fait de l’érosion de la dune par la mer, pour être enfin placé derrière la Pointe même de la Torche, plus à l’abri des assauts de l’Atlantique.

Inhumation provisoire des Fusilles au Cimetière de Plobannalec

Plobannalec est le bourg rural de la commune de Plobannalec-Lesconil.
Lesconil est l’agglomération maritime de la commune. Chacune des deux localités dispose de son cimetière .

Après le départ des Allemands, la foule des parents et amis au vieux cimetière près de l’église de Plobannalec lors de la cérémonie qui suivit l’exhumation des fusillés de La Torche.

Les cercueils des fusillés avaient d’abord été déposés à Lesconil dans une dépendance de l’usine Billet avant la cérémonie à Plobannalec.

Dans l’attente d’une réorganisation du cimetière de Lesconil en vue d’inhumer les Fusillés et autres victimes dans un même carré central (cf article de Roland Passevant), ceux-ci, dès leur exhumation de la dune de la Torche, fin 1944, ont donc été inhumés provisoirement dans l’ancien cimetière de Plobannalec ( il en existe un nouveau) dans l’attente de leur transfert à Lesconil..

les résistants présentent les armes à leur camarade Lucien, fusillé à La Torche, lors de la sortie de l'église de Plobannalec
Les résistants présentent les armes à leur camarade Lucien, fusillé à La Torche, à l’entrée de l’église de Plobannalec

Plobannalec, la foule devant l'église
Plobannalec, la foule devant l’église

La photo, que je trouve (Jean Kervision), pour ma part, magnifique, est une petite photo Kodak prise du haut du clocher de l’église de Plobannalec au centre du vieux cimetière.
Un fils de fusillé, en l’occurrence M. Jean-Paul Le Béchennec, fils de Corentin l’a agrandie et m’en a confié un exemplaire. La plupart des femmes présentes portent le costume bigouden, en particulier la fameuse coiffe ( içi, précisément, la coiffe de deuil ), aujourd’hui pratiquement disparue.

La foule au cimetière de Plobannalec

 

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La foule au cimetière de Plobannalec