La responsabilité des gouvernements français et anglais dans la montée du fascisme

 De nombreux lanceurs d’alerte ont mis en garde contre la montée du fascisme et la lâcheté des dirigeants français et anglais.

1933

Les livres de Bertold Brecht sont brûlés sur la place publique. Les autorités « occidentales » ne s’en émeuvent pas.

1935

Paul Vaillant Couturier, le 4 octobre 1935, fustige les Accords de Rome, « que nous seuls, communistes, avons refusé de contresigner« , et qui donnent les mains libres à l’Italie : « Le feu est mis à l’Éthiopie, et maintenant Mussolini menace de mettre le feu au monde entier (…) Mussolini libre de bafouer la conscience universelle, la loi de la jungle reconnue comme la seule règle internationale, c’est demain Hithler se jetant sur la Lituanie, sur l’Autriche, sur la Tchécoslovaquie, sur l’Alsace, sur la France… »

1936

Dès 1933, l’écrivain allemand Klaus Mann court le monde pour signaler le danger : « Nous rassemblons ceux qui aspirent à un avenir humain, et non à l’apocalypse », ceux qui « veulent servir la pensée » plutôt que le « pas cadencé des parades militaires qui mènent à la mort par asphyxie ». Mais les grandes nations laissent Hitler monter toujours plus en puissance. Mann se désespère de voir attribuer les jeux Olympiques de 1936 à Berlin. « Quand on aime la paix, on ne doit pas pratiquer la politique de l’autruche, car c’est elle qui mène à la guerre(…). Quand on aime la paix, on ne va pas assister à des festivités sportives de propagande dans un pays où tous ceux qui ne pensent pas comme la clique au pouvoir sont réduits au silence, proscrits ou assassinés. » La guerre « européenne » d’Espagne tout juste déclenchée lui donne hélas raison.

Lorsque la guerre éclate en juillet 1936 en Espagne, le poète chilien Pablo Neruda, alors consul à Madrid, défend la jeune République. Trois ans plus tard, en exercice à Paris, il est la cheville ouvrière de l’exil de plus de 2000 républicains embarqués à bord du Winnipeg.

On se bat en Espagne depuis juillet. Louis Aragon, Elsa Triolet et deux écrivains émigrés d’Allemagne, Regler et Stern, partent pour Madrid à bord d’un camion gris transportant une petite imprimerie et un projecteur de cinéma. Tout cela donné par l’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture, créée au congrès de Paris en 1935. Aragon et Elsa sont accueillis par Rafael Alberti, rencontrent Neruda. Malraux est là, lui aussi. La délégation rencontre l’Alliance des intellectuels antifascistes pour la défense de la culture, parcourt la ligne de front, participe à un meeting le 25 octobre. Il déclare que « la France s’est déshonorée (…) en ne retenant pas la main du fascisme ». À son retour, avec Jean-Richard Bloch, il demande en vain une entrevue à Léon Blum pour lui demander de renoncer à la non-intervention. Bloch avait déjà rencontré le premier ministre du Front populaire en août. Blum avait hésité. Il n’hésite plus. Il a abandonné à son sort la République espagnole et laissé à Hitler et Mussolini un magnifique banc d’essai.

1937

Anna Seghers, écrivaine allemande, juive et communiste, rédige en 1937 un roman appelé à avoir un grand retentissement, La Septième Croix décrit les atrocités perpétrées dans les camps de concentration nazis avant le déclenchement de la guerre.

1938

Dans les colonnes du journal l’Humanité et à la tribune de la Chambre des députés, le journaliste et député communiste Gabriel Péri s’est imposé comme le principal pourfendeur de la politique veule de Londres et de Paris vis-à-vis d’Hitler, de la non-intervention en Espagne aux accords de Munich.

Pour lui, à son retour d’Espagne en 1936, : La non-intervention en Espagne, « l’une des plus lourdes erreurs diplomatique », rappelant qu’elle  est ouvertement niée par l’Allemagne (hitlérienne), l’Italie (mussolinienne) et le Portugal (salazariste). Il expose clairement à la chambre devant le président du Conseil Léon Blum tous les aspects d’une autre orientation politique possible en matière de politique étrangère, à la fois pour servir la paix et garantir les intérêts de la France.

Fin Février 1938, Gabriel Péri s’alarme à nouveau des conséquences de cette politique qualifiée pour l’occasion de « licence accordée à l’esprit d’agression », et pose cette question lancinante : « Quelle (nation) sera la prochaine Espagne ? ». Quinze jours plus tard, l’Allemagne annexe l’Autriche, sans aucune réelle réaction de la part de la France ou de l’Angleterre.

Quatre mois plus tard, la Tchécoslovaquie est contrainte de céder à l’Allemagne une partie de son territoire. Gabriel Péri prononce à la Chambre des députés un impitoyable réquisitoire contre la politique étrangère du gouvernement Daladier :
« Ne baptisez pas cela du nom de la paix. La paix n’a rien à voir avec ce triomphe de l’égoïsme de classe. La paix, cela veut dire faire oublier la page sombre que vous venez d’écrire, arrêter le glissement, desserer l’étreinte sur l’Europe centrale et sur les Pyrénées, rendre aux peuples qui l’ont perdue la confiance dans la signature de la France. C’est à cet effort, quant à nous, que nous allons nous consacrer. »

Le refus d’aider la République Espagnole

Août 1936, Léon Blum signe un pacte de non-intervention, alors que le fascisme attaque l’Espagne du Front populaire

Le 18 juillet 1936, un coup d’état militaire factieux, avec le soutien de l’Église et de la droite, s’attaque à la République d’Espagne élu légalement par les urnes en février 1936. Aussitôt, en août 1936, en France, Léon Blum, dirigeant socialiste et chef du gouvernement de Front populaire (composé uniquement de socialistes et de radicaux), signe un pacte de non-intervention avec la Grande-Bretagne dans la guerre civile qui s’ouvre dans la patrie-soeur. L’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste ont les coudées franches pour soutenir les fascistes espagnols du général Franco.

À l’interdiction d’envoyer des troupes sur le sol espagnol s’ajouta celle d’y acheminer du matériel militaire. Ainsi, la première œuvre du pacte de non-intervention fut de dresser une liste du matériel prohibé à l’exportation en Espagne. Celle-ci avait un certain souci d’exhaustivité puisque tout le matériel létal possible était sous le coup d’une interdiction. Il ne restait rien, des bombes aux munitions, des chars aux avions, en passant par toutes les armes de tir, qu’on ne pouvait livrer en Espagne, excepté des uniformes, les équipements de protection (masques à gaz et casques) et les avions civils. Par la même occasion, la non-intervention privait l’Espagne républicaine de son statut d’État de droit en lui interdisant de se procurer du matériel militaire à l’étranger. Surtout, cette dernière fut ainsi mise à pied d’égalité avec les insurgés, dont on reconnaissait implicitement le statut de belligérant. Le 8 août 1936, l’adoption de la non-intervention fut aussi la preuve d’un très net infléchissement de la posture du gouvernement du Front populaire français. Léon Blum, qui avait pourtant décidé dans les premiers jours d’une aide discrète à l’Espagne républicaine, revint sur sa position et participa à la mise en place d’une politique plus proche des intérêts du gouvernement anglais.

Pour contourner partiellement cette interdiction, le PCF et l’Internationale communiste créèrent une compagnie de navigation, France Navigation, qui transporta des armes de Mourmansk vers l’Espagne. Cela n’eut pas hélas un effet suffisant face à la force militaire de l’Allemagne et de l’Italie.

Les honteux accords de Munich en 1938

Les accords de Munich furent signés entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie représentés respectivement par Adolf Hitler, Édouard Daladier, Neville Chamberlain et Benito Mussolini (qui s’était commis en intermédiaire) à l’issue de la conférence de Munich, tenue du 29 au 30 septembre 1938.
Les Occidentaux abandonnent ainsi la Tchécoslovaquie à Hitler dans l’illusion de sauver la paix.
Une alliance avait été instaurée entre la France et la république de Tchécoslovaquie. Mais avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, un second traité allait sceller l’avenir de cette jeune république. Effectivement, en septembre 1938, furent signés les accord de Munich. Sans la présence des tchécoslovaques.

Ce sont ces accords qui livrèrent la Tchécoslovaquie à Hitler et ouvrirent la porte de la Pologne aux nazis.

La capitulation de Daladier et Chamberlain lors des Accords de Munich, fin 1938

Chamberlain (Royaume Unis), Daladier (France), Hitler (Allemagne), Mussolini (Italie) signent le 30 septembre 1938 les accords de Munich

Après la signature des accords, à son retour en France, Daladier imagine qu’il sera hué pour avoir cédé à Hitler, les accords de Munich octroyant aux nazis une partie de la Tchécoslovaquie sans contreparties significatives, hormis des promesses de paix. À sa grande surprise, il est acclamé à sa sortie de l’avion au Bourget par une foule qui le perçoit comme le sauveur de la paix. Il aurait alors marmonné devant le diplomate Alexis Leger : « Ah les cons ! S’ils savaient »

Des patriotes lucides demandent la démission de Daladier :