Meihl Corroac’h

DE TRÉMEOC A MEIHL CORROAC’H

Au cours des opérations répressives menées par les Allemands dans le canton de Pont-L’Abbé, un groupe de FTP prend le maquis à Tréméoc, d’abord sous le commandement d’ «Alex» ( sans doute Corentin LE FLOCH , de Quénéven ) , puis de Jean-Marie HENVIC qui vient de Guiscriff ( Morbihan). Le groupe, très mobile, comprend Emile Le ROY, de Pont-L’Abbé, Vincent-Etienne NEDELEC, Rodolphe PERON, Christian THOMAS, Emile COSSEC de Léchiagat, Pierre TANNEAU de Guilvinec .

Ils exécutent quelques sabotages, notamment sur la voie de chemin de fer de Pont-l’Abbé à Quimper. Leur armement est hétéroclite .

Le 4 août, NEDELEC transmet à ses camarades restés au Guilvinec l’ordre de rejoindre le maquis. Rodolphe PERON l’accompagne. A Saint-Jean Trolimon – il fait nuit, mais il y a clair de lune- ils tombent sur une colonne d’Allemands dont certains montés sur des charrettes de paysans. On les fait monter dans un des véhicules. Péron parvient à cacher sous une couverture le révolver qu’il porte sur lui. A l’entrée de Pont-L’Abbé, les deux hommes doivent précéder le convoi, en tenant les mains en l’air. En fin de compte, ils sont relâchés, non sans avoir reçu des coups. Ils poursuivent alors leur mission.

Répondant à l’appel de Nédélec, les hommes arrivent dans la campagne de Meil-Corroarc’h, en Plomelin et se répartissent dans les bosquets environnants. Au départ, ils étaient environ une vingtaine, la plupart recrutés à Léchiagat par l’instituteur Durand : un engagement qui pour certains remontait à 1942 : Rodolphe Péron connu des services de police alle­mande, Jean Larnicol, Georges Adam, Etienne Nédélec, Guillaume Le Brun, Marcelin Le Rhun, Albert Larzul, Christian Thomas, Corentin Rolland.

La mobilité étant essentielle au maquis, ils changeaient souvent de place pour la nuit. Bien reçus dans les fermes malgré les risques qu’ils faisaient prendre à leurs hôtes, ils travaillaient parfois aux champs.

Il est utile de préciser qu’après les rafles opérées au Guilvinec et Léchiagat en juin 44, plusieurs F.T.P. considérés comme « ter­roristes » ne se sentaient plus en sécurité. Pierre Tanneau dormait dans la cabane d’une carrière de Tréméoc et travaillait le jour dans la ferme voisine. Plusieurs fois les Allemands virent le chercher à son domicile. Le groupe de Léchiagat séjournait près de l’étang de Corroac’h tout en faisant quelques retours deux par deux dans leur port d’origine, au risque d’être interceptés. Vinrent rapidement s’y ajouter les Guilvinistes Isaac Stéphan « l’infirmier », Louis Coupa et Henri Cloarec libéré de la prison de St Charles et, somme toute, bien courageux. En outre, plusieurs Pont­-l’Abbistes dont Jean Pensec et Gaston Mavic, deux « étrangers », Alex de Guiscriff et Jean Marie HENVIC de Scaër , leur chef, et deux Russes déserteurs.

Joseph Quillec
Joseph Quillec

Ces « maquisards » reproduisaient des tracts anti­-allemands ou contre le marché noir (Jean-Marie Trébern de Pluguffan) qu’ils affichaient aux portes de mairies environnantes. Le temps se passait à aider les paysans mais aussi à surveiller la départementale voisine et les allées et venues des Allemands. Ils possédaient peu d’armes, quelques grenades, quelques revolvers provenant des conteners de Léchiagat. Très rapidement, c’est autour du Moulin de Meihl Corroac’h tenu par Joseph QUILLEC et sa famille que ces maquisards se concentrèrent .En effet, cette famille généreuse leur offrait parfois le gîte mais beaucoup plus souvent le couvert sans aucune compensation financière .

Une sortie imprudente de 4 d’entre eux aboutit à une halte au bistrot de « l’Avantage » de Plomelin. Tout à coup le patron les prévint que trois feldgendarmes venaient de stopper devant la maison et descendaient rapidement de leur voiture.

Jean Marie bondit aussitôt par la fenêtre, Georges Adam qui portait sur lui un révolver le jeta dans un placard en cas de fouille. Les feld­gendarmes qui s’étaient simplement arrêtés pour consommer virent le geste et firent une fouille en règle. « Français grosse artillerie » dit l’un d’eux en ceinturant Georges Adam. Ce dernier et Alex furent conduits à Quimper et l’on ne les revit plus. Georges Adam partira en déportation dans le dernier convoi. Il semblerait qu’Arsène Coïc l’ait aper­çu à Buchenwald. Le 4ème F. T.P. Rodolphe Péron, mêlé aux autres consommateurs, fut fouillé, inter­rogé, mais relâché !

Cela ne brisa pas l’ardeur des maquisards qui, malgré les risques, ne se dispersèrent pas dans la nature. Le maquis se modernisa puisqu’un « téléphone volant » fut installé directement sur la ligne qui longeait la voie de chemin de fer. Des nou­velles, des ordres pouvaient être ainsi reçus de Pont-l’Abbé. « L’Etat-major » de la Résistance pont-­l’abbiste prévint le groupe que les Allemands se préparaient à quitter la ville et qu’un convoi de munitions et de troupes devait se diriger vers Quimper. L’ordre d’insurrection générale en Bretagne ayant été donné par la BBC (« le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros?« ) pour faciliter l’arrivée des Américains et empêcher le regrou­pement de l’ennemi, le maquis de Corroac’h pou­vait agir et participer à l’hallali en attaquant le convoi en rase campagne.

Dans la nuit du 4 au 5 août, une embuscade fut tendue près du virage sud de l’étang. Les F.T.P. ne disposaient que de 3 fusils, de quelques révolvers mais possédaient de nombreuses grenades prove­nant de Pont-l’Abbé. Ne connaissant pas l’heure du passage, le groupe se sépara en deux. La première moitié attendit. Un convoi de 7 camions bourrés d’Allemands précédé d’un side-car se présenta à 1 h du matin dans le secteur choisi. Les grenades plurent sur les premiers véhicules qui stoppèrent. M. Quillec fit même le coup de feu avec son fusil de chasse. Les Allemands aussitôt mirent une mitrailleuse en batterie ce qui obligea les assaillants à se replier. Pas question de les poursuivre dans la nuit ; le convoi préféra rebrousser chemin, passa le bac à Sainte-Marine mais fut de nouveau attaqué à Bénodet. Le lendemain du sang noir sur la route montrait que les fuyards avaient subi des pertes. Chez les F.T.P., un blessé. Une plaque a été récemment apposée à Corroac’h pour rappeler ce fait d’armes de la Résistance.plaquegorrarch

Les Allemands partis , le « Bataillon Bigouden » sous les ordres de Corentin KERVEILLANT, officier marinier promu lieutenant, cantonne ensuite à Pluguffan où se forment deux compagnies. L’une sous les ordres de Jean-Marie HENVIC, l’autre d’Albert DURET de Pont-L’Abbé. Les hommes interviennent à Tréguennec le 12 août où des marins allemands sont faits prisonniers. Participent également à cette opération, la Compagnie de Plogastel-Saint Germain ainsi que l’unité de FFI commandée par le Capitaine Louis LE DREZEN, officier de réserve de Léchiagat.

Le bataillon portera désormais le nom d’Antoine VOLANT ( du nom d’un Résistant abattu par les Allemands près de la chapelle de Plonivel en Plobannalec – cf article sur les Fusillés de Lesconil)

Pour la suite de ces événements voir l’article de Pierre-Jean Berrou :
«
La Résistance – La Libération au Guilvinec-Léchiagat »


TOUTE UNE FAMILLE DANS LA RESISTANCE
HOMMAGE A LA FAMILLE QUILLEC

Le neuf août 1991, à l’initiative de Vincent-Etienne NEDELEC , une stèle du souvenir était mise en place à proximité du moulin de Meil Corroac’h . Cette cérémonie rassemblait une centaine de personnes dont de nombreux anciens Résistants et leurs familles, des représentants d’associations patriotiques et leurs drapeaux ainsi que de nombreux élus dont le Maire de Combrit, maître d’œuvre de ce monuments du souvenir. Auparavant V.E.Nédélec et quelques résistants s’étaient rendus au cimetière de Plomelin, pour déposer, en compagnie de la famille Quillec, une gerbe sur la tombe de M Joseph QUILLEC décédé en 1970. Mme Marie Quillec se voyait remettre, quant à elle, une gerbe de fleurs ainsi que la médaille de la commune de Combrit.

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Inauguration de la stèle , tout à fait à droite , le maire de Combrit, à sa gauche V.E.Nédélec

Vincent Etienne Nédélec, dans une brève allocution regrettait qu’aucune récompense n’ait été proposée à la famille Quillec : «  Après 45 ans passés depuis la fin de la guerre je voudrais rendre un vibrant hommage à la
famille QUILLEC, à Madame Quillec mère, à son défunt mari, à ses enfants. Ils ont pris des risques considérables en hébergeant clandestinement des dizaines de maquisards et on peut imaginer les difficiles moments passés par la famille Quillec, tant sur le plan de la sécurité, de la vie de tous les jours, constamment perturbée par la présence et le passage des Résistants. Toute la famille, sans exception, a participé d’une certaine façon à renseigner, aider, assister ces hommes. Tout ceci est tombé dans l’oubli sans qu’aucun dédommagement matériel n’ait jamais été proposée à cette famille littéralement ruinée par l’assistance quotidienne qu’ils apportaient aux Résistants, assistance, il est vrai, volontairement acceptée par les Quillec. Les descendants de cette famille peuvent être fiers du comportement courageux dont ont fait preuve leurs anciens sous l’occupation allemande »

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Mme Quillec mère et ses enfants

V.E Nédélec remerciait alors une nouvelle fois la famille : Mme Jeanne Quillec, la mère, et ses enfants, Mme Renée Queffurus, Mme Voquer Françoise, M.Joseph Quillec fils et M.Alain Quillec.

diplome_quillecjosephffi_quillecjosephA noter , concernant les deux documents ci-dessus, que Joseph Quillec , de son vivant, s’est toujours refusé à solliciter quoi que ce soit, ni compensation financière pour avoir hébergé les Résistants, ni décoration. Le témoignage de reconnaissance et le diplôme lui ont été accordés à la demande de son fils aîné après son décès.

La première partie de cet article a été rédigé à partir d’un article paru dans « Le Finistère dans le guerre » de Georges-Michel Thomas et Alain Legrand . Quant à la partie concernant la famille Quillec, nous l’avons préparée grâce à de nombreux documents ( manuscrits dus notamment à V.E Nédélec , articles de presse de l’époque, photos et autres documents divers) que nous a confiés Alain Quillec , le plus jeune fils de la famille ( qui avait 10 ans au moment des faits). Qu’il en soit remercié.
Jean Kervision

Les années noires du pays bigouden

Le 20 juin 1940, le déferlement des troupes allemandes, dans sa progression foudroyante vers l’ouest, parvient en bout de course, jusqu’à notre pays bigouden. Un baroud d’honneur l’a un peu retardé devant LORIENT, mais à QUIMPER , les troupes maigres, disparates, inopérantes, sont restées dans leur caserne.

C’est dans une stupeur paralysante que la population vit le début de l’occupation. Routes et rues se sont vidées. Derrière les rideaux des fenêtres, des regards angoissés fixent les uniformes felgraü, tandis que résonnent les lourdes bottes et que montent les chants orgueilleux et scandés.

PONT -L’ABBÉ ne constitue pas un centre stratégique notable. Nos ports-abris, inaptes à recevoir des bateaux de guerre, mais dotés d’une flottille de pêche importante, constituent avec la surveillance côtière le seul objectif puissant. Aussi, dès l’abord, le dispositif des troupes allemandes est-il assez léger, de l’ordre d’un bataillon. A PONT-L’ABBÉ, les principaux bâtiments scolaires sont accaparés : l’Ecole Primaire Supérieure et le Collège Saint-Gabriel qui va abriter la Kommandantur, avec le Bureau général et la prison. Les troupes sont réparties entre Lestréminou, en PLOMEUR, PLO­BANNALEC et Trévannec en PONT-L’ABBÉ. De petites garnisons sont distribuées le long du littoral pour appuyer l’action de la Gast (police des ports plutôt que douane).

La cohabitation de l’occupé et de l’occupant s’installe. Le travail a repris, les commerces sont ouverts. Des soldats, ayant échappé à l’internement, retrouvent leur famille. D’autres, hélas, sont cueillis chez eux et conduits. dans des camions à la caserne de la Tour-d’Auvergne à QUIMPER. Ils ne pressentent pas que les stalags vont les retenir pendant cinq ans.

Bien vite, la botte de l’occupant va se faire plus lourde. Dans nos ports, la vie va souffrir de la limitation de plus en plus sévère des jours et horaires de sorties, de l’insuffisance de carburant, de la désorganisation des moyens de trans­port et du contrôle de plus en plus pointilleux et méfiant de la Gast à la sortie comme à la rentrée au port. La fouille devient une règle.

Malgré cela, dès le 22 juin 1940, à bord du « Korrigan », vingt patriotes gagnent l’Angleterre. Quatre d’entre eux, des Guilvinistes, vont établir un véritable service régulier, et embarquer, à TRÉBOUL, à huit reprises, des volontaires pour les Forces Françaises Libres, à bord du « ROANEZ AR PEOC’H ». Le 24 juin, le « Notre-Dame de Bon Conseil », un sar­dinier de 20 pieds de quille, doté d’un moteur Beaudoin de 22 cv à essence, pouvant également marcher à la voile, quitte à minuit et demie le port de KERITY avec huit hommes à bord, tous de PENMARC’H. Après 55 heures de traversée, deux journées et deux nuits pendant lesquelles il aura fallu pomper sans arrêt, sans manger ni boire, la pinasse aborde à Sainte-Mary’s, des Iles Scilly. C’est l’Angleterre et la liberté. Deux des huit hommes sont encore vivants. Parmi les dispa­rus : Julien DUPUIS, tué le 12 septembre 1940, lors de l’expédition malheureuse de DAKAR, sera l’un des premiers résistants fait Compagnon de la Libération à titre posthume.

Contre l’occupant, dont la brutalité et la morgue grandissent progressivement, au fur et à mesure que le sort des armes tourne en sa faveur et contre le nazisme, des actes isolés de rébellion : le 20 novembre 1940, un marin-pêcheur de SAINT-GUÉNOLÉ, Francois PÉRON, âgé de trente ans, est arrêté pour avoir porté un coup de poing à un sous-officier, commandant une patrouille, en riposte à un coup de crosse. Condamné à mort, repris après une tentative d’évasion de la maison d’arrêt de Quimper, la jambe brisée, il est enfermé dans une cellule avant d’être hospitalisé à Quimper, puis à Concarneau. « C’est près de cette ville, dans le domaine de Kériolet, que les Allemands fusillent François PÉRON, le 25 février 1941, allongé sur un brancard, à cause de sa blessure. L’évasion dramatique de PÉRON, les circonstances de son exécution, la première en date dans la région de Quimper, frappent et indignent l’opinion publique. D’aucuns révi­sent leur jugement sur les .Allemands « corrects ». (« Le Finistère dans la guerre », de G.M. Thomas et A. Le Grand.)
F. PÉRON sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume par le Général de Gaulle. .

En 1941, le « Vincent-Michelle » en juillet, et le « Veach Mad », en novembre, conduisent à des sous-marins des patriotes français, non sans difficultés. Fait intéressant, le « Vincent-Michelle », de Saint-Guénolé-Penmarc’h, ramène de sa mission des postes émetteurs qui manquent cruellement aux réseaux de renseignements qui, petit à petit, s’organi­sent. Manquent aussi des armes et des munitions. Pour le compte des F.T.P .F. le côtre  » Audacieux » reçoit des containers transbordés du N51 de Daniel LOMENECH, au large de Belle-Ile. Il les transporte jusqu’aux approches de Penfret aux Glénan, où il les mouille. « L’Entre-Nous » chargera quatre. containers et pourra les débarquera au quai de Léchiagat, grâce au sang-froid du matelot Guillaume BODÉRÉ, lors du contrôle de la Gast. Deux barques: le « Saint-Tudy » et « L’Exploité des Mers », vont amener les autres containers au fond du port de Lesconil. A partir de novembre 1942, un bateau concarnois, le « Papillon des Vagues », fait parfois escale à Saint-Guénolé. C’est que, sur 6 hommes d’équipage, quatre sont du coin: les frères René et Armand CARVAL, Michel LE GARS, Alain HELIAS. Il est l’un des maillons du réseau CND.CASTILLE que le Colonel REMY a réussi à tisser et qui, sous le nom de code « NARVAL » et chaque fois que « Denise a les yeux bleus« , ,à la B.B.C., accomplira une liaison en mer avec un sous-marin anglais avant que, le 23 décembre 1943, la Gestapo n’arrête sur les quais de Concarneau tout l’équipage qui sera déporté au sinistre camp de MAUTHAUSEN.

Fin 1943, des résistants transportent au château d’eau de Pont-l’Abbé, pour le compte de « Libé-Nord », deux camions d’armes et de munitions, parachutées près de la forêt du Cranou. Cette opération. est contrôlée par le Colonel BERTHAUD, dont la famille est repliée à Pont-l’Abbé. Progressivement, la Résistance se structure dans divers mouvements et réseaux. Sont actifs dans le canton: les mouvements « Libération-Nord », dont le groupe originel s’est constitué autour de quelques instituteurs de Pont-l’Abbé, « Vengeance », commandé régionalement par les frères DUPOUY, jusqu’à leur déportation en Allemagne d’où ils ne reviendront pas, les F.T.P.F. rangés autour de Daniel TRELLU (futur Colonel CHEVALIER) et qui vont fournir des résistants au maquis de Spézet.

Un fait très grave : l’arrivée à Pont-l’Abbé, début 1944, d’un régiment essentiellement caucasien. La situation devient tendue… L’ennemi rendu nerveux par ses dures défaites et la prescience du grand débarquement allié, sait par ailleurs que la Résistance se renforce. Des coups de main l’avertissent que les « terroristes » guettent le moment de la lutte armée. Dans le canton, le groupe « Vengeance » est décimé. Plusieurs de ses membres sont déportés en Allemagne. Un peu plus tard, de féroces représailles vont faire de Plobannalec-Lesconil et de l’Ile-Tudy deux bourgades martyres.

Le 6 juin 1944, un fort groupement F.T.P.F. occupe prématurément Plomeur, y fait quatre prisonniers ennemis qui sont conduits et internés à Plonivel. Ils vont être libérés par les Allemands alertés et renseignés, le 9 juin. Ce jour-là, les deux frères VOLANT sont abattus, et une série de rafles impitoyables, jusqu’au 19 juin, va terrifier la population. 38 jeu­nes hommes sont arrêtés, dont 16 sont fusillés à la Torche, en Plomeur, du 15 au13 juin. Un autre est fusillé au Collège St-Gabriel, tout comme un otage de Plomeur, son Maire, Louis MEHU. Deux des déportés du camp de Dura vont y périr. Au total, vingt-huit de ses enfants vont s’inscrire au martyrologe de Lesconil.

Dans la même période, la population de 1’Ile-Tudy est plongée dans le malheur. Tout s’est mis en place le 2 février 1944 avec l’opération « Dalhia » au coeur de laquelle se trouve Yves LE HENAFF(« Fanfan »). Dans la nuit sombre et venteuse, une pinasse noire, assez ancienne, le « Jouet des Flots », mouillée devant la Grande Grève de L’Ile-Tudy, reçoit sa cargaison amenée par quatre marins-pêcheurs : au total 32 hommes dont 26 doivent être conduits au large de l’Ile de Sein pour y être embarqués sur un escorteur britannique qui les transportera en Angleterre. Parmi eux, deux personnali­tés éminentes de la Résistance: Pierre BROSSOLETTE et Emile BOLLAERT qui rentrent à Londres, porteurs de messa­ges importants destinés au Général de Gaulle; de même le futur Général JOUHAUD ; d’autres notabilités françaises ou anglaises, et 10 aviateurs alliés tombés sur notre territoire ou même à l’étranger et qui doivent reprendre le combat. La mer est forte, surtout après Penmarc’h, et dès le début la quille a talonné la roche. A mi-chemin de Sein, le bateau fait eau et la situation s’aggrave: le moteur est noyé tandis que l’on s’approche de la dangereuse Chaussée de Sein. La voile est montée, mais emportée par lc vcnt. Grâce à un matelot courageux, une drisse est passée en haut du mât, ce qui permet de conduire le  « Jouet des Flots » dans les rochers des accores de Plogoff, à Feunteun an Aod. Le débarquement est dramati­que mais réussi… et le  » Jouet des Flots » vite disloqué, coule. L’accueil de Plogoff est chaud, mais il faut vite se disperser. Treize résistants sont arrêtés par les Allemands soupçonneux, dont Brossolette, Bollaert, Yves Le Hénaff, seul Bollaert survivra à la guerre.

Plusieurs mois plus tard, trois marins-pêcheurs de l’Ile-Tudy sont pris dans une vaste rafle à Combrit et Plomelin, le 19 juin. Deux d’entre eux ne reviendront pas. Le lendemain, avant l’aube, une rafle implacable s’abat sur l’Ile-Tudy où presque tous les jeunes résistants sont arrêtés. Ils vont rejoindre le camp de concentration de DORA, pour un cruel des­tin. Seize victimes, c’est énorme pour la petite commune de l’Ile-Tudy. Parmi eux, deux avaient participé au dernier voyage du  « Jouet des Flots ».

Les autres communes du canton ont été relativement épargnées (Pont-l’Abbé a perdu 8 fusillés ou déportés).

Beaucoup ont survécu grâce au patriotisme de notre population, et spécialement des paysans, qui ont abrité le maquis. Grâce aux mairies où la Résistance fut presque de règle.

Après que les Allemands en fuite aient fait sauter des munitions dans un train en gare de Pont-l’Abbé, comme dans un camion près du Château, la Pays Bigouden est libéré.

Deux bataillons F.F.I. apparaissent: le « Bataillon Bigouden » et le .’Bataillon Antoine Volant ». Le Bataillon Bigou­den a été rejoint par des déserteurs: 29 Russes, 3 aviateurs polonais et 3 Allemands. S’y insère une section de Républi­cains espagnols. L’une de ces compagnies est recrutée à Plonéour, hors du canton de Pont-l’Abbé. Le 12 août, une action à Tréguennec coûte aux Allemands deux morts en combat et 72 prisonniers. A la mi-septembre, le Bataillon Bigouden par­ticipe au siège et la prise des casemates de Lézongar, à Audierne, faisant 60 prisonniers remis aux Américains, tandis que le Bataillon Antoine Volant est engagé dans la réduction de la poche de Crozon. De la fin du mois de septembre 1944 jusqu’au 8 mai 1945, chaque bataillon fournit une compagnie pour combattre sur le front de Lorient. La compagnie qui émane du Bataillon Bigouden y perd, entre autres, son capitaine, Louis LE DREZEN, tombé en opération.

D’autres des nôtres combattent et parfois meurent dans d’autres unités, dont un dans la 1ère Armée.
Notre canton bigouden a chèrement payé son patriotisme.

Louis LE CORRE.

Pierre-Jean BERROU

Pierre-Jean Berrou

Pierre-Jean Berrou, né le 4 avril 1930 à Guilvinec dans le Finistère, est un historien français spécialisé dans le pays Bigouden.

Pierre-Jean Berrou est fils et petit-fils de marin-pêcheur. Entré à l’École normale de Quimper en 1946, il devient d’abord instituteur puis professeur de collège (PEGC). Élève de l’université de Brest, il passe l’agrégation de géographie en 1972. Ses travaux portent à la fois sur la géomorphologie, la préhistoire et l’histoire du pays Bigouden.

Ses recherches portent, dans un premier temps, sur la géomorphologie du littoral breton. Son mémoire de maîtrise concerne le Sud-Finistère « l’étude sédimentologique et géomorphologique des dunes du littoral de la Baie des Trépassés à la Pointe de Raguenez en Clohars-Carnoët » (1971).

Il participe à de nombreuses fouilles archéologiques avec Pierre-Roland Giot, dont il était le correspondant dans le Sud-Finistère. À ce titre, il découvrit plusieurs sites de surface dans le Pays Bigouden, le plus souvent des sites épipaléolithiques. Il participa aux découvertes des sites mésolithiques dans la région de Plovan sur la période 1964-1970. Il rédigea notamment avec Pierre Gouletquer un article sur le mésolithique de Plovan publié dans la revue SPF (Société préhistorique française) en 1973.

Il a entrepris également la rédaction d’études relatives à l’Histoire de sa ville natale, Guilvinec. Parmi ses thèmes privilégiés, l’on peut distinguer l’évolution de la pêche, la ville pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’origine de la population guilviniste. Il rédigea ses études en étant à l’écoute des témoins ou acteurs locaux (patrons-pêcheurs, marins, ouvrières d’usine, Résistants de la France Libre et de la France occupée…).

Géomorphologie

  • Revue Penn ar Bed no 43 « Une plage Fossile à Penmarch », 1965
  • Granulométrie des sables dunaires du Finistère Sud, 1972 (Avec Jean-Claude Bodéré)

Préhistoire

Histoire

  • Hier Le Guilvinec-Léchiagat livre d’Histoire illustré, Collection Mémoire, Éditions Châtain, 1994

Articles du bulletin municipal Ar Gelveneg :

  • BM no 1 Comment le Guilvinec est devenu commune indépendante, Imprimerie du Marin, Plomeur, 1984
  • BM no 2 Les guilvinistes volontaires de la France Libre, 1985
  • BM no 3 Le village du Guilvinec en 1940, 1986
  • BM no 4 Les grandes rafles de juin 1944 Guilvinec-Léchiagat, 1987
  • BM no 5 Le Guilvinec, Léchiagat…au temps de la Révolution, 1988
  • BM no 6 Les débuts de l’Union Sportive Guilviniste, 1989
  • BM no 7 Les grandes fêtes des langoustines, 1990
  • BM no 8 À l’abri du marin du Guilvinec, autrefois, 1991
  • BM no 9 L’origine des habitants du Guilvinec 1840-1881, Martoloded ar Guelveneg, 1992
  • BM no 10 Une pêche disparue au Guilvinec, la pêche du maquereau de dérive, 1993
  • BM no 11 La Résistance et la Libération au Guilvinec, 1996
  • BM no 12 Migrations guilvinistes à Quiberon dans les années 30, 1997
  • BM no 13 Migrations guilvinistes vers les portes du Sud II, 1998
  • BM no 14 120 ans d’Histoire du Guilvinec, 1999

Dans la revue Cap Caval : Histoire, Ethnologie, langue et culture bretonne :

  • Revue nos 2 et 3 Les douaniers du Guilvinec et leurs descendants, 1984
  • Revue no 4 Mousse au Guilvinec au début du siècle
  • Revue nos 7 et 8 Les fusillés marins bigoudens de la « France libre »

Le partage des connaissances .

En 2002, sollicité par l’Amicale Laïque de Treffiagat- Léchiagat. Pierre-Jean accepte de servir de guide aux membres de l’amicale lors d’une « Balade Patrimoine » qui, tous les seconds dimanches du mois, conduit les participants à travers le Pays bigouden et au-delà, dans tous les sites remarquables, préhistoriques, historiques ou géologiques. Ces balades rassemblent le plus souvent entre 30 et 40 participants.

Pierre-Jean Berrou dans Wikipedia