Pourquoi la Résistance s’est particulièrement développée ici ?

Beaucoup de marins-pêcheurs ont refusé dès le début l’occupation allemande et se sont embarqués vers l’Angleterre suite à l’appel du général de Gaulle.

Quant au développement important et rapide des FTPF il s’explique par la présence active des communistes dans les années 30 en pays bigouden. Jean-Désiré Larnicol avait été élu maire de Tréffiagat et Marc Scoarnec maire du Guilvinec.
Il y avait déjà un tissu favorable, un maillage important du Parti Communiste.
Dans les années 30 les luttes sociales ainsi que les luttes contre les fascistes avaient soudé ces militants. Il y a donc eu de suite une entente, une complicité et une grande confiance.

Quelques grandes figures

Jean-Désiré  LARNICOL, né en 1909 à Tréffiagat.

Élu maire de Tréffiagat en 1935 sur une liste d’Union populaire (Plus jeune maire de France), il est alors convaincu par Alain Signor de rejoindre le PCF. En fin de 1939, il participe à la réorganisation du P.C.F dans la clandestinité après son interdiction par le gouvernement Daladier.

En début de 1941, il est contacté par Robert Ballanger pour la création, en Pays Bigouden, de groupes de l’O.S. du P C. (O.S. : Organisation Spéciale pour la protection, le sabotage et la lutte armée) . J.-D. Larnicol, avec Jean Le Coz, participe au tirage, sur une ronéo (petite machine à imprimer de bureau), de tracts et de petits journaux locaux ou à des retirages locaux de « La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime », l’hebdomadaire régional communiste, interdit en 1939 et qui reparaît clandestinement depuis mars 1941, en édition finistérienne à Lehan (v. Jean Le Coz).

En 1942, J. D. Larnicol est contacté par l’État-major du FN, dirigé par Charles Tillon, qui lui confie la mise en place d’une opération de transfert d’armes en provenance d’Angleterre

Il réussit à convaincre et rassembler quelques camarades et réalise avec eux un des plus brillants faits d’armes de la Résistance finistérienne, à savoir la récupération d’armes en provenance d’Angleterre,

J.D Larnicol est élu conseiller général du canton de Pont-L’Abbé de 1945 à 1949.

Jean LE BRUN,

Officier de radio en 37/38 à la Compagnie France Navigation créée par le PCF pour ravitailler en armes les républicains espagnols depuis Mourmansk.

Dans la clandestinité après 1940 il assura des liaisons radio secrètes avec Londres et avec le réseau l’Orchestre Rouge..

Arrêté en 1943 il est déporté à Buchenwald.

Ensuite il sera élu maire du Guilvinec pendant 3 mandats.

 

 

Guillaume BODÉRÉ

Il a passé une grande partie de sa vie comme pêcheur aux Glénan.
Avec Jean Baudry sur l’Entre-Nous avec sang froid il ramène des armes depuis les Glénan au nez des allemands. Arrêté, il s’évade puis doit vivre dans la clandestinité

Bien d’autres à citer, comme Jean LE COZ, menuisier à Léchiagat, résistant actif, arrêté, mais il réussit avec des camarades une évasion spectaculaire du camp de Voves en creusant un tunnel de 150m, et il continue ensuite la lutte dans la résistance….

Beaucoup de solidarités

  • famille Quillec à Corroac’h (en Plomelin limite Trémeoc Combrit) qui abrite et aide un petit maquis de résistants
  • famille Kerveillant à l’Ile Chevalier (Pont L’Abbé) qui héberge et nourrit des résistants ayant besoin de se cacher
  • famille Credou (ferme de Lestiala en Plomeur) qui cache l’aviateur américain tombé près de chez eux en 1943 et avec l’aide de la ferme voisine.
  • le 8 août 1943 obsèques de l’aviateur américain Simmons à St Jean Trolimon, 400 personnes se massent sur le parcours du convoi

Beaucoup de solidarités dans la population : pêcheurs, cultivateurs, artisans, instituteurs, professions médicales…

Meihl Corroac’h

DE TRÉMEOC A MEIHL CORROAC’H

Au cours des opérations répressives menées par les Allemands dans le canton de Pont-L’Abbé, un groupe de FTP prend le maquis à Tréméoc, d’abord sous le commandement d’ «Alex» ( sans doute Corentin LE FLOCH , de Quénéven ) , puis de Jean-Marie HENVIC qui vient de Guiscriff ( Morbihan). Le groupe, très mobile, comprend Emile Le ROY, de Pont-L’Abbé, Vincent-Etienne NEDELEC, Rodolphe PERON, Christian THOMAS, Emile COSSEC de Léchiagat, Pierre TANNEAU de Guilvinec .

Ils exécutent quelques sabotages, notamment sur la voie de chemin de fer de Pont-l’Abbé à Quimper. Leur armement est hétéroclite .

Le 4 août, NEDELEC transmet à ses camarades restés au Guilvinec l’ordre de rejoindre le maquis. Rodolphe PERON l’accompagne. A Saint-Jean Trolimon – il fait nuit, mais il y a clair de lune- ils tombent sur une colonne d’Allemands dont certains montés sur des charrettes de paysans. On les fait monter dans un des véhicules. Péron parvient à cacher sous une couverture le révolver qu’il porte sur lui. A l’entrée de Pont-L’Abbé, les deux hommes doivent précéder le convoi, en tenant les mains en l’air. En fin de compte, ils sont relâchés, non sans avoir reçu des coups. Ils poursuivent alors leur mission.

Répondant à l’appel de Nédélec, les hommes arrivent dans la campagne de Meil-Corroarc’h, en Plomelin et se répartissent dans les bosquets environnants. Au départ, ils étaient environ une vingtaine, la plupart recrutés à Léchiagat par l’instituteur Durand : un engagement qui pour certains remontait à 1942 : Rodolphe Péron connu des services de police alle­mande, Jean Larnicol, Georges Adam, Etienne Nédélec, Guillaume Le Brun, Marcelin Le Rhun, Albert Larzul, Christian Thomas, Corentin Rolland.

La mobilité étant essentielle au maquis, ils changeaient souvent de place pour la nuit. Bien reçus dans les fermes malgré les risques qu’ils faisaient prendre à leurs hôtes, ils travaillaient parfois aux champs.

Il est utile de préciser qu’après les rafles opérées au Guilvinec et Léchiagat en juin 44, plusieurs F.T.P. considérés comme « ter­roristes » ne se sentaient plus en sécurité. Pierre Tanneau dormait dans la cabane d’une carrière de Tréméoc et travaillait le jour dans la ferme voisine. Plusieurs fois les Allemands virent le chercher à son domicile. Le groupe de Léchiagat séjournait près de l’étang de Corroac’h tout en faisant quelques retours deux par deux dans leur port d’origine, au risque d’être interceptés. Vinrent rapidement s’y ajouter les Guilvinistes Isaac Stéphan « l’infirmier », Louis Coupa et Henri Cloarec libéré de la prison de St Charles et, somme toute, bien courageux. En outre, plusieurs Pont­-l’Abbistes dont Jean Pensec et Gaston Mavic, deux « étrangers », Alex de Guiscriff et Jean Marie HENVIC de Scaër , leur chef, et deux Russes déserteurs.

Joseph Quillec
Joseph Quillec

Ces « maquisards » reproduisaient des tracts anti­-allemands ou contre le marché noir (Jean-Marie Trébern de Pluguffan) qu’ils affichaient aux portes de mairies environnantes. Le temps se passait à aider les paysans mais aussi à surveiller la départementale voisine et les allées et venues des Allemands. Ils possédaient peu d’armes, quelques grenades, quelques revolvers provenant des conteners de Léchiagat. Très rapidement, c’est autour du Moulin de Meihl Corroac’h tenu par Joseph QUILLEC et sa famille que ces maquisards se concentrèrent .En effet, cette famille généreuse leur offrait parfois le gîte mais beaucoup plus souvent le couvert sans aucune compensation financière .

Une sortie imprudente de 4 d’entre eux aboutit à une halte au bistrot de « l’Avantage » de Plomelin. Tout à coup le patron les prévint que trois feldgendarmes venaient de stopper devant la maison et descendaient rapidement de leur voiture.

Jean Marie bondit aussitôt par la fenêtre, Georges Adam qui portait sur lui un révolver le jeta dans un placard en cas de fouille. Les feld­gendarmes qui s’étaient simplement arrêtés pour consommer virent le geste et firent une fouille en règle. « Français grosse artillerie » dit l’un d’eux en ceinturant Georges Adam. Ce dernier et Alex furent conduits à Quimper et l’on ne les revit plus. Georges Adam partira en déportation dans le dernier convoi. Il semblerait qu’Arsène Coïc l’ait aper­çu à Buchenwald. Le 4ème F. T.P. Rodolphe Péron, mêlé aux autres consommateurs, fut fouillé, inter­rogé, mais relâché !

Cela ne brisa pas l’ardeur des maquisards qui, malgré les risques, ne se dispersèrent pas dans la nature. Le maquis se modernisa puisqu’un « téléphone volant » fut installé directement sur la ligne qui longeait la voie de chemin de fer. Des nou­velles, des ordres pouvaient être ainsi reçus de Pont-l’Abbé. « L’Etat-major » de la Résistance pont-­l’abbiste prévint le groupe que les Allemands se préparaient à quitter la ville et qu’un convoi de munitions et de troupes devait se diriger vers Quimper. L’ordre d’insurrection générale en Bretagne ayant été donné par la BBC (« le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros?« ) pour faciliter l’arrivée des Américains et empêcher le regrou­pement de l’ennemi, le maquis de Corroac’h pou­vait agir et participer à l’hallali en attaquant le convoi en rase campagne.

Dans la nuit du 4 au 5 août, une embuscade fut tendue près du virage sud de l’étang. Les F.T.P. ne disposaient que de 3 fusils, de quelques révolvers mais possédaient de nombreuses grenades prove­nant de Pont-l’Abbé. Ne connaissant pas l’heure du passage, le groupe se sépara en deux. La première moitié attendit. Un convoi de 7 camions bourrés d’Allemands précédé d’un side-car se présenta à 1 h du matin dans le secteur choisi. Les grenades plurent sur les premiers véhicules qui stoppèrent. M. Quillec fit même le coup de feu avec son fusil de chasse. Les Allemands aussitôt mirent une mitrailleuse en batterie ce qui obligea les assaillants à se replier. Pas question de les poursuivre dans la nuit ; le convoi préféra rebrousser chemin, passa le bac à Sainte-Marine mais fut de nouveau attaqué à Bénodet. Le lendemain du sang noir sur la route montrait que les fuyards avaient subi des pertes. Chez les F.T.P., un blessé. Une plaque a été récemment apposée à Corroac’h pour rappeler ce fait d’armes de la Résistance.plaquegorrarch

Les Allemands partis , le « Bataillon Bigouden » sous les ordres de Corentin KERVEILLANT, officier marinier promu lieutenant, cantonne ensuite à Pluguffan où se forment deux compagnies. L’une sous les ordres de Jean-Marie HENVIC, l’autre d’Albert DURET de Pont-L’Abbé. Les hommes interviennent à Tréguennec le 12 août où des marins allemands sont faits prisonniers. Participent également à cette opération, la Compagnie de Plogastel-Saint Germain ainsi que l’unité de FFI commandée par le Capitaine Louis LE DREZEN, officier de réserve de Léchiagat.

Le bataillon portera désormais le nom d’Antoine VOLANT ( du nom d’un Résistant abattu par les Allemands près de la chapelle de Plonivel en Plobannalec – cf article sur les Fusillés de Lesconil)

Pour la suite de ces événements voir l’article de Pierre-Jean Berrou :
«
La Résistance – La Libération au Guilvinec-Léchiagat »


TOUTE UNE FAMILLE DANS LA RESISTANCE
HOMMAGE A LA FAMILLE QUILLEC

Le neuf août 1991, à l’initiative de Vincent-Etienne NEDELEC , une stèle du souvenir était mise en place à proximité du moulin de Meil Corroac’h . Cette cérémonie rassemblait une centaine de personnes dont de nombreux anciens Résistants et leurs familles, des représentants d’associations patriotiques et leurs drapeaux ainsi que de nombreux élus dont le Maire de Combrit, maître d’œuvre de ce monuments du souvenir. Auparavant V.E.Nédélec et quelques résistants s’étaient rendus au cimetière de Plomelin, pour déposer, en compagnie de la famille Quillec, une gerbe sur la tombe de M Joseph QUILLEC décédé en 1970. Mme Marie Quillec se voyait remettre, quant à elle, une gerbe de fleurs ainsi que la médaille de la commune de Combrit.

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Inauguration de la stèle , tout à fait à droite , le maire de Combrit, à sa gauche V.E.Nédélec

Vincent Etienne Nédélec, dans une brève allocution regrettait qu’aucune récompense n’ait été proposée à la famille Quillec : «  Après 45 ans passés depuis la fin de la guerre je voudrais rendre un vibrant hommage à la
famille QUILLEC, à Madame Quillec mère, à son défunt mari, à ses enfants. Ils ont pris des risques considérables en hébergeant clandestinement des dizaines de maquisards et on peut imaginer les difficiles moments passés par la famille Quillec, tant sur le plan de la sécurité, de la vie de tous les jours, constamment perturbée par la présence et le passage des Résistants. Toute la famille, sans exception, a participé d’une certaine façon à renseigner, aider, assister ces hommes. Tout ceci est tombé dans l’oubli sans qu’aucun dédommagement matériel n’ait jamais été proposée à cette famille littéralement ruinée par l’assistance quotidienne qu’ils apportaient aux Résistants, assistance, il est vrai, volontairement acceptée par les Quillec. Les descendants de cette famille peuvent être fiers du comportement courageux dont ont fait preuve leurs anciens sous l’occupation allemande »

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Mme Quillec mère et ses enfants

V.E Nédélec remerciait alors une nouvelle fois la famille : Mme Jeanne Quillec, la mère, et ses enfants, Mme Renée Queffurus, Mme Voquer Françoise, M.Joseph Quillec fils et M.Alain Quillec.

diplome_quillecjosephffi_quillecjosephA noter , concernant les deux documents ci-dessus, que Joseph Quillec , de son vivant, s’est toujours refusé à solliciter quoi que ce soit, ni compensation financière pour avoir hébergé les Résistants, ni décoration. Le témoignage de reconnaissance et le diplôme lui ont été accordés à la demande de son fils aîné après son décès.

La première partie de cet article a été rédigé à partir d’un article paru dans « Le Finistère dans le guerre » de Georges-Michel Thomas et Alain Legrand . Quant à la partie concernant la famille Quillec, nous l’avons préparée grâce à de nombreux documents ( manuscrits dus notamment à V.E Nédélec , articles de presse de l’époque, photos et autres documents divers) que nous a confiés Alain Quillec , le plus jeune fils de la famille ( qui avait 10 ans au moment des faits). Qu’il en soit remercié.
Jean Kervision

Les bigoudens volontaires de la France Libre

Un article de Pierre-Jean Berrou dans le bulletin municipal n°2 (année 1985) du Guilvinec

Lire en PDF 


Cet autre document, signé de Pierre-Jean Berrou également, concerne les Bigoudens dans les Forces Françaises Libres en deux articles successifs parus dans la revue CAP CAVAL ( N°7 de décembre 1986 et 8 d’avril 87) éditions  « Startigenn ar Vro Vigoudenn » , 11 place Gambetta 29120 Pont-L’Abbé.

PresentationLire la suite ….

1ère partie, en pdf

2ème partie, en pdf

Ci-joint un extrait d’une liste de résistants FFL de notre région (origine http://www.france-libre.net )

Lettre de Jean-Désiré Larnicol

Monsieur le Directeur départemental
De l’Office des Anciens Combattants et Victimes de guerre

Je, soussigné Larnicol Désiré-Jean né à Treffiagat le 20 septembre 1909 déclare sur l’honneur ce qui suit :

JeanDésiréLarnicolDès la constitution du Front National dans notre pays en 1941, auquel j’adhérais aussitôt, l’organisation de la région Bretagne-ouest pour le Pays bigouden-sud me fut confiée pour assurer le recrutement de volontaires contre l’occupation allemande.

Au printemps de 1942, le Capitaine Queinec, membre de l’état-major de Charles Tillon, dirigeant national du FN me fit part des relations établies avec les directions de nos Alliés britanniques de même qu’avec les forces relevant de l’autorité du Général De Gaulle pour le ravitaillement en armes des forces françaises de l’intérieur.

Une opération de transfert d’armes en provenance de l’Angleterre était envisagée par mer. Elle devait être effectuée dans une zone de pêche, le Plateau de Noirmoutier au sud-est de Belle-Ile en mer.

J’obtenais pour accomplir cette mission périlleuse l’accord de M.Bolloré Michel, patron du côtre langoustier « l’Audacieux » immatriculé N° 5167 du quartier maritime de Guilvinec. Plusieurs tentatives mises sur pied durant le printemps demeurèrent sans résultat.

Le 6 août 1942 , la rencontre de l’Audacieux avec une unité de FNFL ( précisément un bateau de pêche «  le Mouscoul » qui avait rejoint l’Angleterre fin juin 1940 avec un équipage de jeunes marins du port de Guilvinec) placé sous le commandement du Capitaine Lomenech, originaire de Pont-Avec fut enfin réussie.

Plusieurs containers remplis d’armes diverses, mitrailleuses, revolvers, explosifs , furent embarqués et plongés dans le vivier du bateau « L’Audacieux » .

Afin d’éviter de gros risques à l’entrée du port de Guilvinec, le patron en accord avec l’équipage convint de mouiller les conteneurs dans les eaux des îles les Glénan où des bateaux de pêche fréquentant ces parages durant l’année, des ports de Lesconil et de Guilvinec vinrent les reprendre pour les déposer à terre pour être mises à la disposition des FFI.

Ainsi, le 15 août, jour de l’assomption, grande fête religieuse consacrée dans le Pays bigouden par le Pardon de la Joie, le canot « Entre-nous », patron Jean Baudry, ayant comme matelot Guillaume Bodéré rentra au port de Guilvinec sans difficulté, malgré la présence des soldats allemands de garde.

La Résistance armée à ses débuts en Pays Bigouden, le récit de Guillaume Bodéré

40e ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION :
Guillaume Bodéré
Guillaume Bodéré

( dans « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN »  2e trim 1985)
Dans son dernier numéro, le. T.B. a rendu hommage aux Fusillés de Poulguen. Poursuivant notre rappel historique, notamment à l’intention des jeunes qui n’ont pas vécu cette période, nous évoquons aujourd’hui les débuts de la lutte armée contre l’occupant dans le pays bigouden, notamment à travers le récit que nous en a fait notre camarade Guillaume Bodéré.

L ‘INVASION. LA DEBACLE

1939, la guerre, 1940, l’invasion et la débâcle dans la confusion la plus totale, l’abandon sans combat, à l’ennemi, du sol national, le départ pour l’Angleterre à bord du « Président Théodore Tissier » et l’arrivée à Falmouth,

Après Mers-el-Kébir, les autorités britanniques saisissent le navire et internent son équipage au camp d’Aintree près de Liverpool. Un officier anglais, venu nous endoctriner, nous exhorte à oublier notre pays, nos familles; nous apprendrons l’anglais, nous aurons une identité anglaise, nous serons des Anglais à part entière. Sinon, nous serons rapatriés à nos risques et périls.

J’ai compris: ce qu’on nous demande, c’est le reniement de ce qui nous est le plus cher au monde. Ma décision est prise: je rentrerai en France. Je verrai alors quelle ligne de conduite adopter.

RETOUR EN FRANCE

  1. Je reprends le commandement de mon bateau « Vers le Destin » .En mars au retour des Glénan, une vedette allemande nous prend en chasse. Nous mettons plein gaz mais nous sommes rejoints, face au port de Lesconil

Conduits au bureau de la Gast (bureau de la douane allemande) nous y demeurons plusieurs heures. Enfin, les douaniers allemands nous apprennent que notre rôle est à la Gast de Concarneau où nous pouvons aller le retirer, ce qui., aller-retour, fait plus de 100 kilomètres à vélo, le seul moyen de transport . Ce premier accrochage avec l’occupant est suivi d’un autre peu après. J’ai voulu soustraire aux pillards hitlériens une partie de ma pêche pour l’écouler au sein de la population, ainsi que je l’ai fait jusqu’ici. Mais, cette fois, un contrôle strict me contraint a la livrer toute entière aux Allemands.

LE « CONTACT »

Aussi, lorsqu’en avril 1941, Jean Le Coz, menuisier et militant communiste, prend le contact avec moi, il trouve en moi un homme tout disposé à prendre sa place dans la Résistance. Et me voici diffusant avec ce camarade des tracts qui appellent la population à lutter contre l’envahisseur. Cette activité toute nouvelle en ce qui me concerne, ne cessera d’ici la victoire. Peu avant, le 14 juillet 1941, Jean Le COZ suggère de faire sauter à la bombe le château de Men Meur où s’est installé le P C de la garnison. Mais la puissance de la bombe me semble douteuse et trop hasardeux le plan de l’attaque qui doit s’exécuter par la mer, donc à découvert. Finalement, le projet sera abandonné.

PREMIÈRE MISSION IMPORTANTE

Entre-temps, j’adhère au Parti Communiste, la seule force organisée qui mène à ce moment, dans la région bigoudène, le combat patriotique contre l’oppresseur. Jean-Désiré LARNICOL qui en est le dirigeant local, m’apprend qu’une fourniture d’armes et d’explosifs pour les F.T.P  est en cours . Il me demande si j’accepte d’aller prendre ce matériel et, sur mon accord, il me précise que je devrai me rendre aux Glénan où il est immergé et l’amener au Guilvinec.

Ce n’est pas si simple. Sur tout le littoral, nombreux sont les postes allemands de contrôle et d’autant plus redoutables qu’ils reçoivent de la gendarmerie et de la police de Vichy, une aide des plus efficaces.

NAUFRAGE

Malheureusement, le 22 mai 1942, au retour des Glénans par forte tempête du Sud et une mer démontée, nous faisons naufrage à huit milles de Lesconil. Mon homme d’équipage et beau­-frère, Louis Gueguen se noie et le bateau sombre. Par chance. deux heures plus tard, je suis repêché et hissé dans leur canot par deux pêcheurs de Lesconil : Joseph Larnicol et son frère Bastien. Mais tout est à reprendre Quelque temps plus tard, j’embarque à bord de l’ « Entre-Nous « , patron Jean BAUDRY, que je sais communiste. Ma confiance en lui est grande. Toutefois, je dois m’assurer, avec la prudence nécessaire, s’il consentirait à m’assister dans ma mission. Ce que je fais en lui demandant s’il ne pourrait m’accompagner pour récupérer, au Fort Cigogne, diverses affaires que j’y avais entreposées au moment de la déclaration de la guerre. Sur son acceptation et m’enhardissant, je lui expose clairement l’objet de la « promenade ». Il n’y a aucune hésitation chez Jean Baudry, je puis entièrement compter sur lui, bien que, tout comme moi, il sache parfaitement le sort réservé par l’ennemi aux auteurs de tels actes.

Nous convenons alors de partir un samedi, afin de laisser complètement hors de cause les deux autres membres de l’équipage.

OPÉRATION  » CONTAINERS ».

Donc, un samedi d’août 1942, après nos adieux à la famille, nous mettons le cap sur les Glénans. Dans la soirée, nous sommes à l’ile Saint-Nicolas et faisons viser notre laissez-passer par les deux Allemands de service.

Les îles Drennec et Penfret étant occupées, nous mouillons à Fort-Cigogne vers 21 heures. Nous repérons une annexe nécessaire à la réussite de notre opération décidée pour la nuit même. Nous amarrons notre bateau à la chaîne d’un pêcheur de Loctudy que nous savons sur le continent et faisons le simulacre d’aller nous coucher.

Dès la nuit sombre nous sommes debout.

La chaîne descend silencieusement dans l’annexe qui fend la mer, sous la poussée des avirons, en direction de la zone nord des iles. La mer est calme, le vent faible. Une heure plus tard. Il est minuit – nous sommes sur les coordonnées.

Soudain, éclatante, une fusée verte illumine la mer à l’instant où nous embarquons les explosifs. Instantanément nous nous aplatissons dans le fond de l’embarcation avec le sentiment d’avoir été repérés et dans l’attente d’une rafale de mitrailleuse… Cependant le poste de Penfret reste muet. .

Nous reprenons notre travail avec ardeur en passant aux containers particulièrement pesants. Le retour s’effectue, toujours à l’aviron, mais avec vent arrière et c’est harassés qu’à Fort Cigogne nous nous affalons à notre bord, vers les quatre heures. Il était temps, les premiers pêcheurs s’affairent quelques instants plus tard autour de leurs barques. Il est six heures lorsque, à notre tour, et pour donner le change nous embarquons divers engins de pêche avant de reprendre, par un temps bouché, la direction de Guilvinec, la précieuse cargaison à notre bord.

MINUTES ANGOISSANTES

Il est convenu que Baudry restera sur le bateau à l’arrivée tandis que je monterai sur la digue pour faire viser l’Ausweis par la Gast.

Si l’Allemand chargé du contrôle de la cargaison en découvre la nature, Baudry l’abattra, me chargeant, quant à moi, de régler le sort des occupants de la guérite. Nous sommes bien décidés à vendre chèrement notre peau.

Trois Allemands se trouvent sur le môle à notre entrée au port.

Au début tout se passe bien. Un douanier allemand descend l’échelle que moi-même je remonte plus vite Et je lui demande si c’est lui qui descend ou s’il me laisse monter. Il n’insiste pas, remonte et m’accompagne au poste où l’Ausweis m’est signé. Le contrôleur reste avec ses collègues quand je regagne mon bord. Tout marche on ne peut mieux.

Le navire mouillé, je me procure une charrette et un cheval pour transporter le matériel. Mais il est si lourd qu’une fois la charrette chargée, « Mousse » le cheval, refuse de démarrer. C’est angoissant; les encouragements, les menaces n’agissent pas sur la pauvre bête. De nombreux promeneurs flânent au long de ce quai ce dimanche et ce n’est guère le moment d’éveiller leur curiosité. Dans un sursaut patriotique, « Mousse » se décide, s’arc-boute et tire le chargement qui, enfin, s’ébranle.

CHAUDE ALERTE

Peu après, armes et explosifs sont planqués à mon domicile. Quelques jours plus tard, trois camarades désignés par la Direction Inter-région viendront les prendre. Au moment de ce transfert et la voiture de ces camarades étant déjà chargée et stationnant devant ma porte avec ses passagers, plusieurs voitures de la Gestapo et de la police de Vichy passent en trombe, se rendant à Léchiagat. On apprend peu après que des perquisitions ont été faites chez J.-D. Larnicol , J. Le Coz, L. Hénot , J. Quiniou ; vainement d’ailleurs.

ARRESTATIONS

Il en fut tout autrement un mois plus tard, à la suite de révélations faites, après torture, par un résistant de Lanriec. Ces révélations furent à l’origine d’une vaste opération policière conduite par le Commissaire Soutif, chef du Service des Renseignements Généraux à Quimper, et les commissaires de police mobile Mitaine Willam et Moreau Jacques.

De nombreuses arrestations furent opérées à Pont.L’Abbé, Concarneau, Léchiagat.

Ma femme fut arrêtée le 30 septembre 1942. Elle subira un emprisonnement de deux ans qui compromit gravement son état de santé.

LA FIN D’UN HEROS

Prévenu à temps, je réussis à prendre le large; je menai dès lors l’existence du militant clandestin. Jean Baudry n’eut pas cette chance. Il était en mer au moment des arrestations et l’on ne put le prévenir; il fut cueilli à son arrivée. Après un an et demi de cachot, les Hitlériens le fusillèrent le 5 avril 1944 au Mont- Valérien. Il mourut avec un grand courage.

Ses dernières pensées sont exprimées dans sa dernière lettre à sa femme et à sa fille Michèle. 

TOUTE SIMPLE ET TENDRE . LA DERNIÈRE LETTRE D’UN HÉROS 

Fresnes, le 5 avril 1944,

Chères femme et enfant,

Je me mets à t’écrire quelques lignes pour te dire que je vais te quitter pour toujours. Je te souhaite une bonne vie, longue et heureuse, avec notre chère petite fille Michèle. Je vous envoie mes dernier baisers de loin à tous deux .Mes dernières pensées sont pour vous deux et je sens qu’elles vous feront du bien… Adieu.

Je vous dis, chères femme et enfant, Je vais mourir en pensant à vous. Je te dis aussi bon courage afin d’élever notre petite Michèle . Je termine. De tout mon cœur, je t’embrasse une dernière fois…

Je te dis aussi de ne pas faire de dépenses pour moi. Garde tes sous pour élever notre enfant. Jean.

————————————————————————————  récit recueilli et mis en forme par Jean Kervision pour insertion dans le « Travailleur bigouden »–

N.D.L.R (du TB) : Qu’il nous soit permis, à l’occasion de cette évocation, de souligner le rôle de tout premier plan que joue dans l’organisation de la Résistance en Pays bigouden notre camarade Jean-Désiré Larnicol, ancien maire de Treffiagat-Léchiagat, ancien conseiller général du canton de Pont-L Abbé et qui fut, de longues années durant, secrétaire de notre Section du P.C.F.

L’importance de ce rôle apparaît clairement dans le rapport d’enquête des commissaires de police mobile Mitaine William et Moreau Jacques, et du commissaire de la police nationale Soutif, chef du Service des Renseignements gènéraux durant l’occupation :

Dans ce rapport, dans la catégorie des  » individus en fuite et charges à leur encontre » , nous trouvons :

-Larnicol Désiré. né le 28 septembre 1909. à Treffiagat. ex-maire de cette localité. organisateur de l’expédition des, containers, aux Iles Glénan et âme du Parti communiste dans la région de Pont-l’Abbé, ,

-Bodéré Guillaume, né le 3 mai 1906. à St-Jean-Trolimon. marin-pêcheur domicilié à Tréffiagat, En fuite depuis le 30 septembre, A aidé Baudry dans l’expédition des « containers » et les a cachés à son domicile.’ Signalement diffusé,

A noter d’ailleurs que. par notes du Ministère de 1’Intérieur, Direction générale de la Police nationale. (diffusion n°64 du 9 octobre 1942 et n° 67 du 19 octobre 1942 entre autres). un avis de recherche concernant nos deux camarades était diffusé dans toute la France avec la mention  » En cas de découverte. procéder arrestation et aviser 13e Brigade P.J à Rennes ».


Un récit d’Albert Hénot, adolescent pendant la Résistance
(extrait de la brochure de Joseph Coïc sur l’occupation en pays bigouden sud)


Les années noires du pays bigouden

Le 20 juin 1940, le déferlement des troupes allemandes, dans sa progression foudroyante vers l’ouest, parvient en bout de course, jusqu’à notre pays bigouden. Un baroud d’honneur l’a un peu retardé devant LORIENT, mais à QUIMPER , les troupes maigres, disparates, inopérantes, sont restées dans leur caserne.

C’est dans une stupeur paralysante que la population vit le début de l’occupation. Routes et rues se sont vidées. Derrière les rideaux des fenêtres, des regards angoissés fixent les uniformes felgraü, tandis que résonnent les lourdes bottes et que montent les chants orgueilleux et scandés.

PONT -L’ABBÉ ne constitue pas un centre stratégique notable. Nos ports-abris, inaptes à recevoir des bateaux de guerre, mais dotés d’une flottille de pêche importante, constituent avec la surveillance côtière le seul objectif puissant. Aussi, dès l’abord, le dispositif des troupes allemandes est-il assez léger, de l’ordre d’un bataillon. A PONT-L’ABBÉ, les principaux bâtiments scolaires sont accaparés : l’École Primaire Supérieure et le Collège Saint-Gabriel qui va abriter la Kommandantur, avec le Bureau général et la prison. Les troupes sont réparties entre Lestréminou, en PLOMEUR, PLO­BANNALEC et Trévannec en PONT-L’ABBÉ. De petites garnisons sont distribuées le long du littoral pour appuyer l’action de la Gast (police des ports plutôt que douane).

La cohabitation de l’occupé et de l’occupant s’installe. Le travail a repris, les commerces sont ouverts. Des soldats, ayant échappé à l’internement, retrouvent leur famille. D’autres, hélas, sont cueillis chez eux et conduits. dans des camions à la caserne de la Tour-d’Auvergne à QUIMPER. Ils ne pressentent pas que les stalags vont les retenir pendant cinq ans.

Bien vite, la botte de l’occupant va se faire plus lourde. Dans nos ports, la vie va souffrir de la limitation de plus en plus sévère des jours et horaires de sorties, de l’insuffisance de carburant, de la désorganisation des moyens de trans­port et du contrôle de plus en plus pointilleux et méfiant de la Gast à la sortie comme à la rentrée au port. La fouille devient une règle.

Malgré cela, dès le 22 juin 1940, à bord du « Korrigan », vingt patriotes gagnent l’Angleterre. Quatre d’entre eux, des Guilvinistes, vont établir un véritable service régulier, et embarquer, à TRÉBOUL, à huit reprises, des volontaires pour les Forces Françaises Libres, à bord du « ROANEZ AR PEOC’H ». Le 24 juin, le « Notre-Dame de Bon Conseil », un sar­dinier de 20 pieds de quille, doté d’un moteur Beaudoin de 22 cv à essence, pouvant également marcher à la voile, quitte à minuit et demie le port de KERITY avec huit hommes à bord, tous de PENMARC’H. Après 55 heures de traversée, deux journées et deux nuits pendant lesquelles il aura fallu pomper sans arrêt, sans manger ni boire, la pinasse aborde à Sainte-Mary’s, des Iles Scilly. C’est l’Angleterre et la liberté. Deux des huit hommes sont encore vivants. Parmi les dispa­rus : Julien DUPUIS, tué le 12 septembre 1940, lors de l’expédition malheureuse de DAKAR, sera l’un des premiers résistants fait Compagnon de la Libération à titre posthume.

Contre l’occupant, dont la brutalité et la morgue grandissent progressivement, au fur et à mesure que le sort des armes tourne en sa faveur et contre le nazisme, des actes isolés de rébellion : le 20 novembre 1940, un marin-pêcheur de SAINT-GUÉNOLÉ, Francois PÉRON, âgé de trente ans, est arrêté pour avoir porté un coup de poing à un sous-officier, commandant une patrouille, en riposte à un coup de crosse. Condamné à mort, repris après une tentative d’évasion de la maison d’arrêt de Quimper, la jambe brisée, il est enfermé dans une cellule avant d’être hospitalisé à Quimper, puis à Concarneau. « C’est près de cette ville, dans le domaine de Kériolet, que les Allemands fusillent François PÉRON, le 25 février 1941, allongé sur un brancard, à cause de sa blessure. L’évasion dramatique de PÉRON, les circonstances de son exécution, la première en date dans la région de Quimper, frappent et indignent l’opinion publique. D’aucuns révi­sent leur jugement sur les .Allemands « corrects ». (« Le Finistère dans la guerre », de G.M. Thomas et A. Le Grand.)
F. PÉRON sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume par le Général de Gaulle. .

En 1941, le « Vincent-Michelle » en juillet, et le « Veach Mad », en novembre, conduisent à des sous-marins des patriotes français, non sans difficultés. Fait intéressant, le « Vincent-Michelle », de Saint-Guénolé-Penmarc’h, ramène de sa mission des postes émetteurs qui manquent cruellement aux réseaux de renseignements qui, petit à petit, s’organi­sent. Manquent aussi des armes et des munitions. Pour le compte des F.T.P .F. le côtre  » Audacieux » reçoit des containers transbordés du N51 de Daniel LOMENECH, au large de Belle-Ile. Il les transporte jusqu’aux approches de Penfret aux Glénan, où il les mouille. « L’Entre-Nous » chargera quatre. containers et pourra les débarquera au quai de Léchiagat, grâce au sang-froid du matelot Guillaume BODÉRÉ, lors du contrôle de la Gast. Deux barques: le « Saint-Tudy » et « L’Exploité des Mers », vont amener les autres containers au fond du port de Lesconil. A partir de novembre 1942, un bateau concarnois, le « Papillon des Vagues », fait parfois escale à Saint-Guénolé. C’est que, sur 6 hommes d’équipage, quatre sont du coin: les frères René et Armand CARVAL, Michel LE GARS, Alain HELIAS. Il est l’un des maillons du réseau CND.CASTILLE que le Colonel REMY a réussi à tisser et qui, sous le nom de code « NARVAL » et chaque fois que « Denise a les yeux bleus« , ,à la B.B.C., accomplira une liaison en mer avec un sous-marin anglais avant que, le 23 décembre 1943, la Gestapo n’arrête sur les quais de Concarneau tout l’équipage qui sera déporté au sinistre camp de MAUTHAUSEN.

Fin 1943, des résistants transportent au château d’eau de Pont-l’Abbé, pour le compte de « Libé-Nord », deux camions d’armes et de munitions, parachutées près de la forêt du Cranou. Cette opération. est contrôlée par le Colonel BERTHAUD, dont la famille est repliée à Pont-l’Abbé. Progressivement, la Résistance se structure dans divers mouvements et réseaux. Sont actifs dans le canton: les mouvements « Libération-Nord », dont le groupe originel s’est constitué autour de quelques instituteurs de Pont-l’Abbé, « Vengeance », commandé régionalement par les frères DUPOUY, jusqu’à leur déportation en Allemagne d’où ils ne reviendront pas, les F.T.P.F. rangés autour de Daniel TRELLU (futur Colonel CHEVALIER) et qui vont fournir des résistants au maquis de Spézet.

Un fait très grave : l’arrivée à Pont-l’Abbé, début 1944, d’un régiment essentiellement caucasien. La situation devient tendue… L’ennemi rendu nerveux par ses dures défaites et la prescience du grand débarquement allié, sait par ailleurs que la Résistance se renforce. Des coups de main l’avertissent que les « terroristes » guettent le moment de la lutte armée. Dans le canton, le groupe « Vengeance » est décimé. Plusieurs de ses membres sont déportés en Allemagne. Un peu plus tard, de féroces représailles vont faire de Plobannalec-Lesconil et de l’Ile-Tudy deux bourgades martyres.

Le 6 juin 1944, un fort groupement F.T.P.F. occupe prématurément Plomeur, y fait quatre prisonniers ennemis qui sont conduits et internés à Plonivel. Ils vont être libérés par les Allemands alertés et renseignés, le 9 juin. Ce jour-là, les deux frères VOLANT sont abattus, et une série de rafles impitoyables, jusqu’au 19 juin, va terrifier la population. 38 jeu­nes hommes sont arrêtés, dont 16 sont fusillés à la Torche, en Plomeur, du 15 au13 juin. Un autre est fusillé au Collège St-Gabriel, tout comme un otage de Plomeur, son Maire, Louis MEHU. Deux des déportés du camp de Dora vont y périr. Au total, vingt-huit de ses enfants vont s’inscrire au martyrologe de Lesconil.

Dans la même période, la population de 1’Ile-Tudy est plongée dans le malheur. Tout s’est mis en place le 2 février 1944 avec l’opération « Dalhia » au cœur de laquelle se trouve Yves LE HENAFF (« Fanfan »). Dans la nuit sombre et venteuse, une pinasse noire, assez ancienne, le « Jouet des Flots », mouillée devant la Grande Grève de L’Ile-Tudy, reçoit sa cargaison amenée par quatre marins-pêcheurs : au total 32 hommes dont 26 doivent être conduits au large de l’Ile de Sein pour y être embarqués sur un escorteur britannique qui les transportera en Angleterre. Parmi eux, deux personnali­tés éminentes de la Résistance: Pierre BROSSOLETTE et Emile BOLLAERT qui rentrent à Londres, porteurs de messa­ges importants destinés au Général de Gaulle; de même le futur Général JOUHAUD ; d’autres notabilités françaises ou anglaises, et 10 aviateurs alliés tombés sur notre territoire ou même à l’étranger et qui doivent reprendre le combat. La mer est forte, surtout après Penmarc’h, et dès le début la quille a talonné la roche. A mi-chemin de Sein, le bateau fait eau et la situation s’aggrave : le moteur est noyé tandis que l’on s’approche de la dangereuse Chaussée de Sein. La voile est montée, mais emportée par le vent. Grâce à un matelot courageux, une drisse est passée en haut du mât, ce qui permet de conduire le  « Jouet des Flots » dans les rochers des accores de Plogoff, à Feunteun an Aod. Le débarquement est dramati­que mais réussi… et le  » Jouet des Flots » vite disloqué, coule. L’accueil de Plogoff est chaud, mais il faut vite se disperser. Treize résistants sont arrêtés par les Allemands soupçonneux, dont Brossolette, Bollaert, Yves Le Hénaff, seul Bollaert survivra à la guerre.

Plusieurs mois plus tard, trois marins-pêcheurs de l’Ile-Tudy sont pris dans une vaste rafle à Combrit et Plomelin, le 19 juin. Deux d’entre eux ne reviendront pas. Le lendemain, avant l’aube, une rafle implacable s’abat sur l’Ile-Tudy où presque tous les jeunes résistants sont arrêtés. Ils vont rejoindre le camp de concentration de DORA, pour un cruel des­tin. Seize victimes, c’est énorme pour la petite commune de l’Ile-Tudy. Parmi eux, deux avaient participé au dernier voyage du  « Jouet des Flots ».

Les autres communes du canton ont été relativement épargnées (Pont-l’Abbé a perdu 8 fusillés ou déportés).

Beaucoup ont survécu grâce au patriotisme de notre population, et spécialement des paysans, qui ont abrité le maquis. Grâce aux mairies où la Résistance fut presque de règle.

Après que les Allemands en fuite aient fait sauter des munitions dans un train en gare de Pont-l’Abbé, comme dans un camion près du Château, la Pays Bigouden est libéré.

Deux bataillons F.F.I. apparaissent: le « Bataillon Bigouden » et le .’Bataillon Antoine Volant ». Le Bataillon Bigou­den a été rejoint par des déserteurs: 29 Russes, 3 aviateurs polonais et 3 Allemands. S’y insère une section de Républi­cains espagnols. L’une de ces compagnies est recrutée à Plonéour, hors du canton de Pont-l’Abbé. Le 12 août, une action à Tréguennec coûte aux Allemands deux morts en combat et 72 prisonniers. A la mi-septembre, le Bataillon Bigouden par­ticipe au siège et la prise des casemates de Lézongar, à Audierne, faisant 60 prisonniers remis aux Américains, tandis que le Bataillon Antoine Volant est engagé dans la réduction de la poche de Crozon. De la fin du mois de septembre 1944 jusqu’au 8 mai 1945, chaque bataillon fournit une compagnie pour combattre sur le front de Lorient. La compagnie qui émane du Bataillon Bigouden y perd, entre autres, son capitaine, Louis LE DREZEN, tombé en opération.

D’autres des nôtres combattent et parfois meurent dans d’autres unités, dont un dans la 1ère Armée.
Notre canton bigouden a chèrement payé son patriotisme.

Louis LE CORRE.

Autres résistances

Marie-Corentine  Tanniou-Dornic, à Pont L’Abbé

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Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, elle est entourée de Rol Tanguy (chef FFI qui a libéré Paris, ancien métalo né à Morlaix, ancien des Brigades Internationales), Paul Le Gall (futur secrétaire départemental du PCF Finistère Sud), Alain Signor, responsable communiste depuis l’avant guerre, résistant, député à la Libération, et Pierre Le Rose (archives Pierre Le Rose)

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GB : J’ai très bien connu Corentine à Pont L’Abbé mais hélas à l’époque je n’ai pas recueilli ses récits passionnants.
Elle utilisait la réserve de son magasin rue Victor Hugo, prés de la gare de Pont L’Abbé, comme cachette pour la Résistance, et dissimulait dans son sac de bigoudène certains « objets illicites ».


Corentin CARIOU

Corentin Cariou est né à Loctudy le 18 décembre 1898 dans une famille de marins-pêcheurs très pauvres. Il va en mer à 12 ans. Fait la guerre 14-18 dans la marine. Démobilisé, il quitte en 1923 le Finistère pour aller chercher du travail dans la région parisienne. Il entre à la Compagnie du Gaz la même année .Il adhère, également en 1923, au syndicat C.G.T.U. et au Parti communiste. D’abord surtout militant syndicaliste, il deviendra secrétaire du syndicat du Gaz pour la région parisienne de 1930 à 1933 puis membre du bureau régional de Paris-ville du P.C.F., élu conseiller municipal (com.) de Paris. En 1939 il participe dans la région parisienne à la réorganisation dans la clandestinité du P.C. qui vient d’être interdit par le gouvernement Daladier .

En 1940, au mois de juillet, juste après la débâcle, il vient dans le pays bigouden qui vit les premières semaines de l’occupation et y prend contact avec l’organisation clandestine du P .C. notamment avec Alain Le Lay, Vincent Larnicol et Louis Guenneau qu’il aide dans leur action illégale rendue particulièrement dangereuse par l’occupation allemande.

Il retourne dans la région parisienne en décembre 1940 et se voit confier des responsabilités importantes par la direction du P .C. clandestin (Jacques Duclos et Benoît Frachon). Arrêté en 1941, il est transféré au camp de concentration de Chateaubriand (44) puis remis aux Allemands,- qui l’ont réclamé- , par les autorités de Vichy. Détenu ensuite comme otage au camp de Compiègne, il est fusillé le 7 mars 1942.

En plus d’une rue à Paris et d’une station de métro son nom a été donné après la Libération à de nombreuses voies de localités de la banlieue parisienne.

A signaler que de nombreux militants ouvriers et résistants d’origine finistérienne (E Hénaff, Nédelec, Corentin Celton, Auffret, P. Lescop, etc.) ont également donné leurs noms à des voies de la région parisienne.

Les obsèques solennelles de Corentin Cariou, conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine ; de Charles Michels, député; de Jules Auffret, conseiller général; de Mau­rice Gardette, de René Le Gall , de Leon Frot et Raymond Losserand, conseillers municipaux, et tous fusillés par les nazis, ont été célébrées le 1er novembre 1945 à Paris.

Il était utile de rappeler ici la mémoire d’un patriote exemplaire, d’un fils de Loctudy

E. Kerbaul, Bagnolet (93170).

D’après archives du P.C.F., de l’Institut M. Thorez, de l’Amicale des anciens des camps de Chateaubriand et de Voves, de l’Association nationale pour un Musée national de la Résistance. de l’Amicale des Veuves de fusillés, ainsi que des témoignages recueillis. .

In « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN » N° 73 de janvier 1978


Photos communiquées par Alain Cariou (de Loctudy)

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Résistants à LoctudyDéfilé_résistants_LoctudyDéfilé des résistants à Loctudy
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Défilé sur les dunes de Poulguen
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Attestation de membre FFI

Vu sur la tombe de Noël L’Helgouarc’h sur le parvis de l’église de Loctudy.

Noël L’Helgouarch a été accusé d’avoir sectionné un câble de communication installé par les occupants allemands le long de la côte entre Loctudy et Lesconil. Il a été arrêté puis fusillé.

NoelLHelgouarch
Au cimetière de Loctudy, parvis de l’église

Ile Tudy

Le Jouet des Flots

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1943, après quatre mois de stage en Angleterre et une opération esthétique de la face destinée à le rendre méconnaissable, Yves Le Henaff sera parachuté dans le Finistère avec son radio, le lieutenant canadien Vanier. Pendant huit mois, il sera en Bretagne l’infatigable animateur d’une mission d’évasion du réseau « TR jeune », dirigé par le capitaine Vellaud (dit Toto), et l’organisateur des liaisons maritimes avec l’Angleterre. C’est dans ce contexte que se situe l’opération « Dahlia ». L’objectif de cette mission consistait à exfiltrer vers l’Angleterre par la mer Pierre Brossolette, journaliste et homme politique, Emile Bollaert et Emile Laffont du Comité français de la Libération, le Commandant Jouhaud, d’autres résistants en particulier bretons, des aviateurs alliés (américains, anglais et belges), les trois officiers du réseau Dahlia : le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, le lieutenant canadien Vanier et, le lieutenant Cann, plus le lieutenant Challan-Belval des « TR » (appellation du contre espionnage offensif français à l’époque).

Les 32 membres de cette opération embarquent dans la nuit du 2 au 3 février 1944 sur une vieille pinasse le « Jouet des flots », achetée spécialement pour cette évasion à Douarnenez et convoyée à Concarneau pour être immatriculée avec un nouveau rôle d’équipage afin de tromper les Allemands

Malheureusement, le bateau s’échoue à Feunteun Aod en Plogoff, près de la pointe du Raz. Alors que les Allemands arrêtent une partie des rescapés, Yves Le Hénaff parvient à en évacuer quelques-uns vers Paris. Au cours de cette action, il est fait prisonnier par la Gestapo le 5 février à Audierne.

Incarcéré et torturé à Rennes pendant plusieurs mois, il meurt en juillet 1944 dans le wagon qui l’emmenait au camp de concentration de Dachau.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Le_H%C3%A9naff

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