Les rues de Tréffiagat-Léchiagat

MORTS POUR LA FRANCE DE TREFFIAGAT-LECHIAGAT     (1939.1945 )

Document réalisé par Pierre-Jean BERROU    (In Bulletin municipal  2008)

Les rues de Tréffiagat-Léchiagat portent parfois les noms de personnages historiques bien connus comme Danton, J.-Jaurès, E. Zola, etc. mais parfois celui d’un enfant du pays « mort pour la France » au cours de la guerre 1939-45 sur l’un des nombreux champs de bataille du monde.

En l’absence de renseignements sur les plaques de rues, ces noms risquent fatalement un jour de tomber dans l’oubli. Aussi à la demande de Monsieur le Maire, nous apporterons ici quelques précisions sur les disparus afin que les générations futures puissent en conserver la mémoire.
C’est aussi le vœu de l’association du « Souvenir français » dont le président départemental et le président du Pays Bigouden sont citoyens de notre commune.

1er septembre 1939, la machine militaire hitlérienne se met en route et envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne pour soutenir leur allié. Il s’en suit jusqu’au 10 mai 1940 une longue période de calme relatif qu’on appela la « drôle de guerre ». Mais sur mer, nos marins mobilisés patrouillent, escortent, combattent jusqu’à Narvik en Norvège septentrionale.

Le 12 mai les blindés allemands franchissent la Meuse dans les Ardennes et foncent vers Dunkerque surprenant toute l’armée française. Dans l’un des derniers combats à Chappelbrouz (Nord), Jacques Lucas soldat au 137e régiment d’infanterie, originaire de Tréffiagat est atteint mortellement. La « poche » de Dunkerque résiste quelque temps sous les bombardements des avions à la croix noire, tandis que des milliers de soldats réussissent à s’enfuir vers l’Angleterre sous un déluge de feu, transportés par tous les navires disponibles.

De nombreux bâtiments sont coulés. Le Meknès disparaît dans les flots avec son équipage. Le corps de Jean Tirilly est retrouvé le 11 sep­tembre sur la plage de Biville-sur-Mer (Seine inférieure).

Les allemands parviennent bientôt en Bretagne et foncent vers Brest qui évacue la marine en catastrophe. Amédée Le Berre quartier-maître, âgé de 25 ans, disparaît le 18 juin avec l’aviso Le Vauquois qui saute au large de Brest sur une mine magnétique posée par la Luftwaffe. Son corps est découvert le 4 juillet à Lampaul-Plouarzel. Il laisse une veuve, Marie-C. Le Goff et un tout jeune enfant.

Devant les succès rapides d’Hitler, les Italiens nous déclarent la guerre le 10 juin. Coup de poignard dans le dos! Le sous-marin Morse qui patrouille dans le golfe de Gabès en Tunisie saute sur une mine italienne le 17 juin 1940. Le matelot-fusilier Sébastien Durand âgé de 23 ans disparaît avec le bâtiment.

Pour ne pas être pris par les allemands, les marins des dépôts de Brest s’enfuient eux aussi par tous les moyens vers leur village natal, en car, en train, à pied même. Deux voitures « empruntées » par des guilvinistes finissent sur les rochers de Men-Meur, poussées dans la grève « deux voitures que les boches n’auront pas ! » Une vedette du port de Brest parvient jusqu’au Guilvinec avec son chargement de « démobilisés ». Elle y restera plusieurs mois !

A l’annonce des pourparlers d’armistice, le général De Gaulle lance son appel à la résistance le 18 juin 1940, invitant tous les français disponibles à le rejoindre en Angleterre pour continuer la lutte.

Deux chalutiers du Guilvinec Le Mouscoul et le Korrigan, chargés de marins mobilisés qui ne veulent pas se rendre à l’ennemi, de 4 officiers mariniers mais aussi de jeunes gens de moins de 20 ans en « cotons », gagnent Southampton. Parmi eux plusieurs pêcheurs de Léchiagat dont Emile Péron et Raphaël Quideau qui s’engagent à Londres avec 8 guilvinistes dans le 1er bataillon de fusiliers-marins de la « France libre », en voie de formation. Avec la Légion étrangère revenue de Narvik, c’est le premier noyau de la future armée française de la Libération.

Dès septembre 1940, les fusiliers tentent un débarquement à Dakar puis en Afrique équatoriale d’où plusieurs bataillons coloniaux viennent grossir leurs rangs. Ainsi constituée, la 1re brigade française libre contourne l’Afrique pour le Liban et la Syrie, territoires sous mandat français menacés par les allemands. Au cours de combats fratricides contre l’armée restée fidèle à Vichy, Raphaël Quideau tombe blessé le 17 juin 1941 sur le chemin de Damas devant l’oasis de Djaidet Artous et meurt loin de chez lui sur le sol désertique caillouteux. Un des premiers morts pour la Libération! A son nom est associé celui de son frère Xavier, marié au Guilvinec, décédé à l’hôpital maritime de Brest en 1940.

En décembre 1940 la Résistance en Angleterre cherche à établir des liens  avec la métropole occupée.
D’Estienne d’Orves, un officier de marine est chargé de créer un service de renseignements en France et de réaliser des liaisons radio avec Londres. Il débarque à Pors Loubous en Plogoff à bord d’un langoustier camaretois.
Sur les 5 hommes d’équipage, 2 guilvinistes Martial Bizien et Jean Biger.

Nid de résistance à Léchiagat-Léhan
Le parti communiste dissous depuis 1939 se reconstitue dans la clandestinité sur l’initiative de Jean-Désiré Larnicol ancien maire destitué. Le parti organise la diffusion de tracts anti-allemands reproduits par une ronéo cachée à Léhan dans la famille Le Coz-Hénot où des perquisitions de la police allemande parviennent à démanteler le noyau résistant.

Par ailleurs Jean-Désiré coordonne en 1942 un trafic d’armes à la barbe des occupants, pour équiper les FTP (Francs- Tireurs et Partisans). Le chalutier Mouscoul vient d’Angleterre livrer plusieurs containers d’armes au langoustier L’Audacieux, patron Bolloré qui les mouille dans les parages des Glénan.

Le canot de Jean Baudry et de Guillaume Bodéré les récupère et rentre au port en plein jour, déjouant la surveillance des sentinelles allemandes. Un exploit d’une audace inouïe !

Hélas, la gestapo eut vent de l’affaire. Jean Baudry est arrêté, emprisonné à Fresnes et fusillé au Mont Valérien le 5 avril 1944. L’équipage de L’Audacieux, méfiant, préfère gagner l’Angleterre jusqu’à la Libération de la France. A son bord, outre Bolloré, S. Coïc, S. Larnicol père et fils. Plusieurs opérations de la gestapo aboutissent à l’arrestation d’Arsène Coïc, déporté à Buchenwald, de Jos Quiniou et de Jean Le Coz internés au camp de Voves près du Mans (d’où Jean s’évade en creusant un long tunnel). L. Hénot, J.D. Larnicol, G. Bodéré disparaissent dans la clandestinité.

Le 6 juin 1944. Débarquement des alliés en Normandie.

Le général Eisenhower demande aux résistants de se soulever partout en France, de saboter les fils téléphoniques, d’empêcher les troupes allemandes de se rendre aux plages de débarquement. Un ordre que De Gaulle annule quelques jours plus tard car il a conduit à des massacres de populations prises en otage.

Est-ce cet ordre qui a poussé les F.T.P. de Lesconil et de Léchiagat à investir de nuit le bourg de Plomeur et d’arrêter 4 militaires allemands (dont 2 caucasiens) dans une région regorgeant d’ennemis. Cette action surprenante déclenche une succession de rafles, d’arrestations, de condamnations à mort (dont les fusillés de la Torche) et de déportations vers les camps. Le 12 juin au petit matin, l’agglomération du Guilvinec-Léchiagat, soupçonnée d’être un repaire « terroristes » est assiégée par un bataillon de caucasiens. Tous les hommes de 15 à 60 ans sont raflés, regroupés puis triés plusieurs fois. Par représailles, les autorités allemandes gardent en définitive 55 jeunes gens soumis au STO, mais jusque là épargnés puis les transfèrent vers les usines du Reich.

Henri Quiniou, Albert Pochat, puis Pierre Tanneau dans une seconde rafle accusés d’être des terroristes sont dirigés vers la prison de Fresnes où les rejoint Ernest Mandelbaum un israélite roumain qui vivait à Léchiagat depuis l’exode en 1940 des Boulonnais vers le port du Guilvinec.
Henri Quiniou est libéré in extrémis à la suite d’un échange avec des prisonniers allemands pris sur le front de Normandie par les troupes américaines, un échange organisé par le consul de Suède. Albert Pochat malgré sa jeunesse, et son absence à Plomeur dans la nuit du 6 juin, rejoint par le dernier train de déportés, le camp de Buchenwald puis celui de Dora qui construit les usines souterraines des armes nouvelles d’Hitler. Pourquoi lui ? Nul ne l’a su. Pris par erreur, pris pour l’exemple ? Dénoncé, mais pourquoi ? La barbarie aveugle a fait son choix. Transféré au camp d’Ellrich, Albert ne reviendra pas au pays.

Comme Pierre Tanneau malgré son allure d’adolescent, confondu peut-être avec son homologue du Guilvinec, responsable  des FTP, futur patron du chalutier Franc Tireur.

Pierre disparaîtra dans le commando de travail de Bremen Farge dépendant du camp de concentration de Neuengamme, le 10 mars 1945 à 21 ans.

Ernest Mandelbaum qui était bien intégré dans la population de Léchiagat est dirigé vers Auschwitz. la chasse aux juifs reste une priorité pour les nazis jusqu’au dernier jour même au fin fond de la Bretagne !

57 fusillés ou disparus dans les camps après cette journée du 6 juin 1944 à Plomeur !

Par crainte d’une nouvelle rafle, les jeunes se terrent, se cachent dans les bateaux, dans la campagne où naissent de petits « maquis ». A. Corroac’h en Combrit, se réfugient R. Péron, G. Adam, E. Nédélec etc. Une sortie au café de « l’Avantage » et l’irruption d’une patrouille allemande aboutissent à l’arrestation de Georges Adam que l’on vit se débarrasser d’une arme. Arsène Coïc dira qu’il a cru le reconnaître à Buchenwald. Il mourra au camp d’Ellrich.

Fin juillet 1944, les américains progressent vers la Bretagne mais les garnisons allemandes aux abois se maintiennent toujours au Guilvinec, à Poulguen, dans les casemates de Kersaux, au Villoury à la station-radar. leur surveillance ne faiblit pas.

Des mines personnelles ont été posées en 1944 dans les champs au pied des dunes entre « Corn Men a Hoet » et Léhan. Les ensemencements de céréales ayant déjà été faits en automne, les épis sont mûrs, le périmètre interdit d’accès est plus vaste que la zone minée proprement dite que chaque cultivateur connait bien sur ses terres. Au lieu de moissonner la nuit en silence, Ambroise Diascorn de la ferme « la Forêt » coupe son blé en plein jour, les sentinelles de Corn Men a Hoët le repèrent; un caucasien s’approche de lui à pas de loup et l’abat à bout portant sans sommations.

La Libération. le 4 août les garnisons allemandes quittent le pays bigouden laissant en arrière-garde les Russes chargés de mobiliser les attelages des fermes pour rejoindre le Menez-Hom.

Réquisitionné à la fois par le Villoury et Kersaux, Corentin Lucas de Moguer Gréan ne répond à aucune convocation et se cache avec son cheval dans le secteur de Keristin.

Le radar de Villoury est démonté et transporté par le camion de Jos Loussouarn de l’usine Chacun. Jos met son camion en panne à l’entrée de Quimper et disparaît dans la ville, puis rentre chez lui à pied par la voie de chemin de fer. Actes de résistance aussi.

Le drapeau français flotte sur le clocher du Guilvinec quand partent les derniers occupants. Les résistants sortent alors de la clandestinité. Les F.T.P. nombreux à Léchiagat participent aux combats d’Audierne et de Crozon puis rejoignent leur cantonnement à Pluguffan. Au cours d’un exercice le 12 août, Edgar Le Coz marin-pêcheur de 22 ans est blessé mortellement. Le lieutenant de réserve le Drézen, directeur de la filature de Léchiagat commande le groupe des F.F.I. soldats sans uniforme dans les dunes de Tréguennec où les rescapés allemands d’un combat naval dans la baie se sont réfugiés. Grâce à l’audace du lieutenant qui se présente seul devant l’ennemi, la reddition s’opère sans un seul coup de feu.

Les F.F.I. en tenue militaire américaine rejoignent le front de la poche de Lorient où les allemands sont retranchés.

Le 5 février 1945, au cours d’une patrouille, le capitaine Louis Le Drézen commandant de la 4e compagnie du bataillon de marche n°2 est abattu dans une embuscade. Enterré à Guidel sous le nom de Ludwig le Drézen, les allemands lui rendirent les honneurs.

Au moment où l’on fêtait la libération, Pierre Guéguen, prisonnier de guerre en Allemagne depuis 1940, décédait le 9 août à son domicile de Trouidy. Il avait été rapatrié depuis quelques mois à la suite d’une maladie contractée au cours de sa captivité.
Dans une ferme en Allemagne il avait exercé son métier de cultivateur mais dans sa correspondance il s’inquiétait constamment des récoltes de son exploitation de Tréffiagat. En 1942 dans l’une de ses lettres il s’étonnait: « Comment cela se fait-il qu’en France vous êtes rationnés si maigre alors qu’ici ils en ont assez« .
Pierre ne savait pas alors que toute l’industrie française et une partie de l’agriculture travaillaient pour l’Allemagne, par des réquisitions de toutes sortes.

Il semblerait également que Jean-Louis Bernard 34 ans né à Tréméoc, prisonnier de guerre à Quimper soit décédé à Pendreff le 27 novembre 1940.

Et Pierre Kerviel matelot canonnier né au Guilvinec décédé à l’hôpital de Toulon en 1942, célibataire, demeurant à Tréffiagat.

Francis Coroller, le fils aîné de l’ancien secrétaire de mairie est « mort pour la France » le 21 janvier 1948 à Tréffiagat des suites d’une grave et longue maladie contractée sur les croiseurs à Toulon. Engagé dans la marine comme fourrier il avait participé au bombardement de Gênes après la déclaration de guerre de l’Italie.

NB: Rue Jos Quiniou, la rue du Lycée Maritime Professionnel.

Ancien résistant, ancien adjoint au maire de Tréffiagat, Jos Quiniou a surtout été le président du syndicat CGT des marins-pêcheurs qui regroupait alors des centaines d’adhérents au port de Guilvinec-Léchiagat. Membre de la commission du port, il a œuvré pour l’amélioration de l’école d’apprentissage maritime devenue lycée maritime Professionnel. ( cf sa biographie complète)

 

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