Les rafles de juin 1944 à Guilvinec-Léchiagat

 

Après l’histoire des Guilvinistes dans la « France Libre » relatés dans le bulletin n°2, on pouvait envisager l’étude de la Résistance clandestine intérieure avec ses multiples facettes (distribution de tracts, réseaux de renseignements, trafic d’armes, etc.) et celle des combats de la Libération auxquels ont participé les différents groupes FFI. et F.T.P. de Guilvinec-Léchiagat à Audierne, Crozon, Lorient, etc.
Par nature même cette Résistance était constituée de groupes séparés les uns des autres, accomplissant des actions isolées dont l’analyse aurait demandé beaucoup de temps.
Aussi, le thème étudié dans ce bulletin est plus limité mais touche de près l’action de la Résistance. Il s’agit des rafles de juin 1944 et de leurs conséquences pour un grand nombre de familles. Pour les générations de plus de 50 ans, c’est certainement, avec les tempêtes et les naufrages, l’événement qui a Je plus frappé l’ensemble de la population locale ; un fait qui est resté profondément gravé dans tous ses détails chez les acteurs ou les témoins 43 ans après ; un événement qui appartient à la mémoire collective mais dont la relation écrite n’a été faite nulle part.
Même si l’évocation de ces faits peut être douloureuse pour certaines familles malgré le recul du temps, même si cela peut réveiller des sentiments d’amertume, nous pensons que pour les plus jeunes générations, l’histoire dramatique vécue par leurs aînés ne doit pas se limiter à une simple liste de noms écrits quelque part dans un dossier
poussiéreux.

Les grandes rafles de juin 1944
à Guilvinec-Léchiagat
par Pierre-Jean Berrou

Consulter et télécharger ce dossier en PDF (extrait du bulletin municipal du Guilvinec n° 4 de 1987)

De la Résistance à la Libération

LA RÉSISTANCE – LA LIBÉRATION AU GUILVINEC-LÉCHIAGAT

Par Pierre-Jean BERROU ( Bulletin Municipal « Ar Gelveneg » N°11 – 1996 )

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Ce dernier article de Pierre-Jean comporte quelques redites par rapport à ses articles  sur Le Guilvinec dans la guerre  parus dans les précédents numéros de « Ar Gelveneg », mais nous avons tenu à le publier in extenso , d’abord par respect pour l’auteur , mais surtout parce qu’il constitue un véritable « survol » de cette période douloureuse mais combien héroïque de notre histoire locale. Encore une fois grand merci à Pierre-Jean pour tous ses articles, pour toutes ses enquêtes minutieuses, véritable travail de fourmi, qui révèle chez lui une véritable passion d’historien. A noter d’ailleurs que, outre ses articles sur la guerre et l’occupation, que Pierre-Jean a « commis »  bien d’autres documents sur l’histoire guilviniste, publiés  tant dans notre bulletin municipal, que dans la revue « Cap Caval » J.K

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La Résistance des Guilvinistes durant I’occupation a déjà été évoquée dans le bulletin n°2, mais elle concernait surtout la Résistance extérieure, celles des « Français Libres » du Général de Gaulle, combattant sur mer, outre-mer et sur les divers champs de bataille de la libération. A la différence des maquisards et francs-tireurs, soldats sans uniforme de la France occupée, ces volontaires se battaient dans des unités militaires aux côtés des Alliés.

L’anniversaire du débarquement en Normandie du 6 Juin 1994 nous aurait donné I’occasion de rappeler le rôle de Mathieu Bargain à la barre de la « Combattante » qui vint jusqu’à s’échouer devant Courseulles afin de neutraliser les batteries avant I’arrivée des premières vagues d’assaut. Huit jours plus tard, Mathieu conduisit le Général de Gaulle sur le sol français. « C’est la première fois depuis Juin 40 que je l’ai vu sourire » aimait-il rappeler. Au large des côtes normandes, des croiseurs français, le Montcalm, I’E.Betin pilonnaient les défenses ennemies. Dans les équipages quelques marins bigoudens, comme Vincent L’Hénoret de Léchiagat.

Qu’on nous pardonne d’avoir oublié un « Français Libre » de la première heure, Jean Béchennec, horloger à Léchiagat. Mobilisé en 1939 dans l’aéronavale de Lanvéoc, il fut évacué vers I’Angleterre au moment de la débâcle de Juin 40. Plutôt que de revenir en France « dans la gueule du loup ». il s’engagea dans I’aviation naissante de la « France Libre ». En revenant de « L’Olympia, ou il signa son engagement, il resta ébahi devant le spectacle insolite de marins de Léchiagat en coton bleu et en sabots de bois, disparaissant dans la foule londonienne de Trafalgar Square : Raphaël Quideau, A. Caillard, Emile Péron, etc… en effet venus du Guilvinec en bateau de pêche se dirigeaient eux aussi vers « l’Olympia ». Jean fit toute la guerre dans I’aviation française : périple en Afrique, Bangui, Tchad, Koufra etc. et en Angleterre dans la R.A.F.

Oublié aussi, lsidore Guillamet. ll était radio à bord du sous-marin Ajax quand celui-ci fut coulé par les Anglais. L’équipage fut fait prisonnier mais plus tard en Afrique du Nord, il fut incorporé dans le régiment blindé des fusiliers-marins de la 2eDB qui débarqua en Normandie.

Rappelons que cette Résistance extérieure a été honorée par I’attribution de la croix de « Compagnon de la Libération » à Roger Guillamet, S.M. radio à bord du Sous-marin Rubis et, à titre collectif au premier bataillon de fusiliers-marins qui s’illustra à Bir-Hakeim, en ltalie, et qui comprenait dans ses rangs dix Guilvinistes.

La liaison entre la France occupée et la « France Libre » fut réalisée par des réseaux d’évasion, de renseignements et de trafic d’armes. Raymond Le Corre, Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Michel Baltas, traversèrent plusieurs fois la Manche à la barbe des Allemands avant d’être arrêtés et déportés à Buchenwald (du moins pour les trois premiers cités). De même, Martial Bizien du célèbre réseau d’Estienne d’Orves, ne dut la vie qu’en raison de son jeune âge mais connut l’emprisonnement en Allemagne.

A la question qu’on pourrait poser : y a t il eu une Résistance au Guilvinec pendant l’occupation allemande? On peut déjà répondre oui. Mais la Résistance a pu prendre des formes très variées, y compris la résistance civile et même passive comme le refus de la collaboration. C’est par exemple le comportement de l’administration municipale qui continua à délivrer des cartes d’alimentation aux jeunes du S.T.O. Cela n’allait pas toujours sans risque. Corentin Loussouarn, le secrétaire de mairie fut quelque temps gardé et interrogé à la Kommandantur pour avoir selon les feldgendarmes fait prévenir René Guénec de I’imminence de son arrestation. Et qu’aurait-il enduré si les occupants avaient découvert 3 revolvers provenant des réquisitions de 1940 cachés dans un placard de la mairie ?

N’est-ce pas de la résistance la conduite de Marcel Gléhen, prisonnier de guerre en Allemagne qui s’évada trois fois. D’abord d’un commando de travail de la région de Francfort mais il fut intercepté en France par un garde forestier, puis une seconde fois, mais repris à la frontière, il fut transféré au sinistre camp de Rava-Ruska, en Ukraine, le « ‘camp de la goutte d’eau », et une troisième fois du bataillon disciplinaire dans lequel il avait été versé. Mais hélas il fut repris à nouveau arrêté. Les tentatives des uns et des autres avaient pour effet d’obliger les Allemands à renforcer leur surveillance. C’était d’autant d’hommes en moins sur les fronts. Chacun à sa place a pu ainsi faire ce qu’il fallait.

Dans cet article nous allons présenter la Résistance intérieure constituée le plus souvent d’organisations cloisonnées et d’actions séparées pour des raisons d’efficacité. Pas d’actes spectaculaires, pas d’attaque ouverte contre les Allemands avant 1944, la clandestinité I’imposait. Nous avons déjà évoqué cette Résistance dans le bulletin n°4 à propos des rafles du 12 Juin 44 consécutives à I’action prématurée des F.T.P. contre I’armée allemande à Plomeur, action aux conséquences malheureuses. Il convient de noter, cependant, que ces Résistants avaient répondu à l’appel du Général De Gaulle qui incitait la Résistance intérieure à l’action armée pour retarder au maximum les mouvements des troupes allemandes vers la Normandie.

La Résistance des Guilvinistes durant I’occupation a déjà été évoquée dans le bulletin n°2, mais elle concernait surtout la Résistance extérieure, celles des Français Libres » du Général de Gaulle, combattant sur mer, outre-mer et sur les divers champs de bataille de la libération. A la différence des maquisards et francs-tireurs, soldats sans uniforme de la France occupée, ces volontaires se battaient dans des unités militaires aux côtés des Alliés.

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La Résistance à travers livres ou films connaît deux types de critiques contradictoires. Tantôt on a reproché aux résistants leur attitude trop « attentiste » jusqu’au départ des Allemands, tantôt il leur est reproché leurs actions trop précoces déclenchant des répressions terribles. Disons tout de suite que l’engagement tardif n’était pas sans danger. C’est dans les deux derniers mois de l’occupation que les Allemands ont commis le plus d’exactions. Qu’en était-il au Guilvinec-Léchiagat ?  Quelles étaient les possibilités offertes pour une résistance?

LE GUILVINEC PENDANT L’OCCUPATION

Nous I’avons dit, de 1940 à 1944, Le Guilvinec regorgeait d’Allemands. La Kommandantur disposait d’une garnison d’une cinquantaine de soldats et des services dispersés dans toute la ville. De plus des compagnies entières séjournaient au repos à Kergoz, à l’école des Filles ou bien s’entraînaient au tir contre-avions sur les dunes. D’énormes canons tractés de 105 passaient et repassaient au nord de la Ville. Les Guilvinistes s’étaient habitués aux bruits de la guerre. Les explosions des obus dans le ciel touchant une cible traînée par un avion ne détournaient même plus les regards. Par ailleurs, la GAST ou douane assurait la surveillance du port et de ses abords. Organiser la résistance sur le territoire même du Guilvinec relevait d’une audace quasi-inconsciente. Pas de garnison à Léchiagat mais un poste de douane; au Villoury à Tréffiagat un casernement et un émetteur. Les Allemands soupçonnaient I’existence de « terroristes » à Léchiagat qu’ils dénommaient la « petite Angleterre ».

La population du Guilvinec et la garnison cohabitaient sans heurt mais point de collaboration. Les Allemands fréquentaient de préférence les cafés où ils étaient bien reçus. Mais pas ceux où on leur répondait comme à Tal-Ar-Groas « Nicht , netra, pour vous mon pauvre monsieur « . La plupart des marins évitaient les premières nommés. Il fallait bien regarder autour de soi pour prononcer un peu fort le mot « boche ». L’état Français ayant choisi la collaboration, les R.G. ou renseignements généraux du commissaire Soutif de Quimper disposaient de deux correspondants au Guilvinec comme à Tréffiagat.

Les communistes fichés avant-guerre étaient particulièrement surveillés. Stupéfiant ! Le commandant de la place, comme le médecin-chef avouèrent en privé que des lettres de dénonciation parvenaient à la Kommandantur mais qu’elles allaient au panier ! Quel était leur contenu ? Probablement des faits de marché noir !

Les Guilvinistes soupçonnaient le personnel civil travaillant pour les Allemands, de leur fournir des renseignements. Mais rien de prouvé. Plus sérieux, la Gestapo délégua au Guilvinec des agents recruteurs. Un jeune Guilviniste, Eugène G. s’affichait trop ouvertement à leurs côtés. Après sa dénonciation et ses responsabilités dans I’emprisonnement de Roger Larzul,  Adolphe Cossec et Joseph Le Breton en Septembre 1943 au pardon de la Tréminou, deux résistants de Pont- l’Abbé venus à bicyclette tentèrent en décembre de I’abattre chez lui en plein jour mais ils le ratèrent. Une opération risquée que I’on confia à des « étrangers » (on sut après la guerre que des Guilvinistes participèrent à la liquidation d’un châtelain de Gouesnac’h, collaborateur notoire). Les coups de révolver n’inquiétèrent pas les Allemands de Kergoz tout proches mais I’attentat déclencha des représailles : couvre-feu à 7 h du soir pendant huit jours, patrouilles renforcées, etc… Que se serait-il passé pour un attentat contre un Allemand ?

A Léchiagat , on déplorait I’engagement dans la L.V.F. sur le front russe d’un gars du pays, « Ar sergent boche ». On le vit en permission sous l’uniforme allemand. Et un autre dans la milice Perrot des  autonomistes bretons. Le Garde-champêtre devait renseigner les R.G. de par sa fonction mais son zèle était jugé condamnable. Au fur et à mesure de leurs défaites sur le front russe, les Allemands perdirent le moral; ils se confiaient en privé : « Allemagne Kaputt » mais jamais quand ils étaient deux.

En 1944, les batteries au repos s’espacèrent; les troupes d’élite étaient remplacées par des mercenaires ukrainiens ou mongols basés à Plomeur et à Poulguen. A I’approche du débarquement, les Guilvinistes furent réquisitionnés pour assurer la surveillance de nuit des ouvrages portuaires et pour planter des poteaux dans les champs devant interdire I’atterrissage des planeurs.

Et vint le débarquement. Les Allemands devinrent nerveux, surexcités, surtout ceux qui l’étaient déjà auparavant comme « An eun du » le sous-officier de la Kriegsmarine qui régnait en maître sur le port. Les attroupements de plus de trois personnes étant devenus interdits, il n’hésitait pas du bout du môle à tirer à balles doum doum sur les pêcheurs qui se groupaient près du vivier ou du café de I’Océan. Théo Coïc touché, perdit un oeil et Christian Bescond reçut un éclat sous la paupière. Une zone interdite le long du littoral incluant tout Men Meur fut limitée par des barbelés avec des chevaux de frise. Les dunes étaient minées sur des centaines de mètres.

RAMIFICATIONS DU RÉSEAU JOHNY AU GUILVINEC

Le 26 juillet 1940, à leur première liaison entre l’Angleterre et la France occupée, les quatre Guilvinistes volontaires pour des missions de renseignements sous la direction d’Hubert  Moreau, accostèrent tout naturellement au Guilvinec (bulletin n°2). lls trouvèrent de l’aide chez le mécanicien de moteurs marins, Yves Frélaud, et auprès de I’Administrateur de  l’lnscription Maritime, Quebriac. Tout un réseau d’amis, de personnes sûres, d’agents et d’informateurs était à créer.

Après leur équipée de Quiberon et la perte de leur bateau, ils trouvèrent pour un temps une cachette chez Jean Lavalou.

JeanLavalouJean Lavalou, pharmacien au Guilvinec, avait manifesté très tôt son esprit de résistance à l’occupant. Mobilisé et fait prisonnier, il s’évada de la caserne de Vannes et conduisit vers Lorient des jeunes gens qui désiraient rallier I’Angleterre. Madame Lavalou elle-même montra ouvertement ses sentiments anti-allemands en reconduisant le Maire du Guilvinec qui voulait réquisitionner chez elle deux chambres pour officiers. Elle refusa tout net, alléguant du fait que son frère venait d’être tué sur le front par les amis de ces messieurs.

Au mois de novembre 1940, la pharmacie de la rue de la Marine accueillit une douzaine de jeunes gens volontaires pour la « France Libre » et deux soldats anglais rescapés de Dunkerque. Comment tout ce monde avait-il abouti chez  Jean Lavalou ? Par le « bouche à oreille »; se présentant au comptoir de Madame Lavalou, les candidats au départ devaient donner le mot de passe, « Je voudrais acheter des bandages herniaires », pour être introduits dans le salon d’essayage. Maryvonne Lavalou, la petite fille de 10 ans était déjà dans le secret. Elle se souvient d’une tablée d’une douzaine de jeunes gens de la ville habillés en marins, prêts à I’embarquement. Parmi eux, Jacques Andrieux, pilote, futur officier du groupe Alsace et Jean Leroux de Lanmeur, ville d’ou était originaire le pharmacien qui l‘avait prévenu de I’imminence d’un départ. La tentative fut ratée en raison de la surveillance  exercée par les allemands et les difficultés à trouver un patron de malamock consentant. Tous alors préfèrent rejoindre Douarnenez puis Camaret où ils dénichèrent le langoustier « L’Émigrant »  transformé pour I’expédition et dont l’équipage n’était autre que le groupe guilviniste de Marcel Guénolé.

Jean Le Roux en arrivant en Angleterre se donna le nom de JOHNY.  D’autres volontaires vinrent au Guilvinec comme ces deux étudiants en médecine qui séjournèrent un mois dans la pharmacie sans éveiller de soupçons dans le voisinage.

Mais le 5 janvier 1941 la tentative de départ des gars de Léchiagat sur le « Charley » et leur interception par des patrouilleurs allemands, renforcèrent la surveillance et entraînèrent même I’interdiction de la pêche jusqu’à nouvel ordre.

En Angleterre, Jean Le Roux et Daniel Lomenech furent sollicités pour créer un réseau de renseignements avec émetteurs-radio dans la France occupée. Et les voilà, à la mi-mars, retrouvant les côtes du Nord-Finistère avec deux postes émetteurs, conduits à nouveau par « l’Émigrant » et son équipage guilviniste. Parvenu difficilement à Quimper avec son matériel, Johny envoya son premier message, de I’appartement de Madame Bounoure, vers la « France Libre » le 27 mars 1941.

Tout naturellement Jean Le Roux étendit la trame de son réseau vers le pays bigouden et les amis qu’il y connaissait comme Jean Lavalou, Yves Frelaud, le capitaine Dréau de Lesconil qui fit le relevé des fortifications allemandes du secteur du Guilvinec accompagné du garde-pêche Giraud, Henri Péron, le pharmacien de Penmarc’h, Jacques Scuiller le patron-pêcheur du « Vincent-Michelle » qui assurera des liaisons avec un sous- marin anglais.

Jean Lavalou se dépensa beaucoup, passant beaucoup de temps hors de sa pharmacie visitant aérodromes et ports. Alors que les services goniométriques se renforçaient, il contacta un confrère brestois qu’il chargea de découvrir un endroit tranquille pour émettre vers I’Angleterre, comme il recruta un radio à Carhaix pour déplacer prudemment le premier centre d’émission.

A Paris, par son intermédiaire, le réseau JOHNY créa un centre d’informations avec I’aide du directeur du laboratoire de la ville.

Yves Frelaud aimait s’afficher avec les allemands pour donner le change. Il fut chargé de réparer I’un des postes-émetteurs tombé en panne et le fit ramener à Quimper par son convoyeur…dans  I’automobile d’un officier de la G.A.S.T. Hélas, le radio brestois fut arrêté par la police française à la suite de la curiosité des employées de I’hôtel d’où il émettait et de sa dénonciation… Un papier portant le nom de Jean Lavalou, trouvé dans sa chambre, déclencha des recherches, d’abord vers Lanmeur puis vers Le Guilvinec. Entre temps, le radio, mal surveillé dans les locaux de la police, sauta du premier étage et fit prévenir le pharmacien qui prit le large.

Les feldgendarmes précédés du garde-champêtre frappèrent à son domicile. lls arrêtèrent le même jour, dans la même petite rue, Henri Le Goff du réseau Johny. Après une nuit à la Kommandantur, tous deux furent transportés directement vers la prison d’Angers ce qui signifiait leur prise en charge par I’Abwehr ou service de contre-espionnage de la  Wehrmacht. Malgré ces coïncidences aucun rapport ne fut établi entre les activités des deux hommes.

LouisBerrouNéanmoins, les faits reprochés à Louis Berrou l’entraînèrent dans un engrenage diabolique par suite de l’application à son cas du décret « Nach und Nebel » (Nuit et Brouillard) du 7 Décembre 1941. Pris sous le coup de ce décret, les inculpés qui portaient atteinte d’une manière ou d’une autre à I’armée allemande étaient transférés en Allemagne pour y être jugés par le tribunal du peuple. Ils devaient être considérés comme disparus aux yeux de leurs proches qui ne pourraient recevoir de leurs nouvelles jusque la fin de la guerre. lls disparaîtraient ainsi « dans la nuit et le brouillard » selon I’expression d’Hitler lui-même qui espérait un effet dissuasif parmi la population. L’expression NN qui aurait pu caractériser toute la déportation et son horreur, ne fut appliquée en fait qu’à un petit nombre de déportés soumis à cette procédure spéciale. Avoir privé les déportés de correspondance avec leurs proches semble aller de soi. Pourtant toutes les familles des autres déportés guilvinistes, Henri Le Goff, Raymond Le Corre, Marcel Guénolé, Yves Frelaud, Jean Le Brun et Arsène Coic de Léchiagat, résistants notoires ont, aussi étonnant que ça puisse paraître, reçu des lettres parfois assez longues des camps. Les déportés ont reçu du courrier en retour et parfois des colis. Cela avant le débarquement du 6 Juin 44.

Les familles d’Arsène Coic, d’Henri Le Goff savaient que leurs fils étaient à Buchenwald-Weimar sans soupçonner évidemment que c’était un camp de concentration et encore moins un camp de la mort. La preuve de cette affirmation surprenante nous vient du témoignage d’Eugène Jolivet, Guilviniste de Lostendro. Etudiant en agronomie en 1943 à Paris, il s’était réfugié au Guilvinec pour fuir le S.T.O. Eugène traduisait les lettres écrites en allemand provenant des déportés et rédigeait pour les familles les réponses, obligatoirement dans la même langue ( la dernière lettre pour Y.Frelaud, revint avec la mention : inconnu. ll n’eut pas de lettre à traduire pour Louis Berrou car sa famille ignorait totalement sa destination depuis son départ d’Angers.

« Parias parmi les parias », les déportés N.N. devaient rester dans le secret le plus total. Mais concernant Louis Berrou l’application de la procédure connut un jour une faille. Une lettre à l’effigie d’Hitler parvint au début de 1944 à sa fille. Elle provenait d’un prisonnier de guerre français, qui malgré les gardiens, l’avait contacté dans une usine de Breslau où les déportés N.N. travaillaient en attente de leur jugement. Nous avons retrouvé après plus de 50 ans, les traces du passage de Louis Berrou au camp d’Hinzert, un petit camp spécial N.N. où les nombreux S.S. s’entraînaient au métier de garde-chiourme. Ses compagnons I’appelaient « le pêcheur du Guilvinec ».
Nous avons pu nous entretenir avec quelques uns d’entre eux : Marcel Martin et l’abbé Joseph de la Martinière qui firent avec Louis le trajet de Paris au camp dans le même compartiment non plombé. L’abbé, auteur de plusieurs livres sur la déportation cite le cas du « pêcheur du Guilvinec » soupçonné « d’appartenir à une organisation de passage en Angleterre »; Pierre Tourneux un gars de Besançon, professeur à Quimper en 1940, qui vint au Guilvinec chez le pharmacien Lavalou pour tenter de rejoindre les F.F.L. avant d’être arrêté; Jean Granja qui confiait à Louis des grains de blé pour qu’il les cuise dans I’atelier de menuiserie où il travaillait (du blé glané dans les champs au profit des paysans d’alentour qu’il volait);  Paul Thueux de Perros avec lequel il échangea ses socques qu’il ramena usés jusqu’au cuir après la marche de la mort de Sachsenhausen.

archiveHinzertAprès 3 mois à Hinzert ce furent les dures prisons de Witlich près de Cologne, Wohlau et Breslau où après une parodie de justice, « le tribunal du peuple » décida son transfert au camp de Sachsenhausen où il mourut le 10 Octobre 1944 selon le service international de recherches. Mais d’après une autre thèse, on I’aurait aperçu plus tard dans un convoi en marche vers Buchenwald.

TRAFIC D’ARMES A LECHIAGAT en 1942

Ce fait de Résistance exceptionnel pour l’époque a été relaté dans de nombreux ouvrages (Clandestins de l’lroise…) et de journaux (Travailleur Bigouden…) auxquels on peut se référer.

Un trafic d’armes venues d’Angleterre par containers, réceptionnées le 6 Août 42 par le langoustier « L’Audacieux » et mouillées aux Glénan, déclencha une répression immédiate avec perquisitions, fouilles, arrestations et dislocation du noyau de Résistance communiste de Léchiagat.  Les armes arrivèrent au port le 15 Août, mais une lettre du 14 placée sous le sceau du secret transmise par le commissaire Soutif des R.G. au Préfet, d’après un renseignement de la police allemande du 12 Août, préparait déjà un coup de filet dans les milieux communistes de Léchiagat. (archives des renseignements généraux).
Le rapport Soutif  (L’intégralité de ce rapport ainsi que les suites qui en résultèrent figure par ailleurs dans le site)

« Le chef de poste de douane allemand de Léchiagat a reçu d’un informateur une déclaration aux termes de laquelle il existerait à Léchiagat un « Centre de Résistance » composé  d’individus ayant appartenu au parti communiste ou ayant des sympathies pour le communisme ou le gaullisme. Ces derniers auraient constitué un dépôt d’armes parmi lesquelles se trouveraient une mitrailleuse et des munitions. Des réunions auraient lieu, des tracts seraient confectionnés et distribués. Voici la liste des personnes soupçonnées d’appartenir à cette organisation : Larnicol Jean Désiré, ex-maire de Treffiagat, Hénot (sans désignation de prénom) maçon, Le Coz Jean, menuisier, Quiniou Louis (?) marin-pêcheur, Bolloré, Larnicol Pierre Jean, tailleur, Le Goff, instituteur.
Les réunions auraient lieu chez Le Coz, Larnicol, les soeurs Charlot (café de la Pointe) ou chez une veuve Cossec tenancière d’un magasin de chaussures. Parmi ces personnes, trois (les deux Larnicol et Le Coz) sont connues comme ayant appartenu au parti communiste.
ll a été convenu entre le chef de service allemand et moi-même que je procéderai à une enquête préliminaire et qu’ensuite, des perquisitions seraient faites à Léchiagat par les polices allemande et française travaillant conjointement. Le concours de la gendarmerie devra être sollicité… « .

Une autre lettre de la même date signée du chef de l’aussenKommando Hoth fait état de deux correspondants dont le garde-champêtre et signale un plan sur lequel sont repérées les habitations des personnes soupçonnées.

Ce document authentique révèle entre autres – si ce n’était déjà prouvé – la collaboration de I’Etat français avec les Allemands par I’utilisation de sa police dans la répression contre la Résistance, et dans la surveillance particulièrement minutieuse des habitants de Léchiagat.

Un nid de Résistance à Léchiagat

Treffiagat, Le Guilvinec et Concarneau furent en 1935 les seules municipalités communistes de toute la Bretagne. A la suite du pacte germano-soviétique, le gouvernement français décida en 1939 la suppression du parti communiste et plus tard la dissolution de toutes les municipalités dirigées par le P.C.

Au Guilvinec Marc Scouamec et les 16 conseillers furent remplacés par une délégation spéciale dirigée par M. Pérodeau puis sous l’occupation par Mr Le Nivez officier de marine en retraite.

A Treffiagat, Jean Désiré Larnicol démissionné fut supplanté par M. Gouzien, premier-maître de la marine en retraite. Quoi de plus facile alors pour les polices française et allemande, sachant que partout le parti se reconstituait dans la clandestinité, de surveiller particulièrement les « individus » déjà fichés aux R.G. ainsi que les sympathisants, dans les agglomérations où tout le monde se connaissait.

JeanDésiréLarnicol
Jean Désiré Larnicol

En 1941, Jean Le Coz de retour de la guerre participa avec Jean Désiré Larnicol à la timide reconstitution d’une cellule à Léchiagat en relation avec Alain Signor, et déjà les R.G. soupçonneux vinrent interroger I’ancien maire sur ses activités. Etape suivante, au cours de l’hiver 41, Robert Ballenger du Comité Central séjourna huit jours chez Jean Désiré et se promena sur le port en sa compagnie : cela ne passa pas inaperçu.

L’Humanité clandestine commença à circuler parmi les sympathisants. Jean Le Coz disposait d’une ronéo cachée à Léhan dans l’étable de ses parents. Aidé de sa soeur, Mme Hénot, il tira des tracts anti-allemands qui furent distribués dans les communes voisines. Albert Hénot, le jeune neveu de 12 ans était déjà dans le secret. Puis des paquets de tracts venus de Pont-l’Abbé transitèrent par la famille Hénot avant d’aboutir chez Arsène Coïc, cordonnier de Léchiagat qui réunissait chez lui les jeunes communistes d’avant- guerre. Parmi eux, Rodolphe Péron, Jean Larnicol, se chargeaient de les distribuer poussant même I’audace jusqu’à en jeter dans la cour du bâtiment qui abritait la GAST .

En 1942, les liaisons établies avec les cellules de Lesconil, de Pont-L’Abbé, etc… renforcèrent l’organisation clandestine. La création à l’échelon national des F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans), favorables à une action immédiate (sabotages, attentats) nécessitait la possession d’armes. Queinnec, le chef du secteur cornouaillais réussit à se mettre en relation avec les Anglais qui acceptèrent de leur en livrer. Un rendez-vous avec un sous-marin au large des côtes fut envisagé. Restait à trouver un bateau chargé de prendre livraison de la  marchandise et surtout un patron qui ne manquait pas d’audace.

Transbordements dangereux

Le patron du langoustier de Léchiagat « L’Audacieux », Michel Bolloré, déjà membre du PC, accepta malgré les risques énormes encourus. Son équipage comprenait par ailleurs quelques sympathisants communistes comme Bastien Coïc  ce qui pouvait lui faciliter la tâche. Après deux rendez-vous manqués, celui du 6 août 1942 fut le bon. Mais au lieu du sous-marin attendu, Oh! surprise, l’équipage vit arriver le « Mouscoul », malamock guilviniste évadé du port en Juin 40 avec les volontaires de la « France Libre ». Daniel Lomenech du réseau Johny qui fut par ailleurs I’ancien chef des traversées clandestines accomplies par Raymond Le Corre, etc…, commandait I’expédition.

Tout ne fut pas aisé car des membres de l’équipage de l’Audacieux non prévenus se trouvaient malgré eux impliqués dans une affaire très grave. Dans les conteners, des mitraillettes, des révolvers, des explosifs. Voilà bien une première livraison d’armes réussie entre les gaullistes de Londres et les communistes de la France occupée. Pour ne pas courir trop de risques en rentrant au port,  L’Audacieux préféra mouiller les conteners dans les parages des Glénan où ils seraient récupérés plus tard. Le plus difficile restait donc à faire. Le 14 août Jean Baudry et Guillaume Bodéré prirent la mer à bord de leur petit canot « Entre Nous  » et, tout en faisant mine de relever leurs casiers, repêchèrent une partie des armes. Deux autres canots de Lesconil devaient se charger du este. Qu’on imagine la suite, le risque inouï pris par les deux pêcheurs en rentrant au port du Guilvinec en plein jour. sachant que la douane allemande fouillerait partout et sans doute découvrirait parmi les casiers, 7 conteners de plus de 50 kg chacun « made in Great Britain ». Sans compter la perspicacité du « boche du » de la Kriegsmarine… La désinvolture apparente de Guillaume Bodéré qui monta prestement à l’échelle du môle pour faire vérifier les papiers du bord à la guérite de la GAST sauva la situation. L’allemand qui avait déjà amorcé sa descente vers le canot remonta et oublia la fouille! Ouf!

GuillaumeBodéré
Guillaume Bodéré

« L’Entre Nous » rejoignit le fond du fond du port et le lendemain, devant les promeneurs du dimanche, 350 kg furent chargés sur la charrette à cheval de « Youenn Kéristin » et recouverts de casiers. Scène tout à fait inhabituelle dans le port ! La cargaison fut d’abord entreposée dans le hangar de Jean Le Coz puis transférée le lendemain chez Guillaume Bodéré à  Tréffiagat. Le 19 Août, les commanditaires de Concarneau étaient à pied d’oeuvre, tôt le matin pour en prendre livraison puis ils passèrent à la carrière du « Piker men » Vincent Larnicol de Lesconil où les conteners des 2 autres canots avaient abouti. Le 19 Août ce fut aussi le jour choisi pour la perquisition prévue par les polices allemande et française chez les communistes de Léchiagat.

Perquisitions, arrestations

Bien préparées à I’aide du plan de Léchiagat annoté, les perquisitions eurent lieu  simultanément en 5 points différents. Les armes étant en lieu sûr, restait la possibilité qu’on découvre chez les résistants des tracts ou des révolvers prélevés dans les conteners.

A 7 h du matin la police frappa à la porte des suspects. Chez Jean Désiré elle ne trouva rien; cinq révolvers étaient pourtant cachés dans le fond du jardin; I’interrogatoire soutenu qu’il subit ne fut guère plus positif !  Chez Laurent Hénot, un paquet de tracts traînait sur la table quand des coups répétés sur la porte résonnèrent. Mme Hénot eut la présence d’esprit de les jeter dans le jardin parmi les oignons avant d’ouvrir. La maison fut mise à sac; un révolver dans un chiffon était posé sur le rebord d’une fenêtre mais passa inaperçu. Laurent Hénot, s’éclipsa entre-temps. Son fils Albert fut contraint de partir à sa recherche et de le ramener d’urgence. ll le trouva à Plobannalec d’où il était originaire mais bien évidemment Laurent ne rentra pas. Au contraire le lendemain, à un lieu de rendez- vous fixé entre eux, Albert apporta à son père des provisions et des affaires. Laurent Hénot entra ainsi dans la clandestinité pour deux ans. C’est à Saint-Evarzec qu’il se réfugia, devenant ouvrier meunier. Au bout de quelques mois il crut s’être fait oublié et commit I’imprudence de revenir. La Gestapo faillit le cueillir chez lui, mais il put se cacher sur le toit de sa maison. Les perquisitions ne donnèrent rien chez Jean Le Coz, Jos Quiniou, Michel Le Goff mais les suspects étaient prévenus.

Guillaume Bodéré et Jean Baudry, dans un premier temps ne furent pas inquiétés.

Ils étaient inconnus des services de police, non fichés aux R.G. Un mois plus tard, de nouvelles perquisitions et arrestations furent à nouveau opérées à Léchiagat. Un résistant de Concarneau venu prendre les conteners avait parlé sous la torture. Guillaume réussit à se cacher mais les Allemands arrêtèrent son épouse qui séjourna en prison pendant 2 ans. Guillaume était désormais un homme traqué, vivant de cache en cache avec de faux-papiers. Ceux-ci furent obtenus par Albert Hénot au nom de Le Fur à la mairie de Plobannalec et livrés dans sa planque de Plomeur.

Jean Baudry, qu’il fut impossible de prévenir, fut cueilli à son retour de mer et emprisonné à Fresnes. Le 5 Avril 1944 il fut fusillé au Mont Valérien. Nous extrayons de sa dernière lettre ces quelques mots

« Je vous dis chères femme et enfant, je vais mourir en pensant à vous. Je te dis aussi d’avoir bon courage afin d’élever notre petite Michèle ».

Jean Désiré Larnicol réussit à s’enfuir avant I’arrivée de la police et se réfugia dans la région parisienne. Jean Le Coz ne rentra plus chez lui, se cachant chez son beau-frère Xavier Cossec. C’est pourtant là que les gendarmes du Guilvinec l’arrêtèrent, à la suite d’une indication malencontreusement donnée par son épouse; non sans s’être rebellé et bagarré contre la force publique mais celle-ci fut la plus forte. Les gendarmes oublièrent la rébellion pour ne pas aggraver son cas. En même temps, Marc Scouarnec fut épinglé. Tous deux ne furent pas livrés aux Allemands mais conduits à la prison de Mesgloaguen avant de partir au camp de Voves où des gendarmes français les surveillèrent.

Une proposition de libération leur fut offerte à condition de signer un certificat d’allégeance au Maréchal, et de collaborer à l’ordre nouveau. Tous deux refusèrent. Marc Scouarnec restera interné jusqu’en août 44 tandis que Jean Le Coz et ses  compagnons de baraque réussiront à s’évader et à rejoindre la Résistance locale, après avoir creusé un tunnel de 150 mètres sous les barbelés-! lnouï!

Devant cette vague d’arrestations, Michel  Bolloré, S. Coïc de « L’.Audacieux » se sentirent en danger. lls pouvaient être « arraisonnés » eux-aussi à leur retour de pêche. lls décidèrent avec le reste de l’équipage dont Sébastien Larnicol et son père de gagner I’Angleterre.

Arsène Coïc, responsable des jeunes résistants était lui aussi dans le collimateur de la police. ll se savait surveillé puisque le garde-champêtre vint plusieurs fois chez lui s’assurer de sa présence à la maison. Le 13 Octobre 1942 il fut arrêté par un civil et un gendarme. Déporté à Buchenwald il put y exercer son métier de cordonnier ce qui lui sauva la vie.

«  Ami ,si tu tombes.. un ami  prend ta place…. »

Michel Le Goff, jeune instituteur poursuivit  l’action entreprise par les vieux militants. Les FTP  redémarrèrent progressivement à Léchiagat. lls furent environ une vingtaine dont Lucien et Georges Pochat, René Credou, Lucien Quideau, etc. distribuant les tracts la nuit, déchirant les affiches allemandes ou vichyssoises et bientôt marquant les murs du V de la victoire. Les armes manquaient cruellement. Mais qu’étaient devenues celles des conteners ? Les liaisons furent surtout rétablies avec les résistants de Lesconil, mission dont se chargea plusieurs fois Albert Pochat et parfois une jeune fille, C. Paubert. Albert Hénot, le futur maire de Treffiagat accomplit ainsi des actes de résistance à un âge ou ses camarades jouaient encore aux gendarmes et aux voleurs, en culotte courte. Même s’il était fort pour son âge cela devait être un cas exceptionnel.

RÉSISTANCE COMMUNISTE AU GUILVINEC

Marc Scouarnec l’ex-maire arrêté, les anciens conseillers Cariou et Maréchal réfugiés dans le Sud-Ouest, des jeunes prirent le relais, mais en application de la règle du triangle, ils ne connaissaient pas les résistants de Léchiagat. La responsabilité principale incombait  désormais à Pierre Cossec, comptable à l’usine Coop, à Yvon Morvan, François Tanneau, Basile Larzul encore étudiant, non fichés aux R.G. Leur objectif premier fut de reconstituer la cellule clandestine, les actions « armées » proprement dites étant du ressort des F.T.P., commandés par Pierre Tanneau, futur patron du « Franc-Tireur ».

Comme chez les FFI le premier noyau fut constitué de jeunes gens ayant déjà accompli leur service militaire, d’anciens prisonniers libérés comme V. Le Goff, des sous-officiers de réserve, comme Bi. Loussouarn. Pierre Cossec organisa la diffusion de tracts anti-allemands avec la participation de femmes comme Mme Scouarnec. Un relevé des positions militaires allemandes du secteur de la grève blanche fut transmis à Pont-L’Abbé .En mai 44 le groupe dénonça par des tracts diffusés lors d’un grand match de football local, l’assassinat de résistants à Poulguen.

Jean LE BRUN radio en liaison avec Londres

JeanLeBrunLe futur maire du Guilvinec de 1965 à 1983 communiqua avec Londres pendant l’occupation à la barbe des Allemands, avant d’être arrêté et déporté à Buchenwald.

Ayant reçu une formation de radio à l’abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne sur les grands chalutiers. Membre du PC boulonnais, il navigua par la suite en 1937-38 pour le compte d’une compagnie maritime « France-Navigation »  qui participa au trafic clandestin d’armes et de vivres en faveur des républicains espagnols en lutte contre Franco. Ayant fondé une famille à Boulogne, Jean la conduisit au Guilvinec au moment du déclenchement de la guerre et seul repartit sur les chalutiers du nord. A la débâcle de 1940 il revint en Bretagne mais selon les ordres qu’il reçut, au lieu de prendre contact avec le PC clandestin du Guilvinec il ne se manifesta pas. Il n’était donc pas surveillé. Quand le comité central réorganisa son réseau de radios décimé par la Gestapo, il se tourna vers les officiers-radios de « France-Navigation » et contacta secrètement Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Des voyageurs insoupçonnables ! Jean reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poisson auprès des mareyeurs. ll menait une  vie de père tranquille tout en communiquant avec l’ambassade soviétique à Londres , transmettant des messages secrets dont il ne  connaissait pas toujours le contenu. Le poste émetteur était caché dans la cheminée après chaque émission. Jean Le Brun appartenait ainsi au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. ll recevait des renseignements du service de sécurité du PC  et des F.T.P. ll lui arriva de transmettre des messages pour le célèbre réseau de « L’Orchestre Rouge » qui communiqua via Le Guilvinec avec Staline désireux de connaître la situation à l’Ouest et I’importance de la Résistance. Hélas les services goniométriques repérèrent les émissions venant du Guilvinec. Un jour de janvier 43, les voisins virent arriver une traction avant noire rue de la Palue. Trois agents de la gestapo cueillirent Jean Le Brun chez lui et I’emmenèrent avec son baluchon. Les Allemands ne découvrirent  pas  le poste émetteur et ne soupçonnèrent pas I’importance de la prise. ll semblerait même qu’il ait été condamné comme droit commun, et non comme politique ou résistant. Après quelques mois dans les prisons françaises, il fut déporté à Buchenwald. Dans ce camp dont la direction était aux mains des communistes, Jean retrouva des amis comme Marcel Paul. Il fut affecté au petit camp où l’on accomplissait les travaux d’entretien. ll lui arriva de voir Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Raymond Le Corre qui travaillaient dans une usine proche de Weimar. Pour rejoindre ce Kommando, ils devaient marcher sur 1 km en habit rayé encadré par les SS et les chiens au vu de toute la population environnante. Raymond Le Corre lui avait semblé déjà affecté par les sévices et les privations. Proche de la direction du PC clandestin de Buchenwald, Jean Le Brun participa à la résistance intérieure du camp qui se libéra lui-même avant l’arrivée des Américains.

LE MOUVEMENT DE LIBÉRATION-NORD 

Parallèlement aux réseaux spécialisés dans le renseignement ou l’évasion, les mouvements de Résistance ratissaient plus large et préparaient l’après-vichysme. Parmi eux, « Libé-Nord » issu des milieux syndicaux et de la S.F.I.O. et dirigé par C. Pineau, s’implanta au Guilvinec-Léchiagat. Son but était de constituer une organisation et une « armée secrète », prêtes à agir au moment propice. Cette position plutôt « attentiste » différait de celle des F.T.P. plus impatients et plus poussés à I’action immédiate. Selon les instances de la direction, une attaque prématurée pouvait mettre le pays à feu et à sang. De Gaulle lui-même avait conseillé de ne pas s’attaquer aux Allemands pour éviter les représailles.

Dès 1941, au retour de la bataille de France où il perdit une jambe, Pierre Sanquer, le directeur de l’école des garçons de Léchiagat, prit courageusement l’initiative de créer une section de « Libé-Nord » et se chargea de recruter des hommes sûrs conjointement avec Mr Kervévan, gérant de I’usine Coop du Guilvinec. Pour constituer le noyau de « l’armée secrète », le mouvement devait faire appel à des officiers et sous officiers d’active ou de réserve chargés d’encadrer des jeunes au moment voulu mais dont la fidélité au Maréchal n’était pas affirmée, ce qui somme toute n’était pas facile à trouver.

LiliLeDrezenC’est ainsi que P. Sanquer contacta le lieutenant de réserve Lili Le Drézen de Léchiagat revenu de captivité. lngénieur des Arts et Métiers de l’école nationale d’Angers, il avait fondé la fabrique de filets de pêche qui porte son nom. Mobilisé en 1939, il se distingua aux avant-postes de la Sarre « donnant l’exemple dans les missions dangereuses qui lui furent assignées », ce qui lui valut la Croix de Guerre et une citation à l’ordre du régiment. Cet officier « plein d’allant, conduisant sa section avec fermeté et entrain » était pour Sanquer I’homme de la situation. Fait prisonnier à Saint-Mihiel et maintenu en camp en France-, son épouse réussit avec l’aide de I’administration communale et maritime à le faire libérer, arguant du fait que sa présence était indispensable pour faire marcher I’usine et permettre aux marins de ravitailler la population. Libéré en 1941 , il eut des contacts avec le capitaine Dréau, une figure bien connue de la Résistance et reçut chez lui Lomenech du réseau Johny qui cherchait un embarquement pour I’Angleterre. « Connaissant ses qualités de patriote » dira P.Sanquer à ses obsèques en 1945,  « un soir d’hiver 42, je frappai à sa porte, il s’agissait de mettre sur pied un groupe de Résistance prêt à suivre les mots d’ordre de Pont-L’Abbé ou de Quimper. « J’accepte » dit-il sans la moindre hésitation .Les adhérents du mouvement se recrutèrent dans un premier temps de proche en proche parmi les amis comme Jean Nadan, J. Mahé sous-lieutenant de réserve, lui aussi libéré, Jos Nadan , les jeunes instituteurs, Pierre Le Ster, Corentin Lagadic, Eugène Dilosquer, Henri Mauguen professeur au C.C., Marcel Joliff lieutenant revenu de captivité en 1943. Le groupe pouvait tenir ses réunions à l’école des garçons sans éveiller de soupçons. ll se renforça par des officiers-mariniers en retraite ou en disponibilité: Jean Le Brun (homonyme de J.Le Brun , futur maire de Guilvinec), Achille Bodéré, G. Le Roux et le gendarme maritime Robert Audren et les marins pêcheurs au service militaire accompli (Henri Le Cléach, Marcel Garo…), des militants chrétiens comme Pierre Berrou et dans les derniers mois de I’occupation des jeunes étudiants (Noël Stéphan …) Leurs activités se limitèrent aux liaisons et aux renseignements sur I’armée  allemande transmis vers Pont L’Abbé. Cette situation « attentiste » n’était pas sans danger car elle imposait quand- même réunions, contacts, recherche d’armes… Les Allemands savaient qu’il y avait une Résistance au Guilvinec. Henri Mauguen, plusieurs fois recherché ne dut son salut, lors d’une perquisition à son domicile qu’en se cachant sur le toit de la maison de Mme Hénot où il logeait, là où Laurent Hénot s’était déjà planqué. Pour ne pas multiplier les risques d’indiscrétion dans une ville infestée d’Allemands, les tout jeunes gens qui allaient plus tard constituer le gros des forces du mouvement, ne furent pas encore recrutés. ll n’y avait pas d’armes à leur donner, pas de maquis à leur proposer.

LE MAQUIS DE MEIL CORROAC’H

Comme un peu partout en Bretagne après le débarquement, un maquis FTP se forma plus ou moins spontanément dans la campagne de Meil-Corroac’h près de la ferme de la famille Quillec. C’eût été d’ailleurs folie de les voir se constituer plus tôt en Cornouaille dans une région sans montagne ni forêt. Après les rafles opérées au Guilvinec et Léchiagat en juin 44, plusieurs F.T.P. considérés comme « terroristes » ne se sentaient plus en sécurité. Pierre Tanneau dormait dans la cabane d’une carrière de Tréméoc et travaillait le jour dans la ferme voisine. Plusieurs fois les Allemands virent le chercher à son domicile. Le groupe de Léchiagat séjournait près de l’étang de Corroac’h tout en faisant quelques retours deux par deux dans leur port d’origine, au risque  d’être interceptés. La mobilité étant essentielle au maquis, ils changaient souvent de place pour la nuit. Bien reçus dans les fermes malgré les risques qu’ils faisaient prendre à leurs hôtes, ils travaillaient parfois aux champs. lls étaient environ une vingtaine, la plupart recrutés à Léchiagat par l’instituteur Durand: un engagement qui pour certains remontait à 1942 : Rodolphe Péron connu des services de police allemande, Jean Larnicol, Georges Adam et épisodiquement, Etienne Nédélec, Guillaume Le Brun, Marcelin Le Rhun, Albert Larzul, Christian Thomas, Corentin Rolland.

Venaient s’y ajouter les Guilvinistes  lsaac Stéphan « l’infirmier », Louis Coupa et Henri Cloarec libéré de la prison de St Charles somme toute bien courageux. En outre, plusieurs Pont- L’Abbistes, deux « étrangers » Alex de Guiscriff et Jean Marie de Scaêr leur chef et deux Russes déserteurs. Ces « maquisards » reproduisaient des tracts anti-allemands ou contre le marché noir qu’ils affichaient aux portes de mairies environnantes. Le temps se passait à aider les paysans mais aussi à surveiller la départementale voisine et les allées et venues des  Allemands. Ils possédaient peu d’armes, quelques grenades, quelques révolvers provenant des conteners de Léchiagat. Une sortie imprudente de quatre d’entre eux aboutit à une halte au bistrot de « l’Avantage » de Plomelin. Tout à coup le patron les prévint que trois feldgendarmes venaient de stopper devant la maison et descendaient rapidement de leur voiture. Jean Marie bondit aussitôt par la fenêtre, Georges Adam qui portait sur lui un revolver le jeta dans un placard en cas de fouille. Les feldgendarrnes qui s’étaient simplement arrêtés pour consommer virent le geste et firent une fouille en règle; « Français grosse artillerie » dit l’un d’eux en ceinturant Georges Adam. Ce dernier et Alex furent conduits à Quimper et l’on ne les revit plus. Georges Adam partira en déportation dans le dernier convoi. Il semblerait qu’Arsène Coïc l’ait aperçu à Buchenwald. Le 4ème F.T.P. Rodolphe Péron, mêlé aux autres consommateurs, fut fouillé, interrogé, mais relâché ! Cela ne brisa pas l’ardeur des  maquisards qui malgré les risques ne se dispersèrent pas dans la nature. Le maquis se modernisa puisqu’un « téléphone volant » fut installé directement sur la ligne qui longeait la voie de chemin de fer. Des nouvelles, des ordres pouvaient être ainsi reçus de Pont-L’Abbé. « L’Etat-major » de la Résistance pont-l’abbiste prévint le groupe que les Allemands se préparaient à quitter la ville et qu’un convoi de munitions et de troupes devait se diriger vers Quimper. L’ordre d’insurrection générale en Bretagne ayant été donné par la BBC (« le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros?« ) pour faciliter I’arrivée des Américains et empêcher le regroupement de l’ennemi, le maquis de Corroac’h pouvait agir et participer à l’hallali en attaquant le convoi en rase campagne.

Dans la nuit du 4 au 5 août, une embuscade fut tendue près du virage sud de l’étang. Les F.T.P. ne disposaient que de 3 fusils, de quelques révolvers mais possédaient de nombreuses grenades provenant de Pont-L’Abbé. Ne connaissant pas I’heure du passage, le groupe se sépara  en deux. La première moitié attendit. Un convoi de 7 camions bourrés d’Allemands précédé  d’un side-car se présenta à 1 heure du matin dans le secteur choisi. Les grenades plurent sur les premiers véhicules qui stoppèrent. Mr Quillec fit même le coup de feu. Les Allemands aussitôt mirent une mitrailleuse en batterie ce qui obligea les assaillants à se replier. Pas question de les poursuivre dans la nuit; le convoi préféra rebrousser chemin, passa le bac à Sainte-Marine, mais fut de nouveau attaqué à Bénodet. Le lendemain du sang noir sur la route montrait que les fuyards avaient subi des pertes. Chez les F.T.P., un blessé. Une plaque a été récemment apposée à Corroac’h pour rappeler ce fait d’armes de la Résistance.

LE DÉPART DES ALLEMANDS

Fin juillet 1944, les troupes américaines pouvaient foncer vers la Bretagne où se trouvaient encore des divisions entières principalement près des ports. L’armée allemande se voyait contrainte d’abandonner ses points d’appui secondaires comme les petits ports bigoudens et de procéder a des regroupements pour protéger Brest et Lorient,objectifs du Général Patton. A la Kommandantur du Guilvinec on s’affaira en préparatifs de départ. Camions des usines, bicyclettes, chevaux furent réquisitionnés. A Kervennec  les paysans cachèrent leurs meilleurs chevaux dans le bocage. Le départ se fit en plusieurs vagues créant dans la population une psychose de retour. Ceux de Men Meur dont la plupart avaient séjourné près de 4 ans au Guilvinec loin de tout front dangereux firent leurs adieux à la population proche de la Kommandantur qu’ils avaient côtoyée cordialement. (N’avait-on pas vu I’un d’eux arrivé caporal-chef en 40 au dépôt de camions K.F.Z. devant la dune et devenu adjudant-chef sans avoir quitté Le Guilvinec.)

Certains pleurèrent presque et confièrent leurs angoisses aux vieilles bigoudennes dans leur jargon allemand-français-breton: « Auf viedersehen, Madame Kozh, nous partir, nous tous Kaputt, Menez- hom » ou encore « grosmutter, nous tous tués« . Ils leur conseillèrent de se méfier des Russes qui devaient les remplacer pendant quelque temps.

Le 3 août des Russes fouillèrent la campagne mais ne trouvèrent que Kerdranvat à Kervennec et à Prat-an-llis, Michel Guirriec et son père qui se virent contraints de les suivre avec charrette et tombereau. A la Kommandantur, ils chargèrent munitions, bagages, matériel et même un canon anti-char. Ce soir-là la population vit d’abord partir les charrettes précédées d’un motocycliste, la mitraillette sur la poitrine. Michel Guirriec qui n’avait alors que 17 ans accomplira un périple de 10 jours autour du Menez-Hom avant de retrouver sans encombre Le Guilvinec libéré. Acte de résistance de sa part, le tout jeune soldat d’origine alsacienne qui I’accompagnait le fusil sur les genoux se mit à somnoler dans les cahots de la charrette. Le fusil menaçait de tomber, Michel accéléra sa chute. Réveillé et cherchant son arme, le soldat déserta, s’enfuyant dans la campagne.

Le lendemain, 4 août, les troupes de la garnison, les douanes de la GAST nous quittèrent I’après-midi dans des camions débâchés le fusil à la main prêts à réagir. Auparavant, ils avaient arrosé copieusement leur départ, surtout les gradés, vidant sans doute ce qu’ils ne pouvaient emporter. A Tal-Ar-Groas, des groupes de marins désœuvrés, assistèrent à leur passage, évitant les provocations de dernière minute; certains d’entre eux se cachèrent en hâte dans la grève et ce n’est que lorsque les camions allaient disparaître au loin que des bras d’honneur se levèrent, les Allemands répliquant en faisant mine d’épauler. Mais déjà, depuis une heure environ, Pierre Tanneau, le chef du groupe F.T.P. avait pénétré dans la mairie, sommé le maire de lui céder le drapeau français qu’il alla fixer au balcon  du clocher après avoir contraint, révolver au poing le recteur réticent, par crainte de représailles, à lui ouvrir la porte de I’escalier d’accès. A I’inscription maritime Robert Audren hissera le pavillon bleu-blanc-rouge. Une deuxième équipe se chargea de hisser le drapeau au sommet du clocher, cette fois sur la plate-forme à laquelle on ne pouvait accéder que par une corde. C’est Jo Marzin, aidé de René Charlot et R. Poullelaouen qui le fixa sur la potence qui servait de repère aux exercices de tirs contre avions… alors que les camions allemands passaient dans la rue de la Marine. La nouvelle du départ des Allemands se propagea comme une traînée de poudre, mais l’enthousiasme s’écroula vite quand on apprit que des Russes, à l’uniforme vert traînaient encore par là. Le lieutenant commandant la compagnie des Ukrainiens se présenta à la mairie pour obtenir des bons de réquisition de charrettes et de chevaux. Le maire étant absent, les employés fermèrent la mairie et prévinrent Mr Le Nivez qui s’enfuit dans.la campagne pour ne pas avoir à répondre à cet ordre. Mais le pillage des baraques commença, l’un s’attribuant vaisselle, I’autre matelas, linge abandonné; même le cochon engraissé à la Kommandantur traversa la rue en grognant vers une nouvelle demeure.

C’était d’autant pris sur l’ennemi, poules, canards, etc, que les Allemands avaient abandonnés à leur sort, disparurent. Seuls les paons du château de Men Meur continueront à chanter. Les munitions qui n’avaient pu être emportées furent transférées dans un va-et-vient de charrettes jusque la nuit dans la grande casemate de la dune où les Russes devaient les faire sauter, comme le dépôt d’essence. Les habitants de Men Meur préfèrent quitter leurs maisons et chercher un logis en ville. Contre temps ? Les Russes partirent  précipitamment le lendemain sans faire exploser les munitions. Ouf !

Pillage au Villoury

Au casernement du Villoury à Treffiagat, les Allemands à peine partis, ce fut la curée. On vit passer des brouettées de vaisselle, d’ustensiles divers, de matelas, etc. Le bruit du pillage se propagea comme une onde jusqu’à Léchiagat provoquant une course effrénée comme au temps des naufrageurs. Beaucoup d’enfants, mais aussi des adultes; les derniers arrivés fouillèrent partout pour ramener au moins un trophée et tout à coup un bruit de camion et un cri: « Maint tont endro » (ils reviennent) et en un éclair tous les pillards se dispersèrent dans la nature sans se retourner. La nouvelle était fondée car, tout à coup, des salves de mitraillette retentirent ! Des morts peut-être ? On sut plus tard la raison de ce retour  intempestif. Les coups de feu étaient destinés au dépôt de gas oil. Un incendie se déclara mais c’est de loin qu’on préféra assister au spectacle.

Joie et colère

Après le départ des Russes, la foule sortit dans la rue les 5 et 6 août et laissa éclater  sa joie les uns en chantant… mais parfois sa colère. Des centaines de personnes, beaucoup d’enfants plutôt curieux et quelques « patriotes », drapeau en tête manifestèrent spontanément à travers la ville. La foule s’arrêta devant la demeure du Maire et c’est sous les huées que Mr Le Nivez, sorti du lit, apparut timidement… en caleçon, à la fenêtre. Mais point de violence, ni de bris de matériel.

Puis la foule cria sa désapprobation devant quelques cafés de la ville où jugeait-on, les Allemands avaient été trop bien accueillis. Des huées, des cris contre les tenancières mortes de peur derrière leurs rideaux. Vers Tal-Ar-Groas. I’affaire aurait pu mal tourner. En tête de la manifestation un jeune homme costaud, excité se mit à secouer violemment la porte vitrée d’un bistrot qui aurait pu voler en éclats. Tout à coup cette porte s’ouvrit et un homme courageux bondit sur le meneur I’empoigna à bras le corps et tous deux roulèrent sur le trottoir et la chaussée. La foule stupéfaite, assista à la bagarre sans réagir puis fit demi-tour. Un seul homme contre tous avait évité le pire. L’homme courageux qui représentait le mouvement « Défense de la France  » et qui la nuit collait des affiches de la Résistance, n’avait pu admettre ces représailles.

Avant que les organisations de la Résistance n’aient pu contrôler la situation, on s’en prit à tout ce qui représentait I’occupation. Le pillage des baraques continua ainsi que celui des habitations réquisitionnées pour les officiers, sans faire la distinction entre ce qui était Allemand et ce qui était personnel aux propriétaires. Dans l’une d’elles on trouva quantité de victuailles, boissons de toutes sortes qu’heureusement la Résistance mit sous « scellés ». Au bout du môle, la guérite de la Gast fut fracassée et jetée à I’eau. Le mât sur lequel était hissé un cône ou un cylindre noirs signifiant I’autorisation ou I’interdiction d’entrer dans le port allait subir le même sort. ll était en effet I’expression des brimades allemandes. Plusieurs jeunes pêcheurs se préparaient au saccage mais il leur fallut affronter la colère du gardien de phare qui n’admit pas ce vandalisme inutile.

Des drapeaux confectionnés à la hâte avec des chiffons apparurent aux fenêtres de la  Grand’rue.

F.F.I. et F.T.P.

Les Allemands partis, les organisations de Résistance comme prévu, sortirent de l’ombre et ce fut au grand jour qu’elles purent désormais recruter des volontaires. Ceux-ci eurent le choix entre deux formations qui se concurrencèrent quelque peu. Les F.F.l. ou Forces Françaises de l’lntérieur issues de « l’armée secrète « , créées en France en février 1944 et les F.T.P. déjà bien connus, formation proche du P.C., fière de ses actions passées.im1

im2Ce fut le rush des jeunes gens vers les bureaux de recrutement. La plupart d’entre eux conviendront qu’aux derniers jours de l’heure allemande, ils ignoraient encore qu’il existait une résistance au Guilvinec même – secret bien gardé. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas 20 ans et de ce fait peu politisés, les libertés étant bâillonnées depuis 1940. Le hasard fit souvent que I’on ait choisi I’une ou l’autre des formations. Les gars de Léchiagat optèrent en majorité pour les F.T.P. même si les F.F.l. y possédaient un bureau de recrutement chez Albert Cossec. Au Guilvinec, les F.T.P. établirent un office d’engagement sur la place de la cale et occupèrent le château de Men-Meur où des tours de garde furent organisés pour faire cesser le pillage. Ils découvrirent des caisses de grenades dans la maison du gardien et quelques fusils. Les F.F.l. recrutèrent à l’école des garçons puis se regroupèrent à l’usine Coop où ils disposaient du camion à gazogène aussitôt marqué du sigle F.F.l.. Dans un premier temps, seul le brassard au bras distingua le nouveau résistant du pêcheur… ainsi que son allure plus décidée. Pas d’uniforme, pas d’arme. On put quand même faire de I’instruction militaire, coordonnée chez les F.F.l. par le lieutenant Le Drézen. Marche au pas, défilés en prévision de celui de la victoire, maniement d’armes mais avec deux   fusils seulement. A Men- Meur, les munitions découvertes servirent aux exercices de tir sur des cibles « personnalisées », soit les portraits de Goering et d’Hitler accrochés aux arbres.

GroupeFFIduGuilALorient
Groupe de FFI du Guilvinec à Lorient en mars 1945. 1er rang : Bastien Moysan, R.Coïc, D.Quéffélec , G.Briec, Maurice Le Lay . Debout : L.Tirilly, P.Berrou. A.Durand , V.Autret

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Retour des Allemands ?

La rumeur d’un retour des Allemands courut subitement comme une traînée de poudre. Aussitôt tous les drapeaux disparurent des maisons! Il est vrai qu’à Quimper, un retour des Russes dans une ville pavoisée s’était traduit par des mitraillages de fenêtres. On prétendit que les Allemands occupaient encore Pont-L’Abbé et qu’ils circulaient à moto sur la route de Penmarc’h. Les autorités prirent la nouvelle au sérieux. Elles organisèrent des barrages de routes au « futur cor », à Penn an Hent et dans la descente du château d’eau. lci on réquisitionna des charrettes, là des herses; des clous furent répandus sur la chaussée. On attendit  l’ennemi de pied ferme.

Des groupes de « patriotes » circulant en ville et ne disposant que d’armes blanches, rassuraient par leur enthousiasme la population inquiète « N’eus Ket Ken tont neu » (ils n’ont qu’à venir !). Spectacle surréaliste !

Sur les barrages, on distribua des grenades et I’on se prépara à « l’accueil » de l’ennemi. Les gardes durèrent 2 à 3 jours. Des rondes de nuit aux abords des cantonnements ne  dissipaient pas les craintes d’autant plus que « l’espionnite » se développait. Des sentinelles épiaient les allées et venues près de la maison d’Eugène G. parti avec les Allemands mais que I’on soupçonna de vouloir rentrer au Guilvinec. On évita de peu des méprises.

MISE EN PLACE D’UN COMITÉ DE LIBÉRATION

BasileLarzulLorsque les esprits devinrent plus sereins, les états-majors décidèrent de créer une organisation municipale provisoire en attendant le retour de I’ancien maire interné. Des discussions politiques serrées aboutirent à  » l’élection » d’une délégation spéciale dirigée par Yvon Morvan, secondé par Pierre Cossec, Basile Larzul, le triangle communiste qui revendiqua la présidence, car elle reflétait mieux la situation politique d’avant-guerre; la complétèrent Manu Coic, Yves Kervévan et Henri Le Prince (« lunette »). Cette délégation fut confirmée dans ses fonctions par la préfecture. Le comité de libération siégea un certain temps à I’ancienne école de pêche et prit quelques décisions d’urgence comme la réquisition de blé dans la campagne voisine pour alimenter une population privée de ravitaillement en pain depuis de longs mois. L’on mangea du pain blanc pendant une semaine.

« Épuration »

Comme dans toutes les villes de France, le comité choisi par la résistance, procéda à une « épuration », tel que le rapporte I’acte ci-après : « Le 16 août 1944, le comité municipal du Guilvinec agissant en tant que comité de la Résistance… décide de s’assurer des personnes ci-dessous Messieurs : G. P., R. M., Le G. J.M., Le B. G. pour appartenance au parti P.S.F. (Parti Social Français) « ex.Croix de Feu » propagande pro-allemande. Mr Le Nivez A., maire vichyste, propagateur de propos anti-alliés, Mme Le Duff, propagandiste des idées allemandes, ayant toujours exalté l’armée allemande, décide pour calmer l’effervescence de la population qui pourrait se porter à des actes irréfléchis, de les arrêter après interrogatoires ».

Les F.F.I. et F.T.P. se chargèrent de cette mission et non les gendarmes. Certains d’entre eux refusèrent d’arrêter le docteur qui les avait mis au monde. Les « inculpés » furent conduits aux baraques du château de Men-Meur, surveillés par des jeunes gens, pour la plupart gênés d’être là. Mme B. Le Roux qui hébergeait chez elle un officier rejoignit le groupe ainsi que les restaurateurs de Léchiagat chez lesquels les Allemands étaient trop bien reçus.

La plupart furent relâchés au bout de quelques jours après interrogatoire. Rien de sérieux ne put être retenu contre eux; on les soupçonnait en effet de renseigner la Kommandantur. Mr Le Nivez qui était plutôt pétainiste, n’aimait pas vraiment les Allemands. ll mettait son habit d’officier de marine quand on le convoquait à la Kommandantur « pour les impressionner ‘’ disait-il ! Seul Le Brun G. fut conduit par les F.T.P. en camionnette à Quimper. Passant à Pluguffan dans le cantonnement des résistants, ceux-ci lui crachèrent au visage. Il était soupçonné de renseigner la Gestapo. Il sera condamné à I’indignité nationale. Le principal coupable, Eugène G., en retraite jusqu’en Allemagne pour y cacher sa trahison, sera condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés. Mais découvert après la Victoire dans un sanatoriunn allemand, il sera rejugé. Accusé d’intelligences avec l’ennemi .il sera condamné à 5 ans de prison et à I’indignité, nationale à vie. Malade il décédera en prison. Devant être enterré au Guilvinec, aucun cultivateur ne voudra prêter son cheval pour tracter le corbillard jusqu’à l’église. Les F.T.P. arrêtèrent aussi un opérateur de cinéma en plein air « Lola », un Djiboutien qui servait d’interprète auprès des Allemands et que l’on soupçonnait de les renseigner. Conduit à pied de Kergoz à la prison de la rue de Men-Meur par deux seuls résistants, il eut à subir tout le long du chemin, les huées et les crachats. Les gendarmes déclarèrent qu’ils ne pouvaient le garder plus d’une nuit. Ce fut tout, pas de règlement de comptes, pas d’exécution sommaire ! A Léchiagat, J. Le R., engagé dans la L.V.F. ne sera pas retrouvé. Le garde-champêtre sera jugé comme dénonciateur. Pas un mot aucun, contre la cinquantaine de Guilvinistes volontaires qui avaient « travaillé avec les boches » dans l’organisation TODT, chargée de construire le « mur de l’Atlantique » ou la série de casemates qui devaient nous protéger contre l’invasion anglo-américaine. Il fallait bien vivre, les équipages des bateaux de pêche étant déjà surchargés. Ajoutons les sanctions populaires spontanées à Léchiagat où 3 ou 4 jeunes filles furent tondues et présentées à la foule. Deux d’entre elles, des réfugiées boulonnaises, travaillaient à la Kommandantur et avaient dénoncé des ouvrières de la filature pour propos anti-allemands ce qui valut à ces dernières la visite des gendarmes français !.

Au Guilvinec, il y eut bien quelques tentatives mais sans succès. Qu’on nous pardonne d’avoir évoqué ces événements « douloureux »… mais nous devons respecter la vérité historique.

CompagnieDeLeDrezen
La compagnie du Capitaine Le Drézen. On reconnaît également R.Coïc, M.Le Lay,M.Le Breton, P.Le Corre, P.Le Ster, P.Berrou, C.Lagadic, G.Le Roux (avec le drapeau)

Passés ces quelques jours bien compréhensibles d’explosion anti-allemande, contenue pendant 4 ans et reportée somme toute modérément sur quelques personnes fautives, servant d’exutoire, l’atmosphère fut plutôt à la liesse.

Dans la cour de l’école des filles de la Palue, les institutrices, Mlle Dardus et Mlle Leroux organisèrent des séances d’apprentissage de chants patriotiques français mais aussi I’hymne américain et le « God save the King » en anglais au cas où nous aurions eu la visite des soldats alliés. Les jeunes filles et les « patriotes » défilaient autour de la cour en chantant  accompagnés par les violons des enseignantes. Quelques « patriotes » se hasardèrent à chanter « la Résistance sauvera la France… ».Les résistants manquaient toujours d’armes. Un parachutage fut programmé dans le secteur de Plomeur ; le terrain fut balisé par les F.F.l., l’avion passa mais ne vit rien et continua sa route. La vie reprendra peu à peu normalement au Guilvinec : plus de couvre-feu, plus de  contraintes pour les pêcheurs. Mais le ravitaillement restera difficile, I’approvisionnement en gas-oil pour les bateaux, nul pour longtemps encore, la priorité étant réservée aux troupes qui libéreront le territoire.

« Achtung Minen« , attention aux mines, explosifs, obus ou grenades que les Allemands ont laissés derrière eux dans les dunes par milliers. François Beneteau et d’autres volontaires se chargeront de désamorcer les mines anti-chars de la Grève Blanche. Dans les casemates, les stands de tir, traînaient des obus à blanc ou parfois réels qui attiraient les enfants. On était en pleines vacances et de ce fait les instituteurs n’avaient pu faire de recommandations. L inconscience des enfants était inouïe. Certains n’hésitaient pas à frapper des obus de 105 – même à blanc – sur des pierres pour en faire sortir l’ogive et récupérer la poudre de la douille. Un coup mal donné et le détonateur pouvait provoquer I’explosion. Féli … restera huit jours complètement sourd après l’explosion d’un obus de 36 dans ses mains. La poudre se présentait en baguettes ou plaquettes que l’on enflammait par jeu. A la rentrée scolaire on en verra dans les cours de récréation servant de monnaie d’échange aux enfants. Pire ! Au Steir Poulguen, près du champ de tir des batteries contre-avions, des obus à blanc de 105 traîneront par centaines pendant de longs mois dans trois réduits bétonnés. L’administration ne s’en occupa pas. Les chasseurs y venaient récupérer de la poudre. Un dimanche de janvier 1945, des groupes d’enfants et d’adolescents de Penmarc’h et du Guilvinec s’y retrouvèrent pour s’amuser à ces jeux dangereux. Un obus de 105 à blanc mais sans doute possédant une armature de fonte, frappé fortement sur une grosse pierre explosa provoquant la mort de deux enfants de Penmarc’h (et 6 ou 7 blessés). Paul P. du Guilvinec eut une jambe touchée et amputée plus tard.

Découverte d’un charnier

Le 31 août 1944 à la suite d’indications données par les habitants du Steir Poulguen qui entendirent des fusillades sur la dune un soir du mois de mai, trois fosses communes furent découvertes près du champ de tir, à la limite du territoire du Guilvinec.

Trente trois corps de résistants furent ainsi exhumés. Trente et un d’entre eux, internés à la prison de Saint Charles de Quimper et condamnés à mort pour « terrorisme » après un jugement sommaire, furent semble-t-il fusillés par des troupes à l’uniforme des « jeunesses hitlériennes » cantonnées au Château de Kergoz. Plusieurs Guilvinistes crurent voir le camion des condamnés traverser la ville et entendre chanter la Marseillaise. Point de Guilviniste ni de Penmarc’hais fusillé à Poulguen, mais des résistants des secteurs de Quimper, d’Audierne, de Brest, de Pont I’Abbé. Les deux frères VOLANT de Lesconil abattus à Plobannalec après la rafle de juin 44 étaient enterrés dans une petite fosse. On indentifia, en outre, deux  Républicains espagnols mais quatre corps restèrent sans nom. Selon un douanier de la Gast du Guilvinec, au moment de l’exécution, Manu BRUSQ d’Audierne, s’empara de I’arme de I’officier du peloton et l’abattit avant d’être massacré à coups de crosses.

12 AOÛT 1944 BATAILLE NAVALE

Le 12 août 1944, Le Guilvinec se réveilla en sursaut. Vers 2h30, tout à coup le ciel s’embrasa; ça canardait vers I’ouest au-dessus de la mer; salves d’obus, bruits assourdissants. Des fusées éclairantes illuminaient le ciel de la Baie d’Audierne. La guerre subitement s’était rapprochée pensait-on, alors qu’on la croyait presque finie. On sut bientôt qu’une bataille navale se déroulait à deux pas de chez nous. Une flottille de patrouilleurs de la Kriegsmarine venue de Brest avec des spécialistes et du matériel pour sous-marins tentait de rejoindre Lorient. Cinq destroyers de la Navy qui surveillaient la côte avaient surpris leur mouvement. Et ce fut un carnage. L’un des patrouilleurs touché, s’échoua face à la Palue de Tréguennec. Les 80 rescapés se jetèrent à l’eau et se regroupèrent dans la palue. Un second s’échoua à Poulbrehen, face à Penhors. Les 47 rescapés relativement armés, prirent pied sur la falaise et tentèrent de rejoindre Audierne où un nid de résistance allemand subsistait dans la casemate de Lézongar.

Alors que les F.F.l. de Pont-L’Abbé faisaient mouvement vers Tréguennec, les résistants de Plonéour-Pouldreuzic, firent appel aux Guilvinistes. La compagnie du lieutenant Le Drézen, accompagnée des gendarmes (pour leur uniforme) rejoignit le front en camion à gazogène et prit position devant leur ennemi avec ses  deux fusils, quelques revolvers et des grenades.

Planqués dans des broussailles, les « Marie-Louise » en coton bleu et parfois en sabots allaient-ils connaître le baptême du feu ? Pour les marins allemands, la bataille était sans issue. Tenant un drapeau blanc; Lili Le Drézen en grand uniforme se présenta seul devant les Allemands et cria : « Rendez-vous! Armée française! « . Et l’on vit cette chose étonnante : sans tirer un coup de fusil, le chef des F.F.l. obtint la reddition de l’ennemi ! Un fait d’armes exceptionnel. L’officier de marine en signe de soumission tendit son sabre à son adversaire, sabre que Lili Le Drézen ramènera chez lui comme un trophée. Ce fait de guerre lui vaudra dès le premier septembre, le grade de Capitaine signé du gouvernement d’Alger et du Général de Gaulle.

Les Allemands déposèrent leurs armes dont un fusil mitrailleur mais furent surpris de trouver devant eux une troupe de ‘Va-nu-pieds » dépourvus d’armes et d’équipements. 45 prisonniers (2 blessés furent hospitalisés) furent conduits au château de Kergoz, encadrés par les F.F.l. légitimement fiers de leur exploit et désormais mieux armés. On s’aperçut cependant que le fusil mitrailleur était inutilisable, la culasse ayant été jetée dans les broussailles de Pouldreuzic. Qu’à cela ne tienne, par des mesures d’intimidation, des menaces de représailles, mais sans violences, la culasse sera récupérée. Ces marins allemands furent bien traités à Kergoz avant d’être remis aux mains des Américains. Les enfants du Guilvinec accoururent pour les observer derrière les barreaux du portail. Ce fut la première fois en effet depuis juin 1940 qu’ils aimèrent voir des boches.

Bien nourris peut-être dans leur marine, ils firent les difficiles dédaignant la purée qu’on leur servit. Un mareyeur leur apporta une caisse de têtes de lottes toutes gluantes comme il se doit. Leur chef vint se plaindre auprès du Sous-Lieutenant Joliff :  « Nous, manger ça ! ».

Henri Cléac’h qui faisait partie de l’équipée proposa de se rendre avec son malamock, inspecter les épaves à la recherche d’armes. Il y découvrit un blessé abandonné.

Un combat naval plus important et plus meurtrier que le précédent se déroula, dans les mêmes circonstances, dans la nuit du 22 au 23 août. On y voyait comme en plein jour ! Une quarantaine de marins réussirent à rejoindre la casemate de Lezongar à Audierne ou 400 soldats Allemands refusaient de se rendre mobilisant les F.F.l. du Cap et du Pays Bigouden.

La compagnie du Guilvinec participa à cette guerre de siège, enfouie dans des gourbis devant la casemate et subissant les raids de I’ennemi. Des renforts guilvinistes furent appelés à Beuzec-Cap-Sizun où les combats meurtriers de Lesven empêchèrent une partie de la garnison de Lezongar de rejoindre la presqu’île de Crozon.

Les Américains participèrent au siège de la poche d’Audierne qui demeurera le dernier bastion allemand du Finistère jusqu’à sa reddition le 20 septembre.

Les F.F.l. du Capitaine Le Drezen pouvaient revenir à leur cantonnement, toujours sans uniforme, mais coiffés d’un beau calot à I’insigne F.F.l. et parfois équipés de bottes allemandes de récupération. Juste assez tôt pour préparer le défilé de la Libération au pardon de la Tréminou.

F.T.P. – LE BATAILLON ANTOINE VOLANT.

EdgarLeCozLa fusion ne s’opéra pas entre les deux formations de résistants guilvinistes, chacun naviguant de son bord. Bientôt, les F.T.P. du Guilvinec-Léchiagat rejoignirent le casernement de Pluguffan où ils formèrent avec d’autres groupes bigoudens, le bataillon Antoine Volant, du nom d’un Lesconilois abattu après les événements de  Plomeur.

Exercices militaires, maniements d’armes sous la direction du Lieutenant Kerveillant de Pont-l’Abbé. Un parachutage leur procura des armes anglaises de récupération dont le  maniement n’était pas des plus faciles. Au cours d’une séance d’instruction, le gradé manipula un fusil dont le chargeur contenait encore une balle. Le coup partit et frappa à bout portant le malheureux Edgard Le Coz de Léchiagat, joueur premier de |’U.S.G. Affectés par la disparition de leur ami et un moment démoralisés, les F.T.P. se ressaisirent pourtant. L’occasion leur était donnée de connaître bientôt le baptême du feu.

Combats à Crozon

Les Allemands se regroupèrent dans la presqu’île de Crozon, protégeant le réduit brestois. Des combats très durs obligèrent I’ennemi à quitter le point d’appui du Menez Hom, ouvrant aux Américains la route de Crozon. La progression alliée fut très rapide, le nouveau front s’établissant entre Morgat et Le Poulmic. Les Allemands évacuèrent le village de Telgruc désormais aux mains des résistants et des Américains. Une tragique méprise fut à I’origine de centaines de morts; les avions américains bombardèrent Telgruc qu’ils croyaient toujours aux mains de l’ennemi. Le bataillon Antoine Volant cantonné à I’extérieur du bourg ne fut pas touché mais le Guilviniste Garrec, joueur premier de I’U.S.G. d’avant-guerre, enrôlé dans le bataillon de Quimper fut tué.

Les Bigoudens, appelés en renfort dans des opérations de nettoyage face aux troupes d’élite du Général RAMCKE, furent stoppés par un tir violent de mortiers. Une accalmie et quelques francs-tireurs s’aventurèrent mais furent fauchés. Jean Péron eut la jambe arrachée; secouru par lsaac Stephan, il fut aussitôt évacué par une ambulance américaine. Samuel Berrou lui aussi fut touché mais moins gravement.

Puis ce fut I’assaut du Fort de QUELARN dont la garnison se rendit et le nettoyage de la pointe des Espagnols où la compagnie fit 95 prisonniers. Le 19 septembre, le Général RAMCKE déposa les armes, mettant lin à la bataille de Crozon. Les Rangers Canadiens furent stupéfaits de voir nos F.T.P. avec des armes hétéroclites, un équipement des plus sommaires et surtout des tenues civiles parfois sans souliers, comme les volontaires de 93.  Certains Guilvinistes, en effet, chaussaient encore des socques ou des sabots. Les rangers décidèrent de les habiller en tenue Kaki américaine et c’est fièrement qu’ils regagnèrent leur cantonnement de Pluguffan ramenant dans des charrettes un butin considérable d’armes de toutes sortes.

Ils purent alors participer, le 24 septembre, à Pont-I’Abbé  à la fête de la Libération.

BataillonAntoieVolant

SUR LE FRONT DE LORIENT

Les F.F.l. et F.T.P. du Guilvinec, tout en restant des formations distinctes furent incorporés dans I’armée régulière et durent contracter un engagement pour la durée de la guerre. Ceux qui n’avaient pas encore 18 ans furent renvoyés dans leurs foyers. Les autres, le plus souvent demandèrent une autorisation parentale.

Équipés de neuf comme des vrais soldats, ils gagnèrent le front de Lorient ou plus de  25 000 Allemands étaient retranchés, armés jusqu’aux dents. Au bout de quelques semaines, la guerre s’éternisant, les plus âgés abandonnèrent et retournèrent faire la pêche. De plus, le capitaine Le Drézen renvoya les lycéens et étudiants comme Xavier Charlot, à leurs études. Quelques uns furent désignés pour des cours de sous-officier, de pilote dans la R.A.F., etc. Le groupe s’effilocha donc. Et commença pour le bataillon de marche n°2 du Finistère formé des anciens bataillons Bigoudens et Antoine Volant, une dure vie d’assiégeants dans le froid de I’hiver particulièrement rude cette année-là.

Quand ils n’étaient pas en première ligne, ils étaient cantonnés à l’arrière à Quimperlé puis à Scaër. Au mois de janvier, le bataillon vint prendre position au nord de Guidel. Un large no man’s land les séparait des troupes ennemies. Comme dans toute guerre de position, des patrouilles journalières y étaient effectuées. Au cours de I’une d’elles, Achille Bodéré de Tréffiagat et son groupe arrivèrent au contact de I’ennemi. Achille fut le plus prompt, la patrouille adverse dut se replier laissant des morts sur le terrain dont l’officier, mais aussitôt I’artillerie allemande pilonna le secteur hachant la végétation tout autour. A la suite de cette action d’éclat, Achille sera décoré dans la cour de I’E.P.S. de Quimperlé, au cours d’une prise d’armes. Au cours d’une de ces missions dangereuses, Etienne Cleac’h fut blessé, évacué vers l’arrière et l’on ne le revit plus.

Le 5 février 1945. le capitaine Le Drézen,  chargé d’effectuer une mission de reconnaissance au sud du cap Kerdudal en Guidel, à proximité des lignes allemandes, tint à participer lui-même à l’opération. ll s’agissait d’étudier le terrain dans le but de déplacer la ligne de front. Lili Le Drezen, toujours soucieux de ne pas exposer ses « p’tits gars », prit lui-même la tête de la patrouille et s’avança dans un chemin creux accompagné de Marcel Le Pape de Tréguennec. Les Allemands, en embuscade, les attendaient. La première rafale abattit le capitaine. Grièvement blessé, il supplia son ordonnance de le laisser et de fuir. Marcel courut vers le reste de la patrouille mais un tir de barrage déclenché par l’artillerie allemande interdit I’envoi de tout secours. Jean Nadan voulut tout de même aller chercher son ami qui n’était peut être que blessé, mais devant le danger, le lieutenant I’en dissuada. En réplique aux tirs allemands, les Américains canardèrent le secteur avec leur artillerie mais l’ennemi tint bon.

Lili Le Drezen, a-t-on dit, mourut de ses blessures au poste de secours allemand et fut enterré au cimetière de Guidel. La garnison de Lorient ne se rendit que le 7 mai 1945, le lendemain de l’Armistice. Mais ce sont des ruines que les résistants délivrèrent. Les anciens F.T.P. de Guilvinec avouent sans honte aucune avoir tabassé quelques feldgendarmes à I’exécrable réputation.

Parmi les quelques 20 000 prisonniers, ils recherchèrent pour lui faire sa fête, « An Eun Du », le « vrai boche » qui sema la terreur sur le môle du port, mais sans succès. Le 25 mai eut lieu l’exhumation de « Ludwig Le Drezen » au cimetière de Guidel.

Ses funérailles à Tréffiagat furent suivies par une foule considérable tant Lili Le Drezen était apprécié de toute la population maritime. Ses anciens F.F.l. accompagnèrent leur chef le long du cortège. Ceux de Léchiagat eurent l’honneur de former le piquet d’armes. Le Directeur de l’école, Pierre Sanquer, le Colonel Berthaud et Jean Nadan rappelèrent toutes ses qualités d’homme et de soldat.

Associons au Capitaine Le Drezen, Joseph Stéphan tué accidentellement en mission, sur le front de Lorient. On remarqua aux obsèques du Capitaine, les rescapés guilvinistes du  bataillon de fusiliers-marins de la « France Libre », la poitrine barrée de décorations.ObsequesLeDrezen_1ObsequesLeDrezen_2

La guerre était finie et les retours des absents s’étaient échelonnés : volontaires de la « France Combattante », prisonniers de guerre, jeunes gens requis pour le travail obligatoire, déportés. Mais on perdait I’espoir de revoir les déportés des Camps de la Mort dont on était sans nouvelles, Albert Pochat, Georges Adam, Louis Berrou, Yves Frelaud.

DéfiléSept44PtLabbé

Sources: Les sources sont très peu nombreuses, les journaux ne relatant pas évidemment les événements clandestins  ni les actes de Résistance (mais parfois les exécutions de « terroristes »).  Nous remercions Madame LE DREZEN Lili, Madame BODARD née LAVALOU, Messieurs Jean-Désiré LARNICOL, Corentin LOUSSOUARN,  Simon TANNEAU, président de I’A.N.A.C.R. et les très nombreux F.F.l., F.T.P. et témoins de ces événements qui nous ont aidé.

Femmes de fusillés, par Roland Passevant

FEMMES DE FUSILLES (extrait de « Ceux de la Torche et du « Réséda » dans l’ouvrage « Les Communistes au quotidien » de Roland PASSEVANT, Grasset, 1980)

A l’angle de la rue Marcel-Cachin et de la rue Jean-Moulin. Lisette Divanac’h, soixante-neuf ans. nous attend chez elle, en compagnie de Bernadette Cariou, soixante-quatorze ans et d’Aline De Bortoli, soixante et onze ans, trois femmes de fusillés.

Je ne suis pas près d’oublier cette rencontre. le visage de ces femmes bouleversées et revivant les épreuves comme au jour même.

Aline : « Heureusement que vous êtes venus ce matin. Ce soir. j’aurais été énervée toute la journée. Je crois encore que c’était hier. J’ai toujours envie de lutter. »

Son mari. communiste de Brest. a été fusillé à Paris, place Balard. Corentin Divanac’h, trente-neuf ans, et Etienne Cariou, quarante-deux ans, sont tombés côte à côte. le 23 juin à 22 h 20, avec Julien Faou. quarante deux ans. Ils étaient trois copains d’enfance, trois marins. Huit minutes plus tard (j’ai la photocopie de la lettre de la Feldkommandantur adressée au préfet pour signaler les exécutions), au même endroit, tombaient Albert Larzul, vingt-deux ans. Prosper Quemener. vingt ans. Armand Primot. dix huit ans, trois jeunes marins communistes. Lisette me montre la dernière lettre de son mari. Une feuille jaunie, à l’écriture au crayon usée. J’y relève trois phrases :

J’ai travaillé. depuis mon intelligence. pour le peuple. Je crois que j’ai mérité l’estime de tous mes voisins et de même mes ennemis…

… Je meurs fier de moi-même…

… c’est dur de mourir. surtout quand on s’aime…

Et la dernière lettre d’Etienne Cariou à sa femme et à sa fille, dont plusieurs passages ont été censurés. Mais quel froid courage :

Le cahier des comptes pour le bateau est dans le buffet . Tout est en ordre , les sous sont dans une botte en haut sur le buffet

Il y a le baromètre que je n’ai pas marqué, donc, c’est à voir.

Pour la maison, tout est réglé, sauf Corentin M.. à qui l’on doit tout son travail, moins 3O OOOfrancs. dont quittance est en haut

Toi, Mimi, avec qui j’ai eu tant de peines et tant de joies. sois courageuse et aie la certitude que ton père est condamné à mort pour avoir tenté de sauver la vie des autres

… Je vous embrasse une dernière fois. mais pas une larme ne coule de mes yeux… … (censuré) c’est à vous que je pense toujours. Adieu la vie. et vive la France libre !

Dessous sa signature :

Ne faites pas de grimaces à l’église. parce que je suis un honnête travailleur.

Lisette, Bernadette et Aline sont également membres du Parti.

Aline : « La Résistance, nous l’avons commencée en août 1940, sans les mots d’ordre. A Brest, certains disaient: Il faut aller en Angleterre. » Mon mari et moi, communistes, répondions : Vous ne parlez pas l’anglais, vous pouvez sauter sur les mines. Restez ici. Luttons ici, organisons la Résistance. » Nous n’étions pas résignés ». Lisette : « Je me souviens quand Corentin disait: «  La guerre d’Espagne, c’est la guerre mondiale. Munich c’est pas la paix. » Ils avaient raison! »

Bernadette: « Les communistes, ils disent les choses à l’avance. Ils savent » . . Je demande à cette dernière :

« Vous avez pu terminer de construire la maison ?

-Oui Monsieur, j’ai réussi

Je laisse trois femmes aux cheveux gris blanc, alertes, vives, révoltées.

Etrange cimetière où la mort atteint des dimensions extrêmes………

Je comprends pourquoi Raymond Cariou tenait à ce que nous passions au cimetière de Lesconil. Toutes ces tombes, taillées à Pont-l’Abbé dans les pierres marbrées des Côtes-du-Nord ou d’Afrique du Sud, donnent une impression de netteté, de richesse imprévisibles en pareil lieu. Ce n’est pas le cimetière traditionnel. On s’y croirait dans une vaste crypte des Invalides, à ciel ouvert. Si les gens d’ici aiment leur maison, ils veillent également au dernier logis. On a le culte des morts. Ce luxe des tombes atténue en même temps l’image de cimetière, dédramatise. Raymond, à voix sourde :

« Tous les jours, des gens viennent voir leurs morts. On s’assoit sur les tombes, pour leur parler. »

Les « péris en mer » sont nombreux et les victimes de juin 1944 toutes là. Sur la plupart des plaques, croisés, drapeau tricolore et drapeau rouge. Sur d’autres, en même temps, le drapeau rouge et une croix.

Raymond évoque ces morts avec sa connaissance des gens du pays.

« André Bargain, patron du Lilas Blanc, péri en mer en 1953, était à l’époque secrétaire de la section communiste.

« Pierre Daniel, communiste, fusillé le 15 juin 44, partage la tombe de son père tué au front, le 1er juillet 1918-.

« Ce monument a été élevé à la mémoire d’Alain Le Lay, brûlé à Auschwitz. »

Inscrit sur un livre de pierre: « Les communistes à leur cher. . . »

« Cette tombe est celle d’une vieille adhérente du Parti, Marie-Pochic, très active dans la grève de 1926. » L’épitaphe est en breton: « Zo kousked aman poania neus greet pad he buez peoh dezi breman. »

Raymond traduit: « Marie Pochic dort ici. Elle a lutté toute sa vie. Qu’on lui donne la paix maintenant. »

Ils ont souvent beaucoup lutté et parfois très jeunes, sont tombés dans la tempête, ou sur la Lande, dans les dunes de la Torche, à la tombée de la nuit, quand leurs chalutiers les attendaient en vain depuis des jours, dans le port de Lesconil. Étrange cimetière, où la mort atteint des dimensions extrêmes, au point d’y recréer, dans l’insolite, une certaine vie…


Visite aux BODÉRÉ (extrait de « LA TORCHE ET LE RÉSEDA »
de Roland PASSEVANT)

La rencontre avec les veuves de fusillés a fait évoquer le nom de Bodéré, un des fers de lance de la résistance à l’occupant. Il habite un hameau voisin. Tentons de l’y rencontrer. La chance nous sourit.

Guillaume et sa femme, la Marie-Jeanne, se préparaient à sortir. Raymond (1) m’avait prévenu : « Il a participé à des actions très dangereuses, risqué cent fois la mort. Pierre Brossolette, le dirigeant socialiste, est passé par le pays bigouden, de main en main, par les communistes, pour gagner l’Angleterre. Guillaume était dans le circuit. »

C’est un grand et solide marin, aujourd’hui retraité, portant bleu et casquette. Chez lui pas de signes extérieurs de ses activités de Résistance ou de militant communiste. Un petit tableau dans l’entrée: « L’asile le plus sûr, c’est le cœur d’une mère. »

Nous arrivons a 1’improviste et remuons de lointains souvenirs.

« Si on réfléchit bien, à l’époque, il n’y avait que les communistes, les gars du Parti.

« On était un triangle, avec Jean-Désiré Larnicol,  plus jeune maire de France en 1936, de Tréffiagat, à vingt-six ans, et Michel Le Goff, instituteur de Tréffiagat.

« Fin 1940, début 1941, on allait distribuer des tracts avec Jean Le Coz, prisonnier évadé. C’est lui qui m’a amené dans la Résistance, lui communiste, moi sympathisant.

– Quand es-tu devenu communiste ?

Je ne sais plus très bien, en février 1942 je crois. Je lui donnais un peu de crabes, en revenant de la mer, à Jean Le Coz, l’évadé, qui ne pouvait courir le risque d’embarquer. Un jour, je lui dis: «  Dommage que le Parti est dissous, sinon j’aurais adhéré. »

« Il me répond: .. Oh! tu sais, on existe toujours, on travaille dans la clandestinité. On ne fait pas que distribuer des tracts. et si tu veux. je prends ton adhésion. »

« J’ai dit :.. D’accord! ,.

« C’était après l’exécution de Péri et de Sampaix. Avec Jean Le Coz, on se connaissait depuis tout gosse. »

Nous sommes à la table de cuisine. Guillaume verse du cidre. La Marie-Jeanne reste debout près du fourneau mais attentive à notre discussion, Il est curieusement parti pour l’Angleterre, Guillaume. le 18 juin 1940. «C’était 24 heures avant l’arrivée des Allemands à Brest. Le Théodore Tissier, navire océanographique, nous a amenés à Southampton. Le jour de l’appel de De Gaulle !

« Nous ne l’avions pas entendu et même en Angleterre on ne nous en n’a pas parlé. Par contre, on m’a offert la nationalité anglaise. J’ai haussé les épaules et l’officier anglais a reconnu que ce n’était pas une solution.

« Fin août 1940, sur l’Aveyron, un cargo, je repars en France, à Toulon. Je vois le premier boche en gare de Mâcon et je remonte en Bretagne, pour résister.

– Quelles formes prenait la Résistance, ici ?

En dehors du travail de propagande, de diffusion de tracts, de journaux, le plus important était la récupération des armes venues d’Angleterre. Il fallait les passer à travers le filet des contrôles côtiers, vers la terre.

« Au large de Belle-lle-en-Mer, un chalutier venu d’Angleterre transférait les armes à bord de l’Audacieux, chalutier de chez nous, qui déposait les conteneurs aux Glénan, dans la ceinture de rochers.

« J’allais les chercher dans les rochers, avec Jean Baudry, qui a été fusillé au mont Valérien, début avril 1944. Nous ramions toute la nuit, car il fallait ne pas se faire repérer par les Allemands qui étaient aux Glénan. Deux à trois kilomètres à la godille

« Nous récupérions la dynamite, des crayons incendiaires, ensuite des conteneurs d’armes, et nous rentrions au port avec le chargement. Mais tous les bateaux passaient au contrôle. Nous avons connu là moult péripéties avec les Allemands, pour les Ausweiss.

« Ensuite, avec une charrette de paysan, sur le coup de midi, nous amenions les armes à la maison. »

Guillaume revit cet instant, en s’exclamant.

« La charrette semblait porter quelques casiers de pêche, légers, et le cheval soufflait.

« Je n’avais pas vu tout à fait tous les aspects du danger en faisant chez moi un dépôt d’armes. La dynamite dégage une odeur. A la maison, ça puait la dynamite

« Les Allemands sont venus la chercher, sur la dénonciation d’un résistant torturé.

« Un copain pêcheur, rencontré par hasard, alors que je rentrais, m’annonce que les Allemands encerclent ma maison.

« J’ai fait demi-tour, vécu deux mois dans les bois, puis un paysan m’a hébergé. Plus tard j’ai trouvé une planque, une maisonnette près de La Torche, et j’ai repris contact avec le Parti. »

Sa femme, elle, n’a pu échapper à l’arrestation et à l’emprisonnement. Elle a séjourné du 30 septembre 1942 au 4 août 1944 à la prison de Quimper. « Vous êtes également au Parti ?

– Non, j’ai suivi mon mari jusqu’à la prison, pas après. »

Nous évoquons d’autres souvenirs et nous nous quittons, sur un échange entre Raymond, Guillaume et Marie-Jeanne, à propos des élections. Car je me trouve à Lesconil, juste entre les deux tours des cantonales.

Folgoas, le candidat socialiste, maire de Plobannalec-Lesconil est arrivé en tête de la gauche. Depuis vingt quatre heures, je sens le déchirement. Et c’est Marie-Jeanne – elle dit « nous » en parlant du PC – qui affirme, sur un ton très dur :

« Voter Folgoas, non ! Après ce qu’ils ont fait. Ils ne valent pas mieux que Giscard. Ça fait mal au cœur ! »

Ça sent toujours la dynamite chez les Bodéré. Raymond sort en regardant la pointe de ses souliers.

 (1) Raymond CARIOU, qui a guidé Roland Passevant tout au long de son enquête dans le Pays Bigouden et notamment, à Lesconil et à Léchiagat.

Trafic d’armes à Léchiagat en 1942

TRAFIC D’ARMES A LÉCHIAGAT en 1942

(Pierre-Jean BERROU  DANS «  La Résistance-La Libération au GUILVINEC-LECHIAGAT »,  Bulletin Municipal « AR GELVENEG »

Ce fait de Résistance exceptionnel pour l’époque a été relaté dans de nombreux ouvrages (Clandestins de l’Iroise…) et de journaux (Travailleur Bigouden…) auxquels on peut se référer.

Un trafic d’armes venues d’Angleterre par containers, réceptionnées le 6 Août 42 par le langoustier « L’Audacieux » et mouillées aux Glénan, déclencha une répression immédiate avec perquisitions, fouilles, arrestations et dislocation du noyau de Résistance communiste de Léchiagat. Les armes arrivèrent au port le 15 Août 1942, mais une lettre du 14 placée sous le sceau du secret transmise par le commissaire Soutif des R.G. au Préfet, d’après un renseignement de la police allemande du 12 Août, préparait déjà un coup de filet dans les milieux communistes de Léchiagat. (archives des renseignements généraux).

Le rapport Soutif

« Le chef de poste de douane allemand de Léchiagat a reçu d’un informateur une déclaration aux termes de laquelle il existerait à Léchiagat un « Centre de Résistance » composé d’individus ayant appartenu au parti communiste ou ayant des sympathies pour le communisme ou le gaullisme. Ces derniers auraient constitué un dépôt d’armes parmi lesquelles se trouveraient une mitrailleuse et des munitions. Des réunions auraient lieu, des tracts seraient confectionnés et distribués. Voici la liste des personnes soupçonnées d’appartenir à cette organisation: Larnicol Jean Désiré, ex-maire de Treffiagat, Hénot (sans désignation de prénom) maçon, Le Coz Jean, menuisier, Quiniou Louis (?) marin-pêcheur, Bolloré, Larnicol Pierre Jean, tailleur, le Goff, instituteur.

Les réunions auraient lieu chez le Coz, Larnicol, les soeurs Charlot (café de la Pointe) ou chez une veuve Cossec , tenancière d’un maga­sin de chaussures. Parmi ces personnes, trois (les deux Larnicol et Le Coz) sont connues comme ayant appartenu au parti communiste.

Il a été convenu entre le chef de service alle­mand et moi-même que je procéderai à une enquê­te préliminaire et qu’ensuite, des perquisitions seraient faites à Léchiagat par les polices alleman­de et française travaillant conjointement. Le concours de la gendarmerie devra être sollicité… « .

Une autre lettre de la même date signée du chef de l’aussenKommando Hoth fait état de deux correspondants, dont le garde-champêtre, et signale un plan sur lequel sont repérées les habitations des personnes soupçonnées.

Ce document authentique révèle entre autres– si ce n’était déjà prouvé la collaboration de l’Etat français avec les Allemands par l’utilisation de sa police dans la répression contre la Résistance, et dans la surveillance particulièrement minutieuse des habitants de Léchiagat.

Un nid de Résistance à Léchiagat

Treffiagat, Le Guilvinec et Concarneau furent en 1935 les seules municipalités communistes de toute la Bretagne. A la suite du pacte germano-soviétique, le gouvernement français décida en 1939 la suppression du parti communiste et plus tard la dissolution de toutes les municipalités dirigées par le P.C. Au Guilvinec Marc Scouamec et les 16 conseillers furent remplacés par une délégation spéciale dirigée par M. Pérodeau puis sous l’occupation par Mr le Nivez officier de marine en retraite. A Treffiagat, Jean Désiré Larnicol démissionné fut supplanté par M. Gouzien, premier-maître de la marine en retraite. Quoi de plus facile alors pour les polices française et allemande, sachant que partout le parti se reconstituait dans la clandestinité, de surveiller particulièrement les « individus » déjà fichés aux R.G. ainsi que les sympathisants, dans les agglomérations où tout le monde se connaissait.

En 1941 Jean le Coz de retour de la guerre participa avec Jean Désiré Larnicol à la timide reconstitution d’une cellule à Léchiagat en relation avec Alain Signor et déjà les R.G. soupçonneux vinrent interroger l’ancien maire sur ses activités. Étape suivante, au cours de l’hiver 41, Robert Ballenger du Comité Central séjourna 8 jours chez Jean Désiré et se promena sur le port en sa compagnie : cela ne passa pas inaperçu.

L’Humanité clandestine commença à circuler parmi les sympathisants. Jean le Coz disposait d’une ronéo cachée à Léhan dans l’étable de ses parents. Aidé de sa soeur, Mme Hénot, il tira des tracts anti-allemands qui furent distribués dans les communes voisines. Albert Hénot, le jeune neveu de 12 ans était déjà dans le secret.

Puis des paquets de tracts venus de Pont-l’Abbé transitèrent par la famille Hénot avant d’aboutir chez Arsène Coïc, cordonnier de Léchiagat qui réunissait chez lui les jeunes communistes d’avant-guerre. Parmi eux, Rodolphe Péron, Jean Larnicol se chargeaient de les distribuer poussant même l’audace jusqu’à en jeter dans la cour du bâtiment qui abritait la GAST.

En 1942, les liaisons établies avec les cellules de Lesconil, de Pont-L’Abbé, etc… renforcèrent l’organisation clandestine. La création à l’échelon national des F.T.P. (Francs- Tireurs et Partisans), favorables à une action immédiate (sabotages, attentats) nécessitait la possession d’armes.

QUEINNEC , le chef du Secteur cornouaillais réussit à se mettre en relation avec les Anglais qui acceptèrent de leur en livrer. Un rendez-vous avec un sous-marin au large des côtes fut envisagé. Restait à trouver un bateau chargé de prendre livraison de la marchandise et surtout un patron qui ne manquait pas d’audace.

Transbordements dangereux

Le patron du langoustier de Léchiagat « l’Audacieux », Michel Bolloré, déjà membre du PC, accepta malgré les risques énormes encourus. Son équipage comprenait par ailleurs quelques sympathisants communistes comme Bastien Coïc ce qui pouvait lui faciliter la tâche. Après deux rendez-vous manqués, celui du 6 août 42 fut le bon. Mais au lieu du sous-marin attendu, Oh! surprise, l’équipage vit arriver le « Mouscoul », malamock guilviniste évadé du port en Juin 40 avec les volontaires de la « France Libre ». Daniel Lomenech du réseau Johny qui fut par ailleurs l’ancien chef des traversées clandestines accomplies par Raymond le Corre, etc…, commandait l’expédition.

Tout ne fut pas aisé car des membres de l’équipage de l’Audacieux non prévenus se trouvaient malgré eux impliqués dans une affaire très grave. Dans les conteners, des mitraillettes, des revolvers, des explosifs. Voilà bien une première livraison d’armes réussie entre les gaullistes de Londres et les communistes de la France occupée.

Pour ne pas courir trop de risques en rentrant au port, l’Audacieux préféra mouiller les conteners dans les parages des Glénan où ils seraient récupérés plus tard. Le plus difficile restait donc à faire. Le 14 août Jean Baudry et Guillaume Bodéré prirent la mer à bord de leur petit canot « Entre Nous » et, tout en faisant mine de relever leurs casiers, repêchèrent une partie des armes. Deux autres canots de Lesconil devaient se charger sur reste.

Qu’on imagine la suite, le risque inouï pris par les deux pêcheurs en rentrant au port du Guilvinec en plein jour sachant que la douane allemande fouillerait partout et sans doute découvrirait parmi les casiers, 7 conteners de plus de 50 kg chacun « made in Great Britain ». Sans compter la perspicacité du « boche du » de la Kriegsmarine… La désinvolture apparente de Guillaume Bodéré qui monta prestement à l’échelle du môle pour faire vérifier les papiers du bord à la guérite de la GAST, sauva la situation. L’allemand qui avait déjà amorcé sa descente vers le canot remonta et oublia la fouille ! Ouf! « l’Entre Nous » rejoignit le fond du port et le lendemain, devant les promeneurs du dimanche, 350 kg d’armes furent chargés dans la charrette à cheval de « Youenn Kéristin » et recouverts de casiers.

Scène tout à fait inhabituelle dans le port ! La cargaison fut d’abord entreposée dans le hangar de Jean Le Coz puis transférée le lendemain chez Guillaume Bodéré à Treffiagat. Le 19 Août, les commanditaires de Concarneau étaient à pied d’oeuvre, tôt le matin pour en prendre livraison puis ils passèrent à la carrière du « Piker men » Vincent Larnicol de Lesconil où les conteners des 2 autres canots avaient abouti. Le 19 Août ce fut aussi le jour choisi pour la perquisition prévue par les polices allemande et française chez les communistes de Léchiagat.

Perquisitions, arrestations

Bien préparées à l’aide du plan de Léchiagat annoté, les perquisitions eurent lieu simultanément en 5 points différents. Les armes étant en lieu sûr, restait la possibilité qu’on découvre chez les résistants des tracts ou des révolvers prélevés dans les conteners.

A 7 h du matin la police frappa à la porte des suspects. Chez Jean Désiré elle ne trouva rien ; cinq révolvers étaient pourtant cachés dans le fond du jardin; l’interrogatoire soutenu qu’il subit ne fut guère plus positif ! Chez Laurent Hénot, un paquet de tracts traînait sur la table quand des coups répétés sur la porte résonnèrent. Mme Hénot eut présence d’esprit de les jeter dans le jardin parmi les oignons avant d’ouvrir. la maison fut mise à sac; un révolver dans un chiffon était posé sur le rebord d’une fenêtre mais passa inaperçu. Laurent Hénot, s’éclipsa entre-temps. Son fils Albert fut contraint de partir à sa recherche et de le ramener d’urgence. Il le trouva à Plobannalec d’où il était originaire mais bien évidemment Laurent ne rentra pas. Au contraire le lendemain, à un lieu de rendez-vous fixé entre eux, Albert apporta à son père des provisions et des affaires. Laurent Hénot entra ainsi dans la clandestinité pour deux ans. C’est à Saint-Evarzec qu’il se réfugia, devenant ouvrier meunier. Au bout de quelques mois il crut s’être fait oublié et commit l’imprudence de revenir. La Gestapo faillit le cueillir chez lui mais il put se cacher sur le toit de sa maison. Les perquisitions ne donnèrent rien chez Jean Le Coz, Jos Quiniou, Michel Le Goff mais les suspects étaient prévenus.

Guillaume Bodéré et Jean Baudry, dans un premier temps ne furent pas inquiétés.

Ils étaient inconnus des services de police, non fichés aux R.G. Un mois plus tard, de nouvelles perquisitions et arrestations furent à nouveau opérées à Léchiagat. Un résistant de Concarneau venu prendre les conteners avait parlé sous la torture. Guillaume réussit à se cacher mais les Allemands arrêtèrent son épouse qui séjourna en prison pendant 2 ans.

Guillaume était désormais un homme traqué vivant de cache en cache avec de faux-papiers. Ceux-ci furent obtenus par Albert Hénot au nom de Le Fur à la mairie de Plobannalec et livrés dans sa planque de Plomeur.

Jean Baudry, qu’il fut impossible de prévenir, fut cueilli à son retour de mer et emprisonné à Fresnes. Le 5 Avril 1944 il fut fusillé au Mont Valérien. Nous extrayons de sa dernière lettre ces quelques mots: « Je vous dis chères femme et enfant, je vais mourir en pensant à vous. Je te dis aussi d’avoir bon courage afin d’élever notre petite Michèle ».

Jean Désiré Larnicol réussit à s’enfuir avant l’arrivée de la police et se réfugia dans la région parisienne. Jean Le Coz ne rentra plus chez lui , se cachant chez son beau-frère Xavier Cossec. C’est pourtant là que les gendarmes du Guilvinec l’arrêtèrent, à la suite d’une indication malencontreusement donnée par son épouse; non sans s’être rebellé et bagarré contre la force publique mais celle-ci fut la plus forte. Les gendarmes oublièrent la rébellion pour ne pas aggraver son cas. En même temps, Marc Scouarnec fut épinglé. Tous deux ne furent pas livrés aux Allemands mais conduits à la prison de Mesgloaguen avant de partir au camp de Voves où des gendarmes français les surveillèrent.

Une proposition de libération leur fut offerte à condition de signer un certificat d’allégeance au Maréchal et de collaborer à l’ordre nouveau. Tous deux refusèrent. Marc Scouarnec restera interné jusqu’en août 44 tandis que Jean Le Coz et ses compagnons de baraque réussiront à s’évader et à rejoindre la Résistance locale, après avoir creusé un tunnel de150 m sous les barbelés! Inouï!

Devant cette vague d’arrestations, Michel Bolloré, S. Coïc de « L’Audacieux » se sentirent en danger. Ils pouvaient être « arraisonnés » eux-aussi à leur retour de pêche. Ils décidèrent avec le reste  de l’équipage dont Sébastien Larnicol et son père de gagner l’ Angleterre.

Arsène Coïc, responsable des jeunes résistants était lui aussi dans le collimateur de la police.

Il se savait surveillé puisque le garde-champêtre vint plusieurs fois chez lui s’assurer de sa présence à la maison. Le 13 Octobre 1942 il fut arrêté par un civil et un gendarme. Déporté à Buchenwald il put y exercer son métier de cordonnier ce qui lui sauva la vie.

« Si tu tombes.. un autre prend ta place ». Michel Le Goff, jeune instituteur poursuivit l’action entreprise par les vieux militants. Les FTP redé­marrèrent progressivement à Léchiagat. Ils furent environ une vingtaine dont Lucien et Georges Pochat, René Credou, Lucien Quideau, etc. dis­tribuant les tracts la nuit, déchirant les affiches alle­mandes ou vichyssoises et bientôt marquant les murs du V de la victoire. Les armes manquaient cruellement. Mais qu’étaient devenues celles des containers?

Les liaisons furent surtout rétablies avec les résistants de Lesconil, mission dont se chargea plusieurs fois Albert Pochat et parfois une jeune fille, C. Paubert.

Albert Hénot le futur maire de Treffiagat accomplit ainsi des actes de résistance à un âge où ses camarades jouaient encore aux gendarmes et aux voleurs, en culotte courte. Même s’il était fort pour son âge cela devait être un cas exceptionnel.


Ci-joint un article de journal du 4 août 1946 intitulé « Les marins-pêcheurs de Léchiagat dans la Résistance »

Lettre de Jean-Désiré Larnicol

Monsieur le Directeur départemental
De l’Office des Anciens Combattants et Victimes de guerre

Je, soussigné Larnicol Désiré-Jean né à Treffiagat le 20 septembre 1909 déclare sur l’honneur ce qui suit :

JeanDésiréLarnicolDès la constitution du Front National dans notre pays en 1941, auquel j’adhérais aussitôt, l’organisation de la région Bretagne-ouest pour le Pays bigouden-sud me fut confiée pour assurer le recrutement de volontaires contre l’occupation allemande.

Au printemps de 1942, le Capitaine Queinec, membre de l’état-major de Charles Tillon, dirigeant national du FN me fit part des relations établies avec les directions de nos Alliés britanniques de même qu’avec les forces relevant de l’autorité du Général De Gaulle pour le ravitaillement en armes des forces françaises de l’intérieur.

Une opération de transfert d’armes en provenance de l’Angleterre était envisagée par mer. Elle devait être effectuée dans une zone de pêche, le Plateau de Noirmoutier au sud-est de Belle-Ile en mer.

J’obtenais pour accomplir cette mission périlleuse l’accord de M.Bolloré Michel, patron du côtre langoustier « l’Audacieux » immatriculé N° 5167 du quartier maritime de Guilvinec. Plusieurs tentatives mises sur pied durant le printemps demeurèrent sans résultat.

Le 6 août 1942 , la rencontre de l’Audacieux avec une unité de FNFL ( précisément un bateau de pêche «  le Mouscoul » qui avait rejoint l’Angleterre fin juin 1940 avec un équipage de jeunes marins du port de Guilvinec) placé sous le commandement du Capitaine Lomenech, originaire de Pont-Avec fut enfin réussie.

Plusieurs containers remplis d’armes diverses, mitrailleuses, revolvers, explosifs , furent embarqués et plongés dans le vivier du bateau « L’Audacieux » .

Afin d’éviter de gros risques à l’entrée du port de Guilvinec, le patron en accord avec l’équipage convint de mouiller les conteneurs dans les eaux des îles les Glénan où des bateaux de pêche fréquentant ces parages durant l’année, des ports de Lesconil et de Guilvinec vinrent les reprendre pour les déposer à terre pour être mises à la disposition des FFI.

Ainsi, le 15 août, jour de l’assomption, grande fête religieuse consacrée dans le Pays bigouden par le Pardon de la Joie, le canot « Entre-nous », patron Jean Baudry, ayant comme matelot Guillaume Bodéré rentra au port de Guilvinec sans difficulté, malgré la présence des soldats allemands de garde.

La Résistance armée à ses débuts en Pays Bigouden, le récit de Guillaume Bodéré

40e ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION :
Guillaume Bodéré
Guillaume Bodéré

( dans « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN »  2e trim 1985)
Dans son dernier numéro, le. T.B. a rendu hommage aux Fusillés de Poulguen. Poursuivant notre rappel historique, notamment à l’intention des jeunes qui n’ont pas vécu cette période, nous évoquons aujourd’hui les débuts de la lutte armée contre l’occupant dans le pays bigouden, notamment à travers le récit que nous en a fait notre camarade Guillaume Bodéré.

L ‘INVASION. LA DEBACLE

1939, la guerre, 1940, l’invasion et la débâcle dans la confusion la plus totale, l’abandon sans combat, à l’ennemi, du sol national, le départ pour l’Angleterre à bord du « Président Théodore Tissier » et l’arrivée à Falmouth,

Après Mers-el-Kébir, les autorités britanniques saisissent le navire et internent son équipage au camp d’Aintree près de Liverpool. Un officier anglais, venu nous endoctriner, nous exhorte à oublier notre pays, nos familles; nous apprendrons l’anglais, nous aurons une identité anglaise, nous serons des Anglais à part entière. Sinon, nous serons rapatriés à nos risques et périls.

J’ai compris: ce qu’on nous demande, c’est le reniement de ce qui nous est le plus cher au monde. Ma décision est prise: je rentrerai en France. Je verrai alors quelle ligne de conduite adopter.

RETOUR EN FRANCE

  1. Je reprends le commandement de mon bateau « Vers le Destin » .En mars au retour des Glénan, une vedette allemande nous prend en chasse. Nous mettons plein gaz mais nous sommes rejoints, face au port de Lesconil

Conduits au bureau de la Gast (bureau de la douane allemande) nous y demeurons plusieurs heures. Enfin, les douaniers allemands nous apprennent que notre rôle est à la Gast de Concarneau où nous pouvons aller le retirer, ce qui., aller-retour, fait plus de 100 kilomètres à vélo, le seul moyen de transport . Ce premier accrochage avec l’occupant est suivi d’un autre peu après. J’ai voulu soustraire aux pillards hitlériens une partie de ma pêche pour l’écouler au sein de la population, ainsi que je l’ai fait jusqu’ici. Mais, cette fois, un contrôle strict me contraint a la livrer toute entière aux Allemands.

LE « CONTACT »

Aussi, lorsqu’en avril 1941, Jean Le Coz, menuisier et militant communiste, prend le contact avec moi, il trouve en moi un homme tout disposé à prendre sa place dans la Résistance. Et me voici diffusant avec ce camarade des tracts qui appellent la population à lutter contre l’envahisseur. Cette activité toute nouvelle en ce qui me concerne, ne cessera d’ici la victoire. Peu avant, le 14 juillet 1941, Jean Le COZ suggère de faire sauter à la bombe le château de Men Meur où s’est installé le P C de la garnison. Mais la puissance de la bombe me semble douteuse et trop hasardeux le plan de l’attaque qui doit s’exécuter par la mer, donc à découvert. Finalement, le projet sera abandonné.

PREMIÈRE MISSION IMPORTANTE

Entre-temps, j’adhère au Parti Communiste, la seule force organisée qui mène à ce moment, dans la région bigoudène, le combat patriotique contre l’oppresseur. Jean-Désiré LARNICOL qui en est le dirigeant local, m’apprend qu’une fourniture d’armes et d’explosifs pour les F.T.P  est en cours . Il me demande si j’accepte d’aller prendre ce matériel et, sur mon accord, il me précise que je devrai me rendre aux Glénan où il est immergé et l’amener au Guilvinec.

Ce n’est pas si simple. Sur tout le littoral, nombreux sont les postes allemands de contrôle et d’autant plus redoutables qu’ils reçoivent de la gendarmerie et de la police de Vichy, une aide des plus efficaces.

NAUFRAGE

Malheureusement, le 22 mai 1942, au retour des Glénans par forte tempête du Sud et une mer démontée, nous faisons naufrage à huit milles de Lesconil. Mon homme d’équipage et beau­-frère, Louis Gueguen se noie et le bateau sombre. Par chance. deux heures plus tard, je suis repêché et hissé dans leur canot par deux pêcheurs de Lesconil : Joseph Larnicol et son frère Bastien. Mais tout est à reprendre Quelque temps plus tard, j’embarque à bord de l’ « Entre-Nous « , patron Jean BAUDRY, que je sais communiste. Ma confiance en lui est grande. Toutefois, je dois m’assurer, avec la prudence nécessaire, s’il consentirait à m’assister dans ma mission. Ce que je fais en lui demandant s’il ne pourrait m’accompagner pour récupérer, au Fort Cigogne, diverses affaires que j’y avais entreposées au moment de la déclaration de la guerre. Sur son acceptation et m’enhardissant, je lui expose clairement l’objet de la « promenade ». Il n’y a aucune hésitation chez Jean Baudry, je puis entièrement compter sur lui, bien que, tout comme moi, il sache parfaitement le sort réservé par l’ennemi aux auteurs de tels actes.

Nous convenons alors de partir un samedi, afin de laisser complètement hors de cause les deux autres membres de l’équipage.

OPÉRATION  » CONTAINERS ».

Donc, un samedi d’août 1942, après nos adieux à la famille, nous mettons le cap sur les Glénans. Dans la soirée, nous sommes à l’ile Saint-Nicolas et faisons viser notre laissez-passer par les deux Allemands de service.

Les îles Drennec et Penfret étant occupées, nous mouillons à Fort-Cigogne vers 21 heures. Nous repérons une annexe nécessaire à la réussite de notre opération décidée pour la nuit même. Nous amarrons notre bateau à la chaîne d’un pêcheur de Loctudy que nous savons sur le continent et faisons le simulacre d’aller nous coucher.

Dès la nuit sombre nous sommes debout.

La chaîne descend silencieusement dans l’annexe qui fend la mer, sous la poussée des avirons, en direction de la zone nord des iles. La mer est calme, le vent faible. Une heure plus tard. Il est minuit – nous sommes sur les coordonnées.

Soudain, éclatante, une fusée verte illumine la mer à l’instant où nous embarquons les explosifs. Instantanément nous nous aplatissons dans le fond de l’embarcation avec le sentiment d’avoir été repérés et dans l’attente d’une rafale de mitrailleuse… Cependant le poste de Penfret reste muet. .

Nous reprenons notre travail avec ardeur en passant aux containers particulièrement pesants. Le retour s’effectue, toujours à l’aviron, mais avec vent arrière et c’est harassés qu’à Fort Cigogne nous nous affalons à notre bord, vers les quatre heures. Il était temps, les premiers pêcheurs s’affairent quelques instants plus tard autour de leurs barques. Il est six heures lorsque, à notre tour, et pour donner le change nous embarquons divers engins de pêche avant de reprendre, par un temps bouché, la direction de Guilvinec, la précieuse cargaison à notre bord.

MINUTES ANGOISSANTES

Il est convenu que Baudry restera sur le bateau à l’arrivée tandis que je monterai sur la digue pour faire viser l’Ausweis par la Gast.

Si l’Allemand chargé du contrôle de la cargaison en découvre la nature, Baudry l’abattra, me chargeant, quant à moi, de régler le sort des occupants de la guérite. Nous sommes bien décidés à vendre chèrement notre peau.

Trois Allemands se trouvent sur le môle à notre entrée au port.

Au début tout se passe bien. Un douanier allemand descend l’échelle que moi-même je remonte plus vite Et je lui demande si c’est lui qui descend ou s’il me laisse monter. Il n’insiste pas, remonte et m’accompagne au poste où l’Ausweis m’est signé. Le contrôleur reste avec ses collègues quand je regagne mon bord. Tout marche on ne peut mieux.

Le navire mouillé, je me procure une charrette et un cheval pour transporter le matériel. Mais il est si lourd qu’une fois la charrette chargée, « Mousse » le cheval, refuse de démarrer. C’est angoissant; les encouragements, les menaces n’agissent pas sur la pauvre bête. De nombreux promeneurs flânent au long de ce quai ce dimanche et ce n’est guère le moment d’éveiller leur curiosité. Dans un sursaut patriotique, « Mousse » se décide, s’arc-boute et tire le chargement qui, enfin, s’ébranle.

CHAUDE ALERTE

Peu après, armes et explosifs sont planqués à mon domicile. Quelques jours plus tard, trois camarades désignés par la Direction Inter-région viendront les prendre. Au moment de ce transfert et la voiture de ces camarades étant déjà chargée et stationnant devant ma porte avec ses passagers, plusieurs voitures de la Gestapo et de la police de Vichy passent en trombe, se rendant à Léchiagat. On apprend peu après que des perquisitions ont été faites chez J.-D. Larnicol , J. Le Coz, L. Hénot , J. Quiniou ; vainement d’ailleurs.

ARRESTATIONS

Il en fut tout autrement un mois plus tard, à la suite de révélations faites, après torture, par un résistant de Lanriec. Ces révélations furent à l’origine d’une vaste opération policière conduite par le Commissaire Soutif, chef du Service des Renseignements Généraux à Quimper, et les commissaires de police mobile Mitaine Willam et Moreau Jacques.

De nombreuses arrestations furent opérées à Pont.L’Abbé, Concarneau, Léchiagat.

Ma femme fut arrêtée le 30 septembre 1942. Elle subira un emprisonnement de deux ans qui compromit gravement son état de santé.

LA FIN D’UN HEROS

Prévenu à temps, je réussis à prendre le large; je menai dès lors l’existence du militant clandestin. Jean Baudry n’eut pas cette chance. Il était en mer au moment des arrestations et l’on ne put le prévenir; il fut cueilli à son arrivée. Après un an et demi de cachot, les Hitlériens le fusillèrent le 5 avril 1944 au Mont- Valérien. Il mourut avec un grand courage.

Ses dernières pensées sont exprimées dans sa dernière lettre à sa femme et à sa fille Michèle. 

TOUTE SIMPLE ET TENDRE . LA DERNIÈRE LETTRE D’UN HÉROS 

Fresnes, le 5 avril 1944,

Chères femme et enfant,

Je me mets à t’écrire quelques lignes pour te dire que je vais te quitter pour toujours. Je te souhaite une bonne vie, longue et heureuse, avec notre chère petite fille Michèle. Je vous envoie mes dernier baisers de loin à tous deux .Mes dernières pensées sont pour vous deux et je sens qu’elles vous feront du bien… Adieu.

Je vous dis, chères femme et enfant, Je vais mourir en pensant à vous. Je te dis aussi bon courage afin d’élever notre petite Michèle . Je termine. De tout mon cœur, je t’embrasse une dernière fois…

Je te dis aussi de ne pas faire de dépenses pour moi. Garde tes sous pour élever notre enfant. Jean.

————————————————————————————  récit recueilli et mis en forme par Jean Kervision pour insertion dans le « Travailleur bigouden »–

N.D.L.R (du TB) : Qu’il nous soit permis, à l’occasion de cette évocation, de souligner le rôle de tout premier plan que joue dans l’organisation de la Résistance en Pays bigouden notre camarade Jean-Désiré Larnicol, ancien maire de Treffiagat-Léchiagat, ancien conseiller général du canton de Pont-L Abbé et qui fut, de longues années durant, secrétaire de notre Section du P.C.F.

L’importance de ce rôle apparaît clairement dans le rapport d’enquête des commissaires de police mobile Mitaine William et Moreau Jacques, et du commissaire de la police nationale Soutif, chef du Service des Renseignements gènéraux durant l’occupation :

Dans ce rapport, dans la catégorie des  » individus en fuite et charges à leur encontre » , nous trouvons :

-Larnicol Désiré. né le 28 septembre 1909. à Treffiagat. ex-maire de cette localité. organisateur de l’expédition des, containers, aux Iles Glénan et âme du Parti communiste dans la région de Pont-l’Abbé, ,

-Bodéré Guillaume, né le 3 mai 1906. à St-Jean-Trolimon. marin-pêcheur domicilié à Tréffiagat, En fuite depuis le 30 septembre, A aidé Baudry dans l’expédition des « containers » et les a cachés à son domicile.’ Signalement diffusé,

A noter d’ailleurs que. par notes du Ministère de 1’Intérieur, Direction générale de la Police nationale. (diffusion n°64 du 9 octobre 1942 et n° 67 du 19 octobre 1942 entre autres). un avis de recherche concernant nos deux camarades était diffusé dans toute la France avec la mention  » En cas de découverte. procéder arrestation et aviser 13e Brigade P.J à Rennes ».

Les années noires du pays bigouden

Le 20 juin 1940, le déferlement des troupes allemandes, dans sa progression foudroyante vers l’ouest, parvient en bout de course, jusqu’à notre pays bigouden. Un baroud d’honneur l’a un peu retardé devant LORIENT, mais à QUIMPER , les troupes maigres, disparates, inopérantes, sont restées dans leur caserne.

C’est dans une stupeur paralysante que la population vit le début de l’occupation. Routes et rues se sont vidées. Derrière les rideaux des fenêtres, des regards angoissés fixent les uniformes felgraü, tandis que résonnent les lourdes bottes et que montent les chants orgueilleux et scandés.

PONT -L’ABBÉ ne constitue pas un centre stratégique notable. Nos ports-abris, inaptes à recevoir des bateaux de guerre, mais dotés d’une flottille de pêche importante, constituent avec la surveillance côtière le seul objectif puissant. Aussi, dès l’abord, le dispositif des troupes allemandes est-il assez léger, de l’ordre d’un bataillon. A PONT-L’ABBÉ, les principaux bâtiments scolaires sont accaparés : l’Ecole Primaire Supérieure et le Collège Saint-Gabriel qui va abriter la Kommandantur, avec le Bureau général et la prison. Les troupes sont réparties entre Lestréminou, en PLOMEUR, PLO­BANNALEC et Trévannec en PONT-L’ABBÉ. De petites garnisons sont distribuées le long du littoral pour appuyer l’action de la Gast (police des ports plutôt que douane).

La cohabitation de l’occupé et de l’occupant s’installe. Le travail a repris, les commerces sont ouverts. Des soldats, ayant échappé à l’internement, retrouvent leur famille. D’autres, hélas, sont cueillis chez eux et conduits. dans des camions à la caserne de la Tour-d’Auvergne à QUIMPER. Ils ne pressentent pas que les stalags vont les retenir pendant cinq ans.

Bien vite, la botte de l’occupant va se faire plus lourde. Dans nos ports, la vie va souffrir de la limitation de plus en plus sévère des jours et horaires de sorties, de l’insuffisance de carburant, de la désorganisation des moyens de trans­port et du contrôle de plus en plus pointilleux et méfiant de la Gast à la sortie comme à la rentrée au port. La fouille devient une règle.

Malgré cela, dès le 22 juin 1940, à bord du « Korrigan », vingt patriotes gagnent l’Angleterre. Quatre d’entre eux, des Guilvinistes, vont établir un véritable service régulier, et embarquer, à TRÉBOUL, à huit reprises, des volontaires pour les Forces Françaises Libres, à bord du « ROANEZ AR PEOC’H ». Le 24 juin, le « Notre-Dame de Bon Conseil », un sar­dinier de 20 pieds de quille, doté d’un moteur Beaudoin de 22 cv à essence, pouvant également marcher à la voile, quitte à minuit et demie le port de KERITY avec huit hommes à bord, tous de PENMARC’H. Après 55 heures de traversée, deux journées et deux nuits pendant lesquelles il aura fallu pomper sans arrêt, sans manger ni boire, la pinasse aborde à Sainte-Mary’s, des Iles Scilly. C’est l’Angleterre et la liberté. Deux des huit hommes sont encore vivants. Parmi les dispa­rus : Julien DUPUIS, tué le 12 septembre 1940, lors de l’expédition malheureuse de DAKAR, sera l’un des premiers résistants fait Compagnon de la Libération à titre posthume.

Contre l’occupant, dont la brutalité et la morgue grandissent progressivement, au fur et à mesure que le sort des armes tourne en sa faveur et contre le nazisme, des actes isolés de rébellion : le 20 novembre 1940, un marin-pêcheur de SAINT-GUÉNOLÉ, Francois PÉRON, âgé de trente ans, est arrêté pour avoir porté un coup de poing à un sous-officier, commandant une patrouille, en riposte à un coup de crosse. Condamné à mort, repris après une tentative d’évasion de la maison d’arrêt de Quimper, la jambe brisée, il est enfermé dans une cellule avant d’être hospitalisé à Quimper, puis à Concarneau. « C’est près de cette ville, dans le domaine de Kériolet, que les Allemands fusillent François PÉRON, le 25 février 1941, allongé sur un brancard, à cause de sa blessure. L’évasion dramatique de PÉRON, les circonstances de son exécution, la première en date dans la région de Quimper, frappent et indignent l’opinion publique. D’aucuns révi­sent leur jugement sur les .Allemands « corrects ». (« Le Finistère dans la guerre », de G.M. Thomas et A. Le Grand.)
F. PÉRON sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume par le Général de Gaulle. .

En 1941, le « Vincent-Michelle » en juillet, et le « Veach Mad », en novembre, conduisent à des sous-marins des patriotes français, non sans difficultés. Fait intéressant, le « Vincent-Michelle », de Saint-Guénolé-Penmarc’h, ramène de sa mission des postes émetteurs qui manquent cruellement aux réseaux de renseignements qui, petit à petit, s’organi­sent. Manquent aussi des armes et des munitions. Pour le compte des F.T.P .F. le côtre  » Audacieux » reçoit des containers transbordés du N51 de Daniel LOMENECH, au large de Belle-Ile. Il les transporte jusqu’aux approches de Penfret aux Glénan, où il les mouille. « L’Entre-Nous » chargera quatre. containers et pourra les débarquera au quai de Léchiagat, grâce au sang-froid du matelot Guillaume BODÉRÉ, lors du contrôle de la Gast. Deux barques: le « Saint-Tudy » et « L’Exploité des Mers », vont amener les autres containers au fond du port de Lesconil. A partir de novembre 1942, un bateau concarnois, le « Papillon des Vagues », fait parfois escale à Saint-Guénolé. C’est que, sur 6 hommes d’équipage, quatre sont du coin: les frères René et Armand CARVAL, Michel LE GARS, Alain HELIAS. Il est l’un des maillons du réseau CND.CASTILLE que le Colonel REMY a réussi à tisser et qui, sous le nom de code « NARVAL » et chaque fois que « Denise a les yeux bleus« , ,à la B.B.C., accomplira une liaison en mer avec un sous-marin anglais avant que, le 23 décembre 1943, la Gestapo n’arrête sur les quais de Concarneau tout l’équipage qui sera déporté au sinistre camp de MAUTHAUSEN.

Fin 1943, des résistants transportent au château d’eau de Pont-l’Abbé, pour le compte de « Libé-Nord », deux camions d’armes et de munitions, parachutées près de la forêt du Cranou. Cette opération. est contrôlée par le Colonel BERTHAUD, dont la famille est repliée à Pont-l’Abbé. Progressivement, la Résistance se structure dans divers mouvements et réseaux. Sont actifs dans le canton: les mouvements « Libération-Nord », dont le groupe originel s’est constitué autour de quelques instituteurs de Pont-l’Abbé, « Vengeance », commandé régionalement par les frères DUPOUY, jusqu’à leur déportation en Allemagne d’où ils ne reviendront pas, les F.T.P.F. rangés autour de Daniel TRELLU (futur Colonel CHEVALIER) et qui vont fournir des résistants au maquis de Spézet.

Un fait très grave : l’arrivée à Pont-l’Abbé, début 1944, d’un régiment essentiellement caucasien. La situation devient tendue… L’ennemi rendu nerveux par ses dures défaites et la prescience du grand débarquement allié, sait par ailleurs que la Résistance se renforce. Des coups de main l’avertissent que les « terroristes » guettent le moment de la lutte armée. Dans le canton, le groupe « Vengeance » est décimé. Plusieurs de ses membres sont déportés en Allemagne. Un peu plus tard, de féroces représailles vont faire de Plobannalec-Lesconil et de l’Ile-Tudy deux bourgades martyres.

Le 6 juin 1944, un fort groupement F.T.P.F. occupe prématurément Plomeur, y fait quatre prisonniers ennemis qui sont conduits et internés à Plonivel. Ils vont être libérés par les Allemands alertés et renseignés, le 9 juin. Ce jour-là, les deux frères VOLANT sont abattus, et une série de rafles impitoyables, jusqu’au 19 juin, va terrifier la population. 38 jeu­nes hommes sont arrêtés, dont 16 sont fusillés à la Torche, en Plomeur, du 15 au13 juin. Un autre est fusillé au Collège St-Gabriel, tout comme un otage de Plomeur, son Maire, Louis MEHU. Deux des déportés du camp de Dura vont y périr. Au total, vingt-huit de ses enfants vont s’inscrire au martyrologe de Lesconil.

Dans la même période, la population de 1’Ile-Tudy est plongée dans le malheur. Tout s’est mis en place le 2 février 1944 avec l’opération « Dalhia » au coeur de laquelle se trouve Yves LE HENAFF(« Fanfan »). Dans la nuit sombre et venteuse, une pinasse noire, assez ancienne, le « Jouet des Flots », mouillée devant la Grande Grève de L’Ile-Tudy, reçoit sa cargaison amenée par quatre marins-pêcheurs : au total 32 hommes dont 26 doivent être conduits au large de l’Ile de Sein pour y être embarqués sur un escorteur britannique qui les transportera en Angleterre. Parmi eux, deux personnali­tés éminentes de la Résistance: Pierre BROSSOLETTE et Emile BOLLAERT qui rentrent à Londres, porteurs de messa­ges importants destinés au Général de Gaulle; de même le futur Général JOUHAUD ; d’autres notabilités françaises ou anglaises, et 10 aviateurs alliés tombés sur notre territoire ou même à l’étranger et qui doivent reprendre le combat. La mer est forte, surtout après Penmarc’h, et dès le début la quille a talonné la roche. A mi-chemin de Sein, le bateau fait eau et la situation s’aggrave: le moteur est noyé tandis que l’on s’approche de la dangereuse Chaussée de Sein. La voile est montée, mais emportée par lc vcnt. Grâce à un matelot courageux, une drisse est passée en haut du mât, ce qui permet de conduire le  « Jouet des Flots » dans les rochers des accores de Plogoff, à Feunteun an Aod. Le débarquement est dramati­que mais réussi… et le  » Jouet des Flots » vite disloqué, coule. L’accueil de Plogoff est chaud, mais il faut vite se disperser. Treize résistants sont arrêtés par les Allemands soupçonneux, dont Brossolette, Bollaert, Yves Le Hénaff, seul Bollaert survivra à la guerre.

Plusieurs mois plus tard, trois marins-pêcheurs de l’Ile-Tudy sont pris dans une vaste rafle à Combrit et Plomelin, le 19 juin. Deux d’entre eux ne reviendront pas. Le lendemain, avant l’aube, une rafle implacable s’abat sur l’Ile-Tudy où presque tous les jeunes résistants sont arrêtés. Ils vont rejoindre le camp de concentration de DORA, pour un cruel des­tin. Seize victimes, c’est énorme pour la petite commune de l’Ile-Tudy. Parmi eux, deux avaient participé au dernier voyage du  « Jouet des Flots ».

Les autres communes du canton ont été relativement épargnées (Pont-l’Abbé a perdu 8 fusillés ou déportés).

Beaucoup ont survécu grâce au patriotisme de notre population, et spécialement des paysans, qui ont abrité le maquis. Grâce aux mairies où la Résistance fut presque de règle.

Après que les Allemands en fuite aient fait sauter des munitions dans un train en gare de Pont-l’Abbé, comme dans un camion près du Château, la Pays Bigouden est libéré.

Deux bataillons F.F.I. apparaissent: le « Bataillon Bigouden » et le .’Bataillon Antoine Volant ». Le Bataillon Bigou­den a été rejoint par des déserteurs: 29 Russes, 3 aviateurs polonais et 3 Allemands. S’y insère une section de Républi­cains espagnols. L’une de ces compagnies est recrutée à Plonéour, hors du canton de Pont-l’Abbé. Le 12 août, une action à Tréguennec coûte aux Allemands deux morts en combat et 72 prisonniers. A la mi-septembre, le Bataillon Bigouden par­ticipe au siège et la prise des casemates de Lézongar, à Audierne, faisant 60 prisonniers remis aux Américains, tandis que le Bataillon Antoine Volant est engagé dans la réduction de la poche de Crozon. De la fin du mois de septembre 1944 jusqu’au 8 mai 1945, chaque bataillon fournit une compagnie pour combattre sur le front de Lorient. La compagnie qui émane du Bataillon Bigouden y perd, entre autres, son capitaine, Louis LE DREZEN, tombé en opération.

D’autres des nôtres combattent et parfois meurent dans d’autres unités, dont un dans la 1ère Armée.
Notre canton bigouden a chèrement payé son patriotisme.

Louis LE CORRE.