Louis KERVEILLANT

La famille Kerveillant, habitant la ferme de Feunteun Ven jouxtant l’Ile Chevalier (Pont L’Abbé), a fourni une aide importante à la résistance locale.

Le père, Isidore Kerveillant, un « homme bon », comme il était décrit, était bien ancré à gauche.

Son fils Louis Kerveillant, né en 1913, et sa femme Anna, née en 1921, vivaient avec lui et exploitaient la petite ferme ensemble.

En 2019, Anna, âgée donc de 98 ans, dotée d’une mémoire et d’une lucidité impressionnante, m’a raconté quelques faits relatifs à cette époque de la guerre 40-45 :

La ferme étant isolée, c’était une bonne cache qui a souvent servi pendant la Résistance. La famille assurait hébergement et nourriture pour tous ceux qui avaient besoin d’un abri.

De nombreux résistants y ont trouvé de quoi se nourrir – « on tuait une bête » – me dit Anna, ceci avec la complicité de quelqu’un qui travaillait à l’abattoir de Pont L’Abbé.

L’hébergement était offert à ceux qui avaient besoin de se cacher – « nous avions peu de place pour les loger car nous étions quatre et il n’y avait que deux pièces. Mais il est arrivé qu’Isidore, le père de Louis, laisse son lit… » –

Un des correspondants était Daniel Trellu, chef FTP du Finistère, Il y avait aussi Bastien Volant et Rigobert Quiniou, instituteurs et résistants communistes bigoudens.

Daniel Trellu organisait aussi des réunions clandestines dans la ferme Kerveillant.

D’autres résistants étaient aussi envoyés à Feunteun Ven par Jean Poulain, un résistant, menuisier à Pont L’Abbé, ainsi que par la famille Cariou avec laquelle ils sont restés amis après la guerre. Marcel Cariou, résistant, était le neveu de Corentin Cariou fusillé le 7 mars 1942, et la femme de Corentin était venue s’installer à Pt L’Abbé, d’où elle était originaire, après l’exécution de son mari.

La famille fréquentait couramment des personnes engagées, et Louis adhéra au parti communiste clandestin pendant la guerre en 1943.

Anna raconte qu’un jour on leur a envoyé un résistant FTP de St Guénolé, Michel Le Lay* pour un bref séjour de 3 jours. Il était activement recherché par les Allemands. En fait il est resté 30 jours, ce qui commençait à être imprudent car des voisins l’avaient vu. Mais il lui était difficile de partir, seul, à pied, car il n’avait aucun papier d’identité.

Anna avait de bonnes relations avec une personne « de gauche » travaillant à la mairie de Pont L’abbé. Elle lui soumit le problème, et c’est ainsi que Michel Le Lay a pu partir avec une carte d’identité faite « sur mesure ».

Anna connaissait également très bien « Corentine d’Albert », c’est-à-dire Corentine Tanniou, chez qui elle était le jour de l’arrivée des Allemands à Pont L’Abbé.

Des Allemands passaient régulièrement pas loin de la ferme car ils étaient logés « au château », la grande bâtisse de l’Île Chevalier, et ils se rendaient tous les jours à Pont L’Abbé à pied. Parfois ils faisaient un petit détour et passaient juste devant l’habitation. Il fallait donc être très prudents.

Anna raconte qu’un jour ceux-ci furent surpris qu’on leur refuse des œufs avec un « y en n’a plus » alors qu’ils voyaient plein de poules… Ils n’insistèrent pas trop car ils savaient qu’une autre ferme voisine les fournissait régulièrement. Il a fallu aussi freiner un peu Annick, la petite fille de 4 ans, qui leur disait « sale bot », ne sachant pas prononcer les « ch ».

Il est arrivé aussi que Louis soit réquisitionné, avec sa charrette, pour transporter des marchandises à des Allemands. Le choix ne lui était pas laissé. Lors d’un retour il eut même des problèmes avec des gendarmes vers Plomeur car « il n’avait pas de lumière à sa charrette… ».

Anna raconte aussi qu’un jour, vers la fin de la guerre, Louis a caché deux russes (ou caucasiens) qui voulaient déserter. Après avoir récupéré leurs armes il les a hébergé avant de les conduire rejoindre les résistants vers le petit maquis voisin de Corroac’h (en Combrit)..

Gaston Balliot, mai 2019

* Michel Le Lay était le père de Lucien Le Lay, mort en déportation, dont le nom a été donné à une rue de Penmarc’h
Michel Le Lay, marin-pêcheur, est décédé en 1957 à l’âge de 59 ans.


HOMMAGE A LOUIS KERVEILLANT

(le discours prononcé par Michel Scuiller lors des obsèques de Louis Kerveillant)

Louis KERVEILLANT est né le 29 janvier 1913 à Feunteun Ven où il a toujours vécu. En tant que domaniers, ses parents, agriculteurs comme lui, cultivaient sans être propriétaires .

En 1916 sa mère décède, il a trois ans.

La guerre de 1914-1918 signifie pour Louis une double séparation puisque son père est mobilisé durant sept années, au cours desquelles il connaîtra La Marne, La Meuse, Verdun

Une cousine s’efforcera de compenser l’absence parentale et y assumera, très jeune, la responsabilité du jeune Louis. Mais, en l’absence des deux parents, l’enfance de ce fils unique a été très difficile . Au retour de son père, Louis recevra une éducation humaniste et républicaine . Il aimait, à cet égard, rappeler les propos de son père : « La Gauche doit s’unir, sinon rien ne sera possible »

Au lendemain du Front populaire, il épouse Anna qui devient sa compagne de toute sa vie.

La période 1939-1945, sera, à Feunteun Ven, le lieu de rencontres et de relations permanentes avec la Résistance locale et régionale.

Cette solidarité naturelle, mais réelle, permettait de donner un peu de nourriture aux Résistants, en plus de l’hébergement. Les Partisans, Daniel Trellu, Bartélémé et beaucoup d’autres, connus ou non, tenaient des réunions à la ferme de Louis et Anna Kerveillant.

Souvent les Allemands patrouillaient et contrôlaient. Deux Russes, réfractaires de l’armée allemande ont été hébergés quelques jours avant d’être récupérés par la Résistance.

Cette période n’était pas sans risques, mais l’engagement d’Anna et de Louis était fort et désintéressé. A la Libération, Louis est délégué par son Parti pour assister, trois jours durant, à paris, au Congrès de la Paix. Puis Louis est élu sur la liste du PCF, aux côtés de Le Bleïs, maire communiste de Pont-L’Abbé. Lors de cette première élection municipale d’après guerre, Louis fut même sollicité pour assumer les fonctions de maire, mais son dévouement, ses connaissances des gens sur le terrain ne pouvaient suffire, il considéra que son manque d’instruction constituait un handicap trop lourd.

Durant plus de soixante années, Louis fut membre du PCF auquel il adhéra au lendemain du Front Populaire. Il est demeuré un homme jovial, généreux, d’une intelligence peu commune, doté d’une large connaissance et d’un humour très marqué.

En ce début d’année 1999, après son 86e anniversaire, Louis connaît de graves problèmes de santé : il se savait très fatigué, mais continuait de lutter.

Dimanche, il nous a quittés au moment où se tenait au Bourget, la fête de son journal « L’Humanité ».

A son épouse Anna, sa fille Annick, son gendre Pierrick, ses petits enfants, Bertrand et Benoît, à toute la famille, la Cellule de Pont-L’Abbé-Combrit, la section du Pays bigouden sud du PCF, le collectif du « Travailleur Bigouden » renouvellent l’expression de leur sympathie attristée.

paru dans « Le Travailleur Bigouden » n° 176

 

Corentin CARIOU

CARIOU Corentin

Corentin Cariou est né à Loctudy le 18 décembre 1898 dans une famille de marins-pêcheurs très pauvres. Il va en mer à 12 ans. Fait la guerre 14-18 dans la marine. Démobilisé, il quitte en 1923 le Finistère pour aller chercher du travail dans la région parisienne. Il entre à la Compagnie du Gaz la même année .Il adhère, également en 1923, au syndicat C.G.T.U. et au Parti communiste. D’abord surtout militant syndicaliste, il deviendra secrétaire du syndicat du Gaz pour la région parisienne de 1930 à 1933 puis membre du bureau régional de Paris-ville du P.C.F., élu conseiller municipal (com.) de Paris. En 1939 il participe dans la région parisienne à la réorganisation dans la clandestinité du P .C. qui vient d’être interdit par le gouvernement Daladier .

En 1940, au mois de juillet, juste après la débâcle, il vient dans le pays bigouden qui vit les premières semaines de l’occupation et y prend contact avec l’organisation clandestine du P .C. notamment avec Alain Le Lay, Vincent Larnicol et Louis Guenneau qu’il aide dans leur action illégale rendue particulièrement dangereuse par l’occupation allemande.

Il retourne dans la région parisienne en décembre 1940 et se voit confier des responsabilités importantes par la direction du P .C. clandestin (Jacques Duclos et Benoît Frachon). Arrêté en 1941, il est transféré au camp de concentration de Chateaubriand (44) puis remis aux Allemands,- qui l’ont réclamé-, par les autorités de Vichy. Détenu ensuite comme otage au camp de Compiègne, il est fusillé le 7 mars 1942.

En plus d’une rue à Paris et d’une station de métro son nom a été donné après la Libération à de nombreuses voies de localités de la banlieue parisienne.

A signaler que de nombreux militants ouvriers et résistants d’origine finistérienne (E Hénaff, Nédellec, Corentin Celton, Auffret, P. Lescop, etc.) ont également donné leurs noms à des voies de la région parisienne.

Les obsèques solennelles de Corentin Cariou, conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine, de Charles Michels, député; de Jules Auffret, conseiller général; de Maurice Gardette, de René Le Gall , de Léon Frot et Raymond Losserand, conseillers municipaux, et tous fusillés par les nazis, ont été célébrées le 1er novembre 1945 à Paris.

Il était utile de rappeler ici la mémoire d’un patriote exemplaire, d’un fils de Loctudy

E. Kerbaul, Bagnolet (93170).

D’après archives du P.C.F., de l’Institut M. Thorez, de l’Amicale des anciens des camps de Chateaubriand et de Voves, de l’Association nationale pour un Musée national de la Résistance, de l’Amicale des Veuves de fusillés, ainsi que des témoignages recueillis. .
In « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN » N° 73 de janvier 1978 


Corentin Marie Cariou naît le 12 décembre 1898, à Loctudy, de Pierre Jean Cariou, marin pêcheur, et de Corentine Marie Struillou, journalière.
Il est le benjamin d’une famille de onze enfants. Son frère aîné périt en mer.
À douze ans et demi, Corentin embarque comme mousse. Il reste marin pêcheur jusqu’à ses dix-huit ans.
En 1917, mobilisé, il est matelot sur la Jeanne d’Arc, puis sur le torpilleur Sakalave et sur le cuirassé Courbet. Il est démobilisé en 1920, et redevient marin pêcheur.
À la mort de ses parents, (son père en 1920 et sa mère en 1923), parlant « assez mal » le français, n’ayant jamais « rien lu », il part travailler à Paris. Par l’intermédiaire de son frère Jean, il entre à la Compagnie du gaz de Paris. Il travaille comme aide de forge à l’usine de goudron (aujourd’hui démolie) de la Villette. Titularisé en 1925, il devient aide ajusteur.

Le militant syndical

De 1921 à 1934, le paysage syndical est marqué par l’opposition entre « unitaires » de la CGTU et « confédérés » de la CGT [elles se regrouperont en 1936].
En 1923, Corentin Cariou adhère à la CGTU, et peut-être à la SFIC* (Corentin Cariou, dans son autobiographie de la commission des cadres, parle de 1926) .
En 1924, il participe à la constitution de la cellule n° 193 du Gaz de la Villette (1er rayon).
En 1926, il est élu secrétaire et trésorier de la Caisse de solidarité des gaziers unitaires de la Villette. En 1927, 1928 et 1929, il est élu à la commission exécutive de l’Union des syndicats unitaires de la région parisienne. À partir de septembre 1929, il siège à la commission des conflits de la Fédération nationale CGTU des Services publics et de l’Éclairage.
En 1928 et 1929, il est secrétaire du 1er rayon communiste de la région parisienne. C’est à cette époque qu’il entre en conflit avec son frère, sur les plans politique et syndical. Il militait également au SRI, à la « Bellevilloise » et à la coopérative « la Famille Nouvelle ».

Corentin et Jean Cariou sont tous deux à la CGTU Gaz de Paris, mais dans des tendances différentes :
-Corentin appartient au courant « unitaire », proche de la SFIC-Parti communiste. Majoritaire dans la CGTU au plan national, ce courant est minoritaire à la CGTU Gaz de Paris.
-Jean est un syndicaliste révolutionnaire (proche de Pierre Monatte et de la revue syndicaliste La Révolution prolétarienne). Ce courant est majoritaire à la CGTU Gaz de Paris, dont Jean Cariou est le secrétaire général.
Mais, lors des élections du 20 mai 1930, les unitaires l’emportent, et Corentin prend la place de son frère [frère qui rejoindra la CGT deux ans plus tard] et adhère, à une date que l’on ignore, à la SFIO.
Malgré leurs divergences de vues, les deux frères conservent des liens familiaux.
En février 1931, Corentin Cariou crée la première école syndicale.
En 1932, il est élu secrétaire du comité intersyndical CGTU des services publics de la région parisienne.
Lors du VIIe congrès national de la SFIC-Parti communiste, en 1932, Corentin Cariou entre au Comité central, qu’il quittera lors du congrès suivant, en 1936.
En 1935, pour une affaire d’affiche jugée diffamatoire, il est révoqué du Gaz de Paris, de même que tout le bureau du syndicat. La mesure fait grand bruit et, après deux mois d’une vaste campagne d’opinion, les sept hommes sont réintégrés.

En 1937 et 1938, Corentin Cariou est membre de la Fédération des Bretons émancipés, animée par Marcel Cachin, qui milite pour la défense de la culture bretonne (Dans les années 30, les communistes dénoncent « le centralisme de l’Etat français bourgeois »).
En 1937, les communistes bretons fondent la Fédération des Bretons émancipés. Mais, à partir de 1938, le PC-SFIC prend ses distances avec les mouvements autonomistes bretons, Marcel Cachin dénonçant la « main du fascisme allemand » (discours au Sénat, Le Temps du 20 décembre 1938). Ce n’est qu’en 1944 que les communistes bretons reconstituent leur Fédération.

En 1938, élu représentant du quartier du Pont-de-Flandre (19e arrondissement), Corentin Cariou entre au conseil municipal de Paris.

Répressions Daladier et Sérol

Le 23 août 1939, est signé le Pacte germano-soviétique, ce qui provoque bien des déchirements et bien des remous parmi les communistes français, après leur engagement contre le fascisme espagnol..
Le 26 août 1939, la presse communiste française est interdite. Le 2 septembre, les députés communistes français votent les crédits de guerre.
Le 9 septembre, le Komintern développe une nouvelle ligne: du fait de la nature impérialiste du conflit, les sections doivent s’opposer à l’effort de guerre. Les communistes français en sont informés le 20 septembre.

Le 3 septembre, la France déclare la guerre à l’Allemagne.

Par le décret-loi Daladier du 26 septembre, le PC-SFIC est interdit. Toute activité communiste est illégale. Corentin Cariou n’est pas mobilisé, mais mis à la disposition de la police. Il doit attendre un ordre individuel de mobilisation.
Le 8 octobre, ont lieu les premières arrestations de députés communistes. Le 18 novembre, un nouveau décret-loi Daladier prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».
Le 23 décembre, Corentin Cariou est à la fois mobilisé et interné administrativement au camp d’internement administratif de Baillet-en-France. En janvier, il est transféré à la Ferme Saint-Benoît, en Seine-et-Oise, dans la première compagnie spéciale. C’est là que, le 21 janvier 1940, il apprend qu’il est déchu de son mandat municipal par le conseil de la préfecture (Les élus communistes sont déchus de leurs mandats par la loi du 20 janvier 1940).
Le 23 mars, il est transféré dans le camp d’internement de Bourg-Lastic, dans la deuxième compagnie spéciale de travailleurs (où il retrouva notamment Lucien SAMPAIX).

Le décret Sérol du 9 avril 1940

JO du 10 avril 1940. Le projet a été présenté par le ministre SFIO Albert SEROL, du gouvernement REYNAUD » prévoit la peine de mort pour propagande communiste.

Au printemps 1940, a lieu l’offensive allemande en France. Durant la débâcle de juin, Corentin Cariou s’évade. Le 22 juin 1940, le gouvernement français signe l’armistice avec l’Allemagne.

Durant tout l’été 1940, le PC-SFIC mène une politique de légalisation du parti. Il incite les communistes à sortir de la clandestinité, ce qui aura pour conséquence dramatique de faciliter l’arrestation de milliers de militants, lors des rafles d’octobre et de novembre. Corentin Cariou se rend donc à Lyon pour se faire démobiliser. Puis il va chercher en Bretagne sa femme, Marianne (Marie, Anne LE GARREC, née le 14 février 1893 à PLONEOUR-LANVERN, d’un père journalier et d’une mère repasseuse. Elle est d’abord brodeuse à Pont l’Abbé. A Paris, elle est femme de chambre dans une pension de famille. Elle meurt le 31 janvier 1958), et leur fille, Andrée, neuf ans. Tous trois regagnent Paris. Le PC-SFIC clandestin confie à Corentin des responsabilités dans le 19e arrondissement.

Répression de Vichy

Le régime de Vichy n’a pas libéré les militants victimes de la répression Daladier. Avec la loi du 3 septembre 1940 [La loi du 3 septembre 1940 reprend les termes du décret-loi DALADIER du 18 novembre 1939, en supprimant simplement quelques clauses de sauvegarde telle que l’existence d’une commission de contrôle ou la possibilité d’intercession des syndicats.], il va pouvoir se lancer à son tour dans la chasse aux communistes.

Le 4 octobre 1940, Corentin Cariou s’aperçoit qu’il est surveillé. « Un soir, dit sa fille Andrée, en se promenant dans le square de la Butte Rouge, il s’est rendu compte qu’il était suivi. En rentrant, il nous dit: « je ne suis pas sûr, mais je pense avoir été repéré; demain, je partirai ». La police tournait autour de trois familles du quartier: les SAMPAIX, les MICHEL et nous ». Mais, le lendemain, la police l’arrête à son domicile, 82 rue Compans. Il est interné au sanatorium d’Aincourt. En avril 1941, pour avoir participé à un « mouvement d’indiscipline » aux côtés de Jean DUFLOT notamment, il est incarcéré à la maison centrale de Poissy. En mai, il est transféré au Centre Surveillé de Châteaubriant, où il est placé dans la « baraque des isolés », toujours aux côtés de Jean DUFLOT.

Répression allemande

Le 15 mai 1941, le PC-SFIC fonde le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. Le 22 juin, l’Allemagne envahit l’URSS, ce qui rompt de fait le pacte germano-soviétique. Les communistes français entrent massivement dans la résistance armée. Les Allemands leur mènent une traque acharnée. Les 10 000 à 20 000 militants détenus [18 000 à la fin 1940 selon Pierre Robrieux dans l’Histoire intérieure du Parti Communiste. 5 553 arrestations sous DALADIER et 4 à 5 000 de juillet 1940 à juin 1941.] dans les camps de l’État français servent à présent d’otages.

En juin-juillet 1941, sa femme et sa fille retournent en Bretagne.

Au camp de Châteaubriant, Corentin Cariou vit, dans la « baraque des isolés », le 22 octobre, l’exécution des otages. En février 1942, il est transféré au camp de Royallieu, à Compiègne.

Le 1er mars, un attentat est dirigé contre une sentinelle allemande, rue de Tanger, dans le 19e arrondissement de Paris. Les Allemands décident de fusiller vingt « communistes et juifs ».

La veille de son exécution, à 20 heures trente, Corentin CARIOU écrit à sa femme: « … Je suis dans une cellule isolée, pour ma dernière nuit (…) Je pars avec courage, en confiance dans la victoire finale. Sois courageuse pour élever notre chère file (…) Je ne vois pas ce que j’écris dans la nuit. Nos sacrifices ne seront pas vains… »

Corentin Cariou est exécuté le 7 mars 1942, à midi, en même temps que Pierre Rigaud et Léopold Réchossière (syndicaliste de la TCRP), dans une clairière proche de Carlepont.

Il est mort en criant: « Vive la France. Vive le Parti Communiste. »
Corentin Cariou est inhumé au cimetière de Cuts, commune voisine.

Depuis le 1er novembre 1945, il repose, près du Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, avec six autres élus victimes du nazisme : Jules Auffret, Léon Frot, Maurice Gardette, René Le Gall, Raymond Losserand et Charles Michels.

(*)Section Française de l’Internationale Communiste — ancien nom du Parti communiste français
Sources :Paul Rolland, « Devoir de mémoire : Corentin Cariou », L’Estran, n° 25, bulletin municipal de Loctudy, octobre 2002.

·                                 Michel Dreyfus (dir.), Gaziers-électriciens, volume thématique du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, collection « Jean Maitron », Éditions de l’Atelier, 1996.

 

Voir la note sur Corentin Cariou dans Wikipedia

Un article du n°73 de janvier 1978 du journal Le Travailleur Bigouden :

Autres résistances

Marie-Corentine  Tanniou-Dornic, à Pont L’Abbé

Corentine-rol-tanguy-paul-le-gall-alain-signor
Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, elle est entourée de Rol Tanguy (chef FFI qui a libéré Paris, ancien métalo né à Morlaix, ancien des Brigades Internationales), Paul Le Gall (futur secrétaire départemental du PCF Finistère Sud), Alain Signor, responsable communiste depuis l’avant guerre, résistant, député à la Libération, et Pierre Le Rose (archives Pierre Le Rose)

voir sa biographie plus complète

GB : J’ai très bien connu Corentine à Pont L’Abbé mais hélas à l’époque je n’ai pas recueilli ses récits passionnants.
Elle utilisait la réserve de son magasin rue Victor Hugo, prés de la gare de Pont L’Abbé, comme cachette pour la Résistance, et dissimulait dans son sac de bigoudène certains « objets illicites ».


Corentin CARIOU

Corentin Cariou est né à Loctudy le 18 décembre 1898 dans une famille de marins-pêcheurs très pauvres. Il va en mer à 12 ans. Fait la guerre 14-18 dans la marine. Démobilisé, il quitte en 1923 le Finistère pour aller chercher du travail dans la région parisienne. Il entre à la Compagnie du Gaz la même année .Il adhère, également en 1923, au syndicat C.G.T.U. et au Parti communiste. D’abord surtout militant syndicaliste, il deviendra secrétaire du syndicat du Gaz pour la région parisienne de 1930 à 1933 puis membre du bureau régional de Paris-ville du P.C.F., élu conseiller municipal (com.) de Paris. En 1939 il participe dans la région parisienne à la réorganisation dans la clandestinité du P.C. qui vient d’être interdit par le gouvernement Daladier .

En 1940, au mois de juillet, juste après la débâcle, il vient dans le pays bigouden qui vit les premières semaines de l’occupation et y prend contact avec l’organisation clandestine du P .C. notamment avec Alain Le Lay, Vincent Larnicol et Louis Guenneau qu’il aide dans leur action illégale rendue particulièrement dangereuse par l’occupation allemande.

Il retourne dans la région parisienne en décembre 1940 et se voit confier des responsabilités importantes par la direction du P .C. clandestin (Jacques Duclos et Benoît Frachon). Arrêté en 1941, il est transféré au camp de concentration de Chateaubriand (44) puis remis aux Allemands,- qui l’ont réclamé- , par les autorités de Vichy. Détenu ensuite comme otage au camp de Compiègne, il est fusillé le 7 mars 1942.

En plus d’une rue à Paris et d’une station de métro son nom a été donné après la Libération à de nombreuses voies de localités de la banlieue parisienne.

A signaler que de nombreux militants ouvriers et résistants d’origine finistérienne (E Hénaff, Nédelec, Corentin Celton, Auffret, P. Lescop, etc.) ont également donné leurs noms à des voies de la région parisienne.

Les obsèques solennelles de Corentin Cariou, conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine ; de Charles Michels, député; de Jules Auffret, conseiller général; de Mau­rice Gardette, de René Le Gall , de Leon Frot et Raymond Losserand, conseillers municipaux, et tous fusillés par les nazis, ont été célébrées le 1er novembre 1945 à Paris.

Il était utile de rappeler ici la mémoire d’un patriote exemplaire, d’un fils de Loctudy

E. Kerbaul, Bagnolet (93170).

D’après archives du P.C.F., de l’Institut M. Thorez, de l’Amicale des anciens des camps de Chateaubriand et de Voves, de l’Association nationale pour un Musée national de la Résistance. de l’Amicale des Veuves de fusillés, ainsi que des témoignages recueillis. .

In « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN » N° 73 de janvier 1978


Photos communiquées par Alain Cariou (de Loctudy)

Résistants_Loctudy_ret_red
Résistants à LoctudyDéfilé_résistants_LoctudyDéfilé des résistants à Loctudy
Défilé_dunes_Poulguen_600_ret
Défilé sur les dunes de Poulguen
Attestation_FFI
Attestation de membre FFI

Vu sur la tombe de Noël L’Helgouarc’h sur le parvis de l’église de Loctudy.

Noël L’Helgouarch a été accusé d’avoir sectionné un câble de communication installé par les occupants allemands le long de la côte entre Loctudy et Lesconil. Il a été arrêté puis fusillé.

NoelLHelgouarch
Au cimetière de Loctudy, parvis de l’église

Ile Tudy

Le Jouet des Flots

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1943, après quatre mois de stage en Angleterre et une opération esthétique de la face destinée à le rendre méconnaissable, Yves Le Henaff sera parachuté dans le Finistère avec son radio, le lieutenant canadien Vanier. Pendant huit mois, il sera en Bretagne l’infatigable animateur d’une mission d’évasion du réseau « TR jeune », dirigé par le capitaine Vellaud (dit Toto), et l’organisateur des liaisons maritimes avec l’Angleterre. C’est dans ce contexte que se situe l’opération « Dahlia ». L’objectif de cette mission consistait à exfiltrer vers l’Angleterre par la mer Pierre Brossolette, journaliste et homme politique, Emile Bollaert et Emile Laffont du Comité français de la Libération, le Commandant Jouhaud, d’autres résistants en particulier bretons, des aviateurs alliés (américains, anglais et belges), les trois officiers du réseau Dahlia : le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, le lieutenant canadien Vanier et, le lieutenant Cann, plus le lieutenant Challan-Belval des « TR » (appellation du contre espionnage offensif français à l’époque).

Les 32 membres de cette opération embarquent dans la nuit du 2 au 3 février 1944 sur une vieille pinasse le « Jouet des flots », achetée spécialement pour cette évasion à Douarnenez et convoyée à Concarneau pour être immatriculée avec un nouveau rôle d’équipage afin de tromper les Allemands

Malheureusement, le bateau s’échoue à Feunteun Aod en Plogoff, près de la pointe du Raz. Alors que les Allemands arrêtent une partie des rescapés, Yves Le Hénaff parvient à en évacuer quelques-uns vers Paris. Au cours de cette action, il est fait prisonnier par la Gestapo le 5 février à Audierne.

Incarcéré et torturé à Rennes pendant plusieurs mois, il meurt en juillet 1944 dans le wagon qui l’emmenait au camp de concentration de Dachau.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Le_H%C3%A9naff

plaquejouetdesflots