De la Résistance à la Libération

LA RÉSISTANCE – LA LIBÉRATION AU GUILVINEC-LÉCHIAGAT

Par Pierre-Jean BERROU ( Bulletin Municipal « Ar Gelveneg » N°11 – 1996 )

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Ce dernier article de Pierre-Jean comporte quelques redites par rapport à ses articles  sur Le Guilvinec dans la guerre  parus dans les précédents numéros de « Ar Gelveneg », mais nous avons tenu à le publier in extenso , d’abord par respect pour l’auteur , mais surtout parce qu’il constitue un véritable « survol » de cette période douloureuse mais combien héroïque de notre histoire locale. Encore une fois grand merci à Pierre-Jean pour tous ses articles, pour toutes ses enquêtes minutieuses, véritable travail de fourmi, qui révèle chez lui une véritable passion d’historien. A noter d’ailleurs que, outre ses articles sur la guerre et l’occupation, que Pierre-Jean a « commis »  bien d’autres documents sur l’histoire guilviniste, publiés  tant dans notre bulletin municipal, que dans la revue « Cap Caval » J.K

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La Résistance des Guilvinistes durant I’occupation a déjà été évoquée dans le bulletin n°2, mais elle concernait surtout la Résistance extérieure, celles des « Français Libres » du Général de Gaulle, combattant sur mer, outre-mer et sur les divers champs de bataille de la libération. A la différence des maquisards et francs-tireurs, soldats sans uniforme de la France occupée, ces volontaires se battaient dans des unités militaires aux côtés des Alliés.

L’anniversaire du débarquement en Normandie du 6 Juin 1994 nous aurait donné I’occasion de rappeler le rôle de Mathieu Bargain à la barre de la « Combattante » qui vint jusqu’à s’échouer devant Courseulles afin de neutraliser les batteries avant I’arrivée des premières vagues d’assaut. Huit jours plus tard, Mathieu conduisit le Général de Gaulle sur le sol français. « C’est la première fois depuis Juin 40 que je l’ai vu sourire » aimait-il rappeler. Au large des côtes normandes, des croiseurs français, le Montcalm, I’E.Betin pilonnaient les défenses ennemies. Dans les équipages quelques marins bigoudens, comme Vincent L’Hénoret de Léchiagat.

Qu’on nous pardonne d’avoir oublié un « Français Libre » de la première heure, Jean Béchennec, horloger à Léchiagat. Mobilisé en 1939 dans l’aéronavale de Lanvéoc, il fut évacué vers I’Angleterre au moment de la débâcle de Juin 40. Plutôt que de revenir en France « dans la gueule du loup ». il s’engagea dans I’aviation naissante de la « France Libre ». En revenant de « L’Olympia, ou il signa son engagement, il resta ébahi devant le spectacle insolite de marins de Léchiagat en coton bleu et en sabots de bois, disparaissant dans la foule londonienne de Trafalgar Square : Raphaël Quideau, A. Caillard, Emile Péron, etc… en effet venus du Guilvinec en bateau de pêche se dirigeaient eux aussi vers « l’Olympia ». Jean fit toute la guerre dans I’aviation française : périple en Afrique, Bangui, Tchad, Koufra etc. et en Angleterre dans la R.A.F.

Oublié aussi, lsidore Guillamet. ll était radio à bord du sous-marin Ajax quand celui-ci fut coulé par les Anglais. L’équipage fut fait prisonnier mais plus tard en Afrique du Nord, il fut incorporé dans le régiment blindé des fusiliers-marins de la 2eDB qui débarqua en Normandie.

Rappelons que cette Résistance extérieure a été honorée par I’attribution de la croix de « Compagnon de la Libération » à Roger Guillamet, S.M. radio à bord du Sous-marin Rubis et, à titre collectif au premier bataillon de fusiliers-marins qui s’illustra à Bir-Hakeim, en ltalie, et qui comprenait dans ses rangs dix Guilvinistes.

La liaison entre la France occupée et la « France Libre » fut réalisée par des réseaux d’évasion, de renseignements et de trafic d’armes. Raymond Le Corre, Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Michel Baltas, traversèrent plusieurs fois la Manche à la barbe des Allemands avant d’être arrêtés et déportés à Buchenwald (du moins pour les trois premiers cités). De même, Martial Bizien du célèbre réseau d’Estienne d’Orves, ne dut la vie qu’en raison de son jeune âge mais connut l’emprisonnement en Allemagne.

A la question qu’on pourrait poser : y a t il eu une Résistance au Guilvinec pendant l’occupation allemande? On peut déjà répondre oui. Mais la Résistance a pu prendre des formes très variées, y compris la résistance civile et même passive comme le refus de la collaboration. C’est par exemple le comportement de l’administration municipale qui continua à délivrer des cartes d’alimentation aux jeunes du S.T.O. Cela n’allait pas toujours sans risque. Corentin Loussouarn, le secrétaire de mairie fut quelque temps gardé et interrogé à la Kommandantur pour avoir selon les feldgendarmes fait prévenir René Guénec de I’imminence de son arrestation. Et qu’aurait-il enduré si les occupants avaient découvert 3 revolvers provenant des réquisitions de 1940 cachés dans un placard de la mairie ?

N’est-ce pas de la résistance la conduite de Marcel Gléhen, prisonnier de guerre en Allemagne qui s’évada trois fois. D’abord d’un commando de travail de la région de Francfort mais il fut intercepté en France par un garde forestier, puis une seconde fois, mais repris à la frontière, il fut transféré au sinistre camp de Rava-Ruska, en Ukraine, le « ‘camp de la goutte d’eau », et une troisième fois du bataillon disciplinaire dans lequel il avait été versé. Mais hélas il fut repris à nouveau arrêté. Les tentatives des uns et des autres avaient pour effet d’obliger les Allemands à renforcer leur surveillance. C’était d’autant d’hommes en moins sur les fronts. Chacun à sa place a pu ainsi faire ce qu’il fallait.

Dans cet article nous allons présenter la Résistance intérieure constituée le plus souvent d’organisations cloisonnées et d’actions séparées pour des raisons d’efficacité. Pas d’actes spectaculaires, pas d’attaque ouverte contre les Allemands avant 1944, la clandestinité I’imposait. Nous avons déjà évoqué cette Résistance dans le bulletin n°4 à propos des rafles du 12 Juin 44 consécutives à I’action prématurée des F.T.P. contre I’armée allemande à Plomeur, action aux conséquences malheureuses. Il convient de noter, cependant, que ces Résistants avaient répondu à l’appel du Général De Gaulle qui incitait la Résistance intérieure à l’action armée pour retarder au maximum les mouvements des troupes allemandes vers la Normandie.

La Résistance des Guilvinistes durant I’occupation a déjà été évoquée dans le bulletin n°2, mais elle concernait surtout la Résistance extérieure, celles des Français Libres » du Général de Gaulle, combattant sur mer, outre-mer et sur les divers champs de bataille de la libération. A la différence des maquisards et francs-tireurs, soldats sans uniforme de la France occupée, ces volontaires se battaient dans des unités militaires aux côtés des Alliés.

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La Résistance à travers livres ou films connaît deux types de critiques contradictoires. Tantôt on a reproché aux résistants leur attitude trop « attentiste » jusqu’au départ des Allemands, tantôt il leur est reproché leurs actions trop précoces déclenchant des répressions terribles. Disons tout de suite que l’engagement tardif n’était pas sans danger. C’est dans les deux derniers mois de l’occupation que les Allemands ont commis le plus d’exactions. Qu’en était-il au Guilvinec-Léchiagat ?  Quelles étaient les possibilités offertes pour une résistance?

LE GUILVINEC PENDANT L’OCCUPATION

Nous I’avons dit, de 1940 à 1944, Le Guilvinec regorgeait d’Allemands. La Kommandantur disposait d’une garnison d’une cinquantaine de soldats et des services dispersés dans toute la ville. De plus des compagnies entières séjournaient au repos à Kergoz, à l’école des Filles ou bien s’entraînaient au tir contre-avions sur les dunes. D’énormes canons tractés de 105 passaient et repassaient au nord de la Ville. Les Guilvinistes s’étaient habitués aux bruits de la guerre. Les explosions des obus dans le ciel touchant une cible traînée par un avion ne détournaient même plus les regards. Par ailleurs, la GAST ou douane assurait la surveillance du port et de ses abords. Organiser la résistance sur le territoire même du Guilvinec relevait d’une audace quasi-inconsciente. Pas de garnison à Léchiagat mais un poste de douane; au Villoury à Tréffiagat un casernement et un émetteur. Les Allemands soupçonnaient I’existence de « terroristes » à Léchiagat qu’ils dénommaient la « petite Angleterre ».

La population du Guilvinec et la garnison cohabitaient sans heurt mais point de collaboration. Les Allemands fréquentaient de préférence les cafés où ils étaient bien reçus. Mais pas ceux où on leur répondait comme à Tal-Ar-Groas « Nicht , netra, pour vous mon pauvre monsieur « . La plupart des marins évitaient les premières nommés. Il fallait bien regarder autour de soi pour prononcer un peu fort le mot « boche ». L’état Français ayant choisi la collaboration, les R.G. ou renseignements généraux du commissaire Soutif de Quimper disposaient de deux correspondants au Guilvinec comme à Tréffiagat.

Les communistes fichés avant-guerre étaient particulièrement surveillés. Stupéfiant ! Le commandant de la place, comme le médecin-chef avouèrent en privé que des lettres de dénonciation parvenaient à la Kommandantur mais qu’elles allaient au panier ! Quel était leur contenu ? Probablement des faits de marché noir !

Les Guilvinistes soupçonnaient le personnel civil travaillant pour les Allemands, de leur fournir des renseignements. Mais rien de prouvé. Plus sérieux, la Gestapo délégua au Guilvinec des agents recruteurs. Un jeune Guilviniste, Eugène G. s’affichait trop ouvertement à leurs côtés. Après sa dénonciation et ses responsabilités dans I’emprisonnement de Roger Larzul,  Adolphe Cossec et Joseph Le Breton en Septembre 1943 au pardon de la Tréminou, deux résistants de Pont- l’Abbé venus à bicyclette tentèrent en décembre de I’abattre chez lui en plein jour mais ils le ratèrent. Une opération risquée que I’on confia à des « étrangers » (on sut après la guerre que des Guilvinistes participèrent à la liquidation d’un châtelain de Gouesnac’h, collaborateur notoire). Les coups de révolver n’inquiétèrent pas les Allemands de Kergoz tout proches mais I’attentat déclencha des représailles : couvre-feu à 7 h du soir pendant huit jours, patrouilles renforcées, etc… Que se serait-il passé pour un attentat contre un Allemand ?

A Léchiagat , on déplorait I’engagement dans la L.V.F. sur le front russe d’un gars du pays, « Ar sergent boche ». On le vit en permission sous l’uniforme allemand. Et un autre dans la milice Perrot des  autonomistes bretons. Le Garde-champêtre devait renseigner les R.G. de par sa fonction mais son zèle était jugé condamnable. Au fur et à mesure de leurs défaites sur le front russe, les Allemands perdirent le moral; ils se confiaient en privé : « Allemagne Kaputt » mais jamais quand ils étaient deux.

En 1944, les batteries au repos s’espacèrent; les troupes d’élite étaient remplacées par des mercenaires ukrainiens ou mongols basés à Plomeur et à Poulguen. A I’approche du débarquement, les Guilvinistes furent réquisitionnés pour assurer la surveillance de nuit des ouvrages portuaires et pour planter des poteaux dans les champs devant interdire I’atterrissage des planeurs.

Et vint le débarquement. Les Allemands devinrent nerveux, surexcités, surtout ceux qui l’étaient déjà auparavant comme « An eun du » le sous-officier de la Kriegsmarine qui régnait en maître sur le port. Les attroupements de plus de trois personnes étant devenus interdits, il n’hésitait pas du bout du môle à tirer à balles doum doum sur les pêcheurs qui se groupaient près du vivier ou du café de I’Océan. Théo Coïc touché, perdit un oeil et Christian Bescond reçut un éclat sous la paupière. Une zone interdite le long du littoral incluant tout Men Meur fut limitée par des barbelés avec des chevaux de frise. Les dunes étaient minées sur des centaines de mètres.

RAMIFICATIONS DU RÉSEAU JOHNY AU GUILVINEC

Le 26 juillet 1940, à leur première liaison entre l’Angleterre et la France occupée, les quatre Guilvinistes volontaires pour des missions de renseignements sous la direction d’Hubert  Moreau, accostèrent tout naturellement au Guilvinec (bulletin n°2). lls trouvèrent de l’aide chez le mécanicien de moteurs marins, Yves Frélaud, et auprès de I’Administrateur de  l’lnscription Maritime, Quebriac. Tout un réseau d’amis, de personnes sûres, d’agents et d’informateurs était à créer.

Après leur équipée de Quiberon et la perte de leur bateau, ils trouvèrent pour un temps une cachette chez Jean Lavalou.

JeanLavalouJean Lavalou, pharmacien au Guilvinec, avait manifesté très tôt son esprit de résistance à l’occupant. Mobilisé et fait prisonnier, il s’évada de la caserne de Vannes et conduisit vers Lorient des jeunes gens qui désiraient rallier I’Angleterre. Madame Lavalou elle-même montra ouvertement ses sentiments anti-allemands en reconduisant le Maire du Guilvinec qui voulait réquisitionner chez elle deux chambres pour officiers. Elle refusa tout net, alléguant du fait que son frère venait d’être tué sur le front par les amis de ces messieurs.

Au mois de novembre 1940, la pharmacie de la rue de la Marine accueillit une douzaine de jeunes gens volontaires pour la « France Libre » et deux soldats anglais rescapés de Dunkerque. Comment tout ce monde avait-il abouti chez  Jean Lavalou ? Par le « bouche à oreille »; se présentant au comptoir de Madame Lavalou, les candidats au départ devaient donner le mot de passe, « Je voudrais acheter des bandages herniaires », pour être introduits dans le salon d’essayage. Maryvonne Lavalou, la petite fille de 10 ans était déjà dans le secret. Elle se souvient d’une tablée d’une douzaine de jeunes gens de la ville habillés en marins, prêts à I’embarquement. Parmi eux, Jacques Andrieux, pilote, futur officier du groupe Alsace et Jean Leroux de Lanmeur, ville d’ou était originaire le pharmacien qui l‘avait prévenu de I’imminence d’un départ. La tentative fut ratée en raison de la surveillance  exercée par les allemands et les difficultés à trouver un patron de malamock consentant. Tous alors préfèrent rejoindre Douarnenez puis Camaret où ils dénichèrent le langoustier « L’Émigrant »  transformé pour I’expédition et dont l’équipage n’était autre que le groupe guilviniste de Marcel Guénolé.

Jean Le Roux en arrivant en Angleterre se donna le nom de JOHNY.  D’autres volontaires vinrent au Guilvinec comme ces deux étudiants en médecine qui séjournèrent un mois dans la pharmacie sans éveiller de soupçons dans le voisinage.

Mais le 5 janvier 1941 la tentative de départ des gars de Léchiagat sur le « Charley » et leur interception par des patrouilleurs allemands, renforcèrent la surveillance et entraînèrent même I’interdiction de la pêche jusqu’à nouvel ordre.

En Angleterre, Jean Le Roux et Daniel Lomenech furent sollicités pour créer un réseau de renseignements avec émetteurs-radio dans la France occupée. Et les voilà, à la mi-mars, retrouvant les côtes du Nord-Finistère avec deux postes émetteurs, conduits à nouveau par « l’Émigrant » et son équipage guilviniste. Parvenu difficilement à Quimper avec son matériel, Johny envoya son premier message, de I’appartement de Madame Bounoure, vers la « France Libre » le 27 mars 1941.

Tout naturellement Jean Le Roux étendit la trame de son réseau vers le pays bigouden et les amis qu’il y connaissait comme Jean Lavalou, Yves Frelaud, le capitaine Dréau de Lesconil qui fit le relevé des fortifications allemandes du secteur du Guilvinec accompagné du garde-pêche Giraud, Henri Péron, le pharmacien de Penmarc’h, Jacques Scuiller le patron-pêcheur du « Vincent-Michelle » qui assurera des liaisons avec un sous- marin anglais.

Jean Lavalou se dépensa beaucoup, passant beaucoup de temps hors de sa pharmacie visitant aérodromes et ports. Alors que les services goniométriques se renforçaient, il contacta un confrère brestois qu’il chargea de découvrir un endroit tranquille pour émettre vers I’Angleterre, comme il recruta un radio à Carhaix pour déplacer prudemment le premier centre d’émission.

A Paris, par son intermédiaire, le réseau JOHNY créa un centre d’informations avec I’aide du directeur du laboratoire de la ville.

Yves Frelaud aimait s’afficher avec les allemands pour donner le change. Il fut chargé de réparer I’un des postes-émetteurs tombé en panne et le fit ramener à Quimper par son convoyeur…dans  I’automobile d’un officier de la G.A.S.T. Hélas, le radio brestois fut arrêté par la police française à la suite de la curiosité des employées de I’hôtel d’où il émettait et de sa dénonciation… Un papier portant le nom de Jean Lavalou, trouvé dans sa chambre, déclencha des recherches, d’abord vers Lanmeur puis vers Le Guilvinec. Entre temps, le radio, mal surveillé dans les locaux de la police, sauta du premier étage et fit prévenir le pharmacien qui prit le large.

Les feldgendarmes précédés du garde-champêtre frappèrent à son domicile. lls arrêtèrent le même jour, dans la même petite rue, Henri Le Goff du réseau Johny. Après une nuit à la Kommandantur, tous deux furent transportés directement vers la prison d’Angers ce qui signifiait leur prise en charge par I’Abwehr ou service de contre-espionnage de la  Wehrmacht. Malgré ces coïncidences aucun rapport ne fut établi entre les activités des deux hommes.

LouisBerrouNéanmoins, les faits reprochés à Louis Berrou l’entraînèrent dans un engrenage diabolique par suite de l’application à son cas du décret « Nach und Nebel » (Nuit et Brouillard) du 7 Décembre 1941. Pris sous le coup de ce décret, les inculpés qui portaient atteinte d’une manière ou d’une autre à I’armée allemande étaient transférés en Allemagne pour y être jugés par le tribunal du peuple. Ils devaient être considérés comme disparus aux yeux de leurs proches qui ne pourraient recevoir de leurs nouvelles jusque la fin de la guerre. lls disparaîtraient ainsi « dans la nuit et le brouillard » selon I’expression d’Hitler lui-même qui espérait un effet dissuasif parmi la population. L’expression NN qui aurait pu caractériser toute la déportation et son horreur, ne fut appliquée en fait qu’à un petit nombre de déportés soumis à cette procédure spéciale. Avoir privé les déportés de correspondance avec leurs proches semble aller de soi. Pourtant toutes les familles des autres déportés guilvinistes, Henri Le Goff, Raymond Le Corre, Marcel Guénolé, Yves Frelaud, Jean Le Brun et Arsène Coic de Léchiagat, résistants notoires ont, aussi étonnant que ça puisse paraître, reçu des lettres parfois assez longues des camps. Les déportés ont reçu du courrier en retour et parfois des colis. Cela avant le débarquement du 6 Juin 44.

Les familles d’Arsène Coic, d’Henri Le Goff savaient que leurs fils étaient à Buchenwald-Weimar sans soupçonner évidemment que c’était un camp de concentration et encore moins un camp de la mort. La preuve de cette affirmation surprenante nous vient du témoignage d’Eugène Jolivet, Guilviniste de Lostendro. Etudiant en agronomie en 1943 à Paris, il s’était réfugié au Guilvinec pour fuir le S.T.O. Eugène traduisait les lettres écrites en allemand provenant des déportés et rédigeait pour les familles les réponses, obligatoirement dans la même langue ( la dernière lettre pour Y.Frelaud, revint avec la mention : inconnu. ll n’eut pas de lettre à traduire pour Louis Berrou car sa famille ignorait totalement sa destination depuis son départ d’Angers.

« Parias parmi les parias », les déportés N.N. devaient rester dans le secret le plus total. Mais concernant Louis Berrou l’application de la procédure connut un jour une faille. Une lettre à l’effigie d’Hitler parvint au début de 1944 à sa fille. Elle provenait d’un prisonnier de guerre français, qui malgré les gardiens, l’avait contacté dans une usine de Breslau où les déportés N.N. travaillaient en attente de leur jugement. Nous avons retrouvé après plus de 50 ans, les traces du passage de Louis Berrou au camp d’Hinzert, un petit camp spécial N.N. où les nombreux S.S. s’entraînaient au métier de garde-chiourme. Ses compagnons I’appelaient « le pêcheur du Guilvinec ».
Nous avons pu nous entretenir avec quelques uns d’entre eux : Marcel Martin et l’abbé Joseph de la Martinière qui firent avec Louis le trajet de Paris au camp dans le même compartiment non plombé. L’abbé, auteur de plusieurs livres sur la déportation cite le cas du « pêcheur du Guilvinec » soupçonné « d’appartenir à une organisation de passage en Angleterre »; Pierre Tourneux un gars de Besançon, professeur à Quimper en 1940, qui vint au Guilvinec chez le pharmacien Lavalou pour tenter de rejoindre les F.F.L. avant d’être arrêté; Jean Granja qui confiait à Louis des grains de blé pour qu’il les cuise dans I’atelier de menuiserie où il travaillait (du blé glané dans les champs au profit des paysans d’alentour qu’il volait);  Paul Thueux de Perros avec lequel il échangea ses socques qu’il ramena usés jusqu’au cuir après la marche de la mort de Sachsenhausen.

archiveHinzertAprès 3 mois à Hinzert ce furent les dures prisons de Witlich près de Cologne, Wohlau et Breslau où après une parodie de justice, « le tribunal du peuple » décida son transfert au camp de Sachsenhausen où il mourut le 10 Octobre 1944 selon le service international de recherches. Mais d’après une autre thèse, on I’aurait aperçu plus tard dans un convoi en marche vers Buchenwald.

TRAFIC D’ARMES A LECHIAGAT en 1942

Ce fait de Résistance exceptionnel pour l’époque a été relaté dans de nombreux ouvrages (Clandestins de l’lroise…) et de journaux (Travailleur Bigouden…) auxquels on peut se référer.

Un trafic d’armes venues d’Angleterre par containers, réceptionnées le 6 Août 42 par le langoustier « L’Audacieux » et mouillées aux Glénan, déclencha une répression immédiate avec perquisitions, fouilles, arrestations et dislocation du noyau de Résistance communiste de Léchiagat.  Les armes arrivèrent au port le 15 Août, mais une lettre du 14 placée sous le sceau du secret transmise par le commissaire Soutif des R.G. au Préfet, d’après un renseignement de la police allemande du 12 Août, préparait déjà un coup de filet dans les milieux communistes de Léchiagat. (archives des renseignements généraux).
Le rapport Soutif  (L’intégralité de ce rapport ainsi que les suites qui en résultèrent figure par ailleurs dans le site)

« Le chef de poste de douane allemand de Léchiagat a reçu d’un informateur une déclaration aux termes de laquelle il existerait à Léchiagat un « Centre de Résistance » composé  d’individus ayant appartenu au parti communiste ou ayant des sympathies pour le communisme ou le gaullisme. Ces derniers auraient constitué un dépôt d’armes parmi lesquelles se trouveraient une mitrailleuse et des munitions. Des réunions auraient lieu, des tracts seraient confectionnés et distribués. Voici la liste des personnes soupçonnées d’appartenir à cette organisation : Larnicol Jean Désiré, ex-maire de Treffiagat, Hénot (sans désignation de prénom) maçon, Le Coz Jean, menuisier, Quiniou Louis (?) marin-pêcheur, Bolloré, Larnicol Pierre Jean, tailleur, Le Goff, instituteur.
Les réunions auraient lieu chez Le Coz, Larnicol, les soeurs Charlot (café de la Pointe) ou chez une veuve Cossec tenancière d’un magasin de chaussures. Parmi ces personnes, trois (les deux Larnicol et Le Coz) sont connues comme ayant appartenu au parti communiste.
ll a été convenu entre le chef de service allemand et moi-même que je procéderai à une enquête préliminaire et qu’ensuite, des perquisitions seraient faites à Léchiagat par les polices allemande et française travaillant conjointement. Le concours de la gendarmerie devra être sollicité… « .

Une autre lettre de la même date signée du chef de l’aussenKommando Hoth fait état de deux correspondants dont le garde-champêtre et signale un plan sur lequel sont repérées les habitations des personnes soupçonnées.

Ce document authentique révèle entre autres – si ce n’était déjà prouvé – la collaboration de I’Etat français avec les Allemands par I’utilisation de sa police dans la répression contre la Résistance, et dans la surveillance particulièrement minutieuse des habitants de Léchiagat.

Un nid de Résistance à Léchiagat

Treffiagat, Le Guilvinec et Concarneau furent en 1935 les seules municipalités communistes de toute la Bretagne. A la suite du pacte germano-soviétique, le gouvernement français décida en 1939 la suppression du parti communiste et plus tard la dissolution de toutes les municipalités dirigées par le P.C.

Au Guilvinec Marc Scouamec et les 16 conseillers furent remplacés par une délégation spéciale dirigée par M. Pérodeau puis sous l’occupation par Mr Le Nivez officier de marine en retraite.

A Treffiagat, Jean Désiré Larnicol démissionné fut supplanté par M. Gouzien, premier-maître de la marine en retraite. Quoi de plus facile alors pour les polices française et allemande, sachant que partout le parti se reconstituait dans la clandestinité, de surveiller particulièrement les « individus » déjà fichés aux R.G. ainsi que les sympathisants, dans les agglomérations où tout le monde se connaissait.

JeanDésiréLarnicol
Jean Désiré Larnicol

En 1941, Jean Le Coz de retour de la guerre participa avec Jean Désiré Larnicol à la timide reconstitution d’une cellule à Léchiagat en relation avec Alain Signor, et déjà les R.G. soupçonneux vinrent interroger I’ancien maire sur ses activités. Etape suivante, au cours de l’hiver 41, Robert Ballenger du Comité Central séjourna huit jours chez Jean Désiré et se promena sur le port en sa compagnie : cela ne passa pas inaperçu.

L’Humanité clandestine commença à circuler parmi les sympathisants. Jean Le Coz disposait d’une ronéo cachée à Léhan dans l’étable de ses parents. Aidé de sa soeur, Mme Hénot, il tira des tracts anti-allemands qui furent distribués dans les communes voisines. Albert Hénot, le jeune neveu de 12 ans était déjà dans le secret. Puis des paquets de tracts venus de Pont-l’Abbé transitèrent par la famille Hénot avant d’aboutir chez Arsène Coïc, cordonnier de Léchiagat qui réunissait chez lui les jeunes communistes d’avant- guerre. Parmi eux, Rodolphe Péron, Jean Larnicol, se chargeaient de les distribuer poussant même I’audace jusqu’à en jeter dans la cour du bâtiment qui abritait la GAST .

En 1942, les liaisons établies avec les cellules de Lesconil, de Pont-L’Abbé, etc… renforcèrent l’organisation clandestine. La création à l’échelon national des F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans), favorables à une action immédiate (sabotages, attentats) nécessitait la possession d’armes. Queinnec, le chef du secteur cornouaillais réussit à se mettre en relation avec les Anglais qui acceptèrent de leur en livrer. Un rendez-vous avec un sous-marin au large des côtes fut envisagé. Restait à trouver un bateau chargé de prendre livraison de la  marchandise et surtout un patron qui ne manquait pas d’audace.

Transbordements dangereux

Le patron du langoustier de Léchiagat « L’Audacieux », Michel Bolloré, déjà membre du PC, accepta malgré les risques énormes encourus. Son équipage comprenait par ailleurs quelques sympathisants communistes comme Bastien Coïc  ce qui pouvait lui faciliter la tâche. Après deux rendez-vous manqués, celui du 6 août 1942 fut le bon. Mais au lieu du sous-marin attendu, Oh! surprise, l’équipage vit arriver le « Mouscoul », malamock guilviniste évadé du port en Juin 40 avec les volontaires de la « France Libre ». Daniel Lomenech du réseau Johny qui fut par ailleurs I’ancien chef des traversées clandestines accomplies par Raymond Le Corre, etc…, commandait I’expédition.

Tout ne fut pas aisé car des membres de l’équipage de l’Audacieux non prévenus se trouvaient malgré eux impliqués dans une affaire très grave. Dans les conteners, des mitraillettes, des révolvers, des explosifs. Voilà bien une première livraison d’armes réussie entre les gaullistes de Londres et les communistes de la France occupée. Pour ne pas courir trop de risques en rentrant au port,  L’Audacieux préféra mouiller les conteners dans les parages des Glénan où ils seraient récupérés plus tard. Le plus difficile restait donc à faire. Le 14 août Jean Baudry et Guillaume Bodéré prirent la mer à bord de leur petit canot « Entre Nous  » et, tout en faisant mine de relever leurs casiers, repêchèrent une partie des armes. Deux autres canots de Lesconil devaient se charger du este. Qu’on imagine la suite, le risque inouï pris par les deux pêcheurs en rentrant au port du Guilvinec en plein jour. sachant que la douane allemande fouillerait partout et sans doute découvrirait parmi les casiers, 7 conteners de plus de 50 kg chacun « made in Great Britain ». Sans compter la perspicacité du « boche du » de la Kriegsmarine… La désinvolture apparente de Guillaume Bodéré qui monta prestement à l’échelle du môle pour faire vérifier les papiers du bord à la guérite de la GAST sauva la situation. L’allemand qui avait déjà amorcé sa descente vers le canot remonta et oublia la fouille! Ouf!

GuillaumeBodéré
Guillaume Bodéré

« L’Entre Nous » rejoignit le fond du fond du port et le lendemain, devant les promeneurs du dimanche, 350 kg furent chargés sur la charrette à cheval de « Youenn Kéristin » et recouverts de casiers. Scène tout à fait inhabituelle dans le port ! La cargaison fut d’abord entreposée dans le hangar de Jean Le Coz puis transférée le lendemain chez Guillaume Bodéré à  Tréffiagat. Le 19 Août, les commanditaires de Concarneau étaient à pied d’oeuvre, tôt le matin pour en prendre livraison puis ils passèrent à la carrière du « Piker men » Vincent Larnicol de Lesconil où les conteners des 2 autres canots avaient abouti. Le 19 Août ce fut aussi le jour choisi pour la perquisition prévue par les polices allemande et française chez les communistes de Léchiagat.

Perquisitions, arrestations

Bien préparées à I’aide du plan de Léchiagat annoté, les perquisitions eurent lieu  simultanément en 5 points différents. Les armes étant en lieu sûr, restait la possibilité qu’on découvre chez les résistants des tracts ou des révolvers prélevés dans les conteners.

A 7 h du matin la police frappa à la porte des suspects. Chez Jean Désiré elle ne trouva rien; cinq révolvers étaient pourtant cachés dans le fond du jardin; I’interrogatoire soutenu qu’il subit ne fut guère plus positif !  Chez Laurent Hénot, un paquet de tracts traînait sur la table quand des coups répétés sur la porte résonnèrent. Mme Hénot eut la présence d’esprit de les jeter dans le jardin parmi les oignons avant d’ouvrir. La maison fut mise à sac; un révolver dans un chiffon était posé sur le rebord d’une fenêtre mais passa inaperçu. Laurent Hénot, s’éclipsa entre-temps. Son fils Albert fut contraint de partir à sa recherche et de le ramener d’urgence. ll le trouva à Plobannalec d’où il était originaire mais bien évidemment Laurent ne rentra pas. Au contraire le lendemain, à un lieu de rendez- vous fixé entre eux, Albert apporta à son père des provisions et des affaires. Laurent Hénot entra ainsi dans la clandestinité pour deux ans. C’est à Saint-Evarzec qu’il se réfugia, devenant ouvrier meunier. Au bout de quelques mois il crut s’être fait oublié et commit I’imprudence de revenir. La Gestapo faillit le cueillir chez lui, mais il put se cacher sur le toit de sa maison. Les perquisitions ne donnèrent rien chez Jean Le Coz, Jos Quiniou, Michel Le Goff mais les suspects étaient prévenus.

Guillaume Bodéré et Jean Baudry, dans un premier temps ne furent pas inquiétés.

Ils étaient inconnus des services de police, non fichés aux R.G. Un mois plus tard, de nouvelles perquisitions et arrestations furent à nouveau opérées à Léchiagat. Un résistant de Concarneau venu prendre les conteners avait parlé sous la torture. Guillaume réussit à se cacher mais les Allemands arrêtèrent son épouse qui séjourna en prison pendant 2 ans. Guillaume était désormais un homme traqué, vivant de cache en cache avec de faux-papiers. Ceux-ci furent obtenus par Albert Hénot au nom de Le Fur à la mairie de Plobannalec et livrés dans sa planque de Plomeur.

Jean Baudry, qu’il fut impossible de prévenir, fut cueilli à son retour de mer et emprisonné à Fresnes. Le 5 Avril 1944 il fut fusillé au Mont Valérien. Nous extrayons de sa dernière lettre ces quelques mots

« Je vous dis chères femme et enfant, je vais mourir en pensant à vous. Je te dis aussi d’avoir bon courage afin d’élever notre petite Michèle ».

Jean Désiré Larnicol réussit à s’enfuir avant I’arrivée de la police et se réfugia dans la région parisienne. Jean Le Coz ne rentra plus chez lui, se cachant chez son beau-frère Xavier Cossec. C’est pourtant là que les gendarmes du Guilvinec l’arrêtèrent, à la suite d’une indication malencontreusement donnée par son épouse; non sans s’être rebellé et bagarré contre la force publique mais celle-ci fut la plus forte. Les gendarmes oublièrent la rébellion pour ne pas aggraver son cas. En même temps, Marc Scouarnec fut épinglé. Tous deux ne furent pas livrés aux Allemands mais conduits à la prison de Mesgloaguen avant de partir au camp de Voves où des gendarmes français les surveillèrent.

Une proposition de libération leur fut offerte à condition de signer un certificat d’allégeance au Maréchal, et de collaborer à l’ordre nouveau. Tous deux refusèrent. Marc Scouarnec restera interné jusqu’en août 44 tandis que Jean Le Coz et ses  compagnons de baraque réussiront à s’évader et à rejoindre la Résistance locale, après avoir creusé un tunnel de 150 mètres sous les barbelés-! lnouï!

Devant cette vague d’arrestations, Michel  Bolloré, S. Coïc de « L’.Audacieux » se sentirent en danger. lls pouvaient être « arraisonnés » eux-aussi à leur retour de pêche. lls décidèrent avec le reste de l’équipage dont Sébastien Larnicol et son père de gagner I’Angleterre.

Arsène Coïc, responsable des jeunes résistants était lui aussi dans le collimateur de la police. ll se savait surveillé puisque le garde-champêtre vint plusieurs fois chez lui s’assurer de sa présence à la maison. Le 13 Octobre 1942 il fut arrêté par un civil et un gendarme. Déporté à Buchenwald il put y exercer son métier de cordonnier ce qui lui sauva la vie.

«  Ami ,si tu tombes.. un ami  prend ta place…. »

Michel Le Goff, jeune instituteur poursuivit  l’action entreprise par les vieux militants. Les FTP  redémarrèrent progressivement à Léchiagat. lls furent environ une vingtaine dont Lucien et Georges Pochat, René Credou, Lucien Quideau, etc. distribuant les tracts la nuit, déchirant les affiches allemandes ou vichyssoises et bientôt marquant les murs du V de la victoire. Les armes manquaient cruellement. Mais qu’étaient devenues celles des conteners ? Les liaisons furent surtout rétablies avec les résistants de Lesconil, mission dont se chargea plusieurs fois Albert Pochat et parfois une jeune fille, C. Paubert. Albert Hénot, le futur maire de Treffiagat accomplit ainsi des actes de résistance à un âge ou ses camarades jouaient encore aux gendarmes et aux voleurs, en culotte courte. Même s’il était fort pour son âge cela devait être un cas exceptionnel.

RÉSISTANCE COMMUNISTE AU GUILVINEC

Marc Scouarnec l’ex-maire arrêté, les anciens conseillers Cariou et Maréchal réfugiés dans le Sud-Ouest, des jeunes prirent le relais, mais en application de la règle du triangle, ils ne connaissaient pas les résistants de Léchiagat. La responsabilité principale incombait  désormais à Pierre Cossec, comptable à l’usine Coop, à Yvon Morvan, François Tanneau, Basile Larzul encore étudiant, non fichés aux R.G. Leur objectif premier fut de reconstituer la cellule clandestine, les actions « armées » proprement dites étant du ressort des F.T.P., commandés par Pierre Tanneau, futur patron du « Franc-Tireur ».

Comme chez les FFI le premier noyau fut constitué de jeunes gens ayant déjà accompli leur service militaire, d’anciens prisonniers libérés comme V. Le Goff, des sous-officiers de réserve, comme Bi. Loussouarn. Pierre Cossec organisa la diffusion de tracts anti-allemands avec la participation de femmes comme Mme Scouarnec. Un relevé des positions militaires allemandes du secteur de la grève blanche fut transmis à Pont-L’Abbé .En mai 44 le groupe dénonça par des tracts diffusés lors d’un grand match de football local, l’assassinat de résistants à Poulguen.

Jean LE BRUN radio en liaison avec Londres

JeanLeBrunLe futur maire du Guilvinec de 1965 à 1983 communiqua avec Londres pendant l’occupation à la barbe des Allemands, avant d’être arrêté et déporté à Buchenwald.

Ayant reçu une formation de radio à l’abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne sur les grands chalutiers. Membre du PC boulonnais, il navigua par la suite en 1937-38 pour le compte d’une compagnie maritime « France-Navigation »  qui participa au trafic clandestin d’armes et de vivres en faveur des républicains espagnols en lutte contre Franco. Ayant fondé une famille à Boulogne, Jean la conduisit au Guilvinec au moment du déclenchement de la guerre et seul repartit sur les chalutiers du nord. A la débâcle de 1940 il revint en Bretagne mais selon les ordres qu’il reçut, au lieu de prendre contact avec le PC clandestin du Guilvinec il ne se manifesta pas. Il n’était donc pas surveillé. Quand le comité central réorganisa son réseau de radios décimé par la Gestapo, il se tourna vers les officiers-radios de « France-Navigation » et contacta secrètement Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Des voyageurs insoupçonnables ! Jean reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poisson auprès des mareyeurs. ll menait une  vie de père tranquille tout en communiquant avec l’ambassade soviétique à Londres , transmettant des messages secrets dont il ne  connaissait pas toujours le contenu. Le poste émetteur était caché dans la cheminée après chaque émission. Jean Le Brun appartenait ainsi au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. ll recevait des renseignements du service de sécurité du PC  et des F.T.P. ll lui arriva de transmettre des messages pour le célèbre réseau de « L’Orchestre Rouge » qui communiqua via Le Guilvinec avec Staline désireux de connaître la situation à l’Ouest et I’importance de la Résistance. Hélas les services goniométriques repérèrent les émissions venant du Guilvinec. Un jour de janvier 43, les voisins virent arriver une traction avant noire rue de la Palue. Trois agents de la gestapo cueillirent Jean Le Brun chez lui et I’emmenèrent avec son baluchon. Les Allemands ne découvrirent  pas  le poste émetteur et ne soupçonnèrent pas I’importance de la prise. ll semblerait même qu’il ait été condamné comme droit commun, et non comme politique ou résistant. Après quelques mois dans les prisons françaises, il fut déporté à Buchenwald. Dans ce camp dont la direction était aux mains des communistes, Jean retrouva des amis comme Marcel Paul. Il fut affecté au petit camp où l’on accomplissait les travaux d’entretien. ll lui arriva de voir Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Raymond Le Corre qui travaillaient dans une usine proche de Weimar. Pour rejoindre ce Kommando, ils devaient marcher sur 1 km en habit rayé encadré par les SS et les chiens au vu de toute la population environnante. Raymond Le Corre lui avait semblé déjà affecté par les sévices et les privations. Proche de la direction du PC clandestin de Buchenwald, Jean Le Brun participa à la résistance intérieure du camp qui se libéra lui-même avant l’arrivée des Américains.

LE MOUVEMENT DE LIBÉRATION-NORD 

Parallèlement aux réseaux spécialisés dans le renseignement ou l’évasion, les mouvements de Résistance ratissaient plus large et préparaient l’après-vichysme. Parmi eux, « Libé-Nord » issu des milieux syndicaux et de la S.F.I.O. et dirigé par C. Pineau, s’implanta au Guilvinec-Léchiagat. Son but était de constituer une organisation et une « armée secrète », prêtes à agir au moment propice. Cette position plutôt « attentiste » différait de celle des F.T.P. plus impatients et plus poussés à I’action immédiate. Selon les instances de la direction, une attaque prématurée pouvait mettre le pays à feu et à sang. De Gaulle lui-même avait conseillé de ne pas s’attaquer aux Allemands pour éviter les représailles.

Dès 1941, au retour de la bataille de France où il perdit une jambe, Pierre Sanquer, le directeur de l’école des garçons de Léchiagat, prit courageusement l’initiative de créer une section de « Libé-Nord » et se chargea de recruter des hommes sûrs conjointement avec Mr Kervévan, gérant de I’usine Coop du Guilvinec. Pour constituer le noyau de « l’armée secrète », le mouvement devait faire appel à des officiers et sous officiers d’active ou de réserve chargés d’encadrer des jeunes au moment voulu mais dont la fidélité au Maréchal n’était pas affirmée, ce qui somme toute n’était pas facile à trouver.

LiliLeDrezenC’est ainsi que P. Sanquer contacta le lieutenant de réserve Lili Le Drézen de Léchiagat revenu de captivité. lngénieur des Arts et Métiers de l’école nationale d’Angers, il avait fondé la fabrique de filets de pêche qui porte son nom. Mobilisé en 1939, il se distingua aux avant-postes de la Sarre « donnant l’exemple dans les missions dangereuses qui lui furent assignées », ce qui lui valut la Croix de Guerre et une citation à l’ordre du régiment. Cet officier « plein d’allant, conduisant sa section avec fermeté et entrain » était pour Sanquer I’homme de la situation. Fait prisonnier à Saint-Mihiel et maintenu en camp en France-, son épouse réussit avec l’aide de I’administration communale et maritime à le faire libérer, arguant du fait que sa présence était indispensable pour faire marcher I’usine et permettre aux marins de ravitailler la population. Libéré en 1941 , il eut des contacts avec le capitaine Dréau, une figure bien connue de la Résistance et reçut chez lui Lomenech du réseau Johny qui cherchait un embarquement pour I’Angleterre. « Connaissant ses qualités de patriote » dira P.Sanquer à ses obsèques en 1945,  « un soir d’hiver 42, je frappai à sa porte, il s’agissait de mettre sur pied un groupe de Résistance prêt à suivre les mots d’ordre de Pont-L’Abbé ou de Quimper. « J’accepte » dit-il sans la moindre hésitation .Les adhérents du mouvement se recrutèrent dans un premier temps de proche en proche parmi les amis comme Jean Nadan, J. Mahé sous-lieutenant de réserve, lui aussi libéré, Jos Nadan , les jeunes instituteurs, Pierre Le Ster, Corentin Lagadic, Eugène Dilosquer, Henri Mauguen professeur au C.C., Marcel Joliff lieutenant revenu de captivité en 1943. Le groupe pouvait tenir ses réunions à l’école des garçons sans éveiller de soupçons. ll se renforça par des officiers-mariniers en retraite ou en disponibilité: Jean Le Brun (homonyme de J.Le Brun , futur maire de Guilvinec), Achille Bodéré, G. Le Roux et le gendarme maritime Robert Audren et les marins pêcheurs au service militaire accompli (Henri Le Cléach, Marcel Garo…), des militants chrétiens comme Pierre Berrou et dans les derniers mois de I’occupation des jeunes étudiants (Noël Stéphan …) Leurs activités se limitèrent aux liaisons et aux renseignements sur I’armée  allemande transmis vers Pont L’Abbé. Cette situation « attentiste » n’était pas sans danger car elle imposait quand- même réunions, contacts, recherche d’armes… Les Allemands savaient qu’il y avait une Résistance au Guilvinec. Henri Mauguen, plusieurs fois recherché ne dut son salut, lors d’une perquisition à son domicile qu’en se cachant sur le toit de la maison de Mme Hénot où il logeait, là où Laurent Hénot s’était déjà planqué. Pour ne pas multiplier les risques d’indiscrétion dans une ville infestée d’Allemands, les tout jeunes gens qui allaient plus tard constituer le gros des forces du mouvement, ne furent pas encore recrutés. ll n’y avait pas d’armes à leur donner, pas de maquis à leur proposer.

LE MAQUIS DE MEIL CORROAC’H

Comme un peu partout en Bretagne après le débarquement, un maquis FTP se forma plus ou moins spontanément dans la campagne de Meil-Corroac’h près de la ferme de la famille Quillec. C’eût été d’ailleurs folie de les voir se constituer plus tôt en Cornouaille dans une région sans montagne ni forêt. Après les rafles opérées au Guilvinec et Léchiagat en juin 44, plusieurs F.T.P. considérés comme « terroristes » ne se sentaient plus en sécurité. Pierre Tanneau dormait dans la cabane d’une carrière de Tréméoc et travaillait le jour dans la ferme voisine. Plusieurs fois les Allemands virent le chercher à son domicile. Le groupe de Léchiagat séjournait près de l’étang de Corroac’h tout en faisant quelques retours deux par deux dans leur port d’origine, au risque  d’être interceptés. La mobilité étant essentielle au maquis, ils changaient souvent de place pour la nuit. Bien reçus dans les fermes malgré les risques qu’ils faisaient prendre à leurs hôtes, ils travaillaient parfois aux champs. lls étaient environ une vingtaine, la plupart recrutés à Léchiagat par l’instituteur Durand: un engagement qui pour certains remontait à 1942 : Rodolphe Péron connu des services de police allemande, Jean Larnicol, Georges Adam et épisodiquement, Etienne Nédélec, Guillaume Le Brun, Marcelin Le Rhun, Albert Larzul, Christian Thomas, Corentin Rolland.

Venaient s’y ajouter les Guilvinistes  lsaac Stéphan « l’infirmier », Louis Coupa et Henri Cloarec libéré de la prison de St Charles somme toute bien courageux. En outre, plusieurs Pont- L’Abbistes, deux « étrangers » Alex de Guiscriff et Jean Marie de Scaêr leur chef et deux Russes déserteurs. Ces « maquisards » reproduisaient des tracts anti-allemands ou contre le marché noir qu’ils affichaient aux portes de mairies environnantes. Le temps se passait à aider les paysans mais aussi à surveiller la départementale voisine et les allées et venues des  Allemands. Ils possédaient peu d’armes, quelques grenades, quelques révolvers provenant des conteners de Léchiagat. Une sortie imprudente de quatre d’entre eux aboutit à une halte au bistrot de « l’Avantage » de Plomelin. Tout à coup le patron les prévint que trois feldgendarmes venaient de stopper devant la maison et descendaient rapidement de leur voiture. Jean Marie bondit aussitôt par la fenêtre, Georges Adam qui portait sur lui un revolver le jeta dans un placard en cas de fouille. Les feldgendarrnes qui s’étaient simplement arrêtés pour consommer virent le geste et firent une fouille en règle; « Français grosse artillerie » dit l’un d’eux en ceinturant Georges Adam. Ce dernier et Alex furent conduits à Quimper et l’on ne les revit plus. Georges Adam partira en déportation dans le dernier convoi. Il semblerait qu’Arsène Coïc l’ait aperçu à Buchenwald. Le 4ème F.T.P. Rodolphe Péron, mêlé aux autres consommateurs, fut fouillé, interrogé, mais relâché ! Cela ne brisa pas l’ardeur des  maquisards qui malgré les risques ne se dispersèrent pas dans la nature. Le maquis se modernisa puisqu’un « téléphone volant » fut installé directement sur la ligne qui longeait la voie de chemin de fer. Des nouvelles, des ordres pouvaient être ainsi reçus de Pont-L’Abbé. « L’Etat-major » de la Résistance pont-l’abbiste prévint le groupe que les Allemands se préparaient à quitter la ville et qu’un convoi de munitions et de troupes devait se diriger vers Quimper. L’ordre d’insurrection générale en Bretagne ayant été donné par la BBC (« le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros?« ) pour faciliter I’arrivée des Américains et empêcher le regroupement de l’ennemi, le maquis de Corroac’h pouvait agir et participer à l’hallali en attaquant le convoi en rase campagne.

Dans la nuit du 4 au 5 août, une embuscade fut tendue près du virage sud de l’étang. Les F.T.P. ne disposaient que de 3 fusils, de quelques révolvers mais possédaient de nombreuses grenades provenant de Pont-L’Abbé. Ne connaissant pas I’heure du passage, le groupe se sépara  en deux. La première moitié attendit. Un convoi de 7 camions bourrés d’Allemands précédé  d’un side-car se présenta à 1 heure du matin dans le secteur choisi. Les grenades plurent sur les premiers véhicules qui stoppèrent. Mr Quillec fit même le coup de feu. Les Allemands aussitôt mirent une mitrailleuse en batterie ce qui obligea les assaillants à se replier. Pas question de les poursuivre dans la nuit; le convoi préféra rebrousser chemin, passa le bac à Sainte-Marine, mais fut de nouveau attaqué à Bénodet. Le lendemain du sang noir sur la route montrait que les fuyards avaient subi des pertes. Chez les F.T.P., un blessé. Une plaque a été récemment apposée à Corroac’h pour rappeler ce fait d’armes de la Résistance.

LE DÉPART DES ALLEMANDS

Fin juillet 1944, les troupes américaines pouvaient foncer vers la Bretagne où se trouvaient encore des divisions entières principalement près des ports. L’armée allemande se voyait contrainte d’abandonner ses points d’appui secondaires comme les petits ports bigoudens et de procéder a des regroupements pour protéger Brest et Lorient,objectifs du Général Patton. A la Kommandantur du Guilvinec on s’affaira en préparatifs de départ. Camions des usines, bicyclettes, chevaux furent réquisitionnés. A Kervennec  les paysans cachèrent leurs meilleurs chevaux dans le bocage. Le départ se fit en plusieurs vagues créant dans la population une psychose de retour. Ceux de Men Meur dont la plupart avaient séjourné près de 4 ans au Guilvinec loin de tout front dangereux firent leurs adieux à la population proche de la Kommandantur qu’ils avaient côtoyée cordialement. (N’avait-on pas vu I’un d’eux arrivé caporal-chef en 40 au dépôt de camions K.F.Z. devant la dune et devenu adjudant-chef sans avoir quitté Le Guilvinec.)

Certains pleurèrent presque et confièrent leurs angoisses aux vieilles bigoudennes dans leur jargon allemand-français-breton: « Auf viedersehen, Madame Kozh, nous partir, nous tous Kaputt, Menez- hom » ou encore « grosmutter, nous tous tués« . Ils leur conseillèrent de se méfier des Russes qui devaient les remplacer pendant quelque temps.

Le 3 août des Russes fouillèrent la campagne mais ne trouvèrent que Kerdranvat à Kervennec et à Prat-an-llis, Michel Guirriec et son père qui se virent contraints de les suivre avec charrette et tombereau. A la Kommandantur, ils chargèrent munitions, bagages, matériel et même un canon anti-char. Ce soir-là la population vit d’abord partir les charrettes précédées d’un motocycliste, la mitraillette sur la poitrine. Michel Guirriec qui n’avait alors que 17 ans accomplira un périple de 10 jours autour du Menez-Hom avant de retrouver sans encombre Le Guilvinec libéré. Acte de résistance de sa part, le tout jeune soldat d’origine alsacienne qui I’accompagnait le fusil sur les genoux se mit à somnoler dans les cahots de la charrette. Le fusil menaçait de tomber, Michel accéléra sa chute. Réveillé et cherchant son arme, le soldat déserta, s’enfuyant dans la campagne.

Le lendemain, 4 août, les troupes de la garnison, les douanes de la GAST nous quittèrent I’après-midi dans des camions débâchés le fusil à la main prêts à réagir. Auparavant, ils avaient arrosé copieusement leur départ, surtout les gradés, vidant sans doute ce qu’ils ne pouvaient emporter. A Tal-Ar-Groas, des groupes de marins désœuvrés, assistèrent à leur passage, évitant les provocations de dernière minute; certains d’entre eux se cachèrent en hâte dans la grève et ce n’est que lorsque les camions allaient disparaître au loin que des bras d’honneur se levèrent, les Allemands répliquant en faisant mine d’épauler. Mais déjà, depuis une heure environ, Pierre Tanneau, le chef du groupe F.T.P. avait pénétré dans la mairie, sommé le maire de lui céder le drapeau français qu’il alla fixer au balcon  du clocher après avoir contraint, révolver au poing le recteur réticent, par crainte de représailles, à lui ouvrir la porte de I’escalier d’accès. A I’inscription maritime Robert Audren hissera le pavillon bleu-blanc-rouge. Une deuxième équipe se chargea de hisser le drapeau au sommet du clocher, cette fois sur la plate-forme à laquelle on ne pouvait accéder que par une corde. C’est Jo Marzin, aidé de René Charlot et R. Poullelaouen qui le fixa sur la potence qui servait de repère aux exercices de tirs contre avions… alors que les camions allemands passaient dans la rue de la Marine. La nouvelle du départ des Allemands se propagea comme une traînée de poudre, mais l’enthousiasme s’écroula vite quand on apprit que des Russes, à l’uniforme vert traînaient encore par là. Le lieutenant commandant la compagnie des Ukrainiens se présenta à la mairie pour obtenir des bons de réquisition de charrettes et de chevaux. Le maire étant absent, les employés fermèrent la mairie et prévinrent Mr Le Nivez qui s’enfuit dans.la campagne pour ne pas avoir à répondre à cet ordre. Mais le pillage des baraques commença, l’un s’attribuant vaisselle, I’autre matelas, linge abandonné; même le cochon engraissé à la Kommandantur traversa la rue en grognant vers une nouvelle demeure.

C’était d’autant pris sur l’ennemi, poules, canards, etc, que les Allemands avaient abandonnés à leur sort, disparurent. Seuls les paons du château de Men Meur continueront à chanter. Les munitions qui n’avaient pu être emportées furent transférées dans un va-et-vient de charrettes jusque la nuit dans la grande casemate de la dune où les Russes devaient les faire sauter, comme le dépôt d’essence. Les habitants de Men Meur préfèrent quitter leurs maisons et chercher un logis en ville. Contre temps ? Les Russes partirent  précipitamment le lendemain sans faire exploser les munitions. Ouf !

Pillage au Villoury

Au casernement du Villoury à Treffiagat, les Allemands à peine partis, ce fut la curée. On vit passer des brouettées de vaisselle, d’ustensiles divers, de matelas, etc. Le bruit du pillage se propagea comme une onde jusqu’à Léchiagat provoquant une course effrénée comme au temps des naufrageurs. Beaucoup d’enfants, mais aussi des adultes; les derniers arrivés fouillèrent partout pour ramener au moins un trophée et tout à coup un bruit de camion et un cri: « Maint tont endro » (ils reviennent) et en un éclair tous les pillards se dispersèrent dans la nature sans se retourner. La nouvelle était fondée car, tout à coup, des salves de mitraillette retentirent ! Des morts peut-être ? On sut plus tard la raison de ce retour  intempestif. Les coups de feu étaient destinés au dépôt de gas oil. Un incendie se déclara mais c’est de loin qu’on préféra assister au spectacle.

Joie et colère

Après le départ des Russes, la foule sortit dans la rue les 5 et 6 août et laissa éclater  sa joie les uns en chantant… mais parfois sa colère. Des centaines de personnes, beaucoup d’enfants plutôt curieux et quelques « patriotes », drapeau en tête manifestèrent spontanément à travers la ville. La foule s’arrêta devant la demeure du Maire et c’est sous les huées que Mr Le Nivez, sorti du lit, apparut timidement… en caleçon, à la fenêtre. Mais point de violence, ni de bris de matériel.

Puis la foule cria sa désapprobation devant quelques cafés de la ville où jugeait-on, les Allemands avaient été trop bien accueillis. Des huées, des cris contre les tenancières mortes de peur derrière leurs rideaux. Vers Tal-Ar-Groas. I’affaire aurait pu mal tourner. En tête de la manifestation un jeune homme costaud, excité se mit à secouer violemment la porte vitrée d’un bistrot qui aurait pu voler en éclats. Tout à coup cette porte s’ouvrit et un homme courageux bondit sur le meneur I’empoigna à bras le corps et tous deux roulèrent sur le trottoir et la chaussée. La foule stupéfaite, assista à la bagarre sans réagir puis fit demi-tour. Un seul homme contre tous avait évité le pire. L’homme courageux qui représentait le mouvement « Défense de la France  » et qui la nuit collait des affiches de la Résistance, n’avait pu admettre ces représailles.

Avant que les organisations de la Résistance n’aient pu contrôler la situation, on s’en prit à tout ce qui représentait I’occupation. Le pillage des baraques continua ainsi que celui des habitations réquisitionnées pour les officiers, sans faire la distinction entre ce qui était Allemand et ce qui était personnel aux propriétaires. Dans l’une d’elles on trouva quantité de victuailles, boissons de toutes sortes qu’heureusement la Résistance mit sous « scellés ». Au bout du môle, la guérite de la Gast fut fracassée et jetée à I’eau. Le mât sur lequel était hissé un cône ou un cylindre noirs signifiant I’autorisation ou I’interdiction d’entrer dans le port allait subir le même sort. ll était en effet I’expression des brimades allemandes. Plusieurs jeunes pêcheurs se préparaient au saccage mais il leur fallut affronter la colère du gardien de phare qui n’admit pas ce vandalisme inutile.

Des drapeaux confectionnés à la hâte avec des chiffons apparurent aux fenêtres de la  Grand’rue.

F.F.I. et F.T.P.

Les Allemands partis, les organisations de Résistance comme prévu, sortirent de l’ombre et ce fut au grand jour qu’elles purent désormais recruter des volontaires. Ceux-ci eurent le choix entre deux formations qui se concurrencèrent quelque peu. Les F.F.l. ou Forces Françaises de l’lntérieur issues de « l’armée secrète « , créées en France en février 1944 et les F.T.P. déjà bien connus, formation proche du P.C., fière de ses actions passées.im1

im2Ce fut le rush des jeunes gens vers les bureaux de recrutement. La plupart d’entre eux conviendront qu’aux derniers jours de l’heure allemande, ils ignoraient encore qu’il existait une résistance au Guilvinec même – secret bien gardé. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas 20 ans et de ce fait peu politisés, les libertés étant bâillonnées depuis 1940. Le hasard fit souvent que I’on ait choisi I’une ou l’autre des formations. Les gars de Léchiagat optèrent en majorité pour les F.T.P. même si les F.F.l. y possédaient un bureau de recrutement chez Albert Cossec. Au Guilvinec, les F.T.P. établirent un office d’engagement sur la place de la cale et occupèrent le château de Men-Meur où des tours de garde furent organisés pour faire cesser le pillage. Ils découvrirent des caisses de grenades dans la maison du gardien et quelques fusils. Les F.F.l. recrutèrent à l’école des garçons puis se regroupèrent à l’usine Coop où ils disposaient du camion à gazogène aussitôt marqué du sigle F.F.l.. Dans un premier temps, seul le brassard au bras distingua le nouveau résistant du pêcheur… ainsi que son allure plus décidée. Pas d’uniforme, pas d’arme. On put quand même faire de I’instruction militaire, coordonnée chez les F.F.l. par le lieutenant Le Drézen. Marche au pas, défilés en prévision de celui de la victoire, maniement d’armes mais avec deux   fusils seulement. A Men- Meur, les munitions découvertes servirent aux exercices de tir sur des cibles « personnalisées », soit les portraits de Goering et d’Hitler accrochés aux arbres.

GroupeFFIduGuilALorient
Groupe de FFI du Guilvinec à Lorient en mars 1945. 1er rang : Bastien Moysan, R.Coïc, D.Quéffélec , G.Briec, Maurice Le Lay . Debout : L.Tirilly, P.Berrou. A.Durand , V.Autret

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Retour des Allemands ?

La rumeur d’un retour des Allemands courut subitement comme une traînée de poudre. Aussitôt tous les drapeaux disparurent des maisons! Il est vrai qu’à Quimper, un retour des Russes dans une ville pavoisée s’était traduit par des mitraillages de fenêtres. On prétendit que les Allemands occupaient encore Pont-L’Abbé et qu’ils circulaient à moto sur la route de Penmarc’h. Les autorités prirent la nouvelle au sérieux. Elles organisèrent des barrages de routes au « futur cor », à Penn an Hent et dans la descente du château d’eau. lci on réquisitionna des charrettes, là des herses; des clous furent répandus sur la chaussée. On attendit  l’ennemi de pied ferme.

Des groupes de « patriotes » circulant en ville et ne disposant que d’armes blanches, rassuraient par leur enthousiasme la population inquiète « N’eus Ket Ken tont neu » (ils n’ont qu’à venir !). Spectacle surréaliste !

Sur les barrages, on distribua des grenades et I’on se prépara à « l’accueil » de l’ennemi. Les gardes durèrent 2 à 3 jours. Des rondes de nuit aux abords des cantonnements ne  dissipaient pas les craintes d’autant plus que « l’espionnite » se développait. Des sentinelles épiaient les allées et venues près de la maison d’Eugène G. parti avec les Allemands mais que I’on soupçonna de vouloir rentrer au Guilvinec. On évita de peu des méprises.

MISE EN PLACE D’UN COMITÉ DE LIBÉRATION

BasileLarzulLorsque les esprits devinrent plus sereins, les états-majors décidèrent de créer une organisation municipale provisoire en attendant le retour de I’ancien maire interné. Des discussions politiques serrées aboutirent à  » l’élection » d’une délégation spéciale dirigée par Yvon Morvan, secondé par Pierre Cossec, Basile Larzul, le triangle communiste qui revendiqua la présidence, car elle reflétait mieux la situation politique d’avant-guerre; la complétèrent Manu Coic, Yves Kervévan et Henri Le Prince (« lunette »). Cette délégation fut confirmée dans ses fonctions par la préfecture. Le comité de libération siégea un certain temps à I’ancienne école de pêche et prit quelques décisions d’urgence comme la réquisition de blé dans la campagne voisine pour alimenter une population privée de ravitaillement en pain depuis de longs mois. L’on mangea du pain blanc pendant une semaine.

« Épuration »

Comme dans toutes les villes de France, le comité choisi par la résistance, procéda à une « épuration », tel que le rapporte I’acte ci-après : « Le 16 août 1944, le comité municipal du Guilvinec agissant en tant que comité de la Résistance… décide de s’assurer des personnes ci-dessous Messieurs : G. P., R. M., Le G. J.M., Le B. G. pour appartenance au parti P.S.F. (Parti Social Français) « ex.Croix de Feu » propagande pro-allemande. Mr Le Nivez A., maire vichyste, propagateur de propos anti-alliés, Mme Le Duff, propagandiste des idées allemandes, ayant toujours exalté l’armée allemande, décide pour calmer l’effervescence de la population qui pourrait se porter à des actes irréfléchis, de les arrêter après interrogatoires ».

Les F.F.I. et F.T.P. se chargèrent de cette mission et non les gendarmes. Certains d’entre eux refusèrent d’arrêter le docteur qui les avait mis au monde. Les « inculpés » furent conduits aux baraques du château de Men-Meur, surveillés par des jeunes gens, pour la plupart gênés d’être là. Mme B. Le Roux qui hébergeait chez elle un officier rejoignit le groupe ainsi que les restaurateurs de Léchiagat chez lesquels les Allemands étaient trop bien reçus.

La plupart furent relâchés au bout de quelques jours après interrogatoire. Rien de sérieux ne put être retenu contre eux; on les soupçonnait en effet de renseigner la Kommandantur. Mr Le Nivez qui était plutôt pétainiste, n’aimait pas vraiment les Allemands. ll mettait son habit d’officier de marine quand on le convoquait à la Kommandantur « pour les impressionner ‘’ disait-il ! Seul Le Brun G. fut conduit par les F.T.P. en camionnette à Quimper. Passant à Pluguffan dans le cantonnement des résistants, ceux-ci lui crachèrent au visage. Il était soupçonné de renseigner la Gestapo. Il sera condamné à I’indignité nationale. Le principal coupable, Eugène G., en retraite jusqu’en Allemagne pour y cacher sa trahison, sera condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés. Mais découvert après la Victoire dans un sanatoriunn allemand, il sera rejugé. Accusé d’intelligences avec l’ennemi .il sera condamné à 5 ans de prison et à I’indignité, nationale à vie. Malade il décédera en prison. Devant être enterré au Guilvinec, aucun cultivateur ne voudra prêter son cheval pour tracter le corbillard jusqu’à l’église. Les F.T.P. arrêtèrent aussi un opérateur de cinéma en plein air « Lola », un Djiboutien qui servait d’interprète auprès des Allemands et que l’on soupçonnait de les renseigner. Conduit à pied de Kergoz à la prison de la rue de Men-Meur par deux seuls résistants, il eut à subir tout le long du chemin, les huées et les crachats. Les gendarmes déclarèrent qu’ils ne pouvaient le garder plus d’une nuit. Ce fut tout, pas de règlement de comptes, pas d’exécution sommaire ! A Léchiagat, J. Le R., engagé dans la L.V.F. ne sera pas retrouvé. Le garde-champêtre sera jugé comme dénonciateur. Pas un mot aucun, contre la cinquantaine de Guilvinistes volontaires qui avaient « travaillé avec les boches » dans l’organisation TODT, chargée de construire le « mur de l’Atlantique » ou la série de casemates qui devaient nous protéger contre l’invasion anglo-américaine. Il fallait bien vivre, les équipages des bateaux de pêche étant déjà surchargés. Ajoutons les sanctions populaires spontanées à Léchiagat où 3 ou 4 jeunes filles furent tondues et présentées à la foule. Deux d’entre elles, des réfugiées boulonnaises, travaillaient à la Kommandantur et avaient dénoncé des ouvrières de la filature pour propos anti-allemands ce qui valut à ces dernières la visite des gendarmes français !.

Au Guilvinec, il y eut bien quelques tentatives mais sans succès. Qu’on nous pardonne d’avoir évoqué ces événements « douloureux »… mais nous devons respecter la vérité historique.

CompagnieDeLeDrezen
La compagnie du Capitaine Le Drézen. On reconnaît également R.Coïc, M.Le Lay,M.Le Breton, P.Le Corre, P.Le Ster, P.Berrou, C.Lagadic, G.Le Roux (avec le drapeau)

Passés ces quelques jours bien compréhensibles d’explosion anti-allemande, contenue pendant 4 ans et reportée somme toute modérément sur quelques personnes fautives, servant d’exutoire, l’atmosphère fut plutôt à la liesse.

Dans la cour de l’école des filles de la Palue, les institutrices, Mlle Dardus et Mlle Leroux organisèrent des séances d’apprentissage de chants patriotiques français mais aussi I’hymne américain et le « God save the King » en anglais au cas où nous aurions eu la visite des soldats alliés. Les jeunes filles et les « patriotes » défilaient autour de la cour en chantant  accompagnés par les violons des enseignantes. Quelques « patriotes » se hasardèrent à chanter « la Résistance sauvera la France… ».Les résistants manquaient toujours d’armes. Un parachutage fut programmé dans le secteur de Plomeur ; le terrain fut balisé par les F.F.l., l’avion passa mais ne vit rien et continua sa route. La vie reprendra peu à peu normalement au Guilvinec : plus de couvre-feu, plus de  contraintes pour les pêcheurs. Mais le ravitaillement restera difficile, I’approvisionnement en gas-oil pour les bateaux, nul pour longtemps encore, la priorité étant réservée aux troupes qui libéreront le territoire.

« Achtung Minen« , attention aux mines, explosifs, obus ou grenades que les Allemands ont laissés derrière eux dans les dunes par milliers. François Beneteau et d’autres volontaires se chargeront de désamorcer les mines anti-chars de la Grève Blanche. Dans les casemates, les stands de tir, traînaient des obus à blanc ou parfois réels qui attiraient les enfants. On était en pleines vacances et de ce fait les instituteurs n’avaient pu faire de recommandations. L inconscience des enfants était inouïe. Certains n’hésitaient pas à frapper des obus de 105 – même à blanc – sur des pierres pour en faire sortir l’ogive et récupérer la poudre de la douille. Un coup mal donné et le détonateur pouvait provoquer I’explosion. Féli … restera huit jours complètement sourd après l’explosion d’un obus de 36 dans ses mains. La poudre se présentait en baguettes ou plaquettes que l’on enflammait par jeu. A la rentrée scolaire on en verra dans les cours de récréation servant de monnaie d’échange aux enfants. Pire ! Au Steir Poulguen, près du champ de tir des batteries contre-avions, des obus à blanc de 105 traîneront par centaines pendant de longs mois dans trois réduits bétonnés. L’administration ne s’en occupa pas. Les chasseurs y venaient récupérer de la poudre. Un dimanche de janvier 1945, des groupes d’enfants et d’adolescents de Penmarc’h et du Guilvinec s’y retrouvèrent pour s’amuser à ces jeux dangereux. Un obus de 105 à blanc mais sans doute possédant une armature de fonte, frappé fortement sur une grosse pierre explosa provoquant la mort de deux enfants de Penmarc’h (et 6 ou 7 blessés). Paul P. du Guilvinec eut une jambe touchée et amputée plus tard.

Découverte d’un charnier

Le 31 août 1944 à la suite d’indications données par les habitants du Steir Poulguen qui entendirent des fusillades sur la dune un soir du mois de mai, trois fosses communes furent découvertes près du champ de tir, à la limite du territoire du Guilvinec.

Trente trois corps de résistants furent ainsi exhumés. Trente et un d’entre eux, internés à la prison de Saint Charles de Quimper et condamnés à mort pour « terrorisme » après un jugement sommaire, furent semble-t-il fusillés par des troupes à l’uniforme des « jeunesses hitlériennes » cantonnées au Château de Kergoz. Plusieurs Guilvinistes crurent voir le camion des condamnés traverser la ville et entendre chanter la Marseillaise. Point de Guilviniste ni de Penmarc’hais fusillé à Poulguen, mais des résistants des secteurs de Quimper, d’Audierne, de Brest, de Pont I’Abbé. Les deux frères VOLANT de Lesconil abattus à Plobannalec après la rafle de juin 44 étaient enterrés dans une petite fosse. On indentifia, en outre, deux  Républicains espagnols mais quatre corps restèrent sans nom. Selon un douanier de la Gast du Guilvinec, au moment de l’exécution, Manu BRUSQ d’Audierne, s’empara de I’arme de I’officier du peloton et l’abattit avant d’être massacré à coups de crosses.

12 AOÛT 1944 BATAILLE NAVALE

Le 12 août 1944, Le Guilvinec se réveilla en sursaut. Vers 2h30, tout à coup le ciel s’embrasa; ça canardait vers I’ouest au-dessus de la mer; salves d’obus, bruits assourdissants. Des fusées éclairantes illuminaient le ciel de la Baie d’Audierne. La guerre subitement s’était rapprochée pensait-on, alors qu’on la croyait presque finie. On sut bientôt qu’une bataille navale se déroulait à deux pas de chez nous. Une flottille de patrouilleurs de la Kriegsmarine venue de Brest avec des spécialistes et du matériel pour sous-marins tentait de rejoindre Lorient. Cinq destroyers de la Navy qui surveillaient la côte avaient surpris leur mouvement. Et ce fut un carnage. L’un des patrouilleurs touché, s’échoua face à la Palue de Tréguennec. Les 80 rescapés se jetèrent à l’eau et se regroupèrent dans la palue. Un second s’échoua à Poulbrehen, face à Penhors. Les 47 rescapés relativement armés, prirent pied sur la falaise et tentèrent de rejoindre Audierne où un nid de résistance allemand subsistait dans la casemate de Lézongar.

Alors que les F.F.l. de Pont-L’Abbé faisaient mouvement vers Tréguennec, les résistants de Plonéour-Pouldreuzic, firent appel aux Guilvinistes. La compagnie du lieutenant Le Drézen, accompagnée des gendarmes (pour leur uniforme) rejoignit le front en camion à gazogène et prit position devant leur ennemi avec ses  deux fusils, quelques revolvers et des grenades.

Planqués dans des broussailles, les « Marie-Louise » en coton bleu et parfois en sabots allaient-ils connaître le baptême du feu ? Pour les marins allemands, la bataille était sans issue. Tenant un drapeau blanc; Lili Le Drézen en grand uniforme se présenta seul devant les Allemands et cria : « Rendez-vous! Armée française! « . Et l’on vit cette chose étonnante : sans tirer un coup de fusil, le chef des F.F.l. obtint la reddition de l’ennemi ! Un fait d’armes exceptionnel. L’officier de marine en signe de soumission tendit son sabre à son adversaire, sabre que Lili Le Drézen ramènera chez lui comme un trophée. Ce fait de guerre lui vaudra dès le premier septembre, le grade de Capitaine signé du gouvernement d’Alger et du Général de Gaulle.

Les Allemands déposèrent leurs armes dont un fusil mitrailleur mais furent surpris de trouver devant eux une troupe de ‘Va-nu-pieds » dépourvus d’armes et d’équipements. 45 prisonniers (2 blessés furent hospitalisés) furent conduits au château de Kergoz, encadrés par les F.F.l. légitimement fiers de leur exploit et désormais mieux armés. On s’aperçut cependant que le fusil mitrailleur était inutilisable, la culasse ayant été jetée dans les broussailles de Pouldreuzic. Qu’à cela ne tienne, par des mesures d’intimidation, des menaces de représailles, mais sans violences, la culasse sera récupérée. Ces marins allemands furent bien traités à Kergoz avant d’être remis aux mains des Américains. Les enfants du Guilvinec accoururent pour les observer derrière les barreaux du portail. Ce fut la première fois en effet depuis juin 1940 qu’ils aimèrent voir des boches.

Bien nourris peut-être dans leur marine, ils firent les difficiles dédaignant la purée qu’on leur servit. Un mareyeur leur apporta une caisse de têtes de lottes toutes gluantes comme il se doit. Leur chef vint se plaindre auprès du Sous-Lieutenant Joliff :  « Nous, manger ça ! ».

Henri Cléac’h qui faisait partie de l’équipée proposa de se rendre avec son malamock, inspecter les épaves à la recherche d’armes. Il y découvrit un blessé abandonné.

Un combat naval plus important et plus meurtrier que le précédent se déroula, dans les mêmes circonstances, dans la nuit du 22 au 23 août. On y voyait comme en plein jour ! Une quarantaine de marins réussirent à rejoindre la casemate de Lezongar à Audierne ou 400 soldats Allemands refusaient de se rendre mobilisant les F.F.l. du Cap et du Pays Bigouden.

La compagnie du Guilvinec participa à cette guerre de siège, enfouie dans des gourbis devant la casemate et subissant les raids de I’ennemi. Des renforts guilvinistes furent appelés à Beuzec-Cap-Sizun où les combats meurtriers de Lesven empêchèrent une partie de la garnison de Lezongar de rejoindre la presqu’île de Crozon.

Les Américains participèrent au siège de la poche d’Audierne qui demeurera le dernier bastion allemand du Finistère jusqu’à sa reddition le 20 septembre.

Les F.F.l. du Capitaine Le Drezen pouvaient revenir à leur cantonnement, toujours sans uniforme, mais coiffés d’un beau calot à I’insigne F.F.l. et parfois équipés de bottes allemandes de récupération. Juste assez tôt pour préparer le défilé de la Libération au pardon de la Tréminou.

F.T.P. – LE BATAILLON ANTOINE VOLANT.

EdgarLeCozLa fusion ne s’opéra pas entre les deux formations de résistants guilvinistes, chacun naviguant de son bord. Bientôt, les F.T.P. du Guilvinec-Léchiagat rejoignirent le casernement de Pluguffan où ils formèrent avec d’autres groupes bigoudens, le bataillon Antoine Volant, du nom d’un Lesconilois abattu après les événements de  Plomeur.

Exercices militaires, maniements d’armes sous la direction du Lieutenant Kerveillant de Pont-l’Abbé. Un parachutage leur procura des armes anglaises de récupération dont le  maniement n’était pas des plus faciles. Au cours d’une séance d’instruction, le gradé manipula un fusil dont le chargeur contenait encore une balle. Le coup partit et frappa à bout portant le malheureux Edgard Le Coz de Léchiagat, joueur premier de |’U.S.G. Affectés par la disparition de leur ami et un moment démoralisés, les F.T.P. se ressaisirent pourtant. L’occasion leur était donnée de connaître bientôt le baptême du feu.

Combats à Crozon

Les Allemands se regroupèrent dans la presqu’île de Crozon, protégeant le réduit brestois. Des combats très durs obligèrent I’ennemi à quitter le point d’appui du Menez Hom, ouvrant aux Américains la route de Crozon. La progression alliée fut très rapide, le nouveau front s’établissant entre Morgat et Le Poulmic. Les Allemands évacuèrent le village de Telgruc désormais aux mains des résistants et des Américains. Une tragique méprise fut à I’origine de centaines de morts; les avions américains bombardèrent Telgruc qu’ils croyaient toujours aux mains de l’ennemi. Le bataillon Antoine Volant cantonné à I’extérieur du bourg ne fut pas touché mais le Guilviniste Garrec, joueur premier de I’U.S.G. d’avant-guerre, enrôlé dans le bataillon de Quimper fut tué.

Les Bigoudens, appelés en renfort dans des opérations de nettoyage face aux troupes d’élite du Général RAMCKE, furent stoppés par un tir violent de mortiers. Une accalmie et quelques francs-tireurs s’aventurèrent mais furent fauchés. Jean Péron eut la jambe arrachée; secouru par lsaac Stephan, il fut aussitôt évacué par une ambulance américaine. Samuel Berrou lui aussi fut touché mais moins gravement.

Puis ce fut I’assaut du Fort de QUELARN dont la garnison se rendit et le nettoyage de la pointe des Espagnols où la compagnie fit 95 prisonniers. Le 19 septembre, le Général RAMCKE déposa les armes, mettant lin à la bataille de Crozon. Les Rangers Canadiens furent stupéfaits de voir nos F.T.P. avec des armes hétéroclites, un équipement des plus sommaires et surtout des tenues civiles parfois sans souliers, comme les volontaires de 93.  Certains Guilvinistes, en effet, chaussaient encore des socques ou des sabots. Les rangers décidèrent de les habiller en tenue Kaki américaine et c’est fièrement qu’ils regagnèrent leur cantonnement de Pluguffan ramenant dans des charrettes un butin considérable d’armes de toutes sortes.

Ils purent alors participer, le 24 septembre, à Pont-I’Abbé  à la fête de la Libération.

BataillonAntoieVolant

SUR LE FRONT DE LORIENT

Les F.F.l. et F.T.P. du Guilvinec, tout en restant des formations distinctes furent incorporés dans I’armée régulière et durent contracter un engagement pour la durée de la guerre. Ceux qui n’avaient pas encore 18 ans furent renvoyés dans leurs foyers. Les autres, le plus souvent demandèrent une autorisation parentale.

Équipés de neuf comme des vrais soldats, ils gagnèrent le front de Lorient ou plus de  25 000 Allemands étaient retranchés, armés jusqu’aux dents. Au bout de quelques semaines, la guerre s’éternisant, les plus âgés abandonnèrent et retournèrent faire la pêche. De plus, le capitaine Le Drézen renvoya les lycéens et étudiants comme Xavier Charlot, à leurs études. Quelques uns furent désignés pour des cours de sous-officier, de pilote dans la R.A.F., etc. Le groupe s’effilocha donc. Et commença pour le bataillon de marche n°2 du Finistère formé des anciens bataillons Bigoudens et Antoine Volant, une dure vie d’assiégeants dans le froid de I’hiver particulièrement rude cette année-là.

Quand ils n’étaient pas en première ligne, ils étaient cantonnés à l’arrière à Quimperlé puis à Scaër. Au mois de janvier, le bataillon vint prendre position au nord de Guidel. Un large no man’s land les séparait des troupes ennemies. Comme dans toute guerre de position, des patrouilles journalières y étaient effectuées. Au cours de I’une d’elles, Achille Bodéré de Tréffiagat et son groupe arrivèrent au contact de I’ennemi. Achille fut le plus prompt, la patrouille adverse dut se replier laissant des morts sur le terrain dont l’officier, mais aussitôt I’artillerie allemande pilonna le secteur hachant la végétation tout autour. A la suite de cette action d’éclat, Achille sera décoré dans la cour de I’E.P.S. de Quimperlé, au cours d’une prise d’armes. Au cours d’une de ces missions dangereuses, Etienne Cleac’h fut blessé, évacué vers l’arrière et l’on ne le revit plus.

Le 5 février 1945. le capitaine Le Drézen,  chargé d’effectuer une mission de reconnaissance au sud du cap Kerdudal en Guidel, à proximité des lignes allemandes, tint à participer lui-même à l’opération. ll s’agissait d’étudier le terrain dans le but de déplacer la ligne de front. Lili Le Drezen, toujours soucieux de ne pas exposer ses « p’tits gars », prit lui-même la tête de la patrouille et s’avança dans un chemin creux accompagné de Marcel Le Pape de Tréguennec. Les Allemands, en embuscade, les attendaient. La première rafale abattit le capitaine. Grièvement blessé, il supplia son ordonnance de le laisser et de fuir. Marcel courut vers le reste de la patrouille mais un tir de barrage déclenché par l’artillerie allemande interdit I’envoi de tout secours. Jean Nadan voulut tout de même aller chercher son ami qui n’était peut être que blessé, mais devant le danger, le lieutenant I’en dissuada. En réplique aux tirs allemands, les Américains canardèrent le secteur avec leur artillerie mais l’ennemi tint bon.

Lili Le Drezen, a-t-on dit, mourut de ses blessures au poste de secours allemand et fut enterré au cimetière de Guidel. La garnison de Lorient ne se rendit que le 7 mai 1945, le lendemain de l’Armistice. Mais ce sont des ruines que les résistants délivrèrent. Les anciens F.T.P. de Guilvinec avouent sans honte aucune avoir tabassé quelques feldgendarmes à I’exécrable réputation.

Parmi les quelques 20 000 prisonniers, ils recherchèrent pour lui faire sa fête, « An Eun Du », le « vrai boche » qui sema la terreur sur le môle du port, mais sans succès. Le 25 mai eut lieu l’exhumation de « Ludwig Le Drezen » au cimetière de Guidel.

Ses funérailles à Tréffiagat furent suivies par une foule considérable tant Lili Le Drezen était apprécié de toute la population maritime. Ses anciens F.F.l. accompagnèrent leur chef le long du cortège. Ceux de Léchiagat eurent l’honneur de former le piquet d’armes. Le Directeur de l’école, Pierre Sanquer, le Colonel Berthaud et Jean Nadan rappelèrent toutes ses qualités d’homme et de soldat.

Associons au Capitaine Le Drezen, Joseph Stéphan tué accidentellement en mission, sur le front de Lorient. On remarqua aux obsèques du Capitaine, les rescapés guilvinistes du  bataillon de fusiliers-marins de la « France Libre », la poitrine barrée de décorations.ObsequesLeDrezen_1ObsequesLeDrezen_2

La guerre était finie et les retours des absents s’étaient échelonnés : volontaires de la « France Combattante », prisonniers de guerre, jeunes gens requis pour le travail obligatoire, déportés. Mais on perdait I’espoir de revoir les déportés des Camps de la Mort dont on était sans nouvelles, Albert Pochat, Georges Adam, Louis Berrou, Yves Frelaud.

DéfiléSept44PtLabbé

Sources: Les sources sont très peu nombreuses, les journaux ne relatant pas évidemment les événements clandestins  ni les actes de Résistance (mais parfois les exécutions de « terroristes »).  Nous remercions Madame LE DREZEN Lili, Madame BODARD née LAVALOU, Messieurs Jean-Désiré LARNICOL, Corentin LOUSSOUARN,  Simon TANNEAU, président de I’A.N.A.C.R. et les très nombreux F.F.l., F.T.P. et témoins de ces événements qui nous ont aidé.

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Saint-Gabriel sous l’Occupation, les rafles, les exécutions, par Alain Le Grand

Saint-Gabriel sous l’Occupation
Les rafles de Plomeur, Plobannalec et l’Ile-Tudy.
Les exécutions de la Torche

Par Alain Le Grand « Le Finistère dans la Guerre –1939.1945 ». G.M.Thomas et A.Le Grand (Editions de la Cité, Brest)

L’ECOLE SAINT-GABRIEL.

Sise en la ville de Pont-l’ Abbé, Saint-Gab…, comme on l’appelle familièrement, est une école chrétienne tenue par les Frères enseignants de Saint-Gabriel.

La maison porte sur sa façade l’année de sa construction : 1899. C’est plus précisément un ensemble constitué par un bâtiment central de deux étages avec un comble mansardé, complété par deux ailes en prolongement. Telle se présentait l’école Saint-Gabriel en 1939.

Les classes, les ateliers (Saint-Gab… est aussi une école technique) se trouvaient au rez-de-chaussée, les bureaux et les dortoirs aux étages . On y fait des agrandissements, mais l’aspect général de l’école reste le même, en face , dans la cour, se voit la chapelle avec son porche.

Les Allemands occupèrent Saint-Gabriel le 3 juillet 1940, vers les 2 heures du matin. Les premiers arrivants appartenaient à une section de cyclistes. Une Ortskommandantur s’y installa également dans le bâtiment central.

Le Directeur, M. Button, se réfugia dans le salon, puis à la conciergerie. A la rentrée scolaire d’octobre 1940, il fut remplacé par M. Le Bot, originaire de Plozévet. L’école, qui comptait quatre cent cinquante élèves à l’époque, fut transférée au patronage de la Jeanne d’Arc et dans l’ancien patronage où l’on aménagea des classes. Les professeurs et les pensionnaires logèrent dans la salle de danse Kerloc’h, rue Louis-Pasteur, et dans les bâtiments de l’ancienne biscuiterie des «Filets Bleus ». Ils dormaient sous les toits tapissés de papier-carton.

Les Allemands avaient laissé aux Frères la disposition du réfectoire de Saint-Gabriel. On pouvait voir les élèves et leurs professeurs franchir l’un des trois portails de la « caserne » à l’heure du déjeuner et du dîner.

Caserne et Kommandantur, l’école Saint-Gabriel ne connut la période tragique de son histoire qu’à la fin de l’Occupation.

Les Alliés avaient débarqué sur les plages normandes. Le Frère René Joncour note sur le cahier d’écolier qui est son journal personnel :

« 7 juin – Un groupe d’Allemands quitte Saint-Gabriel avec des charrettes réquisitionnées. » Il ajoute : « La Gestapo travaille. »

Les Allemands recherchaient en effet le Docteur Jaouen. Ils l’avaient pratiquement sous la main puisqu’il se cachait dans une maison annexe de l’école. Le Frère Joncour, le seul qui sût conduire la camionnette à gazogène de l’établissement, l’emmena vers un nouvel asile, le presbytère de Plonéis.

Ce professeur aida également, avec l’autorisation de ses supérieurs, la famille d’un notaire menacée d’arrestation à quitter la ville de Pont-l’ Abbé.

Le 8 juin, le Frère Joncour écrit :

« Le dernier groupe d’Allemands quitte Saint-Gab… Il est remplacé par des Russes blancs… peu intéressants. »

Ils appartenaient aux 3e et 4e Compagnies du 800e Bataillon de Caucasiens, placées sous les ordres du Capitaine Schuttenhelm qui avait son PC à Plomeur .

La 1re Compagnie, cantonnée à Saint-Gabriel, était commandée par le Lieutenant Panzer qui remplissait en outre les fonctions de Ortskommandant. Il avait comme adjoint l’adjudant Schmidt.

Mais déjà la première manifestation hardie de révolte contre l’oppresseur s’était déroulée à quelques kilomètres de la capitale bigoudène. C’était le commencement du drame.

ARRESTATION DU MAIRE DE PLOMEUR.

Le 6 juin, vers les 21 heures, Louis Méhu, maire de Plomeur, avait reçu la visite de deux soldats de l’armée allemande, d’origine russe, chargés d’apposer des affiches. Ceux-ci exigèrent qu’on leur procurât de la colle et qu’on désignât un employé municipal pour les assister dans leur mission. Le maire les invita à le suivre à la mairie où il leur fournit la matière demandée. Puis il prévint son secrétaire de mairie, Isidore Le Garo, d’accompagner les soldats.

En cours de route, Louis Méhu avait rencontré l’une de ses administrées à qui il avait fait part de ses appréhensions : la situation s’aggravait, les Allemands apposaient des affiches proclamant l’état de siège. Tandis que le maire regagnait son domicile, la ferme de Pratouar, son interlocutrice s’arrangeait pour prévenir le groupe de Résistants F.T.P. de Plobannalec-Lesconil.

Un peu avant minuit, on cogne de nouveau à la porte du maire. Cette fois, ce sont trois F.T.P., qui l’informent que les Résistants (ceux de Lesconil, assistés par éléments de Treffiagat, Guilvinec…) contrôlent le bourg de Plomeur.

Louis MÉHU, revenant avec eux au bourg, voit auprès de la mairie les deux soldats colleurs d’affiches désarmés et gardés à vue par une dizaine de Résistants. Il prend quelques dispositions et s’en retourne à sa ferme, très inquiet, au dire de son épouse, de la suite que pourrait comporter ce coup de main.

« Le maire est avec nous » , auraient dit les Résitants à leurs camarades. Les prisonniers avaient probablement entendu ces paroles.

Deux soldats, d’origine allemande, sont encore kidnappés par la Résistance alors qu’ils traversent le bourg.

C’est ici qu’intervient le dénommé PlKING, lieutenant, adjoint au capitaine SCHUTTENHELM, chef du détachement de Russes mercenaires qui cantonne au village de Beuzec-Cap-Caval en Plomeur, où il est arrivé quelques semaines auparavant

PIKING s’est présenté au café KERVÉVANT pour y réquisitionner une chambre. Entré avec son cheval dans la maison, il a, au comptoir , commandé une bolée de cidre pour la donner à boire à la bête. Puis on l’a vu promener son arrogance sur son inséparable cheval blanc et les gens l’ ont surnommé « Paotr ar marc’h gwen » (l’homme au cheval blanc).

Mis au courant de la disparition de ses soldats et de la lacération des quelques affiches apposées à Plomeur, PIKING surgit devant le maire et lui intime l’ordre de le suivre à la mairie, et le met en état d’arrestation.

Au reste, le général DUVERT, commandant la division, a donné l’ordre de rechercher les soldats disparus par « tous les moyens disponibles ». Le capitaine SCHUlTENHELM est chargé de cette opération, en liaison avec le Geheime Feldpolizei (prévôté) représentée par les dénommés JORDAN et PFALHER, interrogateurs, et deux feldgendarmen (1).

Rafle à Plomeur.

Le 7 juin, aux environs de l4 heures, les Allemands font une rafle à Plomeur. Une vingtaine d’hommes, surpris dans leurs occupations journalières, sont appréhendés et contraints de s’aligner devant le presbytère, au bourg.

On prétend qu’ils auraient été fusillés sans l’intervention des gendarmes de la brigade de Guilvinec. Ils ont donc la vie sauve, mais sept d’entre eux : René LARNICOL, Laurent LE BEC, Pierre LE BLÉIS, cultivateurs, Antoine CHARLOT, marin-pêcheur, Georges GOYAT, forgeron, Louis TOULEMONT, boulanger, et François MOULIN, instituteur, sont retenus comme otages et emmenés, ainsi que le maire de Plomeur, à Beuzec-Cap-Caval où les Allemands les enferment dans une écurie dépendant de la petite ferme de Vengam.

Le propriétaire des lieux, Henri POULLÉLAOUEN, cherchera plusieurs fois à communiquer avec les captifs, mais une sentinelle veille continuellement devant la porte du local.

Extraits de leur « prison » on les conduit au bureau de PIKING. Au retour d’un interrogatoire, Mme MÉHU, qui attendait sur le bord du chemin, peut voir son mari. Le maire de Plomeur murmure en passant devant elle: « Ça ne va pas mieux. »

Du côté des Allemands, le but de cette première opération doit être atteint, s’il s’agit de créer parmi la population de la région un climat de crainte favorable à la poursuite de l’enquête.

En fait de résultats immédiats, ils n’ont découvert qu’un masque à gaz, jeté dans un champ et ayant appartenu à l’un des soldats emmenés par la Résistance. Mais ils ont appris « par des civils » que les disparus « se trouvaient cachés près de la chapelle » (2).

Les Résistants se sont en effet, peu après leur coup de main, repliés sur Plobannalec où ils gardent leurs prisonniers dans le presbytère de l’ancienne paroisse de Plonivel, vieille maison inhabitée propriété de la famille BONNOURE.

Trois F.T.P. parmi les plus âgés interviennent auprès de leurs camarades de Plonivel pour leur représenter la menace qui pèse sur les otages de Plomeur tant que l’ennemi ne connaîtra pas le sort des disparus.

Arrestations.

Cependant, aucune décision n’a été prise au moment où les Allemands s’apprêtent à frapper un grand coup à Plobannalec.

Le 8 juin dans la matinée, le lieutenant PANZER vient à Plobannalec. Il rencontre Willi BARTEL, chef de la « Gast » (poste de douane), et lui annonce qu’une action va avoir lieu le lendemain, dirigée contre les « terroristes ». Il attend de la « Gast » qu’elle travaille en coopération avec la troupe et veille à ce qu’aucun bateau ne quitte le port. Il précise que le dénommé Otto KNUTTEL, assistant auxiliaire des Douanes (inscrit au Parti national-socialiste depuis 1938 et qui sert plus ou moins d’indicateur à la police allemande), doit être prêt à remplir les fonctions d’interprète pour les interrogatoires (3).

Le 9 juin, à l’aube, la troupe encercle les fermes de Brézéan, où une partie des Résistants s’est établie. Elle capture ainsi: Corentin BÉCHENNEC, Georges DONNART, Corentin DURAND, Lucien DRÉAU marins-pêcheurs, Louis LARNICOL, instituteur public, Joseph TRÉBERN, marin-pêcheur, et Emile STÉPHAN, hôtelier. L’un d’eux avait sur lui un petit fanion et quelques cartouches. Il déclara les avoir trouvés (4). I1s sont incarcérés à la « caserne » Saint-Gabriel transformée en prison.

Le matin de ce même jour, les Allemands ont procédé à des « contrôles » au bourg de Plomeur, rempli de camions et de soldats. Julien DURAND dit « Joachim », mécanicien à Treffiagat, qui a fait un crochet par là pour se rendre à son lieu de travail, Pont-l’Abbé, Marcel GARREC, ouvrier à Plomeur, Jean BUANNIC, ouvrier pâtissier, et Yves QUEFFÉLEC de Penmarc’h, sont interpellés. I1s vont être relâchés quand un Allemand arrive, porteur de tracts de la Résistance : BUANNIC, du mouvement « Libération-Nord » s’en est débarrassés rapidement en les jetant dans les W.-C. de la maison SÉNÉCHAL

Les quatre hommes subissent un interrogatoire au cours duquel ils sont très brutalement frappés. Les Allemands qui cherchent à se renseigner sur la personne de Georges LE NOURS, Résistant de Plomeur, s’acharnent plus spécialement sur Marcel GARREC. Puis on les embarque dans l’un des camions qui prend la direction de Pont-l’Abbé et ils se retrouvent à Saint-Gabriel. Arrêté et conduit aussi à Saint-Gabriel le secrétaire de mairie, Isidore LE GARO qui, avait dû, le 6 juin, suivre les deux soldats chargés d’apposer des affiches à Plomeur et faits prisonniers par les patriotes.

Rafle à Plobannalec.

Dans l’après-midi, aux alentours de 15 heures, plusieurs véhicules chargés de soldats arrivent à Plobannalec où les Allemands entreprennent immédiatement de cerner le presbytère de Plonivel.

Il y a seulement quelques minutes que le groupe de F.T.P. de Plonivel a regagné le «maquis ». La nuit précédente, vers les 2 heures du matin, la garde des prisonniers a été confiée à Pierre COSSEC, dit « Pierrot », marin-pêcheur, et au jeune Yves BIGER, âgé de 16 ans. Un autre Résistant, Jean-Marie CADIOU, les a rejoints.

Les soldats enfermés dans l’ancienne maison du curé, les deux hommes et leur jeune camarade ont entrepris dans la matinée, selon les instructions reçues de creuser, une fosse derrière un talus, à cinquante mètres environ du vieux presbytère, dans laquelle doivent être enterrés les prisonniers, car il est question de les faire disparaître éventuellement.

Les Résistants auraient-ils exécuté leur dessein ? C’est possible tant était grande, à l’époque, la haine à l’égard des Allemands, « assassins de patriotes ». Mais les prisonniers ne mourront pas. Ils pourront témoigner contre leurs gardiens.

Les soldats en s’approchant de l’ancienne demeure paroissiale essuient des coups de feu. Une balle traverse la casquette du lieutenant PANZER (5) qui dirige l’opération. Mais les F.T.P. de Plobannalec n’ont, en tout et pour tout, qu’une mitraillette et deux revolvers. Ils doivent capituler immédiatement.

Un Résistant tente de fuir. C’est Antoine VOLANT abattu au lieu-dit « Kervéol ». Son frère Yves mortellement blessé meurt peu après son transfert à Pont-l’Abbé. Il a essayé lui aussi de s’échapper en traversant l’anse du Stéir. Quant aux autres patriotes, pris dans l’ancien presbytère, ce sont Pierre DANIEL, Pierre QUÉMÉNEUR et Ange TRÉBERN.

Les deux Allemands et leurs deux compagnons caucasiens recouvrent la liberté, et avant de quitter les lieux, ils incendient le nid de « terroristes », le vieux presbytère de Plonivel.

Quant à Pierre COSSEC, Jean-Marie CADIOU, marins-pêcheurs et Yves BIGER étudiant, occupés au creusement d’une fosse au début de l’intervention des Allemands, ils voient un groupe de huit soldats armés passer très près d’eux. Yves BIGER, qui veut se rapprocher du presbytère malgré les injonctions de ses compagnons est capturé.

Pierre COSSEC et Jean-Marie CADIOU décident de fuir dans des directions différentes. Jean-Marie CADIOU est pris.

Ce même jour les Allemands ont encore arrêté plusieurs personnes de la commune: Sébastien BARGAIN, Thomas CASTRIC, marins-pêcheurs, Ernest LE DONCHE, coiffeur, Lucien DURAND, marin-pêcheur, François LE BEC, hôtelier, Yves LE BRUN, Alphonse et Louis PRIMOT, marins-pêcheurs, Nicolas STÉPHAN et son fils Pierre, hôteliers.

Et le frère JONCOUR, professeur à Saint-Gabriel, note dans son journal :

« 9 juin – Rafle à Lesconil – Une quinzaine d’hommes de pris Tout le monde doit rentrer à 21 heures. – Patrouilles – Panique un peu partout.

« 10 juin – Défense de circuler à vélo et en voiture à partir de midi et tout le monde doit être rentré à 19 heures. »

Aux environs de cette date, le maire de Plomeur est amené de Vengam Beuzec-Cap-Caval à la « prison » Saint-Gabriel. M. René JONCOUR, témoin de son arrivée par la rue des Cloutiers, voit encore Louis MÉHU dans un chariot hippomobile, assis entre deux soldats, vis-à-vis, tenant leur fusil entre les jambes.

Condamnés à mort ou à la déportation.

Autre événement plus dramatique encore de cette journée: à Saint-Gabriel, neuf patriotes s’entendent condamner à la peine de mort par le Tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur, siégeant sous la présidence du général DUVERT, commandant la 265e division, dans la salle « Saint-Louis » dont les murs sont tendus de draperies rouges pour la circonstance. Il s’agit de: Corentin BÉCHENNEC, Corentin DURAND, Georges DONNART, Joseph TRÉBERN, arrêtés la veille à Brézean, Plobannalec, Yves BIGER, Jean-Marie CADIOU, Pierre DANIEL, Pierre QUÉMÉNEUR, Ange TRÉBERN, pris à Plonivel.

Le 12 juin, au matin, les Allemands font une nouvelle rafle à Plobannalec-Lesconil appréhendant toutes les personnes du sexe masculin dans la rue ou chez elles, et dirigées sur l’usine Maingourd, casernement de la «Gast».

« Les Français rassemblés dans la cour sont triés », puis conduits au bureau « selon les indications portées sur une liste possédées par JORDAN et PFALHER (de la Geheime Feldpolizeï). Classés soit dans un groupe de droite, soit dans un groupe de gauche. . . Le groupe de gauche comprenait les Français contre qui aucune charge n’avait été retenue… » (6)

Les Allemands identifient six Résistants et les mettent en état d’arrestation : Etienne CARIOU, Corentin DIVANACH, Julien FAOU, Albert LARZUL, Armand PRIMOT, Prosper QUÉMÉNER. ils les emmènent à Saint-Gabriel, de même que Jean COIC, étudiant, Daniel GENTRIC, Pierre LE MOIGNE, Sébastien NÉDÉLEC et d’autres habitants encore de la commune: Antoine BARGAIN, Nicolas BUANIC, Louis CADIOU, Mathieu COSSEC, marins-pêcheurs, Marcel GARREC, mécanicien, Emile et Marcel QUEFFÉLEC, marins-pêcheurs.

Onze jeunes gens prennent le chemin des camps de travail en Allemagne : Théodore BIGER décédé peu après son retour, Gabriel FAOU, Sébastien CAP, René DURAND, Gaston LUCAS, Jean KERHOM, Louis COSSEC, Louis LE PAPE, Jean PÉRÈS, Laurent LARZUL, tous marins-pêcheurs, Georges DACHY, réfugié du Nord.

Sébastien COSSEC marin-pêcheur, déjà détenu depuis plusieurs mois à la prison Saint-Charles à Quimper, soupçonné d’appartenir au groupe de F.T.P. de Lesconil, est ramené à Saint-Gabriel.

Nouvelles arrestations.

Les Allemands étendent la rafle à d’autres communes du canton.

A Léchiagat en Tréffiagat, ils arrêtent des jeunes gens : Xavier CRÉDOU, Henri DURAND, Jean GERME, Xavier DRÉZEN, Pierre GOARIN, Jean PENHOAT, Lucien POCHAT, marins-pêcheurs, Laurent LE CLÉACH, ouvrier, Ambroise PICHON, cultivateur, tous emmenés en Allemagne, au titre du Service du Travail Obligatoire, et Ernest MANDELBAUM, israélite d’origine roumaine, garçon de café, Albert POCHAT, Pierre TANNEAU, marins-pêcheurs, Résistants déportés dans des camps de concentration.

A Guilvinec également, il y a eu des arrestations lors de la rafle générale : Auguste BIGER, Pierre COIC, Georges LE FLOC’H marins-pêcheurs , des jeunes gens envoyés en Allemagne dans des camps de travail . Georges LE FLOC’H s’évade en sautant du train.

A Pont-l’Abbé, des Résistants tombent aux mains des Allemands: Jean PERRU, restaurateur à Loctudy, Résistant du mouvement « Libération-Nord », recherché par l’occupant, Pierre COÏC et Aimé FIRMIN, jeune réfractaire du S. T.O.

A ce moment-là, une cinquantaine de prisonniers, occupent principalement deux anciens dortoirs des élèves, l’un « Saint-Louis », déjà cité, l’autre « Saint-Stanislas », situés respectivement au premier et au deuxième étages du bâtiment central. Ces salles contiennent en temps ordinaire une vingtaine de lits.

Julien DURAND, dit « Joachim », arrêté à Plomeur comme on le sait, nous donnera des détails sur son arrivée et sur son séjour à Saint-Gabriel :« Ligotés à l’aide d’une corde ou d’un câble électrique qui nous serrait les bras à la hauteur des biceps, les mains derrière le dos, les poignets liés par une cordelette ou un fil de fer, nous fûmes poussés (avec ses camarades de Plomeur), dans une ancienne salle de classe, parmi d’autres détenus. Nous apprîmes qu’ils venaient de Lesconil.

« De temps à autre, des officiers accompagnés d’un soldat que nous sûmes être l’un de ceux qui avaient été faits prisonniers par les patriotes, venaient nous interroger. Le soldat, qui reconnaissait certains de ces Résistants, disait lorsqu’on lui désignait un détenu: « Nicht terroriste » ou « terrorist », et les coups pleuvaient sur les malheureux. Ils saignaient abondamment de partout, poursuit Julien DURAND. J’ai souvent pensé depuis qu’ils n’auraient pas survécu à leurs blessures. »

« C’était l’été. Nous n’avions rien d’autre sur le dos qu’une chemisette. Les liens qui nous serraient les bras nous entraient dans la chair, provoquant parfois des cloques. C’était le cas de Marcel GARREC.

« Nous restâmes de longues heures debout. Quand l’un d’entre nous, épuisé, s’écroulait sur le plancher, les soldats l’obligeaient à se relever à coups de crosse.

« Mes compagnons et moi, classés « Nicht Terroristen », fûmes, enfin conduits dans une autre salle où nous trouvâmes d’autres internés, otages de Lesconil. Nous dormions sur la paille et nous avions le droit à un maigre repas par jour. ».

Le 13 juin, les Allemands, considérant probablement qu’ils ont arrêté les principaux auteurs du coup de main sur Plomeur, relâchent les sept otages détenus à la ferme de Vengam, au village de Beuzec-Cap-Caval.

Toujours à l’affût de ce qui se passe à Saint-Gabriel, le frère JONCOUR écrit dans son journal « Monsieur le Directeur (M. LE BOT) fait parvenir à quelques prisonniers des colis apportés par leurs familles », grâce à un adjudant allemand qui accepta de les leur remettre.

M. JONCOUR vit encore son directeur, installé à une fenêtre, lancer des cigarettes à des gens enfermés dans le dortoir « Saint-Corentin » situé au premier étage de l’aile est, dont les cas apparaissent moins graves, en regard de la loi de l’Occupant, que ceux des détenus des autres salles.

Puis il note: « On fait courir le bruit que deux prisonniers auraient été tués… »

Mort de deux patriotes.

Bruit fondé. Dans la nuit du 10 au 11 juin ,semble-t-il, c’est-à-dire deux jours après son arrivée à la « prison », Louis LARNICOL, né le 18 octobre 1909 à Plobannalec, instituteur public en fonction dans le Morbihan, mais réfugié chez son oncle à Lesconil, et au nombre des F.T.P. arrêtés à Brézéan, est massacré par les Allemands. Il a eu, dit-on, un geste de rébellion contre ses geôliers.

Des prisonniers ont entendu du bruit provenant d’une pièce au deuxième étage de la maison, puis un cri.

Quant au maire de Plomeur, on l’exécute probablement le lendemain, 12 juin. Deux jours après, alors que les professeurs de Saint-Gabriel viennent d’être requis, eux aussi, par les Allemands pour faire des travaux de terrassement, M. JONCOUR a confirmation de la triste nouvelle de la mort de Louis MÉHU :

« On apprend, écrit-il, que le maire de Plomeur a été fusillé dans un dortoir . » Cette exécution dans une chambre ressemble bien à un assassinat. Après la Libération, on relèvera des traces de balles dans le mur du dortoir « Saint-Stanislas » et l’on verra longtemps, à l’entrée de ladite salle, une tache sombre dans le parquet imprégné du sang de la victime.

Ainsi est mort un brave homme: Louis MÉHU, né le 17 février 1884 à Saint-Jean-Trolimon. Il n’appartenait pas à la Résistance, mais il remplissait ses fonctions de maire au mieux de ce qu’il pensait être les intérêts de la commune et de ses administrés, dans les conditions difficiles que l’on sait, c’est-à-dire en butte aux exigences de l’Occupant et de l’Administration de Vichy.

D’ailleurs, ce ne pouvait être qu’un homme bon et un pacifiste que ce maire de Plomeur qui composa au front, le 21 avril 1916, cette chanson, sur l’air de « Caroline », dédiée à son épouse, Marie-Louise LE CORRE : « car maudite soit la guerre… »

LouisMehu

Les exécutions de la Torche.

Le 15 juin, les neuf patriotes condamnés à mort sont passés par les armes sur la dune de la Torche en Plomeur.

Au soir d’une journée de printemps, ces marins de Lesconil ont l’ultime vision de la palud de Tronoën et de la mer qui roule ses galets de la baie d’Audierne.

Les 15 et jours suivants, une trentaine de prisonniers quittent Saint-Gabriel. Pour les uns, c’est la liberté ; pour les autres, par exemple Maurice STÉPHAN dont nous reparlerons, c’est le centre d’hébergement en vue du Travail Obligatoire en Allemagne. Quelques-uns en réchapperont grâce à des complicités diverses.

Pour d’autres encore, c’est la prison Saint-Charles à Kerfeunteun-Quimper : Sébastien COSSEC et Pierre LE MOIGNE (hospitalisés par la suite), Jean PERRU (de Loctudy), Emile et Marcel QUEFFÉLEC, Louis VOLANT, délivrés les uns le 4 août, les autres le 8 ; Jean COÏC, Lucien DRÉAU, Daniel GENTRIC, Sébastien NÉDÉLEC, Emile STÉPHAN, transférés plus tard à Fresnes et libérés le 18 août à Paris lors d’un échange de prisonniers avec les Allemands, réalisé par l’intermédiaire de la Croix-Rouge française; Antoine BUANIC (de Plobannalec), Ernest MANDELBAUM, Albert POCHAT et Pierre TANNEAU (de Treffiagat), Isidore LE GARO (de Plomeur), envoyés au camp de concentration et morts à Buchenwald (BUANIC et POCHAT), Auschwitz (MANDELBAUM) et Neuengamme (TANNEAU et LE GARO).

Antoine BUANIC et Maurice STÉPHAN arrêtés le 19 juin à Lesconil, appartenaient à l’équipage du bateau de pêche « Virginie-Hériot » qui relâchait au Croisic au moment des grandes rafles de Plobannalec. La « Gast » attendait leur retour car leurs noms figuraient sur la liste des Résistants que la Geheime Feldpolizei avait établi. L’assistant auxiliaire Otto KNUTTEL, chanteur dans le civil à Francfort-sur-le-Mein, avait été chargé de les amener à Saint-Gabriel.

La série des arrestations, à peine close dans l’affaire de Plomeur-Plobannalec, les Allemands sont appelés à opérer sur un autre point du canton.

Une escarmouche a eu lieu à Combrit, près du village de Corroac’h entre un petit détachement et un groupe de Résistants F. T.P ( Francs-Tireurs et Partisans).

Le 18 juin, les Allemands déclenchent une rafle dans la commune, appréhendent plusieurs jeunes gens, et ne retiennent cependant qu’un seul: Louis GARIN, réfractaire au S. T.O. qui, de la « prison » Saint-Gabriel, est dirigé sur l’Allemagne où il mourra.

A l’Ile- Tudy.
Le 19 juin, une patrouille surprend trois Résistants du groupe

« Libération-Nord » de l’lle-Tudy : François COUPA, Jean DENIC et Maurice VOLANT, marins-pêcheurs.

Le lendemain, vers les 8 heures du matin, les Allemands font une rafle à l’Ile-Tudy. Ils mettent en arrestation douze autres Résistants, du même groupe. dont ils ont les noms : Grégoire COUPA, Eugène CRATÈS, Georges et Pierre GOASDOUÉ, Aimé GUÉGUEN, François GUINVARCH, Gilbert LE BRIS et Marcel PERRIN, tous marins-pêcheurs; Joseph CLUYOU, Pierre DIQUÉLOU, Edgar et Jean GUINVARCH, seconds-maîtres de la Marine nationale en «congé d’armistice ».

Conduits à Saint-Gabriel, ceux-ci y restent deux jours avant d’être transférés à la prison Saint-Charles, où ils sont martyrisés, plus particulièrement Eugène CRATÈS et Edgar-Félix GUINVARCH, chef du groupe. Puis ils connaissent l’emprisonnement à Fresnes avant d’être déportés à Dora et Buchenwald. Treize d’entre eux (sur quinze) sont morts dans ces camps de concentration. Un seul rescapé : Pierre GOASDOUÉ, dit « Pierrot ».
A Plomeur, Mme MÉHU, épouse du défunt maire, a encore reçu la visite du lieutenant PIKlNG et de ses soldats. Ils ont perquisitionné sa ferme pendant qu’on l’obligeait à rester « le dos au mur » sous la menace d’être fusillée et de voir sa maison sauter. Une caisse de fer contenant de la dynamite, oubliée par les soldats, restera là, se désagrégeant et rappelant, pendant plus de vingt ans, ces pénibles moments.

Le 19 juin, Mme MÉHU apprend officiellement l’exécution de son mari, par deux gradés allemands qui précisent que le corps du maire de Plomeur « reposera en terre bénite » au cimetière de Pouldreuzic et que le recteur de la paroisse sera autorisé « à dire les prières » On l’autorise, ainsi que quelques parents proches, à assister aux obsèques fixées au lendemain.

On se posera la question de savoir si les Allemands n’ont pas eu l’intention, entre le 12 et le 19 juin, de faire disparaître le corps du maire de Plomeur, car les restes de Louis LARNICOL, l’instituteur massacré à la « prison » Saint-Gabriel, ne seront pas retrouvés malgré les fouilles faites par les habitants de Lesconil après la Libération.

Nouvelles exécutions à la Torche.
Le 22 juin, six autres patriotes de Lesconil, arrêtés dans la rafle du 12 juin, sont condamnés à mort par le Tribunal militaire de la Feldkommandantur. Debout sous le porche de la chapelle, les parents ou amis des Résistants ont parfois, la chance, bien triste, d’apercevoir leurs prisonniers aux fenêtres d’en face.

Le jugement est exécuté le 23 juin 1944, à 22 h 20 pour Etienne CARIOU, Corentin DIVANACH et Julien FAOU, à 22 h 28 pour Albert LARZUL, Armand PRIMOT et Prosper QUÉMÉNER (7).
Ainsi les jeunes, âgés de dix-neuf à vingt-deux ans, voient probablement tomber leurs aînés, âgés de trente-neuf à quarante-deux ans.

On les enterre dans le sable de la dune, « à 1 ,500 km au nord de la pointe de la Torche et à une vingtaine de mètres de la plus haute mer », comme leurs camarades fusillés huit jours auparavant. Le monument qui perpétuera le souvenir de ces patriotes, érigé à l’emplacement de leurs premières sépultures ou fosses, au nombre de quatre, devra être reculé d’environ 300 mètres à cause de l’érosion marine.

Lors de l’exhumation des suppliciés, on constatera que les corps portaient des liens en fil de fer ou en corde autour des coudes et des poignets ; l’un d’eux est attaché aux chevilles (8). Le corps de Louis MÉHU, exhumé à Pouldreuzic, avait aussi des liens aux chevilles.

Les Allemands savaient-ils que les aînés, Etienne CARIOU, Corentin DIVANACH et Julien FAOU avaient fait la démarche dont nous avons parlé auprès de leurs jeunes camarades du « Maquis » de Plonivel en vue d’obtenir la libération des quatre soldats prisonniers, ce afin d’éviter les représailles ? (9)

De toute manière, la répression devait être inexorable, acharnée. Au-delà des auteurs d’actes de résistance, c’est toute la Résistance que les Allemands poursuivaient pour essayer de l’étouffer en faisant des exemples.

Trente-sept victimes (17 fusillés et massacrés auxquels viennent s’ajouter 20 jeunes hommes décédés en déportation), c’était payer bien cher les actes de résistance commis dans le canton, notamment l’enlèvement de quatre soldats, qui eurent la chance, malgré tout de conserver leur vie.

Quelques semaines plus tard, au début du mois d’août 1944, quand survient la débâcle, les Allemands et les Russes mercenaires n’essaient pas de s’accrocher là où ils ont assez fait pour craindre d’y être faits prisonniers. Ils déguerpissent. Les uns prennent la direction de la presqu’île de Crozon, les autres celle de Lorient.

Dans la nuit du 4 août, vers 1 h 30 du matin, les quatre artificiers chargés de faire sauter les dépôts de munitions s’en vont avant d’avoir fini leur travail. Ils quittent Saint-Gabriel en y laissant toutes les lampes allumées.

Le 5 août, on hisse le drapeau tricolore sur l’école. La Résistance occupe la maison. Des officiers allemands reviennent armés jusqu’aux dents. Ils ont probablement oublié quelque chose. On déconseille aux patriotes d’intervenir. Les indésirables s’en retournent aussi vite qu’ils sont venus.

Le 6 août, les F.F.I. défilent à Pont-l’Abbé en chantant « La Marseillaise ».
Deux mois dans une cache.

Pierre COSSEC, seul rescapé du vieux presbytère de Plonivel, a franchi un talus, atterri dans une cressonnière, puis il a couru sur des kilomètres. Après un long détour, il a pris le bac qui traverse le Stéir et hâté le pas jusque chez son oncle où il sait trouver une cache.

Sous la maison existe en effet un espace d’aération entre le parquet et le sol, haut de soixante centimètres à peine. Pierre COSSEC s’y blottit. Son frère Jacques et un homonyme, Pierre-Marie COSSEC qui craignent l’arrestation, le rejoignent vers 19 heures. Pierre TRÉBERN, dont le frère a été fusillé, rallie le groupe, mais le quittera au bout de huit jours.

Les autres vont rester là cinquante-sept jours dans l’obscurité, sans pouvoir se mettre debout. Ils ne sortiront que deux fois, la nuit, quelques minutes pour se laver.

Les Allemands sont là cantonnant à quelques centaines de mètres perquisitionnant partout. Le bruit des bottes, les diverses rumeurs leur parviennent. Ils savent qu’à la pointe de la Torche, dans le sable des dunes, dorment les corps de leurs camarades F.T.P. que l’Occupant a fusillés.

Ils connaissent leur sort s’ils sont découverts. Otto KNUTTEL et ses hommes ont établi une surveillance. La nuit, une mitrailleuse est braquée en direction de la maison de Jacques LE LAY, autre Résistant qui a échappé à la rafle. Les Allemands attendront vainement son retour .

La belle-soeur de Pierre COSSEC ou son épouse, passe aux reclus leur nourriture par une ouverture étroite dissimulée par un poulailler. Il faut tenir. Juin s’écoule, puis juillet…

Le 5 août retentissent des explosions. L’Occupant fait retraite et détruit stocks et matériel. Fin d’un calvaire mais non de la lutte pour Pierre COSSEC et ses deux camarades.

Après près de deux mois donc passés dans la cache, ils peuvent rejoindre les F.T.P. près de l’étang de Corroac’h en Combrit. Leur forme physique n’est pas brillante, mais ils participent aux combats dans la région, puis dans la presqu’île de Crozon et dans la poche de Lorient…
Sur la libération du canton de Pont-l’Abbé.

« Le 2 août, les Allemands entreposent munitions, bagages et fruits de leurs pillages dans un train formé à Pont-l’Abbé.

« Le 3 août, à Loctudy, ils détruisent les lanternes des phares et deux maisons bourrées de munitions.

« Le 4 août, ils évacuent Penmarc’h, après avoir détruit un radar , et trois camions réquisitionnés que leurs chauffeurs réussissent à saboter. . . Ils contraignent alors des paysans à les conduire à Quimper avec leurs charrettes.

« Heureusement, ils n’ont pas eu le temps de fixer les détonateurs des neuf mines devant faire sauter le phare d’Eckmühl ».

(Rapport de M. AUDlGOU, administrateur du quartier de Guilvinec, à la direction de l’Inscription maritime de Nantes).
Dans l’après-midi du 4 août, les Allemands font sauter en gare de Pont-L’Abbé une rame de wagons chargés de munitions de toutes sortes, après avoir fait évacuer le quartier.

Dans la nuit ,toute une série d’explosions dans toute la région bigoudène : Kerharvan , l’Ile Chevalier , et la plus violente, à Pichepoude, en Loctudy , qui anéantit plusieurs maisons.

La samedi 5 août, les FFI-FTPF récupèrent armes et munitions encore utilisables et font la chasse aux Allemands camouflés dans la campagne.

Le dimanche 6 août est vraiment le jour de la libération. Partout flottent les drapeaux français et alliés , tandis qu’aux boutonnières fleurissent les cocardes aux trois couleurs.

Le matin, le Comité local de Libération procède à l’installation d’une Commission (délégation) spéciale chargée de l’administration provisoire de la ville… L’après-midi a lieu le défilé des troupes de la Résistance sous le commandement du capitaine Alain BERNARD… et acclamées par une foule enthousiaste. . .

( « Le Télégramme » du 20 septembre 1944).

Les jeunes F.F.I.-F.T.PF., continueront le combat à Audierne et dans la presqu’île de Crozon.
(1) Déclaration du lieutenant Hans KIESCHKE, P.G.A ( prisonnier de guerre allemand) au camp 1101 à Rennes. entendu le 27 juin 1946 par M SEGOT, délégué régional adjoint au service de la recherche des crimes de guerre

(2) Déclaration de Hans KIESCHKE

(3) Déclaration de Otto KNUTTEL, P.G.A au camp 1101 à Rennes, entendu le 10 décembre 1945 par M. MORICÉ, délégué régional au service de la recherche des crimes de guerre

(4) Déclaration de Otto KNUTTEL

(5) Déclaration du lieutenant Hans KIESCHKE.

(6) Déclaration de Otto KNUTTEL

(7) Lettre de la Feldkommandantur au préfet, datée du 26 juin 1944 (Gericht der Feldkommandantur 752, St LI. 305144 GIN 17518)

(8) Procés-verbal d’exhumation en date du 8 août 1944

(9) Cf « Une page de l’histoire de Lesconil », plaquette dactylographiée par Charles CHALAMON, sénateur, président d’honneur du Conseil général de Seine-et-Marne

Autres sources

– Témoignages de Mme MÉHU. MM. René JAOUEN, Julien DURAND, Pierre COSSEC., recueillis vers 1967 par A. LE GRAND ;
A LE GRAND
Les Cahiers de L’Iroise, n° 2, 1967, « Le Pays Bigouden sous la botte »

Pierre COSSEC

PIERRE COSSEC        

Pierre COSSEC est décédé le 14 décembre 1985 à l’âge de 72 ans.

Le trait dominant de Pierre COSSEC fut, sans conteste, sa fidélité à l’idéal auquel il avait adhéré, dès 1934, alors que des soubresauts violents consécutifs à prise du pouvoir par Hitler, en Allemagne, agitaient notre pays .Il rejoignait, en effet, à l’âge de 21 ans, la toute jeune cellule du PCF que venaient de créer, à Guilvinec, Marc SCOUARNEC et quelques autres camarades. Le jeune et fervent antifasciste qu’il était déjà avait compris que le meilleur moyen de lutter contre le fascisme était de militer au Parti  Communiste.

Dès lors et tant que son état de santé le lui permit, Pierre participa activement à toutes les luttes populaires pour le progrès social et l’émancipation des travailleurs, rejoignant, dans le même temps les rangs de la C.G.T.

Durant l’occupation de notre pays par les armées nazies, Pierre toujours fidèle à son engagement, entra tout naturellement dans la Résistance. Il assuma d’importantes responsabilités au FRONT NATIONAL dont la branche combattante était les Francs-Tireurs et Partisans français (F.T.P.F.). A la libération, il participa au Comité local de libération, puis  à la Délégation Spéciale dont la tâche fut de relancer l’activité municipale et de préparer les élections de 1946 dans le cadre d’une vie démocratique enfin restaurée après cinq années d’une terrible occupation.

En 1946, il est élu Conseiller municipal et va ainsi, plus de trente années durant, participer à la conduite des affaires municipales aux côtés de Marc SCOUARNEC d’abord, de Jean LE BRUN ensuite.

Malheureusement, en 1977, son mauvais état de santé ne lui permit pas de solliciter le renouvellement de son mandat.

Sur le plan syndical, sa longue activité militante, notamment à la COOP, lui valut de recevoir, voici quelques années, la médaille de la fidélité à la C.G.T., distinction qui honore les militants ayant plus de trente années d’activité syndicale.

Son attachement sans faille à l’Ecole Publique qui l’avait formé, le conduisit tout naturellement à accepter la fonction de Délégué cantonal, puis de Délégué départemental de l’Education nationale.

Extrait du N°121 de Février-mars du 1986 « Travailleur Bigouden »