Poulguen, les fosses communes

Pour ne pas oublier… En 1944 les troupes allemandes d’occupation fusillèrent des hommes qui avaient oser s’opposer à la barbarie et qui voulaient libérer leur pays..
A Poulguen, en Penmarc’h, 35 corps furent retrouvés dans des fosses communes.
Fin août une cérémonie a eu lieu au cimetière de Penmarc’h.

01.Poulguen.01

 » Note de JK : Ces photos nous ont été confiées par André Bernard. Son père, le Capitaine FFI Alain Bernard, avait demandé au studio Pouillot-Ehanneau de Pont-L’Abbé de couvrir cet évènement. C’est lui aussi qui a obtenu la présence de deux représentants des forces alliées, un officier britannique et un officier américain, à Poulguen. »

02.Poulguen.0203.Poulguen.0305.Poulguen.0506.Poulguen.0607.Poulguen.0708.Poulguen.0809.1.Poulguen.09.1

09.2.Poulguen.09.2

10.Poulguen.10

11.Poulguen.1112.Poulguen.12

13.Poulguen.13

14.Poulguen.1415.Poulguen.15

16.Poulguen.16

17.Poulguen.17

18.Poulguen.18

19.Poulguen.19

20.Poulguen.Monument

Publicités

A la mémoire des fusillés de Poulguen, par Alain Signor

A LA  MEMOIRE DES FUSILLES DE POULGUEN par Alain Signor en 1964 

Le  8 mai dernier (1964), dans toutes les communes de France, a été commémoré l’Armistice du 8 mai 45. Au Guilvinec, à Treffiagat et Penmarc’h, cette cérémonie a  été marquée par un dépôt de gerbe au monument aux Morts. La plupart des participants se sont ensuite rendus au monument des fusillés de Poulguen, Poulguen où, d’avril à mai 1944 (voici donc 20 ans), tombèrent avec un grand courage 33 combattants de la Résistance.

Deux républicains espagnols y achevèrent leur héroïque combat pour la liberté, mêlant un sang généreux à celui de nos compatriotes . Plus tard les bourreaux hitlériens, après avoir abattu sur le territoire de leur commune natale les deux frères Volant, de Plobannalec-Lesconil. vinrent enfouir leurs cadavres dans le sable abreuvé de sang de Poulguen. Au total 35 patriotes y trouvèrent une fin glorieuse.

Leurs noms sont gravés dans le granit du monument érigé en 1947 à l’initiative de la municipalité de Penmarc’h, sur les lieux même du massacre, sauf pour quatre d’entre eux, non identifiés et qui y figurent sous l’inscription : «  quatre Anonymes » .Quatre soldats sans uniforme, de la  liberté et de l’indépendance, soldats aux noms perdus, d’autant plus chers, s’il est possible, à nos cœurs.

Ces combattants étaient tous des travailleurs : ouvriers, paysans, marins, artisans, commerçants, enseignants, fonctionnaires…

La noble figure du docteur Nicolas, né à Pont-L’Abbé , le 16 décembre 1879, domicilié à Concarneau représentait les professions libérales. C’était aussi le doyen d’âge de tous ces héros. Il aurait pu être le père, et même le grand-père de beaucoup d’entre eux.

Ce qui frappe, en effet, c’est leur jeunesse. La plupart étaient Finistériens; mais l’Ille-et-Vilaine, L’Eure-et-Loir et la Région parisienne y étaient aussi représentés, et, nous l’avons vu les Républicains espagnols . Ce qu’ils avaient tous de commun, c’était la haine de l’oppression, l’amour de la liberté, la volonté d’une vie  meilleure dans un monde libéré de la servitude.

Nom et prénoms                    date de naissance       lieu de naisance     Résidence
Quatre anonymes
MORENO (pseudo) Joseph           15.09.1915          Madrid (Espagne)        Réfugié en France
GARCIA Martin Antonio              13.0.1911              Avila  (Espagne)           idem
LE GALL François                       09.11.1923                   ?                        Saint_Grégoire(IetV)
CARON William                             18.02.1919                  ?                    Sorel-Moussel (EetL)
COCHERY René                          06.01.1914          Chartres (E et L)          Morlaix
BEVIN Yves                                 09.01.1921          Peumerit ( Fin.)        Vitry-sur-Seine
LANCIEN Jean-Louis                  05.05.1921          Scaër                          Scaër
QUEINNEC Arthur                      18.09.1919          Quimper            Quimper
LE PORT Charles                          2301.1920           Quimper             Quimper
VOLANT Marcel                        04.08.1916           Quimper               Quimper
KERGONNA Marcel                 08.09.1919             Beuzec-Cap-Sizun    Quimper
PLOUZENNEC Pierre               12.05.1920         Plogastel-Saint-Germain  Quimper
CAM  Maurice                            20.06.1919             Pont-De-Buis           Pont-de-Buis
NORMANT Robert                    30.07.1919         Plouhinec                    Plouhinec
VOLANT Antoine                       20 ans           Plobannalec-Lesconil  Plobannalec-Lesconil
VOLANT Yvon                            30 ans                              idem               idem
GRALL Henri                             07.01.1922          Pleyber-Christ            Pleyber-Christ
BOURLES Jean                          11.06.1920            Pleyber-Christ            Pleyber-Christ
CREAC’H Albert                        07.08.1920                           idem             idem
PHILIPPE François                     22.09.1920                   idem                  Landivisiau
LE BUANEC Arthur                   01.09.1919            Guerlesquin                 Morlaix
LE SIGNOR Roger                     29.12.1919            Camaret-sur-Mer Camaret-sur-Mer
COAT Paul                                 03.03.1925             Brest St Marc              Brest
TANGUY Hervé                         25.01.1926                    idem                     idem
PAUGAM Roger                        12.10.1923                    idem                     idem
LE BAUT Roger                         17.09.1921                    idem                     idem
BRUSQ  Emmanuel                     13.08.1923              Audierne               Audierne
SIMON Jean                              09.10.1924                    idem                  idem
CADIC Eugène                           14.04.1921               Bannalec                Bannalec
LOREC Eugène                          10.04.1920             Pont-L’Abbé              idem
Dr NICOLAS Pierre                   16.12.1879                   idem                 Concarneau

Les Résistants étaient astreints à la stricte observation des règles de la clandestinité. La moindre indiscipline en ce domaine pouvait entraîner de redoutables conséquences. C’est pourquoi de leurs épreuves, de leurs combats, de leurs succès comme aussi de leurs revers, il subsiste peu de traces écrites, car l’ordre était, ici, inflexible : il fallait détruire toutes les traces écrites susceptibles de renseigner l’ennemi.

Toutefois, voici deux témoignages : l’un émane de Jean-Roland PENNEC de Camaret-sur-Mer, plus connu de ses compagnons d’armes sous le pseudonyme de « Capo ». L’autre vient  d’un douanier allemand de la Gast de Guilvinec, recueilli par un de ses collègues d’Audierne et rapporté par Francis POSTIC, ancien maire de cette dernière commune et ancien douanier lui-même.

« Capo » avait 23 ans lors de évènements dramatiques de Poulguen. Ce n’est qu’à une énergie indomptable qu’il  dut de ne point partager le sort de ses infortunés compagnons.

Très tôt, sa volonté de combattre l’envahisseur les armes à la main le conduisit à s’enrôler dans les F.T.P.F., avec une poignée de Camarétois aussi décidés que lui à la lutte. Affecté au maquis de Spézet, il entra, avec son ami Roger SIGNOR dans l’unité de choc constituée en 1943 et placée sous le commandement de Yves BEVIN, professeur à Vitry-sur-Seine.

L’unité comprenait d’autres résistants connus pour leur bravoure : Jean-Louis LANCIEN de Scaër , Fernand AUMEL, probablement de Callac ( Côtes du Nord), Jean-Louis DERRIEN de Plonéour-Ménez, leur agent de liaison et un Camarade juif dont « Capo » ignorait l’identité et dont il pense qu’ils seraient parmi les « anonymes » de Poulguen.

Cette unité harcela l’ennemi dès sa constitution ; elle battait un vaste secteur de la Montagne Noire. Admirablement renseignés, elle frappait les postes isolés, mitraillait les cantonnements, les transports, faisait sauter les dépôts de munitions et de matériel de guerre. L’objectif atteint la troupe s’évanouissait, puis se regroupait sur des bases éloignées.

Cependant Yves BEVIN fut arrêté au Fell en Spézet, en 1943, avec son agent de liaison et un autre camarade. Condamnés à mort, ils furent exécutés à Poulguen. L’unité reconstituée,

Le commandement en fut confié à « Capo ».

Au début de l’hiver 1943-44, elle reçut la mission de transférer cinq aviateurs américains dans les Côtes-du-Nord. La tâche accomplie, l’escorte s’arrêta à Gourin sur le chemin du retour ; elle fut hébergée à l’hôtel-restaurant Perrot, près de la gare. A ce moment « Capo » contracta une forte grippe et dut garder le lit. Il demanda en vain à ses compagnons de quitter l’hôtel-restaurant, mais aucun ne voulut le laisser seul. Deux jours plus tard , ils y étaient encore. Au cours de la dernière nuit passée à l’hôtel, 200 Allemands transportés par camions, cernèrent l’immeuble. Jetés dehors, en chemise, les mains levées et aveuglés par les phares des camions, Capo et ses compagnons demeurèrent deux heures durant exposés aux morsures d’un froid glacial. Emprisonnés d’abord à Carhaix, privés de toute nourriture et de boisson pendant trois jours, ils furent ensuite transférés à la prison Saint-Charles de Quimper. Tous furent condamnés à mort. Ils se retrouvèrent à dix dans le cachot destiné aux condamnés à mort. Aussitôt, ils entreprirent de s’évader, se procurèrent une corde, peu solide hélas, percèrent le plafond de la cellule puis la toiture. Selon l’ordre déterminé; Capo sortit le premier suivi de Jean-Louis DERRIEN. Lorsque Roger SIGNOR, plus corpulent parvint presqu’à la toiture, la corde se rompit. Les huit patriotes qui restaient furent exécutés à Poulguen en avril-mai 1944.

Pour terminer cette évocation et faire toucher du doigt – notamment aux jeunes générations- le courage inouï de ces hommes , nous rappellerons l’exemple de Manu BRUSQ d’Audierne. Ce témoignage nous vient d’un douanier allemand de la  GAST  (Douane allemande) du Guilvinec, recueilli par un de ses collègues d’Audierne et que nous a rapporté Francis Postic, ancien maire de cette commune et ancien douanier lui-même.

Manu Brusq, jeune homme athlétique. Dynamique, très intelligent et cultivé, était l’homme des coups de main spectaculaires, I’homme « sans peur ». Il avait du mal à se contenir et sa témérité frisait apparemment l’inconscience du danger comme en témoigne son dernier acte avant son exécution.

Alors que les condamnés arrivaient au lieu désigné pour leur exécution, encadrés par les soldats allemands, fusils chargés, baïonnette au canon, un capitaine commit l’imprudence de s’approcher trop près des patriotes pour lancer un ordre aux soldats de tête. D’un geste frénétique, Manu BRUSQ s ‘empara du petit sabre de l’officier et le tua. Presque massacré à coups de crosses, il fut fusillé quelques minutes plus tard.

Ni chez Manu, ni chez ses camarades, il n’y avait la moindre inconscience du danger. Bien au contraire, ils étaient bien placés pour apprécier la sauvagerie de l’ennemi et savaient pertinemment à quoi ils s’exposaient, mais leur détermination venait d’abord de leur haine d’un oppresseur particulièrement féroce, mais aussi dans ce que, dans le combat, ils s’étaient aguerris et connaissaient parfaitement ses insuffisances et ses faiblesses.

A l’heure où certains s’efforcent de ternir l’image de la Résistance, de réhabiliter quelques criminels nazis, où certaines organisations d’extrême-droite se réclament ouvertement de l’idéologie fasciste, il était bon que soient rappelés les immenses sacrifices consentis par notre peuple pour libérer notre territoire de l’oppresseur hitlérien.

Alain Signor, Député du Finistère

 

Antoine VOLANT

VOLANT Antoine, Marie

Volant_Antoine
Antoine Volant

Né le 29 mars 1924 à Plobannalec (Finistère), fusillé le 9 juin 1944 à Saint-Gabriel, commune de Pont-l’Abbé, enterré à Penmarc’h (Finistère).

Fils d’Hervé Volant , marin-pêcheur et de Marie-Anne Biger, ménagère, Antoine Volant, marié, domicilié à La Palud-Lesconil. Sous-lieutenant FTPF-FFI dans le bataillon Bigouden depuis le 1er avril 1944, il participa à la garde des soldats allemands prisonniers. Il fut blessé au cours d’un engagement avec les Allemands puis transféré à la prison Saint-Gabriel de Pont l’Abbé et exécuté. exécuté sans jugement le jour même à Saint-Gabriel, commune de Pont-l’Abbé.
Une autre source le dit abattu le le 9 juin 1944 au lieu dit Kervéol, alors qu’il avait tenté de fuir le presbytère de Plonivel lors de son attaque par les Allemands. Il fut enterré sur la dune de Poulguen, commune de Penmarc’h.
La fosse fut ouverte le 31 août 1944 et livra trente-cinq cadavres qui furent difficiles et parfois impossibles à identifier, pour quatre d’entre-eux.
Il fut déclaré « Mort pour la France » et obtint le statut d’Interné résistant (IR).
Il était le frère cadet d’Yves Volant qui subit le même sort, mais il n’avait pas de lien de famille proche avec Marcel Volant qui figurait dans la même fosse.
Antoine Volant fut enterré avec son frère au cimetière de Lesconil. Le drapeau rouge sur le plaque signale son lien au mouvement communiste.

SOURCES : DAVCC, Caen (notes de Delphine Leneveu). — Site Les amis de la résistance du Finistère.

Delphine Leneveu, Annie Pennetier, Claude Pennetier

2007-2015 © Copyright Maitron/Editions de l’Atelier – Tous droits réservés || Maitron – 9, rue Malher – 75004 Paris

Note de JK : C’est bien en tentant de fuir que les deux frères Volant ont été abattus. Deux petites stèles marquent l’endroit précis où chacun des deux frères a été abattu .Pour plus de précisions sur les circonstances se reporter à l’article sur Saint-Gabriel

Yves VOLANT

VOLANT Yves, Hervé, Marie

Né le 26 octobre 1913 à Plobannalec (Finistère), abattu par les Allemands le 9 juin 1944, enterré dans une fosse à Poulguen en Penmarc’h (Finistère) ; marin pêcheur.

Yves Volant, domicilié à Pont-l’Abbé, était marié à Ambroisine Sinou et père de trois enfants : Gérard né en 1938 et deux jumelles nées le 19 décembre 1942. Sergent FFI dans le bataillon Bigouden depuis le 1er juin 1944, il participa à des coups de main contre les Allemands, au ravitaillement des maquis de Spézet et de Scaër en vivres et armes. Il fut blessé au combat en se défendant contre la Feldgendarmerie venue l’arrêter le 9 juin 1944 puis exécuté sans jugement le jour même à Saint-Gabriel, commune de Pont-l’Abbé.
D’autres source le disent abattu alors qu’il avait réussi à traverser en courant la ria du Steir en s’échappant de Plonivel. Il serait mort après son transfert à Pont-l’Abbé.
Il fut enterré sur la dune de Poulguen, commune de Penmarc’h.
La fosse fut ouverte le 31 août 1944 et livra trente-cinq cadavres qui furent difficiles et parfois impossibles à identifier, pour quatre d’entre-eux.
Il fut déclaré « Mort pour la France » et obtint le statut d’Interné résistant (IR).
Il était le frère d’Antoine Volant qui subit le même sort, mais n’avait pas de lien de famille proche avec Marcel Volant qui figurait dans la même fosse.
Le drapeau rouge à côté du drapeau tricolore sur la plaque de sa tombe au cimetière de Lesconil signale son lien au mouvement communiste.

SOURCES : DAVCC, Caen (notes de Delphine Leneveu). — Site Les amis de la résistance du Finistère. Delphine Leneveu, Annie Pennetier, Claude Pennetier

2007-2015 © Copyright Maitron/Editions de l’Atelier – Tous droits réservés || Maitron – 9, rue Malher – 75004 Paris

Emmanuel BRUSQ

Né le 13 août 1923 à Audierne (Finistère), fusillé le 21 avril 1944 sur les dunes de Poulguen en Penmarc’h (Finistère).

Fils de Joseph Alain, retraité des Postes, et de Jeanne, Madeleine Poyard, son épouse, Emmanuel Brusq, dit Manu, naquit à Audierne (Finistère) le 13 août 1923. Il était le quatrième enfant d’un premier mariage au Sénégal, dont les trois premiers décédèrent en bas âge des suites de maladie. Il avait quatre ou cinq ans quand son père divorça ; il fut alors placé chez une dame, « Tante » Jeanne Bonizec (ex-bonne et amie de la famille), domiciliée à Audierne, où il apprit le breton.
En 1930, son père se remaria, et son épouse éleva Emmanuel comme son propre fils. De cette union, naquit son demi-frère Alain. « Manu » effectua un séjour de trois ans à Porto-Vecchio (Corse) où il apprit la langue corse. Il revint ensuite à Pont-Croix puis à Audierne en 1936. Après ses études à l’école primaire, il fut pensionnaire au cours complémentaire de Plozévet. En 1939, il s’engagea dans la Marine et, d’avril 1940 à octobre 1942, il suivit les cours de formation à l’école des mécaniciens de la Marine nationale située à Saint-Mandrier (Var). Il s’engagea alors pour cinq ans et embarqua sur le torpilleur « Lansquenet » à Toulon en qualité de matelot de 2e classe. Après le sabordage de la Flotte à Toulon en novembre 1942, Emmanuel Brusq revint en permission pour trois mois à Audierne.
Le 1er avril 1943, il obtint le brevet élémentaire de mécanicien et reçut un certificat de bonne conduite avec la mention « exemplaire ». Il se retira définitivement chez lui pour y exercer le métier de marin pêcheur. Ne supportant pas l’occupation allemande, il participa à quelques coups de main avec des jeunes, et, en fin 1943, il partit avec quelques amis audiernais dont Constant Le Floch et Jo Le Gac pour tenter de rallier l’Angleterre en passant par l’Espagne. Il fut arrêté avec Constant Le Floch, dans les Pyrénées. Les Allemands trouvant un « noir » accompagné d’un « blanc », les prirent pour des aviateurs américains et les interrogèrent en anglais. D’abord surpris, ils leur répondirent en breton. Les Allemands, interloqués, ne savaient que penser. Ils furent internés au fort du Hâ à Bordeaux le 29 juin. On plaça un « mouton » dans leur cellule, mais eux continuèrent à communiquer en breton. La supercherie dura quelques jours, mais, sous la torture, une expression française échappa à l’un d’eux, qui les trahit. Le 31 août, ils furent transférés au stalag 22 du camp de Compiègne.
Le 18 septembre ils furent enfermés dans un wagon de marchandise en direction de Dachau. Dans la nuit du 18 au 19, Manu réussit à forcer la porte du wagon, car, de grande taille, il était doté d’une force « herculéenne ». Profitant d’un ralentissement, il sauta du train avec quelques autres, et tous se dispersèrent. Les mitrailleuses crépitèrent ; Constant Le Floch ne le suivit pas, et rentra de Dachau en 1945.
Manu Brusq regagna Audierne en voyageant de nuit, souvent dans des wagons de marchandises, parfois caché par des cheminots. Trop facilement reconnaissable « au pays », du fait de la couleur de sa peau, il fut mis en contact avec Yves Le Meur, responsable des FTPF, par le cultivateur d’Audierne chez qui il s’était réfugié. Sa mise en sécurité jointe aux difficultés dues à l’afflux de réfractaires au STO fut à l’origine de la création par les FTP du maquis de la forêt de Cascader, près de Scaer. Malheureusement ce maquis fut dispersé par les Allemands le 23 octobre 1943.
Emmanuel Brusq rentra alors à Audierne où il dût vivre caché, parfois chez ses parents, parfois dans les fermes du pays, dont celle de M. Rogel dans le hameau de Kerhuon. Il fut repris le 19 février 1944, lors d’une opération des FTP, et incarcéré à la prison Saint-Charles à Quimper.
Dans la nuit du 20 au 21 avril 1944, il fut transporté avec une trentaine de ses camarades, dont Charles Le Port, pour être fusillé dans les dunes de Penmarc’h. Une dame, habitant dans une maison isolée proche de là, regarda à travers ses volets. Elle racontera plus tard : « j’ai vu un grand noir sauter du camion, accrocher l’officier du peloton par le coup, lui arracher sa baïonnette et le tuer ». Manu fut gravement brutalisé avant d’être fusillé.
La fosse fut ouverte le 31 août 1944 et livra trente-cinq cadavres.
Mort pour la France à l’âge de vingt ans, Emmanuel Brusq était sergent-chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
La voie qui longe la plage d’Audierne porte son nom.

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Site Les Amis de la Résistance du Finistère. – État civil. Pointe de Cornouaille, 1940-1944, chronique d’une région maritime bretonne durant la Seconde Guerre mondiale, de Jean-Jacques Doaré et Alain Le Berre, mars 2006, ISBN : 2-9624073-0-4. – An disonj ne ket bezo ho eil sebeil, L’oubli ne sera pas leur second linceul, de Mme Yvonne Bouer-Trividic. – Témoignage d’Alain Brusq, son demi-frère. – Rapport d’activité d’Yves Le Meur. – Le site Aux marins, mémorial national des marins morts pour la France.

Cette biographie est issue du Maitron

Autre biographie dans « Au marins »