Meihl Corroac’h

DE TRÉMEOC A MEIHL CORROAC’H

Au cours des opérations répressives menées par les Allemands dans le canton de Pont-L’Abbé, un groupe de FTP prend le maquis à Tréméoc, d’abord sous le commandement d’ «Alex» ( sans doute Corentin LE FLOCH , de Quénéven ) , puis de Jean-Marie HENVIC qui vient de Guiscriff ( Morbihan). Le groupe, très mobile, comprend Emile Le ROY, de Pont-L’Abbé, Vincent-Etienne NEDELEC, Rodolphe PERON, Christian THOMAS, Emile COSSEC de Léchiagat, Pierre TANNEAU de Guilvinec .

Ils exécutent quelques sabotages, notamment sur la voie de chemin de fer de Pont-l’Abbé à Quimper. Leur armement est hétéroclite .

Le 4 août, NEDELEC transmet à ses camarades restés au Guilvinec l’ordre de rejoindre le maquis. Rodolphe PERON l’accompagne. A Saint-Jean Trolimon – il fait nuit, mais il y a clair de lune- ils tombent sur une colonne d’Allemands dont certains montés sur des charrettes de paysans. On les fait monter dans un des véhicules. Péron parvient à cacher sous une couverture le révolver qu’il porte sur lui. A l’entrée de Pont-L’Abbé, les deux hommes doivent précéder le convoi, en tenant les mains en l’air. En fin de compte, ils sont relâchés, non sans avoir reçu des coups. Ils poursuivent alors leur mission.

Répondant à l’appel de Nédélec, les hommes arrivent dans la campagne de Meil-Corroarc’h, en Plomelin et se répartissent dans les bosquets environnants. Au départ, ils étaient environ une vingtaine, la plupart recrutés à Léchiagat par l’instituteur Durand : un engagement qui pour certains remontait à 1942 : Rodolphe Péron connu des services de police alle­mande, Jean Larnicol, Georges Adam, Etienne Nédélec, Guillaume Le Brun, Marcelin Le Rhun, Albert Larzul, Christian Thomas, Corentin Rolland.

La mobilité étant essentielle au maquis, ils changeaient souvent de place pour la nuit. Bien reçus dans les fermes malgré les risques qu’ils faisaient prendre à leurs hôtes, ils travaillaient parfois aux champs.

Il est utile de préciser qu’après les rafles opérées au Guilvinec et Léchiagat en juin 44, plusieurs F.T.P. considérés comme « ter­roristes » ne se sentaient plus en sécurité. Pierre Tanneau dormait dans la cabane d’une carrière de Tréméoc et travaillait le jour dans la ferme voisine. Plusieurs fois les Allemands virent le chercher à son domicile. Le groupe de Léchiagat séjournait près de l’étang de Corroac’h tout en faisant quelques retours deux par deux dans leur port d’origine, au risque d’être interceptés. Vinrent rapidement s’y ajouter les Guilvinistes Isaac Stéphan « l’infirmier », Louis Coupa et Henri Cloarec libéré de la prison de St Charles et, somme toute, bien courageux. En outre, plusieurs Pont­-l’Abbistes dont Jean Pensec et Gaston Mavic, deux « étrangers », Alex de Guiscriff et Jean Marie HENVIC de Scaër , leur chef, et deux Russes déserteurs.

Joseph Quillec
Joseph Quillec

Ces « maquisards » reproduisaient des tracts anti­-allemands ou contre le marché noir (Jean-Marie Trébern de Pluguffan) qu’ils affichaient aux portes de mairies environnantes. Le temps se passait à aider les paysans mais aussi à surveiller la départementale voisine et les allées et venues des Allemands. Ils possédaient peu d’armes, quelques grenades, quelques revolvers provenant des conteners de Léchiagat. Très rapidement, c’est autour du Moulin de Meihl Corroac’h tenu par Joseph QUILLEC et sa famille que ces maquisards se concentrèrent .En effet, cette famille généreuse leur offrait parfois le gîte mais beaucoup plus souvent le couvert sans aucune compensation financière .

Une sortie imprudente de 4 d’entre eux aboutit à une halte au bistrot de « l’Avantage » de Plomelin. Tout à coup le patron les prévint que trois feldgendarmes venaient de stopper devant la maison et descendaient rapidement de leur voiture.

Jean Marie bondit aussitôt par la fenêtre, Georges Adam qui portait sur lui un révolver le jeta dans un placard en cas de fouille. Les feld­gendarmes qui s’étaient simplement arrêtés pour consommer virent le geste et firent une fouille en règle. « Français grosse artillerie » dit l’un d’eux en ceinturant Georges Adam. Ce dernier et Alex furent conduits à Quimper et l’on ne les revit plus. Georges Adam partira en déportation dans le dernier convoi. Il semblerait qu’Arsène Coïc l’ait aper­çu à Buchenwald. Le 4ème F. T.P. Rodolphe Péron, mêlé aux autres consommateurs, fut fouillé, inter­rogé, mais relâché !

Cela ne brisa pas l’ardeur des maquisards qui, malgré les risques, ne se dispersèrent pas dans la nature. Le maquis se modernisa puisqu’un « téléphone volant » fut installé directement sur la ligne qui longeait la voie de chemin de fer. Des nou­velles, des ordres pouvaient être ainsi reçus de Pont-l’Abbé. « L’Etat-major » de la Résistance pont-­l’abbiste prévint le groupe que les Allemands se préparaient à quitter la ville et qu’un convoi de munitions et de troupes devait se diriger vers Quimper. L’ordre d’insurrection générale en Bretagne ayant été donné par la BBC (« le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros?« ) pour faciliter l’arrivée des Américains et empêcher le regrou­pement de l’ennemi, le maquis de Corroac’h pou­vait agir et participer à l’hallali en attaquant le convoi en rase campagne.

Dans la nuit du 4 au 5 août, une embuscade fut tendue près du virage sud de l’étang. Les F.T.P. ne disposaient que de 3 fusils, de quelques révolvers mais possédaient de nombreuses grenades prove­nant de Pont-l’Abbé. Ne connaissant pas l’heure du passage, le groupe se sépara en deux. La première moitié attendit. Un convoi de 7 camions bourrés d’Allemands précédé d’un side-car se présenta à 1 h du matin dans le secteur choisi. Les grenades plurent sur les premiers véhicules qui stoppèrent. M. Quillec fit même le coup de feu avec son fusil de chasse. Les Allemands aussitôt mirent une mitrailleuse en batterie ce qui obligea les assaillants à se replier. Pas question de les poursuivre dans la nuit ; le convoi préféra rebrousser chemin, passa le bac à Sainte-Marine mais fut de nouveau attaqué à Bénodet. Le lendemain du sang noir sur la route montrait que les fuyards avaient subi des pertes. Chez les F.T.P., un blessé. Une plaque a été récemment apposée à Corroac’h pour rappeler ce fait d’armes de la Résistance.plaquegorrarch

Les Allemands partis , le « Bataillon Bigouden » sous les ordres de Corentin KERVEILLANT, officier marinier promu lieutenant, cantonne ensuite à Pluguffan où se forment deux compagnies. L’une sous les ordres de Jean-Marie HENVIC, l’autre d’Albert DURET de Pont-L’Abbé. Les hommes interviennent à Tréguennec le 12 août où des marins allemands sont faits prisonniers. Participent également à cette opération, la Compagnie de Plogastel-Saint Germain ainsi que l’unité de FFI commandée par le Capitaine Louis LE DREZEN, officier de réserve de Léchiagat.

Le bataillon portera désormais le nom d’Antoine VOLANT ( du nom d’un Résistant abattu par les Allemands près de la chapelle de Plonivel en Plobannalec – cf article sur les Fusillés de Lesconil)

Pour la suite de ces événements voir l’article de Pierre-Jean Berrou :
«
La Résistance – La Libération au Guilvinec-Léchiagat »


TOUTE UNE FAMILLE DANS LA RESISTANCE
HOMMAGE A LA FAMILLE QUILLEC

Le neuf août 1991, à l’initiative de Vincent-Etienne NEDELEC , une stèle du souvenir était mise en place à proximité du moulin de Meil Corroac’h . Cette cérémonie rassemblait une centaine de personnes dont de nombreux anciens Résistants et leurs familles, des représentants d’associations patriotiques et leurs drapeaux ainsi que de nombreux élus dont le Maire de Combrit, maître d’œuvre de ce monuments du souvenir. Auparavant V.E.Nédélec et quelques résistants s’étaient rendus au cimetière de Plomelin, pour déposer, en compagnie de la famille Quillec, une gerbe sur la tombe de M Joseph QUILLEC décédé en 1970. Mme Marie Quillec se voyait remettre, quant à elle, une gerbe de fleurs ainsi que la médaille de la commune de Combrit.

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Inauguration de la stèle , tout à fait à droite , le maire de Combrit, à sa gauche V.E.Nédélec

Vincent Etienne Nédélec, dans une brève allocution regrettait qu’aucune récompense n’ait été proposée à la famille Quillec : «  Après 45 ans passés depuis la fin de la guerre je voudrais rendre un vibrant hommage à la
famille QUILLEC, à Madame Quillec mère, à son défunt mari, à ses enfants. Ils ont pris des risques considérables en hébergeant clandestinement des dizaines de maquisards et on peut imaginer les difficiles moments passés par la famille Quillec, tant sur le plan de la sécurité, de la vie de tous les jours, constamment perturbée par la présence et le passage des Résistants. Toute la famille, sans exception, a participé d’une certaine façon à renseigner, aider, assister ces hommes. Tout ceci est tombé dans l’oubli sans qu’aucun dédommagement matériel n’ait jamais été proposée à cette famille littéralement ruinée par l’assistance quotidienne qu’ils apportaient aux Résistants, assistance, il est vrai, volontairement acceptée par les Quillec. Les descendants de cette famille peuvent être fiers du comportement courageux dont ont fait preuve leurs anciens sous l’occupation allemande »

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Mme Quillec mère et ses enfants

V.E Nédélec remerciait alors une nouvelle fois la famille : Mme Jeanne Quillec, la mère, et ses enfants, Mme Renée Queffurus, Mme Voquer Françoise, M.Joseph Quillec fils et M.Alain Quillec.

diplome_quillecjosephffi_quillecjosephA noter , concernant les deux documents ci-dessus, que Joseph Quillec , de son vivant, s’est toujours refusé à solliciter quoi que ce soit, ni compensation financière pour avoir hébergé les Résistants, ni décoration. Le témoignage de reconnaissance et le diplôme lui ont été accordés à la demande de son fils aîné après son décès.

La première partie de cet article a été rédigé à partir d’un article paru dans « Le Finistère dans le guerre » de Georges-Michel Thomas et Alain Legrand . Quant à la partie concernant la famille Quillec, nous l’avons préparée grâce à de nombreux documents ( manuscrits dus notamment à V.E Nédélec , articles de presse de l’époque, photos et autres documents divers) que nous a confiés Alain Quillec , le plus jeune fils de la famille ( qui avait 10 ans au moment des faits). Qu’il en soit remercié.
Jean Kervision

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En mars 1943 à Plomeur

En juin 1994, la commune de Plomeur a tenu à commémorer les événements de juin 1944 qui ont abouti à la mort de 2 otages : Louis MÉHU et lsidore LE GARO. D’autres événements, moins tragiques, se sont déroulés à PLOMEUR en mars 1943. Il nous a paru intéressant de les relater ici. Le témoignage de Raymond CRÉDOU, directement impliqué dans ces faits, nous a permis de les reconstituer.

Un avion américain touché

Le 6 mars 1943, en fin d’après-midi, un bombardier américain revenant d’un raid sur LORIENT est touché par un avion Allemand. Le bombardier tombe en mer, en baie d’Audierne, mais auparavant, ses occupants ont réussi à sauter en parachute. lls connaissent des fortunes diverses : certains se rendent aux allemands, l’un d’entre eux, le lieutenant SIMMONS est abattu, le commandant de bord est récupéré par des résistants à TRÉMÉOC, enfin le mécanicien Gienn BLACKMOORE tombe près de la ferme de Lestiala. Les propriétaires d’une des fermes Jean CREDOU, sa femme, sa fille, se précipitent vers l’aviateur dont ils ont vu le parachute tomber dans un champ proche. Bien sûr on ne se comprend pas, on ne parle pas la même langue. Au bout de quelques minutes, un de leurs parents Bastien LE BIHAN crie, les allemands arrivent. Ceux-ci évidemment, du bourg, de Beuzec, de Tréminou où ils étaient stationnés avaient vu le parachute. Heureusement, le commis de la deuxième ferme de Lestiala, Pierre-Marie JOLIVET a la présence d’esprit d’enfouir le parachute dans un terrier de lapin. Tout le monde regagne sa maison rapidement.

La fouille des deux fermes

ll y avait à Lestiala 2 fermes: l’une tenue par Monsieur LE PEMP. Lorsque les allemands arrivent, une vingtaine de minutes après le « parachutage », ils fouillent les deux fermes. lls sont une trentaine, ils passent au peigne fin toutes les pièces des maisons, les tas de paille, de roseaux à la baïonnette, les champs sont ratissés : rien. Ils interrogent les propriétaires : ceux-ci assurent qu’ils n’ont rien vu. Les Allemands sont passés à quelques mètres de l’Américain couché dans son champ de colza, sans deviner sa présence. lls repartent bredouille, sous les yeux de Raymond CRÉDOU qui rentré de l’école a trouvé la cour de la ferme remplie de soldats interrogeant son père.

Que faire de I’aviateur ?

L’aviateur reste couché dans son champ de colza. Au couvre feu, vers 21 heures, Jean CRÉDOU et, Bastien LE BIHAN lui apportent un casse-croûte. On le laisse passer la nuit, puis la journée du lendemain. Qu’en faire ? On ne sait pas. Le deuxième soir, Raymond va le chercher, dans son champ, le ramène à la maison pour dîner. On essaie de discuter. L’aviateur sort une carte en soie, demande où se trouve PARIS. Comment y aller ? On le reconduit dans son champ. Le 3e soir, on retourne le chercher. On s’enhardit, les Allemands ne sont pas revenus, il a pris froid, il couchera dans la paille, mais dans la journée il retournera dans son champ. Un avis a paru dans les journaux, a été placardé sur les murs, comme quoi : « Tous ceux qui aideraient… les équipages d’avions ennemis abattus…seraient fusillés sur-le-champ ». Il faut trouver une solution d’urgence.

La solution

Jean CRÉDOU se rend alors à PONT-L’ABBÉ voir son ami Sébastien VOLANT et ses fils qui ont des contacts avec la Résistance. Celui-ci s’entretient avec l’adjudant-chef JAFFRAY…. C’est ainsi que Noël ARHAN de LOCTUDY et Pierre DRÉAU parviennent à la ferme de Lestiala accompagnés de Bastien VOLANT. Ils apportent avec eux des vêtements civils pour l’aviateur. Celui-ci va gagner LOCTUDY à vélo avec Noël et Pierre. Il partagera à l’hôtel, la chambre de son commandant de bord. Au bout de quelques jours, il quittera LOCTUDY pour QUIMPER d’où il ne partira que huit mois après son « atterrissage forcé »…

(in Bulletin municipal de Plomeur . Avril 1995 )

Note personnelle de Jean Kervision : Ce jour-là , avec quelques camarades,  je me trouvais près du cimetière du Guilvinec quand nous avons vu tomber cet avion, ainsi que les aviateurs sauter en parachute. Quelques jours plus tard , la rumeur publique nous apprenait que l’un d’entre eux avait été tué par un soldat allemand dès son arrivée au sol et qu’il avait été inhumé au cimetière de Saint-Jean Trolimon. Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque nous avons eu les deux fils de Raymond Crédou et de son épouse Denise , Jean-Michel et Ronan, comme élèves à l’Ecole publique de Plomeur que nous avons appris ce fait de résistance de Raymond lui-même

Un témoignage intéressant : Rapport d’évasion du Capitaine John L Ryan