Jean FAOU

A l’instar de Louis Bargain, de Jules Le Calvez et d’autres camarades, Jean Faou a été l’un des premiers déportés de Pont-l’Abbé. Ex-présidente de l’UBC (union bretonne des combattants), sa femme, Blanche Faou, se souvient : « Victime d’une rafle à son domicile, il a été arrêté par les gendarmes de Pont-l’Abbé le 16 octobre 1942. Il avait 24 ans ». Membre des jeunesses communistes, Jean Faou a été condamné par le tribunal spécial de Rennes à un an et un jour de détention pour actes de sabotage. « Il avait fait sauter, entre autre, le pont Pen-Enez, il distribuait aussi des tracts… » Après avoir effectué toute sa détention dans plusieurs prisons de France le jeune homme fut déporté au camp de Buchenwald. « Il est rentré avec d’autres camarades le 14 mai 1945, explique Blanche Faou, et nous nous sommes mariés tout de suite après la guerre, en août 1945… Il a eu du courage ! » De ses souvenirs des camps, Jean n’aimait pas parler. « Il restait stoïque, fier des actes de résistance qu’il avait faits et, malgré tout, prêt à recommencer s’il l’avait fallu » assure Blanche Faou. « Mais même mon fils (qui avait quinze ans à la mort de son père) n’a, à l’époque, pas su grand chose sur sa terrible expérience de détention »

(extrait d’un article du journal Le Télégramme du 28 avril 1997)

Jeanne PERON LE BERRE

PÉRON Jeanne (LE BERRE), 9 août 1922 à Pont L’Abbé, institutrice à Plonéour en 1942-1943, à Pont L’Abbé en 1944, nom de clandestinité Audierne.

FN depuis le 1er juillet 1942. agente de liaison entre les groupes de résistance de la région bigoudène, de la région du Cap Sizun et Audierne. Organise un service de renseignements.

 

Simone LE LOCH HÉNAFF

LE LOCH Simone (HÉNAFF), 21 avril 1918 à Pont L’Abbé, commis de mairie à Pont L’abbé.

Libération-Nord depuis décembre 1942.
Fournit des fausses cartes d’identité, cartes de travail, cartes d’alimentation. Effectue des copies de documents et rapports concernant la défense du pays.

Marie-Louise LE CORRE MEHU

LE CORRE Marie-Louise (MEHU), 4 janvier 1888 à Tréguennec, sans profession à Plomeur.

Dossier lacunaire. CND-Castille depuis août 1943 comme agente occasionnelle. Présidente par interim des prisonniers de guerre. Correspondante communale de l’entraide aux prisonniers de guerre et aux réfugiés.

Félicie LE BEUX

LE BEUX Félicie, 31 juillet 1923 à Roudouallec (56), serveuse domiciliée à Saint-Guénolé.

Dossier lacunaire. FN à partir du 1er janvier 1944. Arrêtée le 10 février 1944 alors qu’elle distribue des tracts anti-allemands, internée à Fresnes puis déportée en Allemagne. Revenue.

Marie GUILLEMOT LAVALOU

GUILLEMOT Marie (LAVALOU), 13 mars 1902 à Lanmeur, pharmacienne à Guilvinec.

Dossier très lacunaire. Réseau Johnny de mars 1941 au 15 avril 1942. Soutient le réseau Cohors-Asturies. Confectionne des calots et brassards. Aide des aviateurs américains.

Marie-Anne DUMORLAIX-TANNIOU

DUMORLAIX Marie-Anne (TANNIOU), 6 avril 1888 à Guilvinec, ouvrière d’usine à Guilvinec.

Entre au FN en 1941. Effectue des liaisons. Héberge des résistants recherchés, met sa maison à la disposition des chefs du FN. Entrepose des armes en provenance d’Angleterre destinées au maquis. Participe à l’organisation de collectes et autres souscriptions en faveur des internés, déportés et fusillés et leurs familles

Camille DIEUCHO-GUYADER

DIEUCHO Camille (GUYADER), 16 février 1911 à Pont L’Abbé, employée des PTT à Loctudy.

Libération-Nord depuis août 1942. Seconde son mari très handicapé physiquement, organisateur du mouvement à Loctudy.
Diffuse des tracts et journaux, délivre de fausses cartes d’identité en grand nombre, effectue des liaisons, héberge des résistants.
Participe aux préparatifs de l’attaque de la prison de Mesgloaguen à Quimper en transportant une partie des armes qui doivent servir à l’opération et au départ pour l’Angleterre de la pinasse Jouet des flots.
En accord avec le receveur des PTT, surveille le courrier suspect adressé aux autorités allemandes et facilite les communications téléphoniques entre les responsables de la Résistance de la région bigoudène.

Yvonne COUPA

COUPA Yvonne, née le10 novembre 1913 à Toulon (83), sans profession à Loctudy.

Met sa maison à disposition du mouvement Libération-Nord en mars 1944. Héberge des résistants, conserve des armes, le ravitaillement destiné au maquis, reçoit et transmet des renseignements en l’absence de son frère chef du mouvement.

(active en Résistance avec sa sœur Louise)

Louise COUPA

COUPA Louise, 5 juin 1921 à Toulon (83), domiciliée à Loctudy, pseudo Lili.

Bordeaux-Loupiac depuis octobre 1943 comme chargée de mission P2. Arrêtée le 10 mai 1944, interné à Rennes puis déportée le 2 août à Ravensbrück.
Décédée à Bergen-Belsen le 9 mai 1945.

(résistante active avec sa sœur Yvonne à Loctudy)

Corentin CARIOU 1922

né le 21 décembre 1922 à Loctudy.

Il est déporté de Compiègne le 14 décembre 1953. KL Buchenwald le 16 décembre 1943, matricule 38313. Puis Dora.
Il décède le 25 janvier 1944.

Une rue de Loctudy, de son quartier du Suler, porte son nom.

Raymonde FOLGOAS

Raymonde Folgoas-Guillou, 1925-1996.

Résistante dès l’âge de 15 ans. Recrutée dès janvier 1941 par Jean Bernard, de Pont L’Abbé, elle coopère avec les responsables FTP Jean Guyomarch et Jean Thépaut. Militant au plan inter-région, elle partage ses activités entre le Finistère – et d’abord la région du Huelgoat avec Pierre Gac, Annick Dizes, Marcel Nicolas et Yves Cotton – et Paris où elle échappe de peu, en 1944, à la Gestapo.

Elle fait aussi échouer une attaque allemande contre le maquis « docteur Jacq » et, par ailleurs, assure des missions dans le département avec Marcel Lozach, un des responsables des parachutages FTP, avec Albert Yvinec (« Callac ») et Francis Derrien, du Relecq en Plouneour-Menez.
A Tréguennec, elle prend part à la visite d’un bateau allemand et, par la suite, participe à la libération du Huelgoat et aux combats de la presqu’ile de Crozon avec la compagnie « Barbusse ».

(lu dans « Le Finistère dans la guerre » par Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand)

Une rue de Pont L’Abbé porte son nom :

https://www.letelegramme.fr/local/finistere-sud/ouest-cornouaille/pontlabbe/resistance-hommage-a-raymonde-folgoas-guillou-28-05-2009-399374.php

Raymonde Folgoas-Guillou (1925-1996). C’est une célèbre résistante. Il s’agit de la seule femme honorée à être née à Pont-l’Abbé. Elle entre dans la Résistance en janvier 1941 alors qu’elle un peu plus de 15 ans. En octobre 1942, rescapée de la vague d’arrestations qui avait décimé la Résistance, elle est envoyée à Paris où elle poursuit son action clandestine. En juin 1944, elle prend part à la Libération dans diverses actions et dans les opérations de récupération d’armes ennemies. Elle se distingue sur le front de la presqu’île de Crozon, participant aux combats, faisant le coup de feu, capturant des militaires allemands. Elle pénètre avec son unité dans les bases allemandes de Poulmic, Lanvéoc, Le Fret et l’Ile Longue, en coopération avec les forces américaines.

Simone GRANIER de LILLIAC (BENOIT)

GRANIER DE LILLIAC Simone (BENOIT), 9 octobre 1898 à Quimper, agent d’assurance à Quimper, Tante Simone ou Monique.

Entre au réseau Johnny en janvier 1941 comme agente de liaison, chiffre et déchiffre les télégrammes pour Londres. Reçoit chez elle les chefs, les radios et les volontaires pour l’Angleterre. Arrêtée le 20 mars 1942, internée à Paris, déportée le 27 avril 1943 à Ravensbrück. Revenue. Son mari est mort en déportation. Citée à l’ordre de la division.

Denise FIRMIN

Denise Firmin, née Larnicol, 1922-2019

Voici des extraits de l’hommage qui lui a été rendu par son petit-fils Frédéric, lors de ses obsèques à Lesconil le 19 janvier 2019

Hommage à Denise Larnicol

Elle était parmi les personnes les plus âgées de notre village. Elle était de ces grandes familles de Lesconil qui ont pour la plupart disparu. Denise, nous le savons tous, était une militante au sens le plus noble ; mais c’était aussi, par sa vie, un témoin privilégié du XXème siècle qui, s’il lui apporta tristesse et chagrin, sut lui donner aussi beaucoup de joie.

Morte à l’aube de ses 97 ans, Denise, par la longueur considérable de son existence, fut un témoin exceptionnel des grands bouleversements et plus particulièrement des moments les plus sombres que connurent la France et le monde au cours du XXème siècle.

Née le 5 février 1922 au pied de la butte de Ménez-Veil, elle était la fille de Louis Larnicol et de Victorine le Fur, tous deux issus de familles anciennement installées à Lesconil.

Louis, propriétaire d’un petit bateau dont le nom – « Égalité » – exprimait avec pertinence et simplicité les idées progressistes qu’il avait adoptées, était l’un des enfants du célèbre meunier conteur dont les récits inspirèrent et nourrirent les recueils de Marcel Divanach qui, originaire du quartier, avait eu le bonheur d’assister aux veillées qu’il animait dans sa chaumière. Victorine, quant elle, originaire de Kerandraon, haut de la grand’rue actuelle, était la fille d’un marin, Jean le Fur (Yann ar Fur) et de Anna Draoulec que tout le monde désignait par la forme bretonne de son prénom « Nagen Draoulec ».

Quelques années après sa naissance, Denise changea de quartier pour s’installer à proximité du Temple avant que ses parents ne décident d’entreprendre, non loin de là, au fond d’un chemin que l’on allait baptiser plus tard « rue du Temple », l’édification d’une maison qu’elle ne quittera plus.

A l’école, dès le début, Denise se passionna pour le savoir et, naturellement, se fit remarquer par l’excellence des résultats qu’elle obtenait dans toutes les disciplines comme en témoigneront toujours ses anciennes camarades de classe. Cela fut toujours l’objet pour ses parents d’une indéniable fierté. Ayant obtenu brillamment son certificat d’étude, sésame des enfants du peuple de cette Troisième république de la méritocratie, elle choisit pourtant, contre les conseils de son père, disposé à financer ses études secondaires, de travailler à l’usine pour demeurer dans la compagnie de ses amies. Elle se rendra cependant très rapidement compte de l’erreur commise et nous fera part, jusqu’à la fin de ses jours, des regrets de ne pas avoir suivi les sages conseils paternels.

Mais vinrent les heures sombres. La déclaration de guerre avec l’Allemagne d’Adolphe Hitler, en septembre 1939, allait constituer le commencement de la période la plus dramatique de sa vie. C’est devant le mur du Temple, en présence de ses parents et des habitants du quartier, qu’elle assista à l’entrée triomphale des troupes de la Wehrmacht à Lesconil, dans une atmosphère, comme elle le dira toujours, chargée d’un silence inquiétant. Cette angoisse était, à l’évidence, prémonitoire, car, les quatre années qui suivirent furent pour sa famille proche, comme pour bon nombre de Lesconilois, le temps de ce que l’on pourrait qualifier bibliquement d’une véritable Apocalypse.

Membres très actifs du Parti communiste et patriotes authentiques, son père et ses cousins de la famille Larnicol entrèrent immédiatement en résistance, refusant la politique de collaboration du maréchal Pétain et toute forme d’attentisme.

Les combles de l’antique chaumière des Larnicol au Ménez-Veil furent aussitôt choisis pour abriter les premières armes, les tracts et les journaux clandestins, au péril de la vie de ses oncles et tantes tandis que son cousin, Alain le Lay, révoqué de l’Éducation nationale pour ses opinions politiques, ne cessait de parcourir la Bretagne afin d’organiser et de structurer un vaste mouvement de résistance. Mais les missions dont il était chargé s’arrêtèrent brutalement en 1941 lorsqu’il fut arrêté dans le train, le 12 novembre, par des gendarmes français, abominables sicaires de Pétain et de sa clique de traîtres. Livré aux Allemands et déporté à Auschwitz, il y mourut le 4 octobre 1942 à Birkenau. Louis Larnicol, autre cousin, également chassé de l’Éducation nationale, fut, quant à lui, fusillé à l’école Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé, le 12 juin 1944, après avoirs subi d’horribles sévices dont les traces physiques poussèrent sans doute les Allemands à faire disparaître son corps qui ne fut jamais retrouvé. Pierre Quéméner, un autre cousin, fut fusillé, avec d’autres camarades, dans les dunes de la Torche. Fille unique, Denise se retrouvait donc, lorsque la paix revint, privée d’une partie des parents de son âge et de ses amis les plus proches.

Il convenait de faire le deuil et de passer à autre chose. La vie continuait. Denise épousa René Firmin de Larvor et donna naissance à Louis-René et, un an plus tard, à Marie-Pierre. Il fallut agrandir la maison de Victorine pour y loger confortablement la petite famille. Les années passèrent ; chacun suivit son destin : René Firmin allait en mer et Denise travaillait chaque été dans les cuisines du centre de loisir de la SNCF. Cette activité lui plaisait car, lorsqu’elle fut en retraite, elle en parlait souvent, toujours avec émotion (…).

Une humaniste communiste militante

D’un bout à l’autre de sa longue vie, Denise ne cessa d’être une militante. Jamais elle ne s’arrêta de combattre activement aux côtés de sa famille idéologique, le Parti communiste.

Dès la fondation de ce mouvement, lors du congrès de Tours en décembre 1920, son père avait officiellement adhéré à ce courant révolutionnaire qui, dans le sillage tracé par la révolution d’octobre 1917, voulait mettre un terme à l’odieux système capitaliste fondé sur l’exploitation des travailleurs et des petits. Membre actif et incontournable du syndicat des marins, Louis Larnicol éleva donc sa fille dans une ambiance imprégnée de militantisme. C’est à cette époque qu’elle se familiarisa, comme tant d’autres enfants de Lesconil, avec les luttes sociales parfois intenses dont les ports bigoudens étaient le théâtre.

Devenue adulte et jusqu’à ce que ses forces le lui permirent, Denise fut de la plupart des manifestations que l’on organisait lorsqu’un acquis social obtenu durement par les anciens, comme l’on disait, était menacé. Ainsi, dans les années 1980, elle défila dans les rues de Pont-l’Abbé pour le maintient de l’usine Saupiquet et s’activa vigoureusement pour empêcher la fermeture de l’usine Raphalen de Plonéour-Lanvern et de la conserverie COOP du Guilvinec. A chaque fois qu’un membre du Comité central de la place du Colonel Fabien organisait une réunion dans la région, elle figurait au nombre des participants, généralement en compagnie de sa complice et fidèle cousine Anita Charlot. Je me souviens par exemple l’avoir accompagné à un meeting organisé à Brest, lors de la campagne présidentielle, en vue de soutenir la candidature d’André Lajoinie. Je pus mesurer, et j’en fus impressionné, à quel point l’esprit militant qui l’imprégnait, elle et ses camarades (Anita, Lita Quéméner, Marthe Brenn…), était puissant et quasiment religieux.

Pleinement dévouée aux idéaux d’égalité et de fraternité, c’est naturellement qu’elle s’investit très rapidement dans les causes relatives au pacifisme et, plus récemment, à l’écologie. Il s’agit d’ailleurs, sans nul doute, de la raison qui la poussa à prendre part à un rassemblement organisé en faveur de la disparition des armes nucléaires. Elle fut d’ailleurs enchantée d’y avoir rencontré le sulfureux monseigneur Gaillot dont elle me montrait régulièrement, non sans fierté, les photos qu’elle avait prises de lui.

Finalement, chers amis, une image suffit à résumer l’humaniste et la militante qu’elle fut : celle de Denise juchée sur sa bicyclette bleue à sacoches parcourant notre cher village de Lesconil et ses environs pour remettre aux camarades et aux sympathisants le journal qu’ils attendaient, Leur Journal, celui fondé par le Grand Jaurès : l’Humanité.

En somme, le communisme de Denise fut comme celui de la grande majorité des Français qui croyaient à l’avènement d’un monde meilleur, comme celui mis en poème par Aragon ou celui chanté par Jean Ferrat : un humanisme imprégné d’un profond patriotisme.

Pourquoi la Résistance s’est particulièrement développée ici ?

Beaucoup de marins-pêcheurs ont refusé dès le début l’occupation allemande et se sont embarqués vers l’Angleterre suite à l’appel du général de Gaulle.

Quant au développement important et rapide des FTPF il s’explique par la présence active des communistes dans les années 30 en pays bigouden. Jean-Désiré Larnicol avait été élu maire de Tréffiagat et Marc Scoarnec maire du Guilvinec.
Il y avait déjà un tissu favorable, un maillage important du Parti Communiste.
Dans les années 30 les luttes sociales ainsi que les luttes contre les fascistes avaient soudé ces militants. Il y a donc eu de suite une entente, une complicité et une grande confiance.

Corentin QUIDEAU

Corentin Quideau, résistant FTPF originaire de Plobannalec, cousin de Laurent Hénot (père d’Albert Hénot).

Au moment du débarquement, dans l’Oise, avec une cinquantaine de FTP, dont son fils Elie, ils ont fait dérailler un train transportant des chars allemands vers la Normandie. Cela faisait partie des actions communes avec les FFI. Ils ont été repérés par les Allemands et lors de l’accrochage un officier allemand a été blessé. Des renforts allemands sont arrivés, beaucoup de résistants ont été arrêtés. Corentin a été fusillé le lendemain. Et le jour même son fils Elie a été tué au combat.

Article dans le Travailleur Bigouden n°50 de septembre 1975 :

QuideauCorentin

Roger GUILLAMET

Les deux frères Guillamet sont, avant-guerre, engagés dans les forces navales sous-marines.

En 1940 Roger rejoint les Forces Navales de la France Libre, ce que ne fait pas Isidore qui est ainsi emprisonné en Angleterre.
En 1944, Isidore va s’engager dans la 2eme division blindée du général Leclerc.

Roger a été fait Compagnon de la Libération.

Lire à leur sujet l’article qui leur est consacré dans la brochure de Joseph Coic « L’Occupation, numéro 1 »

Ile Tudy, l’odyssée du Jouet des Flots

Le Jouet des Flots

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1943, après quatre mois de stage en Angleterre et une opération esthétique de la face destinée à le rendre méconnaissable, Yves Le Henaff sera parachuté dans le Finistère avec son radio, le lieutenant canadien Vanier. Pendant huit mois, il sera en Bretagne l’infatigable animateur d’une mission d’évasion du réseau « TR jeune », dirigé par le capitaine Vellaud (dit Toto), et l’organisateur des liaisons maritimes avec l’Angleterre. C’est dans ce contexte que se situe l’opération « Dahlia ». L’objectif de cette mission consistait à exfiltrer vers l’Angleterre par la mer Pierre Brossolette, journaliste et homme politique, Emile Bollaert et Emile Laffont du Comité français de la Libération, le Commandant Jouhaud, d’autres résistants en particulier bretons, des aviateurs alliés (américains, anglais et belges), les trois officiers du réseau Dahlia : le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, le lieutenant canadien Vanier et, le lieutenant Cann, plus le lieutenant Challan-Belval des « TR » (appellation du contre espionnage offensif français à l’époque).

Les 32 membres de cette opération embarquent dans la nuit du 2 au 3 février 1944 sur une vieille pinasse le « Jouet des flots », achetée spécialement pour cette évasion à Douarnenez et convoyée à Concarneau pour être immatriculée avec un nouveau rôle d’équipage afin de tromper les Allemands

Malheureusement, le bateau s’échoue à Feunteun Aod en Plogoff, près de la pointe du Raz. Alors que les Allemands arrêtent une partie des rescapés, Yves Le Hénaff parvient à en évacuer quelques-uns vers Paris. Au cours de cette action, il est fait prisonnier par la Gestapo le 5 février à Audierne.

Incarcéré et torturé à Rennes pendant plusieurs mois, il meurt en juillet 1944 dans le wagon qui l’emmenait au camp de concentration de Dachau.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Le_H%C3%A9naff

plaquejouetdesflots

 

Les fusillés de Poulguen

La période Avril-Juin 1944 fut terrible pour notre pays bigouden.
Des résistants furent fusillés par l’occupant allemand sur le site de La Torche, commune de Plomeur, et sur le site de Poulguen, commune de Penmarc’h.
Les uns comme les autres ont été condamnés à mort par le même Tribunal militaire.

 

Les fusillés de Poulguen

Sur la dune de Poulguen, en Penmarc’h, 35 cadavres ont été retrouvés dans une fosse commune.

Ces jeunes gens qui ont donné leur vie pour la libération de la France étaient tous des résistants internés depuis plusieurs mois à la prison Saint Charles de Quimper. Ils étaient de Brest, de Morlaix, de Pleyber-Christ, d’Audierne, de Pont L’Abbé, de Bannalec, de Guerlesquin etc. Ils avaient appartenu aux maquis de Gourin, Spézet, Mahalon. Ils s’étaient engagés dans les Francs-Tireurs et Partisans et appartenaient presque tous au Parti Communiste. Ils avaient été arrêtés par la Gestapo ou les feldgendarmes, à la suite d’actes de guerre mais parfois par des dénonciations.

Appartenant à des bataillons sans uniformes (Stalingrad, Bir Hakeim, Justice, la Tour d’Auvergne, Vengeance), ils avaient déraillé des trains, dont en 1943 un train de munitions à Bannalec. Ils avaient volé des explosifs, détruit du matériel militaire. Ils avaient distribué des tracts, des journaux clandestins. Ils avaient aidé les aviateurs anglo-américains tombés en Bretagne. Ils avaient attaqué un camion allemand avec des prisonniers et même, le 9 avril 1944, ils attaquèrent la prison Saint Charles.

Ils étaient de ceux dont le général Eisenhower, commandant en chef à l’ouest, dira qu’ils ont valu dix divisions dans la libération de la France.

L’attaque du 9 avril a probablement déclenché le jugement rapide mais sommaire des patriotes de St Charles. Le 21 avril le tribunal militaire se réunit au matin et condamna à la peine de mort 33 FTPF pour « actions de francs-tireurs contre l’armée allemande ». Le même jour dans la soirée, le peloton d’exécution composé de militaires de la Kommandantur du Guilvinec, les fusilla sur les dunes de Poulguen près du champ de tir. Deux grandes fosses furent creusées dans le sable. Aucun patriote n’était originaire des communes voisines.

Ils sont allés à la mort en chantant la Marseillaise comme ont pu l’entendre les voisins de la Kommandantur de Men Meur et ceux de la fermette de Poulguen.

Selon un douanier de la GAST, instituteur dans le civil, logeant au Guilvinec chez l’habitant, Manuel Brusq d’Audierne, aurait voulu s’emparer de l’arme de l’officier du peloton. Il fut massacré à coups de crosse.

Parmi les patriotes, un républicain espagnol, Joseph Moreno, qui s’était engagé dans un maquis breton après la guerre civile et l’exode.

Quelques jours après le 21 avril les Allemands amenèrent les corps des frères Volant abattus à Plonivel en tentant de s’enfuir à travers le cours d’eau du Steir de Lesconil. Ils furent inhumés dans une petite fosse de Poulguen, leurs pieds et leurs poignets étaient attachés par du fil barbelé.

Après le départ des Allemands, l’exhumation des corps eut lieu le 31 août 1944. On s’aperçut que certains suppliciés avaient visiblement subi des tortures. Roland Normand, de Plouhinec, avait la bouche cousue par du fil de fer ; « il avait été abominablement torturé pendant son interrogatoire ».

La population du village de Poulguen, sur les hauteurs, avait aperçu les mouvements de troupe. Le peloton d’exécution, depuis la dune, tira quelques coups de feu pour les disperser.

Quatre corps ne furent pas identifiés.

le monument sur la dune de Poulguen

A noter que les deux frères Volant de Lesconil n’ont pas été fusillés à Poulguen, mais abattus lors de l’épisode de la chapelle de Plonivel alors qu’ils tentaient de fuir la chapelle où étaient retranchés. Les Allemands ont ensuite transporté et inhumé leurs corps à Poulguen.

Précision : Joseph Moreno est le pseudonyme pris par le réfugié espagnol Antonio Garcia Martin, né le 13/06/1914 à Casavieja (province de Avila) près de Madrid. Il était le responsable FTP-UNE de Brest Centre. Jugé au tribunal allemand de Quimper (FK 752), le 21 avril 1944, condamné à mort, il a été fusillé le jour même à Penmarc’h, sur les dunes de Poulguen, et son corps enterré dans le sable.
Dans l’article sur l’hommage d’Alain Signor rendu aux fusillés il y a une confusion car Joseph Moreno et Antonio Garcia Martin y sont considérés comme deux personnes différentes avec des dates de naissance qui ne correspondent pas.

Liens vers quelques biographies :

Bévin Yves Bourles Jean-Yves Brusq Emmanuel
Cadic Eugène Cam Maurice Caron William
Coat Paul Cochery René-Marie Creach Albert
Grall Henri Guerin Marcel Kergonna Marcel
Lancien Jean-Louis Le Baut Roger Le Buanec Arthur
Le Gall François-Marie Le Port Charles Le Signor Roger
Lorec Eugène Moreno Joseph Nicolas Pierre
Normant Robert Paugam Roger-Marie Philippe François
Plouzenec Pierre Queinec Arthur Simon Jean
Tanguy Hervé Volant Antoine Volant Marcel
Volant Yves

Un texte du Professeur Vincent ROGARD, Université Paris Descartes :

De nombreux résistants qui pour beaucoup étaient internés à la prison Saint-Charles de Quimper ont été fusillés sur la dune du Poulguen à Penmarch le 21 avril 1944 et début mai 1944. La fosse qui sera ouverte le 31 août 1944 livrera 35 corps qui seront pour certains difficiles voire impossibles à identifier. Deux d’entre eux au moins étaient ceux de résistants n’ayant pas été exécutés à Poulguen.
Les victimes de Poulguen

Yves Bévin, 23 ans de Peumerit, ancien quartier-maître, opticien-télémétriste de la Marine Nationale participe dès octobre 1943 au maquis de Spézet-Saint-Goazec. Le 23 novembre 1943, il se présente à la mairie de Saint-Goazec pour obtenir des papiers car il se sait particulièrement recherché. Le lendemain, comme il fait provision de pain, il est arrêté au Fell en Spézet lors d’une opération de ratissage. Il porte sur lui une carte d’identité établie sous un faux nom et, croit-on savoir, un chargeur.

Jean-Yves Bourlès, 24 ans de Pleyber-Christ.

Emmanuel Brusq, domestique de ferme originaire d’Audierne, âgé de 21 ans.

Eugène Cadic, âgé de 23 ans, Eugène Lorec, 24 ans et Jean-Louis Lancien (peintre en bâtiment) âgé de 23 ans, de Scaër, appartenaient au groupe de résistance qui avait été formé à Bannalec au début de 1943. Probablement à la suite d’une dénonciation, il ont été arrêtés avec cinq autres résistants à Gourin dans la nuit du 8 au 9 janvier 1944 à l’hôtel restaurant Perrot qui avait été cerné de nuit par la Gestapo.

Maurice Cam, employé de bureau né à Pont-de-Buis en 1923 entre au P.C.F clandestin fin 1940. Co-auteur d’un attentat en gare de Châteaulin en 1941 il est versé aux F.T.P au printemps 1942. Il passe au maquis de Spézet-Saint-Goazec et blesse grièvement un policier français collaborateur, le commissaire Marchand de Quimper. Il est fait prisonnier le 24 novembre 1943 au village du Fell en Spézet lors d’une opération de ratissage.

Henri Caron dit « William », né le 18 février 1919 à Sorel-Moussel (Eure et Loire) était devenu le chef du groupe morlaisien de résistance « Justice » formé en juin 1942. Il a participé à de nombreuses opérations contre l’occupant et a été dénoncé par une femme jouant double jeu. Ses amis tenteront sans succès de le faire sortir de la prison Saint-Charles de Quimper.

Paul Coat, mécanicien de Lambézellec, âgé de 21 ans.

René-Marie Cochery, chauffeur, originaire de Chartres, âgé de 30 ans.

Albert Créach né en 1921 à Pleyber-Christ, sympathisant du P.C.F, diffusait la presse et les tracts du parti. Il prit part à des actions contre l’occupant. A l’issue de l’une d’entre elles, il tombera dans un piège tendu par les allemands avec l’aide d’une « collaboratrice ».

Henri Grall, séminariste, né en 1922 à Pleyber-Christ.

Marcel Guérin s’appelait en réalité Jacques Gavois. Il était né en 1922 dans la banlieue parisenne. Probablement à la suite d’une dénonciation, il a été arrêté avec cinq autres résistants à Gourin dans la nuit du 8 au 9 janvier 1944 à l’hôtel restaurant Perrot cerné de nuit par la Gestapo.

Marcel Kergonna, 24 ans, tombé aux mains de l’ennemi en février-mars 1944.

Roger le Baut, ouvrier originaire de Morlaix a été arrêté le dimanche 9 avril 1944 lors de l’attaque d’un véhicule ennemi qui transportait des prisonniers français de Pleyber-Christ à Morlaix.

Arthur Le Buanec, garde de voies, originaire de Guerlesquin, 25 ans.

François-Marie Le Gall de Saint-Grégoire.

Charles Le Port aide-ouvrier natif d’Ergué-Armel, 24 ans, était entré au F.T.P sous l’occupation allemande. Sympathisant du P.C.F., il distribue des tracts et participe à de nombreuses actions. Il a été arrêté au cours d’un engagement en février-mars 1944.

Joseph Moreno, républicain espagnol, est le nom clandestin de Antonio GARCÍA MARTÍN né le 13.06.1914 à CASAVIEJA ( province de ÁVILA).

• Le docteur Pierre Nicolas, oto-rhino-laryngologiste, 65 ans, originaire de Pont-Labbé, exerçait à Concarneau. Il y devint en avril 1943 le responsable cantonal de Libération-Nord et organisa avec fermeté et discrétion le premier mouvement de résistance. Le groupe recueillait des renseignements sur les installations militaires allemandes de Bénodet au Pouldu et recrutait des jeunes volontaires et réfractaires au S.T.O. Le docteur Pierre Nicolas sera arrêté le 22 février 1944. Ramenée à son domicile du Quai Pénéroff à Concarneau après l’ouverture de la fosse, sa dépouille sera veillée par une garde d’honneur. Une plaque commémorative aujourd’hui disparue avait été apposée après guerre sur sa maison. Son souvenir est aujourd’hui rappelé à Concarneau par le nom d’une avenue.

Robert Normant, 25 ans de Plouhinec, pseudonyme « Jean Jacques » a été arrêté près de la gare de Quimper.

Roger-Marie Paugam, électricien originaire de Saint Marc, âgé de 21 ans

François Philippe 24 ans de Landivisiau (ou Pleyber-Christ ?)

Pierre Plouzennec, de Plougastel-Saint Germain, 24 ans, avait fait partie du groupe de douze hommes ayant attaqué le 9 avril 1944 la prison Saint-Charles de Quimper. Il a été arrêté peu après sous un autre motif.

Arthur Queinnec, ferblantier originaire de Penhars, F.T.P du pays bigouden, 25 ans, est tombé aux mains des l’ennemi en février-mars 1944.

Roger Signor, 23 ans, habitait Camaret. Engagé dans la marine nationale, il revient à Camaret après le sabordage de la flotte à Toulon. Il part rejoindre le premier maquis de Bretagne à Spézet. Il a été arrêté le 5 janvier 1944 à Gourin.

Jean Simon d’Audierne, pseudonyme « Paul », 20 ans a été arrêté près de la gare de Quimper.

Hervé Tanguy, né en 1926, stucateur originaire de Brest. F.T.P, il participe à de nombreuses actions contre l’occupant.

Marcel Volant, F.T.P de Quimper, 28 ans.

Les corps de deux résistants de Plonannalec-Lesconil ont aussi été placés dans la fosse :

Antoine Volant, né le 29 mars 1922, a été abattu le 9 juin 1944 au lieu dit « Kervéol », alors qu’il avait tenté de fuir le presbytère de Plonivel lors de son attaque par les Allemands. Son frère Yves blessé à mort mourra lui aussi le même jour lors de son transfert à Pont-Labbé.

Yves Volant, âgé de 30 ans était le frère aîné d’Antoine. Yves a été abattu alors qu’il avait réussi à traverser en courant la ria du Steir en s’échappant de Plonivel. Il est mort après son transfert à Pont-L’Abbé.

Quatre corps retirés de la fosse n’ont pu être identifiés selon l’inscription sur le monument.

 

Quelques fiches issues du dictionnaire  biographique en ligne Le Maitron

William Caron

Henri Caron, dit William, était le chef du Groupe Autonome « Justice », de Morlaix, créé en 1942. Secondé par son ami Robert Pontet, dit Bob et une petite équipe de résistants, ils éditent les journaux clandestins « Le Combattant » puis le « Franc-Tireur ». A partir de la fin 1942, ils passent à l’action : Destruction de matériels allemands, agressions de soldats et vol d’armes… Des liens se créent entre le Groupe « Justice » et des membres de la Police et de la Sûreté de Morlaix. Ceux-ci les préviennent, par exemple, des rafles prévues pour le STO (Service du Travail Obligatoire) et autres services et informations.
En Janvier 1944, après une arrestation de plusieurs membres du Groupe, les services de Police Morlaisiens aidés du procureur iront jusqu’à leur sauver la mise en les faisant libérer.

Les frères Antoine Volant et Yves Volant sont enterrés au cimetière de Lesconil avec leurs camarades fusillés à La Torche

 

Trafic d’armes à Léchiagat

Au printemps 1942 une opération de transfert d’armes en provenance d’Angleterre fut envisagée par mer.

L’État-major de Charles Tillon, dirigeant national du FN, confia à Jean-Désiré Larnicol, de Léchiagat, l’organisation de cette opération délicate.

Michel Bolloré, patron du langoustier « l’Audacieux » accepta tous les risques. Il s’agissait de prendre contact avec un navire au sud de Belle-Ile afin de récupérer la cargaison. Après quelques tentatives infructueuses, le 6 aout 1942, l’Audacieux rencontra un bateau de pêche « le Mouscoul » qui avait rejoint l’Angleterre en juin 1940 avec des jeunes du Guilvinec et naviguait pour le FNFL.

L’Audacieux déposa les 11 containers de 50kg pleins d’armes dans les eaux de l’archipel des Glenan, près de la côte bigoudène, et cacha les caisses d’explosifs dans le sable.
Restait à venir récupérer l’ensemble avec des bateaux plus petits..

Le 15 aout, Jean Baudry et Guillaume Bodéré, avec le canot « Entre Nous », prirent le risque de débarquer ces containers au port du Guilvinec, sous le nez de la GAST, la douane allemande.
Les containers sont chargés dans une charrette à cheval pour être cachés dans une remise chez Guillaume Bodéré.
Quatre containers, n’ayant pas pu être chargés ce jour là, seront ramenés des Glenan par deux bateaux de Lesconil, le « Saint Tudy », patron Bastien Bargain, et « L’Exploité de la mer », patrons Albert Primot et Etienne Le Brenn.. Les grappins anglais ont été cachés dans un puits. Ces « colis », cachés parmi les casiers à crabes, sont chargés dans une charrette à cheval qui les conduit dans une planque, la carrière de Vincent Larnicol à Brezehan, au fond du Steir.

Quelques récits concernant cet exploit :

La déclaration de Jean-Désiré Larnicol

Un article de Pierre-Jean Berrou « Trafic d’armes à Léchiagat » dans le bulletin municipal du Guilvinec

Un récit « Les armes des Glénan » par René Pichavant, extrait de « Les clandestins de l’Iroise »

L’odyssée de « l’Audacieux », par Pierre-Jean Berrou, dans le bulletin municipal de Tréffiagat

Un article de journal (lequel ?) du 4 aout 1946*

Un récit de Guillaume Bodéré

 

Quelques grandes figures

Jean-Désiré  LARNICOL, né en 1909 à Tréffiagat.

Élu maire de Tréffiagat en 1935 sur une liste d’Union populaire (Plus jeune maire de France), il est alors convaincu par Alain Signor de rejoindre le PCF. En fin de 1939, il participe à la réorganisation du P.C.F dans la clandestinité après son interdiction par le gouvernement Daladier.

En début de 1941, il est contacté par Robert Ballanger pour la création, en Pays Bigouden, de groupes de l’O.S. du P C. (O.S. : Organisation Spéciale pour la protection, le sabotage et la lutte armée) . J.-D. Larnicol, avec Jean Le Coz, participe au tirage, sur une ronéo (petite machine à imprimer de bureau), de tracts et de petits journaux locaux ou à des retirages locaux de « La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime », l’hebdomadaire régional communiste, interdit en 1939 et qui reparaît clandestinement depuis mars 1941, en édition finistérienne à Lehan (v. Jean Le Coz).

En 1942, J. D. Larnicol est contacté par l’État-major du FN, dirigé par Charles Tillon, qui lui confie la mise en place d’une opération de transfert d’armes en provenance d’Angleterre

Il réussit à convaincre et rassembler quelques camarades et réalise avec eux un des plus brillants faits d’armes de la Résistance finistérienne, à savoir la récupération d’armes en provenance d’Angleterre,

J.D Larnicol est élu conseiller général du canton de Pont-L’Abbé de 1945 à 1949.

Jean LE BRUN,

Officier de radio en 37/38 à la Compagnie France Navigation créée par le PCF pour ravitailler en armes les républicains espagnols depuis Mourmansk.

Dans la clandestinité après 1940 il assura des liaisons radio secrètes avec Londres et avec le réseau l’Orchestre Rouge..

Arrêté en 1943 il est déporté à Buchenwald.

Ensuite il sera élu maire du Guilvinec pendant 3 mandats.

 

 

Guillaume BODÉRÉ

Il a passé une grande partie de sa vie comme pêcheur aux Glénan.
Avec Jean Baudry sur l’Entre-Nous avec sang froid il ramène des armes depuis les Glénan au nez des allemands. Arrêté, il s’évade puis doit vivre dans la clandestinité

Bien d’autres à citer, comme Jean LE COZ, menuisier à Léchiagat, résistant actif, arrêté, mais il réussit avec des camarades une évasion spectaculaire du camp de Voves en creusant un tunnel de 150m, et il continue ensuite la lutte dans la résistance….

Comment j’ai vécu la guerre, par Jean Kervision

39-45. Comment j’ai vécu la guerre

La 2e guerre mondiale a commencé pour ma famille et pour moi avec la Guerre d’Espagne..

Cette guerre (également désignée sous le nom de guerre civile espagnole) est un conflit qui, du 18 juillet 1936 au 1er avril 1939, opposa, en Espagne, le camp des républicains, orienté à gauche et à l’extrême gauche, composé de loyalistes à l’égard du gouvernement de Front Populaire légalement établi de la IIe République, et les nationalistes, le camp des rebelles putschistes orienté à droite et à l’extrême droite mené par le général Franco. Cette guerre se termina par la victoire des nationalistes qui établirent une dictature qui dura 36 ans, jusqu’à la transition démocratique qui n’intervint qu’à la suite de la mort de Franco.

Dès le début de la guerre, la France, L’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie signèrent un pacte de non intervention. Si la France et L’Angleterre respectèrent leur engagement, Hitler et Mussolini, quant à eux s’empressèrent de venir en aide aux putschistes d’extrême droite espagnols . Non seulement ils leurs fournirent armes et munitions, mais ils envoyèrent également des troupes, en particulier la fameuse « Légion Condor », combattre les Républicains espagnols. Hitler considérait que la guerre d’Espagne constituait pour ses troupes un excellent camp d’entrainement en prévision de la future 2e guerre mondiale qu’il envisageait déjà.

Face à cette situation, des antifascistes de France et de tous les pays d’Europe et d’Amérique se portèrent au secours des Républicains espagnols et constituèrent les Brigades Internationales. D’autres français décidèrent quant à eux d’aider les Républicains espagnols en leur fournissant les armes et les munitions dont ils manquaient cruellement. C’est ainsi que fut créée la Compagnie France Navigation aussitôt surnommée « les Brigades de la Mer ».

France-Navigation fut créée le 15 avril 1937, sous la forme d’une société anonyme par actions de 1 000 francs, au capital de 1 million de francs porté ultérieurement à 5, puis à 30. Elle était dirigée par un Conseil d’administration de cinq membres présidé par Joseph Fritsch, militant communiste parisien et personnalité fort discrète. Les activités de cette compagnie étaient essentiellement clandestines du fait de la non-intervention qui avait été décidée par le gouvernement de Léon Blum et acceptée par vingt-huit nations, dont l’Italie et l’Allemagne. L’idée venait de l’ambassadeur de la République espagnole en France, Luis Araquistain, qui avait souhaité voir naître une compagnie de navigation politiquement sûre. Jusqu’en avril 1937, le matériel livré par Moscou fut transporté par des navires soviétiques, à partir de la mer Noire puis, plus tard, de Mourmansk. Les armes achetées en Belgique, en Tchécoslovaquie, en France ou ailleurs étaient chargées à bord de navires sous pavillon occidental, estonien ou lituanien, au départ de Gdynia, Rotterdam, Oslo, ou même Hambourg, à destination fictive de la Grèce ou du Moyen-Orient. Mais de nombreux navires soviétiques furent coulés par les sous-marins allemands et italiens et les Soviétiques décidèrent alors de confier cette mission à la Compagnie France-Navigation.

Les deux hommes clés de France-Navigation furent Giulio Ceretti et Georges Gosnat : ce dernier, ancien élève d’HEC, avait des compétences commerciales exceptionnelles. Le premier cargo (LUCIE DELMAS) fut acheté pour 1 800 000 francs empruntés à « L ‘Humanité » et à la fédération des métaux du PCF. La compagnie parvint, grâce à une gestion rigoureuse, à acheter 24 navires, de sorte que la fourniture de l’Espagne républicaine en armements de toute sorte ne connut presque aucune interruption. Si les commandants de navires étaient choisis pour leur compétence , les équipages ,quant à eux ,étaient composés de militants communistes , et les manifestes portaient « matériel agricole » alors qu’il s’agissait de munitions et d’ armements de toute nature dont des chars et des avions.

JM Kervision, service militaire à Brest

Et c’est ainsi que , pour ma famille, la guerre a commencé en 1938 , lorsque mon père , Jean Marie Kervision a été recruté par France-Navigation en tant que chauffeur –mécanicien. Il a été embarqué successivement sur le « GRAVELINES » du 16.06.1938 au 05.06.1939 soit pendant 10 mois et 14 jours puis sur le « BOUGARONI » du 17.07.1939 au 23.08.39 soit pendant 01 mois et 06 jours (au total 11 mois et 25 jours).

Un autre guilviniste, en l’occurrence Jean Le Brun a lui aussi recruté par France Navigation en tant que officier-radio .Il a été embarqué successivement sur le « BOUGARONI » du 25.02.1938 au 17.08.1938 soit pendant 5 mois et 21 jours , sur le « BONIFACIO » du 19.12.1938 au 10.05.1939, soit pendant 5 mois et 25 jours, enfin sur le « GRAVELINES » du 06.07.1939 au 09.10.1939. soit 1 mois (au total 14 mois et 10 jours). Ils ont donc navigué ensemble sur le « BOUGARONI » du 17.07.1939 au 17.08.1939 soit pendant 1 mois.

Le Boucaroni
A Mourmansk (Union Soviétique) à bord du « BOUGARONI » , J.M. Kervision 3e à partir de la gauche.

 

Pour ma part si je savais que mon père naviguait alors pour « France-Navigation », j’ignorais totalement pourquoi. Mon père était marin de commerce de profession et ses absences prolongées ( en général de 6 à 8 mois entrecoupées d’une permission de 3 semaines à un mois) ne m’inquiétaient guère. Je ne sais même pas si ma mère elle-même était au courant des activités de cette compagnie, qui, cependant, étaient loin d’être un secret pour beaucoup de gens, car dénoncées par plusieurs journaux de droite ( cf à cet égard la documentation consacrée à « France Navigation »), mais ces journaux n’étaient pas très lus dans notre région. Cependant, mon père a dû prendre beaucoup de précautions pendant l’occupation.

1938, les accords de Munich sont signés. Seul en tant que parti, le Parti communiste s’élève contre ces accords et par mesure de représailles, Daladier, Président du Conseil des Ministres décide la dissolution de toutes les instances officielles communistes, en premier lieu les municipalités dont celles de Guilvinec et Léchiagat. Les membres des conseils municipaux dissous sont remplacés par des personnes désignées par le préfet.

Septembre 1939. Alors que je m’apprête à entrer en 6e au Lycée de Quimper, nous assistons, à Tal ar Groas, au départ des hommes mobilisés ( nos instituteurs en particulier). Le car Guiffant les conduit à la caserne du 118e régiment d’Infanterie de Quimper d’où ils sont ensuite dirigés vers leurs corps d’armée respectifs et certainement pour la plupart d’entre eux vers le Front. Commence alors la «  drôle de guerre » qui va durer jusqu’en mai 1940.

Octobre 1939. Nanti d’une bourse d’étude, j’entre en sixième au Lycée La Tour d’Auvergne de Quimper. Au bout de quelques semaines, le Lycée est partiellement replié sur l’E.P.S. DE PONT-L’ABBÉ ( École Primaire Supérieure ) par crainte des bombardements de l’aviation allemande. Nous y reviendrons avant la fin de l’année. Entre temps, trois semaines de vacances inespérées pour cause de varicelle ( l’éviction était de rigueur à cette époque).

Mai 40 : début de l’invasion allemande. La peur s’installe. Quelques gros chalutiers boulonnais fuyant l’avance allemande font escale au Guilvinec avant de mettre le cap au sud. Cependant quelques familles s’installent à Guilvinec et à Léchiagat.

Un deuil dans la famille : Joseph JEANNES, mari de notre cousine Florestine TANNIOU, directrice de l’école publique de Trégunc vient de trouver la mort sur le Canal Albert, en Belgique. Estafette circulant à bicyclette sur les bords du canal, il est mitraillé par un avion allemand.

A Guilvinec et Léchiagat, beaucoup de familles – de marins-pêcheurs en particulier- s’interrogent sur un départ éventuel, à l’instar des Boulonnais. M. QUEBRIAC, administrateur de l’Inscription Maritime, intervient alors pour faire comprendre à la population que ces départs massifs pouvaient créer le drame par intervention de l’aviation et des sous-marins allemands. Intervention entendue, l’exode n’eut pas lieu.

Des départs eurent lieu cependant avant et dès après l’arrivée ces Allemands, ceux des jeunes – et moins jeunes – qui quittèrent Guilvinec pour rejoindre l’Angleterre et les Forces Françaises Libres ( voir par ailleurs les articles du site).

Épisode de l’officier de marine.

Ce récit, je le tiens de mon ami Fernand Garniel. Quelques jours avant l’arrivée des troupes allemandes, une voiture de la Marine Nationale française se dirigeant vers le port, s’arrête au carrefour de Tal ar Groas, près de la boulangerie Kernaflen. Dans la voiture, un capitaine de corvette et son chauffeur. Le capitaine bavarde un peu avec Kernaflen et s’enquiert de la gendarmerie. Il s’y rend et demande au gendarme Garniel ( le père de Fernand) de lui réquisitionner un bateau de pêche pour qu’il puisse filer en Angleterre. Étonnement et méfiance du gendarme qui répond que cela n’entre pas dans ses attributions étant donné qu’il existe au Guilvinec une administration des Affaires Maritimes secondée par une gendarmerie maritime. Ce qu’un capitaine de corvette aurait dû normalement savoir. Celui-ci se rend donc à l’Inscription maritime où il est reçu par l’Administrateur QUEBRIAC qui, bien sûr, s’étonne lui aussi de voir un officier de marine venir au Guilvinec et non à Brest ou Lorient où la Marine nationale procédait à des évacuations devant l’avance allemande. QUEBRIAC refuse lui aussi, arguant que la demande n’entre pas dans ses compétences. Eugène Kernaflen a affirmé par la suite avoir reconnu son capitaine de corvette sous l’uniforme d’officier allemand. Était-cela le service de renseignements allemand ( La « cinquième colonne ») qui se mettait en place pour étudier les possibles filières de départ vers l’Angleterre ?

Fin mai 40 : arrivée des premiers soldats allemands au GUILVINEC ; les tout-premiers, deux motocyclistes montés sur un side-car, habillés de longs imperméables de cuir gris, mitraillette au travers de la poitrine le casque surmonté de feuillages en guise de camouflage .

Je prenais de l’eau à la pompe municipale de Tal Ar Groas ( nous n’avions pas encore l’eau courante, bien sûr) quand ils se sont arrêtés devant la boulangerie de l’ancien maire, Eugène KERNAFLEN où ils se sont largement servis en pain, confitures et boîtes de sardines à l’huile, et sans doute étaient-ils affamés car ils ont goulûment dévoré le tout en même temps !

Quelques minutes plus tard, sont arrivés plusieurs véhicules militaires entièrement camouflés eux aussi par des feuillages et remplis de soldats qui fusils ou mitraillettes à la main se sont alors dispersés en bon ordre dans les rues avoisinantes.. Apparemment bien renseignés, les occupants s’installent : la Kommandantur au Château de Men-Meur ; le Château de Kergoz, l’école publique de filles, sont occupés par différents corps de troupe ; la GAST ( douane allemande) s’installe sur le port : plusieurs maisons bourgeoises sont ainsi réquisitionnées et leurs habitants doivent cohabiter avec l’occupant. Un poste de surveillance est établi au pied du phare de Guilvinec et toute embarcation sortant ou rentrant au port devait présenter les « ausweis » (carte d’identité de pêcheur établie par la Gast) de tout l’équipage. Les établissements de vins Le Nadan réquisitionnés eux aussi vont devenir d’immenses ateliers de réparations et d’entretien des armements anti-aériens basés, quant à eux, à Poulguen. Une activité très importante va y régner durant toute la guerre.

L’occupation allemande commençait : elle allait durer quatre longues, très longues années . (cf à cet égard , tous les articles de P.J. Berrou sur le sujet)

Dès les premiers jours le couvre-feu est décrété par la Kommandantur. L’annonce en est faite par le crieur public d’une part et de nombreuses affiches sont placardées un peu partout par les autorités allemandes d’autre-part. Interdiction de sortir de chez soi de 20 h à 6h du matin sauf exception. Il faut alors être muni d’un « ausweiss » délivré par la kommandantur ( selon les circonstances cet horaire peut être modifié, contrainte allégée ou aggravée). Toute personne prise en défaut par la «  patrouille » de trois soldats est aussitôt conduite à la kommandantur pour y passer la nuit et souvent « invitée » à cirer les bottes des militaires. Premier incident tragique. Un habitant du Guilvinec, surpris dans la rue après le couvre-feu est abattu par la patrouille : il n’avait ni entendu, ni répondu aux sommations, et pour cause, il était sourd et muet.

Pétain signe l’armistice. L’État Français mis en place, la collaboration commence. Premier effet chez nous : la traque des militants communistes et de quelques autres soupçonnés d’appartenir à la Résistance, d’abord par les gendarmes français, puis par la sinistre Gestapo avec laquelle certains policiers français collaboraient étroitement ( Cf «  Le commissaire SOUTIF » et ses sbires).

1940 J’entre au Cours complémentaire du Guilvinec. Mis en place l’année précédente par M.Prigent Tudy, Directeur de l’École primaire que je quitterai en 1945 pour entrer à l’École Normale d’instituteurs d’Angers.

Dés le début même de l’occupation , commencent les innombrables difficultés de la vie quotidienne et notamment les restrictions alimentaires et autres puisque, en vertu du traité signé par Hitler et Pétain, la France devait assurer le ravitaillement de l’ensemble des troupes d’occupation. S’est ajouté à cette obligation le véritable « marché noir » auquel se sont livrés de gros collaborateurs – et quelquefois moins gros – au bénéfice de l’occupant. C’est dire que la population dans sa grande majorité ne disposait plus que de quelques « miettes » et que, bien souvent, les fameux tickets d’alimentation n’étaient même pas honorés. Chacun devait se débrouiller comme il le pouvait…. . Eté 1940, les soldats allemands qui stationnent à Guilvinec, préparent «  l’invasion » de l’Angleterre en s’entrainant dans le port sur des chaloupes. Spectacle que nous suivions des yeux sur le bord de la grève et qui nous amusait beaucoup .

Durant les étés 1941 et 1942, j’embarquais comme mousse à bord de l’Yvette –Pierre, sloop qui durant cette période pratiquait la pêche au maquereau de ligne dans la baie de Saint-Nazaire. Une aubaine pour moi, au lieu de dormir à bord, j’étais hébergé chez mon Parrain, Jean Le Bléïs et son épouse Anna Garo qui, réfugiés de Saint-Nazaire sévèrement bombardée, habitaient au 18 rue de la Douve. Tous les matins, vers 5 heures, j’accompagnais mon parrain, marin-pêcheur lui-même, vers le port où je retrouvais mon bateau. L’équipage était composé de Baptiste Le Pape, le patron, Son frère, Yvon Le Pape, trois autres hommes d’équipage, Etienne Coïc, Gustave Breton, Théophile Coïc, et moi-même, comme mousse. Mon travail, outre la pêche proprement dite, consistait, chaque soir, au retour au port du Croisic, d’aller, muni de deux grand seaux, dans l’une ou l’autre des usines de conserve prendre une bonne quantité de têtes et boyaux de sardines. Durant le trajet vers les lieux de pêche ( une heure de route environ), je préparais la «  boëtte » qui, jetée à l’eau le long du bateau, devait attirer le poisson. Pour ce, j’écrasais les têtes dans un hachoir à viande et les mélangeais à du tourteau d’arachide. Mélange peu ragoûtant, il faut le dire, mais cependant très efficace car la pêche était bonne. Un jour de juillet 1942, alors que nous étions en pêche, bateau arrêté, j’aperçus en levant les yeux, à une centaine de mètres, venant dans notre direction, un sillage qui se distinguait nettement sur une mer très calme ; j’alertais aussitôt l’équipage. Un des hommes s’exclama aussitôt «  un sous marin !». En effet, celui-ci, un « U.Bout », faisait bientôt surface et s’arrêtait à une quarantaine de mètres de « l’Yvette-Pierre ». Pas trop d’inquiétude cependant car nous savions être à proximité de Saint-Nazaire et manifestement ce sous-marin rentrait de campagne et regagnait la base sous-marine. Du Cockpit, sortent quatre marins ; ils déploient un canot pneumatique et, mitraillette en bandoulière se dirigent vers nous. Deux d’entre eux montent à bord et, dans un français approximatif, nous demandent de leur donner du poisson. Le patron leur désigne quelques caisses déjà pleines. Les deux marins remplissent deux grands sacs de caoutchouc et l’un d’entre eux tend au patron une liasse de deutschemarks. Sourires et remerciements, ils regagnent le sous marin qui replonge aussitôt et se dirige effectivement vers Saint-Nazaire. En 1942, la bataille de l’Atlantique faisait rage et déjà nombre d’U-Boot avaient disparu sous les bombes des avions et des et des mines des chasseurs de sous-marins anglais ou américains. Mais manifestement, ces hommes n’avaient pas mangé de nourriture fraîche durant cette campagne qui devait durer assez longtemps pour qu’ils n’aient pas pu résister à l’envie de manger une nourriture fraîche. Ce qui m’a frappé surtout c’est leur barbe et leur chevelure hirsutes et la saleté de leurs vêtements. Par la suite, j’ai beaucoup regretté de ne pas avoir retenu le numéro de ce sous-marin, car, avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui, j’aurais pu savoir si ces hommes avaient ou non survécu à la guerre. Lorsque nous sommes rentrés au port, le patron m’a chargé d’aller à la banque échanger les deutch-marks. Je dois dire que la somme que je ramenais couvrait très largement le prix réel du poisson qu’ils avaient prélevé à notre bord.

Fin 42 , début 43 début des bombardements intensifs sur Brest et Lorient par l’aviation alliée. Anecdote de l’avion américain tombé en baie d’Audierne . Mitraillage des parachutistes auquel deux camarades et moi avons assisté réfugiés dans le cimetière du Guilvinec. A l’arrivée au sol, l’un d’entre eux est tué par un soldat allemand qui « aurait perdu son sang-froid » selon sa hiérarchie qui fit savoir que ce soldat avait été sévèrement puni.. L’aviateur fut inhumé «  avec les honneurs » au cimetière de Saint-Jean-Trolimon mais la population n’eut pas le droit d’y participer. Durant la nuit suivante, sa tombe fut couverte de fleurs. Sauvetage de l’un des aviateurs par la famille Crédou

1943 . A l’écoute de la BBC et de Radio-Londres Londres ( « Les Français parlent aux français » – « Radio-Paris ment , Radio Paris est allemand » , «  Voici les messages personnels » , etc…). Dans notre quartier de Lostendro, un seul et unique poste de radio, celui du vieux Fiacre TOULARASTEL, l’épicier du quartier. En été, après le couvre-feu, alors que quelques jeunes – dont j’étais – faisaient le guet aux coins des rues en cas de survenue de la « patrouille », quelques adultes, accroupis et ainsi cachés par la margelle du puits qui se trouvait à proximité de la fenêtre (grande ouverte pour la circonstance) écoutaient très attentivement Radio Londres, à charge pour eux de propager ensuite les nouvelles dans tout le quartier, nouvelles qui, à l’époque, étaient le plus souvent réjouissantes car la Wermarcht commençait à déjà subir de sérieux revers sur le front russe. Ma mère avait noté sur un papier les différentes péripéties de la guerre, notamment sur le Front Russe et, pour ma part sur mon vieil atlas géographique, je suivais, d’abord le recul des troupes soviétiques, puis fin 1942 et 1943, après la Bataille de Stalingrad, leur avance d’abord lente puis de plus en plus rapide.. Le moral des occupants en prend un coup et ils deviennent de plus en plus « méchants ». De l’aveu de certains d’entre-eux qui fréquentaient les commerces locaux, leur angoisse était de devoir partir sur le front russe. Couvre-feu souvent avancé à 18h au lieu de 20h. Patrouilles multipliées.

Durant quelque temps , un groupe de « panzers » vinrent au repos à l’école des filles avec leurs chars et et leurs sinistres uniformes noirs décorés d’ une affreuse tête de mort. Venaient-ils du Front de l’Est ? Les pires bruits circulaient sur leur compte et quand les chars circulaient dans les rues les habitant s’empressaient de rentre chez eux, la peur au ventre .

La Résistance intérieure faisait déjà parler d’elle depuis quelque temps : sabotages de toutes sortes dans tout le Pays Bigouden. L’occupation se durcissait de plus en plus. La gestapo bien secondée par la police de Pétain ( commissaire Soutif ) sévissait durement. Les arrestations se multipliaient et plusieurs groupes de patriotes furent fusillés, par exemple à Poulguen en Penmarc’h dans le « stand » de tir des occupants. Les habitants des maisons les plus proches furent contraints de s’enfermer chez eux durant la fusillade, mais plusieurs d’entre eux virent passer les camions transportant les condamnés par les lucarnes de leurs maisons, mais, surtout, entendirent chanter la Marseillaise.

12 juin 1944 . Grande rafle à Guilvinec –Léchiagat. Tous les hommes de 16 à 70 ans ( j’en suis) sortis du lit à 6h du matin sont conduits, en rang par quatre, les mains sur la tête, encadrés par les soldats allemands et surtout caucasiens ( armée du Général soviétique Vlassov qui, fait prisonnier, avait choisi de collaborer avec les Allemands et avait formé une armée de supplétifs)

Pour ma part, sortant de la maison sur la rue, j’ai reçu un magistral coup de pied aux fesses assorti d’un geste comminatoire m’ordonnant de mettre les mains sur la tête. Nous sommes alors conduits dans un vaste enclos grillagé accolé à l’usine Chacun de Men-Meur. Sont parqués là environ deux cents hommes de Guilvinec et de Léchiagat. Nous constatons alors qu’il y a quelques manquants qui ont pu échapper à la rafle. Ce n’est que bien plus tard que nous apprendrons que les gendarmes du Guilvinec, prévenus la veille de la rafle, avaient réussi à alerter un certain nombre de jeunes qu’ils jugeaient particulièrement susceptibles de partir pour le STO, les sauvant ainsi de cette déportation. Malgré cette intervention des gendarmes, très risquée pour eux, plus d’une vingtaine de jeunes de Guilvinec et de Léchiagat n’y ont pas échappés.

Le « tri » avait eu lieu le lendemain de la rafle ( le premier jour il ne s’était rien passé et durant ces interminables heures d’attente , nous nous demandions avec angoisse quel sort allait nous être réservé). Un groupe d’officiers allemands , secondés par un jeune guilviniste E.G. supplétif de la gestapo , examinait les pièces d’identité et selon le cas dirigeait les hommes soit à droite , soit à gauche. Nous avons vite compris que vers la droite , compte tenu de l’âge de ceux qui s’y dirigeaient ce n’était pas très bon. Quand mon tour est arrivé , j’avais sur moi , outre ma carte d’identité. L’ausweis de marin-pêcheur qui m’avait été délivré par la Gast au moment de mon embarquement sur l’Yvette –Pierre. L’authenticité de cette pièce d’identité , délivrée par leurs propres services ne faisait aucun doute pour les Allemands , ce qui n’était pas le cas des cartes d’identité délivrées par les services français dont ils savaient qu’elles étaient souvent falsifiées quand elles n’étaient pas tout simplement fausses. Malgré ma taille ( j’étais déjà grand à 16 ans) j’ai donc été dirigé vers … la gauche. Tous les jeunes hommes parqués ( je les connaissais presque tous) ont été rapidement embarqués dans des camions et sont donc ainsi partis vers …..,- nous l’avons su plus tard – l’Allemagne et le service du travail obligatoire. ( cf la liste des déportés dans l’article «

Le diplôme de « Franc-Tireur et Partisan Français » FTPF de mon père Jean-Marie Kervision

1944.06.12 Rafles à Guilvinec-Léchiagat » de P.J Berrou ).. Quant à nous , les « épargnés » nous avons été libérés dans le courant de l’après-midi..

Début août 1944 ,La panique s’installe chez les occupants . Les départs se précipitent , d’abord les Allemands qui utilisent tous les véhicules disponibles , laissant derrière eux les soldats caucasiens dont , sans doute , celui qui m’avait malmené lors de la rafle du 12 juin ( cf dans le site , l’article de Pierre-Jean Berrou «  De la Résistance à la Libération »

Bien entendu , durant toutes ces années d’occupation , notre scolarité a été perturbée. Fin mai 1944 , j’obtiens mon «  brevet élémentaire » mais je poursuis mes études au cours complémentaire une année de plus. Octobre 1945. faute d’avoir pu participer au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Quimper, je me présente à l’E.N. d’Angers au 14 rue de la Juiverie et je suis reçu. La rentrée s’effectue dans des conditions exceptionnelles. Occupée par les Allemands durant toute la guerre, l’E.N a subi quelques dégâts : nous pouvons nous y installer , mais dans des conditions plutôt . Les normaliens eux-mêmes doivent participer à la remise en état et, pendant toute une première partie de l’année , nous devons , sous la conduite de M. Schmodérer , notre prof. d’horticulture, contribuer à la remise en état du jardin , potager en particulier. Ses légumes seront d’un apport non négligeable à la cuisine ( nous sommes encore en période de restrictions drastiques )..Autre problème important : l’Ecole Normale de Savenay ( Loire Atlantique, encore « inférieure » à l’époque) occupée elle aussi ,a été tellement saccagée que les Normaliens ne peuvent s’y installer et rejoignent l’E.N. d’ Angers . S’ajoutent à eux les Normaliens ( d’Angers et de Savenay) qui , ayant participé à la Résistance à l’occupant nazi , n’avaient pas tout à fait terminé leurs études. Le Directeur , M.Chotard, suggére à ceux qui habitent Angers , et qui l’acceptent (ils ne seront que quelques-uns) , de rentrer chez eux le soir Dans les dortoirs, on ajoute le maximum de lits et les repas se prennent en deux services. Bien entendu , les salles de cours sont insuffisantes elles aussi et seuls les 1ère et 4e années étudieront à l’E.N. les deux autres promotions iront au Lycée David d’Angers. Cette situation va durer deux années et en octobre 1947 tout rentre dans l’ordre.

Dès les premiers jours de la rentrée, un hommage solennel est rendu à plusieurs normaliens qui ont payé de leur vie leur participation à la Résistance à l’occupant :

BENIER Charles, né en 1923, décédé en déportation le 11 mai 1945.

BOSSER Raymond EN d’Angers en 1941. Lieutenant FTPF tué en Bretagne en 1944, près de Lorient

BRIANT Marius né le 31 janvier 1921, fusillé à Berlin le 29 mars 1944

BROSSARD René , né le 14 janvier 1923 , décédé sous la torture à la prison du Pré Pigeon à Angers le 24 octobre 1943 .

CLEMENT Alfred, né le 31 décembre 1924 , fusillé au Pré Pigeon 13 décembre 1943

CRETIN Bernard, EN en 1941, arrêté en 1943 on ne connait ni le lieu, ni la date de sa mort

DUVEAU Maurice, né le 06 avril 1922, assassiné le 11 avril 1945 à Ravensbruck

FONTAINE Robert, né en 1925, arrêté le 29 juin 1943, décédé à Buchenwald-Dora, probablement en janvier 1944.

MANGEL Jacques, né en août 1924, arrêté en juin1943, probablement décapité .

MOINE André, né en 1924, fusillé au Pré Pigeon le 15 décembre 1943

PORCHER Pierre, né le 21août 24 fusillé au Pré Pigeon le 13 décembre 1943

TIGEOT Adrien, né le 29 mai 1923, fusillé au Pré-Pigeon le 13 décembre 1943 .

TREMBLAY René, entré à l’EN en 1941, mort à Dora le 12janvier 1944

Outre ces Normaliens, plusieurs Instituteurs du Maine et Loire ont eux aussi payé de leur vie leur participation à la Résistance à l’occupant.

Malgré tous les inconvénients cités plus haut , nos quatre années d’études se passent à peu près normalement, si ce n’est que nous avons eu quelquefois un peu faim, et ce malgré tous les efforts de l’économe pour nous assurer une nourriture à peu près correcte. Un exemple : il avait demandé à tous ceux d’entre nous dont les parents habitaient la campagne et qui n’utilisaient par leurs tickets de rationnement de les lui apporter. Il s’en est suivi une amélioration assez substantielle de notre ordinaire .

Quelques jours avant la rentrée d’octobre 45, je reçois ma nomination, professeur de mathématiques au Cours complémentaire de Segré. Je prends donc le train et me présente à l’Inspection académique d’ Angers . Jugez de ma désillusion quand j’apprends que le normalien de la promotion précédent la mienne et qui occupait le poste avait omis de déclarer à l’Inspection qu’il ne partait au service militaire qu’au début du mois de novembre . Il fallait donc me trouver un poste provisoire, et ce fut PIGNEROLLE !

Un petit aperçu historique pour comprendre ce qu’était Pignerolle .

En 1943, la Kriegsmarine réquisitionne le château de Pignerolle pour y installer son centre de communication. Six cents ouvriers y construisent onze blockhaus et des baraquements pour près d’un millier de marins allemands. Les Allemands quittent les lieux en 1944, laissant derrière eux un parc dévasté et les blockhaus en feu. M’est alors revenu en mémoire le sous-marin allemand rencontré en baie de Saint Nazaire

En 1946, les baraquements allemands permettent à 1 000 personnes, dont les logements ont été détruits pendant la guerre, de retrouver temporairement une habitation. Une vraie vie s’organise avec une école, un poste de police. C’est donc à l’école , en baraque elle aussi, que je vais m’occuper d’un cours élémentaire d’ une quarantaine d’élèves. Ces enfants réfugiés, marqués par la guerre pour la plupart sont gentils, pas de problème d’autorité. Le seul inconvénient, quelques élèves partent, d’autres arrivent, non scolarisés jusqu’alors et je dois m’efforcer de les mettre à niveau. Pas facile pour un débutant, mais je ne m’en tire pas trop mal d’après mon directeur qui, m’a-t-il dit , me voit partir avec regret .

Début novembre, je rejoins donc le Cours Complémentaire de Segré dirigé par M.Brialy ( oncle de Jean-Claude Brialy ) et où je vais exercer dans un cours élémentaire 2e année de 35 élèves. M. Brialy me fait alors une proposition à laquelle je souscris tout de suite : assurer la surveillance générale de l’internat ( 130 internes environ ) avec l’aide de quatre surveillants choisis parmi les grands élèves, moyennant quoi je suis nourri et logé .Je m’installe donc dans une petite chambre donnant sur la cour de l’établissement , bien pratique pour la surveillance . Je prendrai tous mes repas dans les cuisines où « sévit » M. PEDRON . Il a l’âge d’être mon père et nous sympathisons tout de suite . Cette amitié me vaudra d’avoir très souvent , un petit supplément au menu «  normal », appréciable en ces temps où sévissent encore les restrictions .

L’année scolaire se termine et je quitte donc Segré pour rejoindre le Finistère où je vais pour exercer grâce à un exéat ( en fait une permutation avec deux collègues souhaitant quitter le Finistère pour le Maine et Loire ) . Marianne et moi nous nous retrouvons après une longue séparation de quatre années ( entrecoupées seulement par les vacances) . .Nous nous marions le 23 septembre 1950 et le 30 nous rejoignons la petite école à deux classes de Guiler-Sur-Goyen où nous exercerons pendant onze années , puis Plomeur pendant 22 années .

Beaucoup de solidarités

  • famille Quillec à Corroac’h (en Plomelin limite Trémeoc Combrit) qui abrite et aide un petit maquis de résistants
  • famille Kerveillant à l’Ile Chevalier (Pont L’Abbé) qui héberge et nourrit des résistants ayant besoin de se cacher
  • famille Credou (ferme de Lestiala en Plomeur) qui cache l’aviateur américain tombé près de chez eux en 1943 et avec l’aide de la ferme voisine.
  • le 8 août 1943 obsèques de l’aviateur américain Simmons à St Jean Trolimon, 400 personnes se massent sur le parcours du convoi

Beaucoup de solidarités dans la population : pêcheurs, cultivateurs, artisans, instituteurs, professions médicales…

Louis KERVEILLANT

La famille Kerveillant, habitant la ferme de Feunteun Ven jouxtant l’Ile Chevalier (Pont L’Abbé), a fourni une aide importante à la résistance locale.

Le père, Isidore Kerveillant, un « homme bon », comme il était décrit, était bien ancré à gauche.

Son fils Louis Kerveillant, né en 1913, et sa femme Anna, née en 1921, vivaient avec lui et exploitaient la petite ferme ensemble.

En 2019, Anna, âgée donc de 98 ans, dotée d’une mémoire et d’une lucidité impressionnante, m’a raconté quelques faits relatifs à cette époque de la guerre 40-45 :

La ferme étant isolée, c’était une bonne cache qui a souvent servi pendant la Résistance. La famille assurait hébergement et nourriture pour tous ceux qui avaient besoin d’un abri.

De nombreux résistants y ont trouvé de quoi se nourrir – « on tuait une bête » – me dit Anna, ceci avec la complicité de quelqu’un qui travaillait à l’abattoir de Pont L’Abbé.

L’hébergement était offert à ceux qui avaient besoin de se cacher – « nous avions peu de place pour les loger car nous étions quatre et il n’y avait que deux pièces. Mais il est arrivé qu’Isidore, le père de Louis, laisse son lit… » –

Un des correspondants était Daniel Trellu, chef FTP du Finistère, Il y avait aussi Bastien Volant et Rigobert Quiniou, instituteurs et résistants communistes bigoudens.

Daniel Trellu organisait aussi des réunions clandestines dans la ferme Kerveillant.

D’autres résistants étaient aussi envoyés à Feunteun Ven par Jean Poulain, un résistant, menuisier à Pont L’Abbé, ainsi que par la famille Cariou avec laquelle ils sont restés amis après la guerre. Marcel Cariou, résistant, était le neveu de Corentin Cariou fusillé le 7 mars 1942, et la femme de Corentin était venue s’installer à Pt L’Abbé, d’où elle était originaire, après l’exécution de son mari.

La famille fréquentait couramment des personnes engagées, et Louis adhéra au parti communiste clandestin pendant la guerre en 1943.

Anna raconte qu’un jour on leur a envoyé un résistant FTP de St Guénolé, Michel Le Lay* pour un bref séjour de 3 jours. Il était activement recherché par les Allemands. En fait il est resté 30 jours, ce qui commençait à être imprudent car des voisins l’avaient vu. Mais il lui était difficile de partir, seul, à pied, car il n’avait aucun papier d’identité.

Anna avait de bonnes relations avec une personne « de gauche » travaillant à la mairie de Pont L’abbé. Elle lui soumit le problème, et c’est ainsi que Michel Le Lay a pu partir avec une carte d’identité faite « sur mesure ».

Anna connaissait également très bien « Corentine d’Albert », c’est-à-dire Corentine Tanniou, chez qui elle était le jour de l’arrivée des Allemands à Pont L’Abbé.

Des Allemands passaient régulièrement pas loin de la ferme car ils étaient logés « au château », la grande bâtisse de l’Île Chevalier, et ils se rendaient tous les jours à Pont L’Abbé à pied. Parfois ils faisaient un petit détour et passaient juste devant l’habitation. Il fallait donc être très prudents.

Anna raconte qu’un jour ceux-ci furent surpris qu’on leur refuse des œufs avec un « y en n’a plus » alors qu’ils voyaient plein de poules… Ils n’insistèrent pas trop car ils savaient qu’une autre ferme voisine les fournissait régulièrement. Il a fallu aussi freiner un peu Annick, la petite fille de 4 ans, qui leur disait « sale bot », ne sachant pas prononcer les « ch ».

Il est arrivé aussi que Louis soit réquisitionné, avec sa charrette, pour transporter des marchandises à des Allemands. Le choix ne lui était pas laissé. Lors d’un retour il eut même des problèmes avec des gendarmes vers Plomeur car « il n’avait pas de lumière à sa charrette… ».

Anna raconte aussi qu’un jour, vers la fin de la guerre, Louis a caché deux russes (ou caucasiens) qui voulaient déserter. Après avoir récupéré leurs armes il les a hébergé avant de les conduire rejoindre les résistants vers le petit maquis voisin de Corroac’h (en Combrit)..

Gaston Balliot, mai 2019

* Michel Le Lay était le père de Lucien Le Lay, mort en déportation, dont le nom a été donné à une rue de Penmarc’h
Michel Le Lay, marin-pêcheur, est décédé en 1957 à l’âge de 59 ans.


HOMMAGE A LOUIS KERVEILLANT

(le discours prononcé par Michel Scuiller lors des obsèques de Louis Kerveillant)

Louis KERVEILLANT est né le 29 janvier 1913 à Feunteun Ven où il a toujours vécu. En tant que domaniers, ses parents, agriculteurs comme lui, cultivaient sans être propriétaires .

En 1916 sa mère décède, il a trois ans.

La guerre de 1914-1918 signifie pour Louis une double séparation puisque son père est mobilisé durant sept années, au cours desquelles il connaîtra La Marne, La Meuse, Verdun

Une cousine s’efforcera de compenser l’absence parentale et y assumera, très jeune, la responsabilité du jeune Louis. Mais, en l’absence des deux parents, l’enfance de ce fils unique a été très difficile . Au retour de son père, Louis recevra une éducation humaniste et républicaine . Il aimait, à cet égard, rappeler les propos de son père : « La Gauche doit s’unir, sinon rien ne sera possible »

Au lendemain du Front populaire, il épouse Anna qui devient sa compagne de toute sa vie.

La période 1939-1945, sera, à Feunteun Ven, le lieu de rencontres et de relations permanentes avec la Résistance locale et régionale.

Cette solidarité naturelle, mais réelle, permettait de donner un peu de nourriture aux Résistants, en plus de l’hébergement. Les Partisans, Daniel Trellu, Bartélémé et beaucoup d’autres, connus ou non, tenaient des réunions à la ferme de Louis et Anna Kerveillant.

Souvent les Allemands patrouillaient et contrôlaient. Deux Russes, réfractaires de l’armée allemande ont été hébergés quelques jours avant d’être récupérés par la Résistance.

Cette période n’était pas sans risques, mais l’engagement d’Anna et de Louis était fort et désintéressé. A la Libération, Louis est délégué par son Parti pour assister, trois jours durant, à paris, au Congrès de la Paix. Puis Louis est élu sur la liste du PCF, aux côtés de Le Bleïs, maire communiste de Pont-L’Abbé. Lors de cette première élection municipale d’après guerre, Louis fut même sollicité pour assumer les fonctions de maire, mais son dévouement, ses connaissances des gens sur le terrain ne pouvaient suffire, il considéra que son manque d’instruction constituait un handicap trop lourd.

Durant plus de soixante années, Louis fut membre du PCF auquel il adhéra au lendemain du Front Populaire. Il est demeuré un homme jovial, généreux, d’une intelligence peu commune, doté d’une large connaissance et d’un humour très marqué.

En ce début d’année 1999, après son 86e anniversaire, Louis connaît de graves problèmes de santé : il se savait très fatigué, mais continuait de lutter.

Dimanche, il nous a quittés au moment où se tenait au Bourget, la fête de son journal « L’Humanité ».

A son épouse Anna, sa fille Annick, son gendre Pierrick, ses petits enfants, Bertrand et Benoît, à toute la famille, la Cellule de Pont-L’Abbé-Combrit, la section du Pays bigouden sud du PCF, le collectif du « Travailleur Bigouden » renouvellent l’expression de leur sympathie attristée.

paru dans « Le Travailleur Bigouden » n° 176