Quelques grandes figures

Jean-Désiré  LARNICOL, né en 1909 à Tréffiagat.

Élu maire de Tréffiagat en 1935 sur une liste d’Union populaire (Plus jeune maire de France), il est alors convaincu par Alain Signor de rejoindre le PCF. En fin de 1939, il participe à la réorganisation du P.C.F dans la clandestinité après son interdiction par le gouvernement Daladier.

En début de 1941, il est contacté par Robert Ballanger pour la création, en Pays Bigouden, de groupes de l’O.S. du P C. (O.S. : Organisation Spéciale pour la protection, le sabotage et la lutte armée) . J.-D. Larnicol, avec Jean Le Coz, participe au tirage, sur une ronéo (petite machine à imprimer de bureau), de tracts et de petits journaux locaux ou à des retirages locaux de « La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime », l’hebdomadaire régional communiste, interdit en 1939 et qui reparaît clandestinement depuis mars 1941, en édition finistérienne à Lehan (v. Jean Le Coz).

En 1942, J. D. Larnicol est contacté par l’État-major du FN, dirigé par Charles Tillon, qui lui confie la mise en place d’une opération de transfert d’armes en provenance d’Angleterre

Il réussit à convaincre et rassembler quelques camarades et réalise avec eux un des plus brillants faits d’armes de la Résistance finistérienne, à savoir la récupération d’armes en provenance d’Angleterre,

J.D Larnicol est élu conseiller général du canton de Pont-L’Abbé de 1945 à 1949.

Jean LE BRUN,

Officier de radio en 37/38 à la Compagnie France Navigation créée par le PCF pour ravitailler en armes les républicains espagnols depuis Mourmansk.

Dans la clandestinité après 1940 il assura des liaisons radio secrètes avec Londres et avec le réseau l’Orchestre Rouge..

Arrêté en 1943 il est déporté à Buchenwald.

Ensuite il sera élu maire du Guilvinec pendant 3 mandats.

 

 

Guillaume BODÉRÉ

Il a passé une grande partie de sa vie comme pêcheur aux Glénan.
Avec Jean Baudry sur l’Entre-Nous avec sang froid il ramène des armes depuis les Glénan au nez des allemands. Arrêté, il s’évade puis doit vivre dans la clandestinité

Bien d’autres à citer, comme Jean LE COZ, menuisier à Léchiagat, résistant actif, arrêté, mais il réussit avec des camarades une évasion spectaculaire du camp de Voves en creusant un tunnel de 150m, et il continue ensuite la lutte dans la résistance….

Marc SCOUARNEC

SCOUARNEC Marc
(source Maitron)
Né le 18 février 1894 au Guilvinec (Finistère), mort le 29 février 1968 au Guilvinec ; marin-pêcheur puis patron-pêcheur ; militant syndicaliste CGTU ; militant communiste ; maire du Guilvinec de 1935-1939, 1944-1963.

Marc Scouarnec :
Fils d’un marin-pêcheur et d’une ménagère, Marc Scouarnec, déclarait en 1933 : « Je parle le breton mais pas bien le français ». Il avait fréquenté l’école des Sœurs de quatre à sept ans puis l’école communale de sept à onze ans. Son épouse, Maria Pouzennec, était ménagère et vendeuse de broderie en été.
Il fut mobilisé de 1914 à 1919 dans la Marine nationale.
Mousse en 1905, marin-pêcheur, puis patron-pêcheur, il touchait une pension de guerre comme invalide 15% et disait gagner, en 1933, 1500 F en cinq mois (soit l’équivalent du salaire mensuel d’un ouvrier professionnel parisien). Il entra au conseil municipal du Guilvinec le 30 novembre 1919 comme socialiste et y resta jusqu’au 3 mai 1925. Après le congrès de Tours, il refusa de choisir et resta hors du Parti communiste jusqu’en février 1929, date à laquelle il créa une cellule de cinq membres. En fait, depuis quelque temps il était très proche du Parti communiste mais ne se trouvait « pas assez éduqué pour adhérer » ; en 1928 sa décision était prise mais on lui demanda de rendre son adhésion publique lorsqu’il aurait regroupé quelques camarades pour une entrée collective au Parti communiste. Il avait commencé à lire régulièrement l’Humanité en 1926. Scouarnec avait cependant formé une liste du BOP pour les élections municipales de 1925 et celles de 1929. Le Parti communiste le présenta aux élections cantonales de 1931 et le délégua à la conférence nationale de 1930, salle Bellevilloise.

La commission des cadres lui avait demandé de faire son autobiographie en juin 1933. L’évaluateur nota le contraste entre la biographie « pas mal rédigée » et ses affirmations sur la grave « faiblesse de sa mémoire » et son manque de culture politique. Il disait d’ailleurs qu’il avait lu, entre autre, un résumé du Capital, des œuvres de Lénine (dont l’État et la Révolution). La commission des cadres concluait : « Bonne bio. Camarade souvent cité dans les autres bios comme militant actif. »

Membre de la CGTU depuis 1923, secrétaire du syndicat CGTU des marins-pêcheurs de Guilvinec depuis octobre 1924, il fit paraître plusieurs articles dans la presse. En 1926, il organisa une grève de solidarité avec les ouvriers et ouvrières de la sardine. En janvier 1927, il devint administrateur de la coopérative « Les Dentelles et broderies bretonnes ». Président du comité de grève en 1927, il fut envoyé par Charles Tillon à Quiberon pour animer le mouvement. Marc Scouarnec prit part à la conférence de la CGTU qui, en mars 1930, se tint à Douarnenez. Il fut permanent de la Fédération des marins d’avril à novembre 1930 mais n’étant pas payé régulièrement, il dut reprendre son travail. La CGTU lui confia un temps le secrétariat intérimaire de la 16e Union régionale unitaire. Il écrivit dans Le Cri des marins et La République ouvrière et paysanne.
En janvier 1931, dans une de ces réunions « publiques et contradictoires » ¬ où parlaient les réformistes Beaugrain et Leguen, Scouarnec, sûr d’être compris de son auditoire de marins-pêcheurs, tous très bretonnants, parla en breton et en français. Le Breton Socialiste parla de cette intervention en breton que ni Beaugrain, ni Leguen ne comprenaient en écrivant de Scouarnec : « pauvre diable qui veut parler le breton qu’il ignore comme le français ». Pour comprendre cette réaction et ce dépit, il faut savoir que les socialistes étaient dans leur quasi totalité hostiles à cette « langue des curés », alors que les communistes bas-bretons soutenaient la nécessité de la défendre. Scouarnec était un homme attaché à sa langue et de plus parlait un excellent breton, riche d’images, le breton maritime bigouden qu’on parlait encore partout dans cette région. Il connaissait particulièrement son vocabulaire, noms, verbes, adjectifs, tout ce qui avait trait à la pêche, aux poissons, aux coquillages, aux algues, etc. Hélas si Scouarnec parlait bien le breton, il ne l’écrivait pas !
Au Guilvinec, il lutta contre le maire socialiste, Kernaflen, qu’il accuse publiquement d’être au service des mareyeurs et des usiniers de la conserve. En 1929, il porte la contradiction au député de droite Quéïnnec, lors d’un compte-rendu de mandat au Guilvinec, et on s’aperçoit alors que dans cette localité il faudra désormais compter avec cet homme large, placide.

Aux. é1ections municipa1es de 1935 : il conduit la liste patronnée par le Parti Communiste Français qui obtient la plupart des sièges. Élu maire le 20 mars 1935, il le demeura jusqu’à la guerre. Il avait représenté le PC aux élections sénatoriales du 23 octobre 1938, obtenant 32 voix. De 1934 à 1939, il fut membre du bureau régional du parti pour la région Finistère-Morbihan.
En 1938-1939, il apporta un soutien actif aux Républicains espagnols, un certain nombre de réfugiés espagnols arrivés par bateaux au port du Guilvinec furent hébergés dans des locaux municipaux et une collecte de vêtements et de nourriture fut organisée, dès leur arrivée, organisée par le Secours Rouge.
Avec la « drôle de guerre », la municipalité fut dissoute et remplacée par une délégation spéciale désignée par la préfecture.

Dès le début de l’occupation, il prend part à la reconstitution , dans la clandestinité, du Parti communiste interdit, en collaboration avec Alain Signor, secrétaire Régional et Alain Le Lay.

Le 25 septembre 1942, il fut arrêté par la police française et dirigé sur le camp de Voves, puis de Pithiviers où il resta jusqu’en 1944. Il fut responsable de la solidarité, son rôle consistant à répartir les rares provisions reçues de l’extérieur .

A sa Libération, toute une population en liesse l’attendait aux limites de la commune, à Pen An Nen , pour lui remettre son écharpe de maire. Marc Scouarnec fut réélu maire de Guilvinec et le resta jusqu’en 1965. Il démissionna alors pour raisons de santé, mais resta second adjoint de Jean Le Brun jusqu’à sa mort. Son nom n’apparaît ni dans les comités fédéraux du Finistère dans les années cinquante et soixante, ni dans les commissions administratives de l’UD-CGT.

SOURCES : RGASPI, Moscou : 495 270 960, autobiographie du 9 juin 1933. — Arch. Com. Guilvinec. — La Dépêche de Brest et de l’Ouest, 24 octobre 1938. — Eugène Kerbaul, Dictionnaire biographique des militants ouvriers du Finistère, 1918-1944 op. cit. — Laurent Paubert, La vie politique en pays bigouden entre les deux guerres, Editions Hanterions, sd, p. 184, avec photo. — Notes de J. Kervision.                                            Georges-Michel Thomas, Claude Pennetier

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130840

Les rafles de juin 1944 à Guilvinec-Léchiagat

 

Après l’histoire des Guilvinistes dans la « France Libre » relatés dans le bulletin n°2, on pouvait envisager l’étude de la Résistance clandestine intérieure avec ses multiples facettes (distribution de tracts, réseaux de renseignements, trafic d’armes, etc.) et celle des combats de la Libération auxquels ont participé les différents groupes FFI. et F.T.P. de Guilvinec-Léchiagat à Audierne, Crozon, Lorient, etc.
Par nature même cette Résistance était constituée de groupes séparés les uns des autres, accomplissant des actions isolées dont l’analyse aurait demandé beaucoup de temps.
Aussi, le thème étudié dans ce bulletin est plus limité mais touche de près l’action de la Résistance. Il s’agit des rafles de juin 1944 et de leurs conséquences pour un grand nombre de familles. Pour les générations de plus de 50 ans, c’est certainement, avec les tempêtes et les naufrages, l’événement qui a Je plus frappé l’ensemble de la population locale ; un fait qui est resté profondément gravé dans tous ses détails chez les acteurs ou les témoins 43 ans après ; un événement qui appartient à la mémoire collective mais dont la relation écrite n’a été faite nulle part.
Même si l’évocation de ces faits peut être douloureuse pour certaines familles malgré le recul du temps, même si cela peut réveiller des sentiments d’amertume, nous pensons que pour les plus jeunes générations, l’histoire dramatique vécue par leurs aînés ne doit pas se limiter à une simple liste de noms écrits quelque part dans un dossier
poussiéreux.

Les grandes rafles de juin 1944
à Guilvinec-Léchiagat
par Pierre-Jean Berrou

Consulter et télécharger ce dossier en PDF (extrait du bulletin municipal du Guilvinec n° 4 de 1987)

Jean LE BRUN

LE BRUN Jean (1905-1983)

LeBrun_JeanNé le 1er mars 1905 et décédé le 2 décembre 1983 au Guilvinec (Finistère) ; officier de marine marchande ; résistant et déporté ; conseiller municipal (1947-1965) puis maire du Guilvinec (1965-1983) ; candidat suppléant du PCF aux élections législatives de juin 1968 dans la circonscription de Quimper.

Son père Jean Marie Le Brun, marin, épousa Mlle Maréchal, ménagère. Ayant reçu une formation de radio à L’Abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne-sur-Mer à bord des grands chalutiers. Membre du PC boulonnais dès 1935, il fut officier radio en 1937-1938 à la compagnie France-Navigation créée par le PCF pour assurer le ravitaillement en armes des républicains espagnols. Après la débâcle de 1940 il revint en Bretagne recevant l’ordre du PC clandestin de ne pas reprendre contact avec les communistes du Guilvinec. Quand la direction clandestine nationale réorganisa son réseau de radios décimé par la Gestapo, elle se tourna vers les officiers radios de France-Navigation et contacta secrètement Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Jean Le Brun reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poissons auprès des mareyeurs. Il appartenait au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. Les services goniométriques de l’armée d’occupation repérant les émissions venant du Guilvinec, il fut arrêté le 12 janvier 1943 par la Gestapo. Incarcéré à la Santé, à Poissy, à Melun, à Chalons-sur Marne, puis à Compiègne, il fut déporté par les nazis au camp de concentration de Buchenwald où il devient un matricule, le N° 51801, dans le block 19. Il fit partie du groupe de protections des détenus organisés clandestinement sous la direction de Marcel Paul.
Revenu de l’enfer concentrationnaire, il reprit ses activités militantes et fut élu en 1947 au conseil municipal du Guilvinec. Il devint maire de la commune en 1965, succédant à Marc Scouarnec* qui conduisit en 1935 la liste d’union conduite enlevant 19 sièges sur 23. Jean Le Brun dirigea la commune pendant trois mandats jusqu’en mars 1983. Pendant cette période, la municipalité oeuvra au développement de la commune (école maternelle, ateliers municipaux, salle omni-sports, aménagement du collège Paul Langevin et de l’arrière-port). Jean Le Brun fut candidat suppléant du PCF aux élections législatives de juin 1968 dans la circonscription de Quimper avec Jean-François Hamon* obtenant % des suffrages exprimés au premier tour. Arrivés en tête au premier tour ils représentèrent la gauche au second tour. Louis Péron de l’Association Nationale des anciens Combattants de la Résistance, Mme Yvonne Kervarec de la FNDIRP et Jean Kervision* pour le PCF prononcèrent son éloge funèbre.

SOURCES : Notre Finistère, supplément de l’Humanité Dimanche. — Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne (1968-1981). — Eugène Kerbaul, 1270 militants du Finistère (1918-1945), IRM Bretagne, 1985, 288 p. — Le Travailleur Bigouden, organe des sections du PCF du pays bigoudin, N° 110, novembre-décembre 1983. — Article de Pierre-Jean Berrou dans le bulletin municipal du Guilvinec, Ar Gelveneg. — Témoignage de Jean Kervision qui prononça son éloge funèbre.

Alain Prigent    2007-2015 © Copyright Maitron/Editions de l’Atelier – Tous droits réservés || Maitron – 9, rue Malher – 75004 Paris

Jean Le Brun (1905-1983): grand résistant et maire du Guilvinec – photo Maitron

Jean LE BRUN , radio en liaison avec Londres

Extrait d’un article «   La Résistance – La Libération au Guilvinec-Léchiagat » par Pierre-Jean BERROU publié dans le  Bulletin Municipal « AR GELVENEG » N°11 de 1996

LeBrun_Jean_radioLe futur maire du Guilvinec de 1965 à 1983 communi­qua avec Londres pendant l’occupation à la barbe des Allemands, avant d’être arrêté et déporté à Buchenwald. Ayant reçu une formation de radio à l’abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne sur les grands chalutiers. Membre du PC bou­lonnais, il navigua par la suite en 1937-38 pour le comp­te d’une compagnie maritime « France-Navigation » qui participa au trafic clandestin d’armes et de vivres en faveur des républicains espagnols en lutte contre Franco. Ayant fondé une famille à Boulogne, Jean la conduisit au Guilvinec au moment du déclenchement de la guerre et seul repartit sur les chalutiers du nord.

A la débâcle de 1940 il revint en Bretagne mais selon les ordres qu’il reçut, au lieu de prendre contact avec le PC clandestin du Guilvinec, il ne se manifesta pas. Il n’était donc pas surveillé.

Quand le comité central réorganisa son réseau de radios décimé par la gestapo, il se tourna vers les offi­ciers radios de « France-Navigation » et contacta secrète­ment Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Des voyageurs insoupçonnables! Jean reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poisson auprès des mareyeurs.

Il menait une vie de « père tranquille » tout en communi­quant avec l’ambassade soviétique à Londres transmet­tant des messages secrets dont il ne connaissait pas toujours le contenu. Le poste émetteur était caché dans la cheminée après chaque émission.

Jean Le Brun appartenait ainsi au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. Il recevait des ren­seignements du service de sécurité du PC et des F.T.P.

Il lui arriva de transmettre des messages pour le célèbre réseau de « L’orchestre rouge » qui communiqua via Le Guilvinec avec Staline désireux de connaître la situation à l’Ouest et l’importance de la Résistance.

Hélas les services goniométriques repérèrent les émissions venant du Guilvinec. Un jour de janvier 43, les voisins virent arriver une traction avant noire rue de la Palue. Trois agents de la gestapo cueillirent Jean Le Brun chez lui et l’emmenèrent avec son baluchon. Les Allemands ne découvrirent pas le poste émetteur et ne soupçonnèrent pas l’importance de la prise. Il semblerait même qu’il ait été condamné comme « droit commun » et non comme politique ou résistant. Après quelques mois dans les prisons françaises, il fut déporté à Buchenwald. Dans ce camp dont la direction était aux mains des communistes, Jean retrouva des amis comme Marcel Paul. Il fut affecté au petit camp où l’on accomplissait les travaux d’entretien. Il lui arriva de voir Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Raymond Le Corre qui travaillaient dans une usine proche de Weimar. Pour rejoindre ce ­Kommando, ils devaient marcher sur 1 km en habit rayé encadré par les SS et les chiens au vu de toute la popu­lation environnante. Raymond Le Corre lui avait sem­blé déjà affecté par les sévices et les privations. Proche de la direction du PC clandestin de Buchenwald, Jean Le Brun participa à la résistance intérieure du camp qui se libéra lui-même avant l’arrivée des Américains.

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Comment fut sauvé Marcel Dassault

Témoignant d’une grande fidélité à notre Association, la famille de Marcel Dassault vient de contribuer géné­reusement à notre souscription, 64 ans après la déportation du grand ingénieur à Buchenwald .
Marcel Dassault, décédé en 1986, avait témoigné plusieurs fois de l’aide qui lui avait été apportée par le Comité des intérêts français au camp.
Aujourd’hui, nous pouvons citer ceux qui, alors qu’il était désigné pour une marche de la mort, ont fait bascu­ler son destin.

Célèbre ingénieur, constructeur d’avions. Marcel BLOCH, qui prendra le nom de DASSAULT en 1949, pseudonyme de son frère dans la Résistance est in­terné en octobre 1940, puis placé en résidence surveillée en avril 1941 dans le cadre du procès de Riom. Transféré à Lyon en janvier 1944, Il est déporté à Bu­chenwald le 25 août, où on lui attribue le KLB 39611, correspondant au numéro d’un déporté arrivé à Bu­chenwald le 19 janvier 1944 et décédé en février 1944 à Dora.
A Buchenwald, Marcel Bloch se trouve sous la protec­tion du Comité des intérêts français. Ce déporté qui est trop célèbre pour se cacher complètement dans l’ano­nymat de la masse des détenus est vite repéré par un ­médecin SS. Celui-ci le dénonce au commandant du camp qui informe le ministère de l’air allemand. Marcel Bloch est convoqué un jour dans une des villas à l’ex­térieur du camp où il est attendu par des représentants du ministère de l’air et du ministère du travail qui lui proposent de diriger une usine Focke-Wulf en Alle­magne. Marcel Bloch refuse et doit craindre le pire pour son sort. Quatre fois, il est cerné par les SS et destiné à l’extermination et à un départ en kommando et qua­tre fois l’organisation des Français le cache dans le camp. Pour le protéger, le Comité international lui donne notamment le matricule et l’identité d’un mort et le fait changer de Block. Le 8 avri11945, il est pris dans la foule de ceux qui seront évacués du camp par les routes à travers l’Allemagne.
Dans ses Mémoires (Le Talisman-Editions J’ai lu -1970), Marcel Dassault écrit: « Quelques jours avant la libéra­tion du camp, les allemands décidèrent de faire partir vers, l’Autriche les hommes qu’ils jugeaient valides. Je fus désigné (…) et me trouvais sur les rangs lorsqu’un homme portant un brassard qui indiquait sa qualité de policier du camp « lagerschutz », me dit: « Suivez-moi, ­vous êtes sous la protection du parti communiste. » (…)Il me conduisit dans un autre block où le tri pour le dé­part avait déjà été fait, ce qui me permit d’attendre trois jours la libération du camp. Ce policier était évidem­ment un homme du groupe créé par Manhès et Marcel Paul pour protéger les déportés français. »
Ce lagerschutz était Roger Arnould. Il était accompa­gné de Jean Le Brun. Tel est, tout au moins, le souvenir qu’en a aujourd’hui Christian, fils de Roger, quand , celui-ci lui raconta ce sauvetage.

« Dans les premiers jours d’avril (1945), des amis tra­vaillant dans l’administration du camp prévinrent l’or­ganisation clandestine de résistance qu’un groupe allait être formé une nuit suivante pour partir sur les routes.
Les responsables Français firent le point des personnes à protéger particulièrement et Marcel Paul à un moment demanda « Où est Bloch ? »… Pas de Bloch
Dans l’effervescence, sans doute, celui-ci n’avait pas été caché.
Marcel Paul envoya immédiatement deux de ses ca­marades très actifs dans l’organisation (Lagerschutz) pour tenter de retrouver Marcel Bloch. Il s’agissait de Jean Le Brun (ancien maire du port du Guilvinec, en Bretagne) et de Roger Arnould.

Ceux-ci s’intégrèrent dans la colonne qui se formait, au milieu des SS et de leurs chiens. Ils se mirent d’accord pour que l’un parte du début de la colonne et l’autre de la fin, allant à la rencontre l’un de l’autre, les yeux très grands ouverts! ~
Malgré la difficulté supplémentaire qu’ils ne connaissaient pas très bien Marcel Bloch, ils se mirent à cher­cher celui-ci.
A un certain moment 1’un d’eux (R.A.) aperçut un dé­porté, assis à terre, portant la lettre F à son matricule. Un Français donc. Il le questionna
«  Oui je suis Marcel Bloch, mais je suis seul, j’ai perdu les autres amis avec qui j’étais ».

Il est quasiment impossible de se figurer les ruses, les détours, les arrêts, les plat-ventre qu’ils ont dû faire. Le risque était énorme.

Toujours est-il que l’opération de récupération fut réus­sie. Ainsi cette nuit, Marcel Paul et ses camarades sau­vèrent-ils Marcel Bloch d’une mort certaine dans cette marche de la mort. »